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09/17
Chroniques CD du mois Portrait: WILLIE MABON Livres & Publications
  Dossier: EXCELLO RECORDS  
 


Interview
the bilbocks
Un pop-rock puissant et biscornu


blues deraime
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blues jerry deewood
blues jerry deewood
blues jerry deewood





















Si leur rock'n'roll mélodieux passe du glam à la new-wave en zappant l'entretoise punk, c'est à cause de la mélodie, cette vieille obsession du futur ! Mais les Bilbocks ne savent rien de ces âges farouches et alignent quelques références plus fraîches. Outre leurs qualités de musiciens, de compositeurs, de metteurs en scène, ceux d'Hazebrouck forcent le respect par leur détermination et leur intelligence de l'œuvre. Ce premier album biscornu, Public Domain Storytelling, défend une vision, une sorte de message humble mais définitif, le genre de raccourci qu'on ne peut pas prendre avec le blues, privilège de la maturité, mais que le rock'n'roll s'empresse de tracer.

Blues Again: Pourquoi The Bilbocks ?
Tim (chant, guitare, claviers) : Nous ne voulions pas d’un nom français ni d’un nom anglais ! Le but était de se retrouver pas loin des Beatles, des Bees et des Beach Boys dans les discothèques et sur iTunes.

Qui joue de quoi chez les Bilbocks ?
Émilie : batterie et chœurs, Ronan : basse et chœurs, Sébastien : guitare lead et chœurs, moi-même, Timothée, chant lead, guitare rythmique et claviers, Édouard : son et effets, Hicham : lumières.

Vos âges ?
Émilie a 22 ans, Ronan 28, Sébastien 29, Moi, j'en ai 31, Édouard en a 28 et Hicham, 23.

D'où viennent les Bilbocks ?
Le groupe a été fondé près d'Hazebrouck (Nord), puis tout le monde a émigré vers Paris à la fin des études.


Quel milieu social ?
Classe moyenne, WASP de province, rien de très original. Nos parents n’ont même pas eu le bon goût de divorcer !

Est-ce votre premier album ?
Notre premier vrai album. On avait sorti un EP complètement autoproduit auparavant, enregistré au grenier. On a aussi participé à une paire de compilations locales. Là, on voulait arrêter le bricolage, tenter une vraie expérience de studio et de production. Au même moment, nous avons été remarqués par le label lillois La Cabine, qui a accepté de nous suivre dans cette histoire.

États de service précédents dans la musique ?
Néant. Le vide intersidéral. C'est notre première expérience de groupe, et nous avons toujours tout découvert ensemble.

Influences musicales ?
On est des musicophiles compulsifs. L’un de nous s’enferme dans le blues pendant trois mois, l'autre avale de l’electro en conditionnement famille nombreuse, les deux derniers se mettent au rock stoner et tentent de contaminer les autres... En tant que musiciens, tout le monde se rejoint sur ce qu’on appelle du very heavy soft rock. Un rock à forte dominance sixties, qui a pris une claque chez Franz Ferdinand et les Arctic Monkeys.

Intermittents ?
Oh non ! Au risque de paraître cliché, on juge important de conserver un boulot et de s’épanouir dedans. On a vu tellement de groupes et de collègues franchir le pas, tenter de devenir des professionnels, puis se dessécher, se déchirer ou craquer sous la pression… Nous tenons à rester des amateurs, garder la musique comme une passion, sans l'entacher avec des problématiques de pognon, des pressions et des obligations de résultat. Qu'elle reste un plaisir… et un bon défouloir.

Very heavy soft rockC'est ainsi que vous définiriez le style de l'album ?
Oui, du rock mélodique joué avec un maximum d'énergie. Nous avons enregistré l’album en essayant de faire quelque chose de différent sur chaque chanson. On ne voulait surtout pas bâtir un répertoire homogène. Nous avons même enregistré chaque chanson à de deux mois d'intervalle pour accentuer le coté patchwork.

L'album se développe dans une certaine homogénéité pourtant…
Tu y vois une ligne homogène ? Tant mieux, peut-être. Est-ce en raison d'une signature sonore qui reviendrait régulièrement ? La guitare lead au phrasé typé ? Une basse très mélodique à la sixties ? La batterie minimaliste ?


… Et une inspiration à cheval sur la fin des 70's et le début des 80's…
Étonnant ! Nous n’écoutons pas beaucoup de musique datant de cette époque, ou alors, indirectement. On aime surtout les groupes des années 2000 qui ont été influencés par les groupes des 70's et des 80's. Nous avons dû faire le chemin à l’envers en écoutant les Raptures avant de découvrir Joy Division, et les Arctic Monkeys avant Bowie.

Où l'album a-t-il été enregistré ?
Principalement au Studio Ka, près de Lille. 'Solar Life' a été enregistrée dans les Ardennes, en home studio. Le label La Cabine est une association de passionnés. Dans le lot, quelques ingénieurs du son travaillent pour le Studio Ka. C'était naturel d’aller enregistrer dans ce studio.

