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05/17
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Interview
THE ANGRY CATS


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BLUES THE ANGRY CATS





Seulement trois, mais ils sont animés par une énergie boostée à la nitroglycérine et dégagent une puissance de turboréacteur.
Voilà un band qui a la rage au cœur et la musique comme étendard. Fred Alpi nous en dit plus…

Blues Again : Qui sont les Angry Cats ?
blues Fred AlpiFred Alpi : Chris Gianorsi, batteur, est originaire de Nice, et a été marqué par les power trios des années 70, ce dont témoigne son jeu éruptif.
Tom Decaestecker, bassiste venu des Flandres, a commencé par jouer du blues, puis a écumé les scènes alternatives avant de parcourir l’Amérique du sud, ce qui l’a ouvert à d’autres sonorités et rythmes.
Fred Alpi, né en Suède, puis ayant habité à Amiens, Bruxelles et Berlin avant d’arriver à Paris, chanteur et guitariste, un parcours qui m’a fait passer par le punk-rock, la musique industrielle, la chanson française et le blues, et le rockabilly bien sûr.
Au départ, The Angry Cats ne devait être qu’un groupe de reprises de standards du rockabilly des années 50. L’idée était de passer de bons moments en explorant une musique que nous aimions tous bien écouter, mais que nous n’avions jamais joué jusque-là. Puis nous nous sommes mis à composer nos propres morceaux, mélange de rockabilly et d’autres musiques que nous avions joué auparavant dans nos projets respectifs. C’est pour ça qu’on y retrouve à la foisdes influences punk, blues et rock des années 70 notamment.
Le groupe existe depuis 2009, mais depuis 2011 sous sa forme actuelle. L’implication très importante de Chris (batterie) et Tom (basse) fait que le son du groupe est désormais le résultat d’un travail commun, et pas seulement de celui d’un leader accompagné. C’est ce qui constitue sa personnalité forte.

Pourquoi le choix de ce nom ?
C’est bien entendu une référence au Sabcat anarchiste, car notre musique n’exprime pas seulement des émotions musicales, mais aussi une vision du monde. Nous ne sommes pas un groupe militant, mais nous revendiquons des valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité, à la fois antiracistes, antisexistes et anticapitalistes. Ces valeurs nous semblent d’ailleurs souvent être celles du rock depuis ses origines. Cela nous permet d’avoir un public mixte et diversifié, avec lequel nous nous sentons en phase.

Comment s’est faite la rencontre entre vous ?
The Angry Cats était au départ un groupe de « loisir », dont le batteur et le bassiste de l’époque étaient déjà impliqués dans d’autres projets. Mais avec le développement important des activités du groupe, il a fallu trouver des musiciens prêts à s’y consacrer pleinement. C’est un peu par hasard que Chris et moi avons fait connaissance, par des réseaux de musiciens. Je connaissais en revanche Tom depuis longtemps, le savais disponible à ce moment-là, et lui a demandé de rejoindre le trio.

Comment définis-tu le style du trio ?
Nous jouons du rock’n’roll, avec toute la diversité que cela implique, sous forme d’un power trio, ce qui lui confère un aspect assez brut.

Quelles ont été vos influences ?
On pourrait décrire le son du groupe à celui que produirait la rencontre improbable entre The Stray Cats, The Clash et Led Zeppelin.
Nos références communes sont plus liées à des groupes qu’aux individus qui les constituent. Citons Led Zeppelin et Jimi Hendrix pour les plus anciens, ou Triggerfinger et Jon Spencer Blues Explosion pour des groupes plus récents.

Premier blues ou rock qui t’a marqué ?
Les premiers groupes rock que j’ai écoutés à 12 ans étaient Deep Purple, The Who, puis Led Zeppelin et Roxy Music, avant d’écouter du punk-rock. En termes de blues, c’est avant tout Jimi Hendrix que j’ai découvert à 15 ans dans le film Woodstock, puis Rory Gallagher, que j’ai d’ailleurs vu en concert quelques années plus tard, en 1982.

