blues again en-tete
12/22
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Interview
THE JUKE JOINTS BAND


KING KONG BLUES
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LITTLE ODETTA





Le band envoie avec énergie un rock-blues où il glisse un peu de rhythm’n’blues, une pointe de country/folk, un soupçon de jazz… Et ça explose !    

Blues Again : Comment le groupe est-il né ? Depuis quand existe-t-il ?
Ben Jacobacci : Le groupe est né d’une rencontre entre Chris et moi. Chris n’avait plus de groupe à l’époque (en octobre 2010), or uneTHE JUKE JOINTS BAND patronne de pub voulait absolument qu’il vienne chanter pour une soirée prévue trois semaines plus tard. C’est elle qui, du coup, nous a mis en contact. On a fait trois « répétitions », qui ont surtout consisté à se goinfrer et boire des coups, le courant est bien passé entre nous et le soir du 30 octobre 2010 on a fait un premier concert de plus de 3h, ce qui a étonné tout le monde à commencer par nous-mêmes. Puis ça s’est enchaîné naturellement, on en est à au moins 500 ou 600 dates. Ce n’est qu’en 2018 qu’on a commencé à jouer en quartet électrique avec Rosendo Frances, un premier bassiste puis Michel Teulet.
Chris Papin : Après ces brèves répétitions, nous avions 3 heures de spectacle à proposer. Suite à ce concert, d’autres lieux dans lesquels j’avais l’habitude de jouer, ont voulu nous programmer. Et ça va bientôt faire 12 ans que ça dure !

Quel est votre port d’attache ?
Ben : Houlà ! On est quatre musiciens vivant dans quatre départements différents : le Tarn, l’Ariège, le Lot et le Tarn-et-Garonne. Pour simplifier, on dit qu’on est de la région toulousaine.

Si le band avait une devise, quelle serait-elle ?
Chris : Le band a une devise : ‘Le plaisir de jouer, le bonheur de partager’.

Présentez les membres du groupe et leurs instruments…
Chris : Au départ, c’était juste un duo Ben Jacobacci à la guitare et Chris Papin au chant. Par la suite, des musiciens sont venus se rajouter occasionnellement, Damien Papin (mon fils) qui nous a et nous accompagne encore à la basse ou à la contrebasse quand nous jouons en trio, et puis plusieurs harmonicistes et un saxophoniste. A partir de fin 2018, après avoir eu 3 batteurs et 5 bassistes différents qui jouaient aussi dans d’autres formations, Rosendo Frances, un de ces batteurs nous a dit : « Je joue en duo avec un bassiste, et nous pouvons être libres ensemble au même moment. Pourquoi on n’essayerait pas de jouer ensemble ? ». Donc Rosendo Frances à la batterie et Michel Teulet à la basse sont venus nous rejoindre.
Ben : Chris est un angevin nomade, il a vécu un peu partout. Il s’est posé en Ariège il y a quelque chose comme 30 ans, où il a joué dans de nombreux groupes. Rosendo est de Cahors, il est à la base guitariste/chanteur, il a également joué dans une flopée de groupes avant de devenir le batteur de JJB. Michel est également cadurcien, il est le plus jeune de la bande. Moi je suis un transfuge aixois, je vis dans le sud-ouest depuis 25 ans. En fait on a tous joué avec d’innombrables groupes totalement inconnus, on est des vrais musiciens de bistrot.