Quelle est l'histoire de cet album ?
En fait, ça a commencé comme un challenge. Domaine Musique nous a suivis pendant un an avec le package habituel : une résidence musicale, une paire de formations et deux jours de studio. Domaine Musique est une sorte d’oligarchie des musiques actuelles dans notre région. C’est au moment du studio, quand nous avons enregistré trois morceaux en un jour et demi et avec beaucoup de facilité, que nous avons réalisé à quel point c'était important l’apport d’un producteur et un matériel professionnel. Avant cette expérience on s'autoproduisait, et notre méthode nous prenait un temps fou. On devait enregistrer par pistes séparées, on utilisait le clic, on se retrouvait toujours devant des choix difficiles à trancher. La méthode en studio nous a complètement libérés. Quatre musiciens dans une salle, pas de clic, pas d’overdub, du pur plaisir et de l’énergie qui se sentent sur la bande. Dans le même temps, les p'tits gars du label La Cabine, qui nous avaient vus pendant l’enregistrement, ont décidé de nous suivre sur un projet commun. Toutes les conditions étaient réunies pour enregistrer notre rêve : un authentique album de grandes personnes. Il nous manquait un vrai concept, et nous nous sommes lancés dans un gros travail d’écriture.
Le thème du domaine public est alors devenu une évidence pour nous, et pour les raisons suivantes : l’album joue sur les multiples sens donnés à l'expression de domaine public. Douze titres au final. Chacun d'eux aborde, de manière futile ou insolite, la vie quotidienne : une noyade, une romance à l’école primaire, un hôtel détruit par un tsunami, la vie d’un zoo en milieu rural, une perte de confiance chez un séducteur invétéré, ou encore l’histoire de cette junkie shootée aux thérapies zen. Pour illustrer toutes ces histoires, chaque chanson est accompagnée d’une photographie, un instantané, genre polaroïd unique, un peu comme les illustrations d'un livre de contes. Nous avons ainsi collaboré avec des photographes spécialistes du tilt shift. C'est un travail sur la photo qui permet de transformer les paysages en maquettes. Ces photographes viennent de tous les horizons, Hisako Toki (Japon), Miquel Secall Ayllon (Espagne), Patrick Swinnea (États-Unis), Eric Verspoor (Finlande), etc. Pour faire écho au thème de l’album public, nous avons mis en ligne, et sans restriction, chacun des morceaux, au fur et à mesure des enregistrements. Ce processus a pris fin en juin 2011, avec la sortie de Public Domain Storytelling dans sa version finale et inédite. Le tout, accompagné des goodies, est désormais disponible aux formats numériques et physiques. Le prix d’achat est fixé par l’acheteur. Enfin, les douze titres sont également disponibles sur les plateformes numériques les plus populaires : iTunes, Amazon, Deezer, Spotify...

     

Comment se sont déroulées les sessions ?
Après avoir fait beaucoup de home studio nous voulions enregistrer dans un vrai studio et être épaulés par un ingé-son ayant beaucoup de recul sur notre travail. L’enregistrement s’est déroulé sur plusieurs séances, de deux jours souvent, entre 2009 et 2011. Deux ou trois chansons par sessions, pas plus. Après chaque session, un grand break pour prendre du recul et garder les idées fraîches et l'envie d'avancer. Nous avons enregistré les instruments live. A quatre sur une scène de théâtre, toutes les pistes en même temps, avec des amplis aux quatre coins de la salle. Les voix étaient overdubbées en cabine. Nous avons cherché à minimiser au maximum les re-re et tâché de garder un côté brut, parfois à la limite de la maladresse. On voulait faire primer la spontanéité sur la perfection. Notre album est brut et bosselé, mais naturel et vrai, plein de nos sentiments et plein d'erreurs humaines. Chaque morceau a été saisi d'un bloc, tel quel, avec ses points forts et ses faiblesses.

Aviez-vous une idée du résultat final en entrant en studio ?
Chaque chanson avait été maquettée en home studio, puis jouée et enregistrée live lors des répétitions. Nous savions où nous voulions aller. Le studio, finalement, c'était juste de la mise en boîte, une mise au propre finale en quelque sorte. Cela nous a permis d’être efficaces et de ne pas exploser notre budget. Tout a été autofinancé.

Êtes-vous satisfaits du résultat ?
A la fin de chaque séance, nous étions surpris d'entendre nos instrus sonner propre mais puissant. On n’a pas l'habitude de s'entendre aussi distinctement. A l'heure de choisir l'ordre d'apparition, on a été surpris d'entendre les chansons s'enchaîner comme ça, si simplement.