Où et quand avez-vous fait votre premier concert?
Notre premier concert a eu lieu à Paris, en 2009, à l’occasion de la sortie du livre Pirates De Tous Les Pays, de Marcus Rediker, que j’ai traduit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur quel genre de guitare joues-tu ?
Je joue principalement sur une Gretsch 6120, une guitare que j’adore depuis toujours à la fois pour sa sonorité, l’ergonomie de son manche et sa forme, très sensuelle. Pour les connaisseurs, c’est un modèle Duane Eddy, dont j’ai remplacé les micros d’origine par ceux - de type De Armond aussi - que fabrique Stéphane, de Hepcat Pickups. Mais je joue aussi sur d’autres guitares, notamment sur nos nouveaux morceaux, comme une Gibson SG, montée par Johann de Guitar Garage avec des P90 de chez Hepcat aussi, et un vibrato Bigsby. J’utilise aussi une guitare à résonateur, en slide, une Resogator de James Trussart. Ce sont donc toujours des guitares avec des sons très bruts, typés années 50/60 ou même plus anciens.

The Angry Cats : association communautaire ou entreprise professionnelle ?
Nous avons tous les trois une passion commune pour la musique jouée en concert, car le plaisir que nous partageons à la fois entre nous et avec le public est une sensation irremplaçable. Aucun d’entre nous n’est musicien professionnel, mais nous aimerions bien sûr pouvoir consacrer beaucoup plus de temps à la musique. Cela n’est pas simple et demande à tous des efforts considérables. Nous sommes très loin d’être une entreprise professionnelle, mais nous essayons de nous organiser au mieux pour jouer dans de bonnes conditions. C’est tout simplement pour pouvoir donner le meilleur de nous-mêmes. Il est de plus en plus difficile de trouver un équilibre entre l’amateurisme qui souvent tue les groupes par manque de perspectives, et une professionnalisation qui peut étouffer leur âme.

Répétez-vous beaucoup, ou y a-t-il une telle osmose entre vous que cela n’est pas trop nécessaire ?
Même si nous avons vite compris que nous nous complétions particulièrement bien, l’osmose ne naît pas de nulle part, et demande à être entretenue, renouvelée et enrichie. Nous faisons pour cela des répétitions assez longues, au cours desquelles nous prenons aussi le temps de discuter, d’écouter de la musique et de rigoler. C’est une véritable aventure humaine, au-delà de la musique que nous jouons ensemble, et nous sommes très attachés à cette complicité. Nous nous voyons également en dehors des répétitions, pour partager de bons moments et discuter de tous les sujets possibles. Nous avons depuis quelques années construit une belle relation de confiance et de curiosité mutuelles.

Parle-nous du dernier CD ‘Rock'n'riot In Town’, les compositions, etc…
Nous avons pour l’instant fait le choix de sortir des EP à intervalles réguliers, et Rock’n’Riot in Town est notre second. C’est un cinq titres, qui reflète bien l’évolution du son du groupe depuis le premier EP, sorti en 2012.
Fly Away From The Nightmare’, un morceau très tendu, est inspiré de l’histoire de Joe Stack, un américain qui a compris que le rêve qu’on lui avait promis était en réalité un cauchemar. ‘You Won’t Ever Sail Home’ avec sa rythmique à la Bo Diddley, parle de ces rencontres sexuelles qui peuvent changer une vie.
Rock’n’Riot In Town’, qui flirte avec le punk-rock, vient nous rappeler que le rock sans la révolte ne serait qu’une musique de danse et de divertissement, alors qu’elle a toujours accompagné ou suscité des remises en question de l’ordre établi, qu’il soit social, sexuel ou racial.
‘The Main Enemy’, au swing langoureux, nous interroge sur ces conditionnements souvent restrictifs qui influencent nos comportements et notre identité.
He Who Laughs Best Laughs Last’, un titre aux influences nettement country, voire irlandaises, nous rappelle qu’il est bien bon de rire en évoquant certains rebelles rencontrés autrefois, tout aussi provisoires qu’arrogants, et aujourd’hui servilement rentrés dans le rang.
Les cinq titres ont été enregistrés à Paris, au Studio Garage, par Tristan Mazire, qui avait déjà enregistré notre premier EP. Ce dernier a mixé celu i-ci à Londres, puis le tout a été masterisé à New York par Drew Cappotto, de Vérité Sound Studio, à qui nous avions déjà confié le mastering de notre précédent EP. Notre distributeur ne distribuant que des albums, nos productions actuelles ne sont disponibles que lors des concerts, ou par correspondance sur notre site dédié à la VPC (http://theangrycats.bandcamp.com). Tous nos titres sont toutefois présents sur toutes les plateformes de téléchargement.

