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Interview
STEVE GUYGER
Quand on joue, c’est comme une addiction


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Il vient de Philadelphie, mais balance un blues solidement ancré dans la tradition de Chicago. Avec son harmonica, il sait être tour à tour vif, hargneux et accrocheur ou tendre et suave et sa voix profonde sait charmer et capter son auditoire. Depuis 40 ans qu’il est dans le circuit, il est reconnu par ses pairs comme l’un des meilleurs instrumentistes de sa génération.

Blues Again : Qui es-tu Steve Guyger ?
Steve Guyger : Je viens de Philadelphie, ville où j’ai grandi et où j’habite encore, dans le nord de l’agglomération. J’ai découvert l’harmonica vers l’âge de 16 ou 17 ans quand ma belle-sœur m’en a offert un et ça m’a tout de suite plu. Je n’ai pas pris de cours au conservatoire, j’ai été à l’école de la rue. J’ai regardé et écouté, à gauche et à droite, ce que faisaient les autres gars.

Zone de Texte:En dehors de l’harmonica joues-tu d’autres instruments ?
Je joue un peu de basse et de guitare, mais pas trop, et pas sur scène.

Il y avait des musiciens dans ta famille ?
Pas vraiment, à part un oncle du côté de ma mère qui jouait un peu de piano.

Et quel genre de musique écoutais-tu dans tes jeunes années ?
Essentiellement rhythm’n’blues, rock’n’roll et doo wop.

Comment le blues t’a-t-il accroché ?
Je ne sais pas ça c’est fait comme ça, j’ai gravité autour. Le premier blues que j’ai entendu c’était à la télé. BB King sur la scène du Newport Jazz & Blues festival, dans les sixties, avec T. Bone Walker à la deuxième guitare. J’ai revu le film 30 ans plus tard et c’est là que je me suis aperçu que c’était T. Bone l’autre guitariste, à l’époque je n’en savais rien. C’était à l’occasion d’un anniversaire de BB King. Pour une première approche du blues, ce n’était pas si mal je pense.

Quelles ont été tes influences à tes débuts ?
Oh, au tout début, des gars du coin. Après, il y a eu les premiers vrais harmonicistes que j’ai pu voir quand ils passaient près de chez moi, comme James Cotton ou Sonny Terry. J’ai aussi pu voir l’orchestre de Willie Dixon avec Carey Bell. Avec Carey, nous nous sommes rencontrés en 1973 et nous sommes rapidement devenus amis, une amitié qui a duré jusqu’à sa mort. Il y a eu aussi Howlin’ Wolf qui était super. Je suis devenu pote avec tous les gars de son band. Je dois dire qu’au niveau technique, j’ai fait un grand pas en avant quand j’ai rencontré Paul Oscher.

Si tu devais citer trois harmonicistes qui ont ta préférence, qui seraient-ils ?
Sans hésiter, en premier ce serait Little Walter. En deuxième, il y aurait John Lee Williamson, le premier Sonny Boy et puis en troisième, probablement Rice Miller le deuxième Sonny Boy. De superbes musiciens !

On peut dire que Philadelphie a été le berceau d’une certaine soul dans les 60’s avec Billy Paul, bien plus tard la ville a donné le jour au gangsta rap. Que peut-on dire du blues et de Philadelphie ?
Pas grand chose. Il n’y a jamais eu beaucoup de blues à Philadelphie. Effectivement la ville a connu différentes vagues musicales, il y a eu le doo wop dans les années 50 et puis le rock’n’roll, le twist au début des années 60 avec Chubby Checker, il y a eu aussi le rhythm’n ’blues, mais le blues c’est comme une société secrète, on ne le voit pas beaucoup. Il n’y a pas beaucoup de clubs de blues à Philadelphie et je ne joue jamais dans ma ville. La dernière fois que j’ai joué là-bas c’était il a y deux ans  à l’occasion d’un blues marathon organisé pour le premier de l’an où on a joué durant 6 à 8 heures.

Tu as joué près de 14 ans avec Jimmy Rogers…
Cela a été une très belle expérience qui a commencé en 1980. Je jouais avec Jimmy quand il était aux USA. Je ne suis venu qu’une seule fois en Europe avec lui. C’était un mec super, gentil et toujours prêt à faire des blagues. J’ai passé beaucoup de bon temps avec lui, il a été le premier avec qui je suis parti en tournée et j’ai même vécu chez lui un moment. On était copain, j’avais l’habitude le lui apporter des légumes de mon potager et avec sa femme Dorothy on s’échangeait des graines et on parlait jardinage. J’ai beaucoup appris aux côtés de Jimmy.