Que changeriez-vous si l'occasion vous en était donnée ?
Si on refaisait l'album maintenant, il sonnerait très différemment... Essentiellement parce qu'il s'agit d'un véritable instantané, et qu'il ne ment donc pas. C'est comme un fossile, une trace. Il renferme des secrets et des souvenirs, et il apporte des certitudes en même temps. Il y a donc des choses qu'on mènerait différemment aujourd'hui, pas pour le plaisir de changer, juste parce que notre vision de ces chansons s'est modifiée à travers ce qu'on en a fait et à travers les retours du public.

Que ne referiez-vous pas comme avant ?
Le home studio. Never again! Trop de galères, le home studio. On fini par perdre de vue l'objectif, et par ne plus pouvoir écouter notre propre album tellement on l'a ressassé.

Le livret est singulier. Entre l'album photos, le livre d'accords, les paroles…
Bon, les photos se devaient d’être là, elles ont fait partie du package chanson/paroles/photo à chaque sortie, pendant deux ans. Les accords étaient un hommage à certains artistes, notamment Blur, qui met presque toujours leurs accords sur les livrets. Le but était un patchwork consistant, bordélique et beau. Nous voulions sortir un bel objet par fierté personnelle, et pour apporter un vrai plus aux gens qui achèteraient l’objet physique, les chansons étant par ailleurs disponibles gratuitement sur le Net. Nous voulions aussi inviter l'auditeur à se poser, à plonger dans le livret et écouter avec davantage de curiosité.

Tournez-vous beaucoup ?
Puisque nous avons enregistré sur une durée de deux ans, nous avons dû mettre un peu le frein sur les concerts (à mon grand désarroi). Sinon, d’une manière générale, nous avons dû donner soixante concerts depuis la création du groupe.

… Où ?
Nous nous concentrons sur les salles de petite et moyenne capacité, mais nous aimons également participer à des projets originaux et jouer dans des festivals décalés. Nous organisons des mini-tournées dans le sud de l'Angleterre, dans le nord de la France ou en Belgique.

Avec quels groupes/musiciens/chanteurs êtes-vous amis ?
Mis à part des groupes collègues sur Lille et Paris, Baden Baden, Ace Out, Marvin Hood, Off Duty Clowns, nous sentons une vraie filiation avec les Hushpuppies. Ils nous ont montré que le rock en anglais et en France, c'est possible. Et avec Absynthe Minded. Pareil, mais pour la Belgique. Et nous sommes très fiers d’avoir partagé la scène avec ces deux groupes que nous considérons comme des grands frères. Ceci dit, nous nous sentons proche de tous les musiciens qui parviennent à mener leur barque entre vie professionnelle et musique omniprésente. De nombreux zicos amateurs arrivent à prouver qu’on peut être professionnel dans son attitude et son travail, et exercer un boulot, histoire de conserver l'aspect mystique de sa passion musicale.


Et maintenant, l’inévitable série de questions stupides. Votre meilleur souvenir de scène ?
La première partie d’Indochine au Mainsquaire Festival. Je me souviendrai toujours de ce premier coup de médiator, qui avait envoyé une énorme patate de saturation se réverbérer sur la grande place d’Arras. 10 000 personnes avaient tout-à-coup levé les bras en même temps !
Autre bon souvenir : le concert final de notre mini-tournée anglaise (sept dates). Le lieu où nous devions nous produire était un bar à hôtesses. Le public s'intéressait surtout au charme sauvage d’Émilie, notre batteuse, plutôt qu'à l’enivrante douceur de nos mélopées rock’n’rolliennes !

Votre pire souvenir ?
J’hésite entre deux souvenirs, là aussi. Ce bar de blues dunkerquois dont le tenancier m’avait conseillé, avec cette sagesse particulière à sa profession : "Arrête tout de suite le chant, tu n'as aucun avenir dans la musique !". Et ce concert devant un parterre de skinheads, période Blitzkrieg 1943. Ils avaient validé notre reprise de 'My Generation' en nous gratifiant d’un salut nazi…

La meilleure salle, club, festival où vous vous soyez produits ?
La scène la plus grande ? Le Mainsquare Festival d'Arras. La salle la plus belle ? Le Splendid à Lille…

La pire ?
J’aime énormément les cafés-concerts, mais j'en connais une paire dont je ne raterais pour rien au monde le changement de propriétaire !

Le meilleur concert auquel vous ayez assisté ?
Buena Vista Social Club à Mexico, en 2003. Un mois avant que Compay Segundo ne casse définitivement son cigare.

Le meilleur album du monde ?
Revolver, the Beatles. Electric Ladyland, Jimi Hendrix…

La plus belle chanson de tous les temps ?
'God Only knows', The Beach Boys. 'How To Disappear Completely And Never Be Found', Radiohead…

L'air qui vous vient machinalement à l'esprit…
'Single Lady', Beyonce… chez Auchan ! Ou 'Parklife' de Blur… mais autre part que chez Auchan !

Christian Casoni
Décembre 2011