Combien de concerts par an ?
Nous faisons actuellement une trentaine de concerts par an, en France, en Allemagne et en Suisse. Nous aimerions tourner beaucoup plus, notamment hors de l’hexagone.

Souvenirs de scène…
Il est difficile de ne pas évoquer notre premier concert à Olympia, le 8 novembre 2014, en première partie d’Imelda May. Vous pouvez imaginer le trac qui était le nôtre avant de jouer, et l’immense plaisir ressenti durant ce concert. Nous avons pu nous exprimer pleinement et avons été très bien accueillis par le public. Ça nous donne encore plus envie de jouer sur des scènes bien équipées, même si nous aimons aussi beaucoup jouer dans des bars, en raison de la proximité avec le public.
Mais il n’y a pas que des bons souvenirs. Une fois, suite à une erreur de programmation, nous nous sommes retrouvés à jouer dans un festival de country où le public, déguisé façon cow-boys, était constitué de clubs de danse venus danser le Madison. Nous ne nous sommes vraiment pas sentis à notre place, c’était assez déplaisant, même si une partie du public a été réceptive.

Et puis il y a sûrement eu des rencontres au fil des ans…
Les plus belles rencontres sont celles que nous avons faites avec des personnes avec qui nous travaillons. Même si nous nous connaissions depuis longtemps (Tom et lui jouaient ensemble auparavant), je pense plus particulièrement à Tristan, qui est à la fois notre ingénieur du son et notre réalisateur vidéo. Outre que c’est une personne avec qui nous nous entendons très bien sur le plan humain, il nous aide véritablement à nous révéler à la fois musicalement, mais aussi dans tout ce que le groupe a à exprimer, comme dans les clips par exemple. Un groupe, c’est un univers, et pas seulement de la musique. C’est une grande chance de rencontrer une personne comme lui, qui parvient à nous faire sortir de nous-mêmes, de nos routines, et à progresser. Jean Fabien, notre photographe, nous aide également beaucoup à traduire en photos ce que nous sommes en tant que groupe et en tant qu’individus. Nous trouvons que ses portraits en sont un témoignage particulièrement réussi.

Quels sont les projets du groupe pour les mois à venir ?
Nous travaillons actuellement à la réalisation de notre premier album. Nous allons faire un peu moins de concerts dans les mois qui viennent afin de pouvoir y consacrer le temps nécessaire.

Quels sont tes hobbies en dehors de la musique ?
La musique est plus qu’un hobby, c’est une des activités qui me procure le plus de plaisir dans la vie, mais qui donne aussi un sens à celle-ci. J’ai la chance que l’autre activité qui structure mon existence soit aussi mon métier. Je pratique le Kung Fu et le Qi Gong depuis plus de trente-cinq ans, comme la musique, et je l’enseigne depuis une vingtaine d’années. En plus de me donner une vision du monde dont la perspective est une harmonie entre la pensée et les actes - ou entre le corps et l’esprit pour le dire autrement – cela me permet d’être à la fois physiquement et moralement en forme, condition indispensable selon moi pour jouer du rock’n’roll le plus longtemps possible, avec le plus de plaisir possible.

Derniers coups de cœur musicaux ?
Bror Gunnar Jansson, un Suédois qui joue du blues très roots, dont j’apprécie le côté minimaliste. Il renouvelle vraiment le genre.

Pour le groupe, quel serait le rêve le plus fou ?
Tout simplement pouvoir consacrer plus de temps à faire de la musique, notamment en concert.

Le mot de la fin…
Le rock’n’roll n’est jamais aussi vivant et intéressant que lorsqu’il s’enrichit et se renouvelle grâce à des influences extérieures. L’académisme et la nostalgie sont - plus encore que pour d’autres types de musique - ses pires ennemis, car cela l’enferme dans un musée aussi poussiéreux qu’artificiel. Cette vision étriquée mythifie souvent un passé qui n’a en réalité jamais existé sous la forme folklorique et artificielle que certains lui donnent parfois. Le rock’n’roll est depuis ses origines une musique organique, qui ne vit que par le mouvement, la curiosité et l’interaction avec son époque. C’est selon moi en étant fidèle à cet esprit qu’on lui rend le meilleur hommage, et qu’on le fait exister réellement.

Gilles Blampain – novembre 2014
  Photos Jean Fabien

www.theangrycats.com