A part Jimmy Rogers, tu as dû rencontrer pas mal de pointures dans le monde de la musique…
Oui en effet, mais la liste est longue: Floyd Jones, Smokey Smothers, Big Walter Horton, Good Rockin’ Charles, Sunnyland Slim, Eddie Taylor…il y en a eu tellement.

Quand Jimmy Rogers est mort fin 1997 tu as décidé de devenir band leader. Etait-ce un vieux rêve qui devenait réalité ?                 
Non, car au début des années 70 j’avais déjà été à la tête d’un orchestre, mais quand Jimmy m’a proposé d’intégrer son groupe, je n’ai pas refusé une telle opportunité. 

Ça fait combien de temps au juste que tu es musicien ?
Ça fait 40 ans. J’ai du faire 6, 7 ou disques, je ne sais pas exactement. Ce qui est assez peu en fait, car je n’ai pas enregistré très tôt.

Combien de concerts fais-tu par an ?
Je dois faire environ 150 à 200 concerts chaque année. Ce qui veut dire que je joue trois ou quatre soirs par semaine.

Zone de Texte:  Quel ton meilleur souvenir depuis toutes ces années ?
C’était lors de mes débuts avec Jimmy, on tournait beaucoup sur la côte Est. C’était la belle époque, on était comme père et fils. Un soir on donnait un concert du côté de Boston, il y avait Koko Taylor et Jerry Portnoy dans la salle. Jimmy se  place devant moi me dit : « Donne-moi un Mi ». Je fais donc un Mi, « Allez, vas-y tape dedans on va faire un shuffle à la manière de Big Walter ». J’attaque et Jimmy me dit : «Tu vas trop vite », mais il ne se démonte pas, il joue un peu plus fort et chante dans le micro pour couvrir ce que je fais et reprend la main en tant que leader le temps que je retrouve le bon tempo. Il aurait pu tirer la couverture à lui, mais il m’a vite rendu la main quand je me suis recalé sur le bon rythme. J’ai trouvé ça cool de sa part.

Et le pire ?
Toujours avec Jimmy, une tournée en hiver, en décembre1981, il devait faire 6 en-dessous de zéro. Il n’y avait pas de chauffage dans le van dans lequel on se déplaçait. T’imagines, on se pelait vraiment. C’était la première fois que je voyais le Mississippi et il était gelé, ce qui est rare. Il a fallu que je revienne aux beaux jours pour voir la puissance du débit du fleuve.

Comment composes-tu ? Au volant, en répétition, sous la douche ?
Oh, n’importe où. Je n’ai pas d’a priori pour composer. Les mots viennent comme ça, la musique aussi. A table, au volant, en balade, en studio…

Quel but cherches-tu à atteindre avec ta musique ?
Que tout le monde soit connecté sur la même longueur d’ondes et là c’est super. Même si le projecteur est sur moi, il faut que le groupe ne fasse qu’un. Quand on joue, c’est comme une addiction, c’est dans la tête, c’est dans le sang, tout ce qui est en toi, ce que tu as fait dans la journée, tout ce que tu as appris ressort dans la musique.

Philadelphie est jumelée avec Aix en Provence, connais-tu cette ville ?
Ma foi, non, je n’avais même pas connaissance de ce jumelage. Peut-être que Benjamin Franklin, le grand homme de Philadelphie y est allé. Tiens, à ce propos, savez-vous que Franklin en plus d’être diplomate était aussi un inventeur, il a inventé le glassharmonica.

Merci pour l’info. En dehors de la musique quels sont tes hobbies ?
J’aime bien me promener dans les bois avec mon chien. Un peu de sport aussi, j’aime bien jouer au football mais pas le football américain, le soccer.

Qu’est-ce qui te plaît en France ?
J’ai pu apprécier différents plats de la cuisine française, j’ai aimé les pâtisseries aussi. Moi qui aime bien renconter les gens, j’ai croisé des personnes sympas, très chaleureuses. J’aime bien aussi les librairies, j’en ai vu beaucoup ici.

Gilles Blampain

www.steveguyger.com/

 

Zone de Texte:  Discographie sélective:
Past Life Blues: Severn Records
New Frontier Lover: (avec Roy Gaines) Severn

I’ll Be Your Mule: (avec Steve Freund) Delmark
Live @ Dinosaur BBQ : Horseplay Records
Last Train To Dover: Bluesleaf Records
Living Legends: (avec Paul Oscher) Bluesleaf Records
Knockin’ On Devil’s Door : (avec Paul Oscher) Vice Roots Rec.
Blues @ 5 Burro Café : (avec Paul Oscher) Mo-Jo Prod.
Two Sides Of A Heart: (avec Tino Gonzales) Remedy
Radio Blues: Severn