Comment s’est fait la rencontre entre vous ?
Ben : C’est Rosendo, qu’on avait croisé à de nombreuses reprises, qui nous a suggéré de transformer notre duo acoustique en quartet électrique. C’était en 2017. On y avait pensé, avec Chris, mais bon, le nez dans le guidon, on ne s’en était pas encore occupé. Les choses là aussi se sont faites plus ou moins naturellement, il est venu bœuffer avec nous, puis il a amené un bassiste, puis on a travaillé sur cette formule, et voilà. Rosendo est un leader né, il a suffisamment de motivation, d’ambition et de dynamisme pour nous quatre, son arrivée nous a boostés.
THE JUKE JOINTS BAND
Quelles ont été vos influences ?
Ben : Là encore, on vient de plein d’horizons différents. Rosendo est un grand fan de rhythm’n’blues, entre autres, Michel est très éclectique, tout lui est bon, moi je viens du hard rock 70s/80s, puis j’ai fait du jazz, des musiques africaines, du reggae, du folk, de la funk… Le truc qui nous met tous d’accord, c’est le blues, sous toutes ses formes, de John Lee Hooker à Muddy Waters en passant par JB Lenoir, Robert Johnson ou Howlin’ Wolf et plein d’autres encore.
Chris : Diverses et variées. En ce qui me concerne, mais je suis le plus âgé (bientôt 69 balais), j’ai été très impressionné dans les années 60 par Peter Green et Taj Mahal, entre autres, mais aussi Janis Joplin, Jimi Hendrix et tant d’autres.

3 ou 4 musiciens ou chanteurs de référence, qui font l’unanimité dans le groupe ?
Ben : Je pourrais citer BB King, Billy Gibbons, Robert Johnson…
Chris : Je dirais JB Lenoir, ZZ TOP (pour faire court).

Qui imprime la couleur musicale du groupe ?
Ben : Chacun est indispensable au sein du groupe et amène sa patte, mais d’après ce qu’on nous dit le premier élément reconnaissable reste la voix de Chris.
Chris : Je dirai Ben, avec son jeu de guitare très particulier, que ce soit en électroacoustique ou en électrique.

Comment définiriez-vous votre style ?
Ben : Il y a du blues et du rock, mais quand je lis ou entends le terme « blues-rock » ça me fait penser à plein de gens, mais pas à nous. Pour déconner je dis qu’on fait du rock-blues, mais en fait je ne sais pas trop comment nous définir en un mot. Si on tend un peu l’oreille, il y a aussi un peu de rhythm’n’blues, un peu de country/folk, un peu de jazz… Je préfère laisser chacun nous définir comme il veut, en fait.

Où et quand avez-vous fait votre premier concert ?
Ben : En duo c’était donc le 30 octobre 2010 au pub La Croix Grande à St André de Najac (12), en quartet c’était le 7 avril 2018 à la salle Georges Brassens à Aucamville (31).
Chris : En quartet ? C’était en 2018, le premier samedi des gilets jaunes, aux Marins d’Eau Douce à Ramonville Saint Agne. Sinon, mon premier concert perso date de 1972.

Maintenant, combien de concerts par an ?
Ben : Difficile de faire une moyenne depuis 2018, vu ce qui s’est passé… En tout cas on espère en faire plein à partir de maintenant, et je bosse dur pour ça.
Chris : Pour le moment, une cinquantaine...

En quoi la scène est-elle indispensable ?
Ben : Comme je l’ai dit plus haut, on est quatre musiciens de bistrot depuis longtemps. Donc la scène, c’est notre gagne-pain, notre terrain de jeux, notre oxygène, notre défouloir, tout notre travail tend vers ce but : aller jouer devant les gens. Le studio, c’est bien aussi, mais ça manque de cris, de verres brisés, d’applaudissements et de chaleur humaine, quand même.
Chris : Parce que c’est la vie !

Un bon souvenir de scène… Un mauvais souvenir de scène…
Ben : Des bons, j’en ai à la pelle, sans qu’ils soient particulièrement marquants, des soirs de grâce où tout se passe bien, où le public est à fond avec nous… Des mauvais, public bourrin ou indifférent, patron désagréable,THE JUKE JOINTS BAND son dégueulasse, beh j’en ai à la pelle aussi. 
Chris : Deux très bons souvenirs, pour ma part, en 2003 et 2004 (à l’époque je chantais dans un trio nommé KAP Blues), finale d’un tremplin blues francophone présidé par Patrick Verbeke que nous gagnons, et le lendemain, première partie de Michel Jonasz devant 4000 personnes et première partie de Popa Chubby devant un public composé en grande partie de guitaristes au Festival International de la Guitare d’Issoudun.

Comment est né votre album Back On The Street paru en mars ?
Ben : Comme beaucoup j’ai profité du confinement pour finaliser ce projet. En fait au départ j’avais juste décidé de retravailler de vieilles compos qui traînaient au fond de quelques disques durs, puis de fil en aiguille l’inspiration est venue, j’ai eu quelques idées de riffs sympas, puis des textes. En tout j’ai dû composer une vingtaine de morceaux, mais j’ai choisi les dix qui collaient le mieux à la personnalité du groupe. On a enregistré ça au studio La Lune Rouge, à Verfeil-sur-Seye, à côté de chez moi, en septembre 2019 et en novembre 2021.

Quelles sont tes sources d’inspiration pour écrire et composer ?
Ben : Pour composer, c’est un grand mystère, des fois un morceau peut naître d’une phrase, d’une suite d’accords, d’un son qui me tombe sous les doigts en jouant, d’autres fois je peux me réveiller en pleine nuit avec une idée super précise en tête, ça peut tomber n’importe quand, en conduisant, en bouffant, et dans ces cas-là je passe pour un cinglé en me précipitant sur mon téléphone ou dans mon petit studio pour noter ça précieusement avant que ça disparaisse à jamais. C’est après coup que je me rends compte que, tiens, on dirait un peu du Thorogood ou du ZZ Top, souvent je ne m’en rends même pas compte, c’est les autres qui me le disent. Sinon pour les textes je suis un laborieux, je mets un temps infini à accoucher d’un truc qui tient à peu près la route, du coup je ne fais pas dans la haute exigence littéraire.  Heureusement que mon pote Karl Strand m’a fourni deux textes et corrigé tous les autres. Les thèmes abordés sont ultra originaux : la fête, la musique, les histoires d’amour foireuses. Il y a plein de gros losers dans mes petites histoires, qui finissent en général assez mal.

Quels sont les projets du groupe pour les mois à venir ?
Ben : Jouer un max, essayer d’intégrer le circuit des festivals et des salles où-c’est-qu’on-fait-de-la-création, maintenant que nous voilà auteurs-compositeurs, et continuer à être heureux.

Pour parler d’autre chose. Quels sont vos hobbies en dehors de la musique ?
Ben : Personnellement j’aime bien écrire, regarder mes tomates, mes arbres fruitiers et mes enfants pousser, boire des coups et raconter des conneries en bonne compagnie. Jamais de sport.
Chris : La vie, l’amour !

Un lieu de prédilection où vous aimez vous retrouver ? THE JUKE JOINTS BAND
Ben : Un petit mas à côté d’Arles. C’est comme un petit îlot plein d’arbres hirsutes au milieu des rizières, j’adore ce lieu et ceux qui y vivent. Bon ok, c’est gavé de moustiques et il y fait une chaleur à crever l’été, mais c’est un peu mon deuxième chez moi.
Chris : Plein de lieux où l’on aime se retrouver.

Pour le groupe, quel serait le rêve le plus fou ?
Ben : Tu vas me prendre pour un monomaniaque, mais jouer, le plus possible et dans de bonnes conditions. Je ne vois pas ce qu’on peut espérer de plus, on ne deviendra jamais des stars, des idoles ou je ne sais pas quoi, ce genre de truc t’arrive à 20 piges ou jamais, de toute façon. Et puis ça doit être une vie compliquée.
Chris : Que ce monde devienne meilleur (ça n’engage que moi).

Un dernier mot…
Ça pourrait être à propos de ceux qui nous ont aidés, épaulés, nous ont offert leur partenariat et pris un minimum au sérieux, et là je t’aurais pondu un paragraphe dithyrambique sur la TBS, la Toulouse Blues Society, parce que c’est une équipe de gens très cool, passionnés et qui se bougent pour les artistes. Gloire à eux. Et aussi Blues Mag, qui nous a fait l’honneur d’une critique de notre album dans le n°105 de l’été 2022. Et Fred Delforge de France Blues, qui est un bon camarade aussi.

Gilles Blampain – septembre 2022

http://www.jjb-music.com/

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