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04/17
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Interview
SHAGGY DOGS


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Auteurs de l’excellent
'Bababoomba' les Shaggy Dogs sont enfin de retour ! Conversation avec Red le chanteur/harmoniciste.Il prend le temps de s'ouvrir une Orval  "Mon frère vit à Bruxelles, il m'en a ramené l'autre jour... C'est une de mes bières préférées".

En 2011, il nous présentait le band : http://www.bluesagain.com/p_interviews/Shaggy%20Dogs.html

Blues Again : 2015, vous sortez 'Bababoomba' : est-ce que ça vaut encore la peine de sortir des albums, en pleine crise du disque ?
Red : Déjà c'est un besoin, le besoin d'immortaliser les choses. Je pense que c'est pareil  pour quelqu'un qui écrit... Le numérique shaggy dogsc'est bien, mais... Si aujourd'hui j'avais vingt ans je te répondrais probablement autre chose. Mais vu nos ‘vieux âges’, on reste attaché à l'objet, le 33 tours tu sais ce que ça veut dire... On s'attache à faire de beaux digipacks, pour avoir un bel objet entre les mains. Et d'un point de vue plus commercial, aujourd'hui une sortie reste importante, même si tu n'en vends plus beaucoup en magasin. Malgré tout on est dans un pays où les gens restent attachés à un disque qui sort dans les bacs, les journalistes ne vont le chroniquer que si derrière le disque il y a un code barre, qui indique que tu es distribué en magasin. C'est différent dans les autres pays, mais en France, surtout dans la scène rock'n'roll/blues,  si tu envoies un album sans code barre, on ne te considère pas de la même manière. On traverse des pays où les journalistes chroniquent un album avec ou sans code barre, pour eux ce n'est pas un problème. Chez nous, on est très attaché à ça. Donc aujourd'hui si tu veux exister et avoir de la promo, si tu veux qu'on parle de ton groupe, il faut que tu existes à travers un ‘produit’, et si tu veux être sur le devant de la scène, intéresser des clubs, des festivals, il faut dire qu'il y a une nouveauté, et qu'elle soit relayée par les medias. On peut le déplorer, mais c'est ainsi. On a compris depuis longtemps qu'en fait le disque, ça représente entre 5 et 10 % de l'histoire, tout le reste c'est du blabla, de la com', mais c'est ça qui te permet de continuer à jouer. L'éternel artiste qui ne se revendique qu'artiste et qui ne veut pas aborder tout l'aspect mercantile, ben il ne joue pas... Alors il prend le statut d'artiste maudit. Nous on n'a pas envie d'être des artistes maudits, on fait de la musique avant tout pour la jouer, pour les gens et pour rester avec les gens. Donc on a besoin régulièrement d'avoir un nouveau disque. Et en même temps bien sûr c'est le plaisir d'immortaliser les chansons.  

Le premier morceau de l'album, c’est donc "Fiesta Blues’n’Roll", histoire de définir votre style et de montrer que ça ne se limite pas au pub rock. Ça ne vous énerve pas, le fait que beaucoup de critiques vous cantonnent encore à ça?
Le pub rock, on ne va pas le renier, on vient de là et on aime tous ça, donc il n'y a pas de souci, par contre c'est extrêmement réducteur puisqu'on est un peu touche à tout, on joue des musiques très cousines entre elles, mais on aime plein de choses. C'est vrai que  très longtemps on nous a qualifiés de Dr Feelgood français, et c'est fatiguant. Au départ on est fier, et puis après c'est dur de s'en détacher.

C'est clair, ça ne se limite pas à ça...
Oui, et on a la réputation d'être un groupe de scène festif, dans le sens où on aime faire la fête avec les gens, passer un bon moment, rentrer en interaction avec le public. Et si on résume notre musique, c'est un mélange de blues,  de rhythm’n’blues, de rock'n'roll, de rockabilly... Donc on s'est dit voilà, Fiesta Blues'n'Roll, c'est des mots qui nous définissent. Une personne qui ne nous connaît pas peut déjà se projeter avec ces trois mots. Fête, blues et rock'n'roll, ça résume bien.
shaggy dogs

Parce que j'imagine que vous n'avez pas tous les mêmes goûts musicaux.
Non. Le batteur a  un background très blues, c'est vraiment le plus blues de nous quatre. Le guitariste est assez puriste, il reste très attaché aux groupes des années 70, c'est un fan de Led Zeppelin, de Jeff Beck. C'est le plus intégriste, c'est quelqu'un qui reste attaché aux fondements de la musique : un jack, une guitare, un ampli. Pas de pédales, tout dans les doigts. C'est l'anti guitar hero, ceux qu'on a aujourd'hui avec plein de pédales et des solos en veux-tu en voilà... Le bassiste a plutôt un background qui vient du funk des années 70, en même temps il a écouté pas mal de hard rock, il a grandi avec AC/DC... Tu vois le film 'Let There Be Rock' d'AC/DC ? Il est dans le film, il a quatorze ans, il est au premier rang avec un T Shirt Motorhead. Pour ma part, j'écoute beaucoup de choses, je suis un éternel découvreur. J'aime tout ce qui est garage, le garage sixties surtout. On a tous des influences différentes, que tu retrouves dans la musique.

Ce qui est intéressant aussi, c’est qu’à côté de ce côté festif, qu’on retrouve aussi dans les clips, les textes sont, on ne va pas dire engagés, mais concernés
Oui, je te rejoins, ce ne sont pas des textes engagés, mais il y a toujours une trame sociale. Après ça reste attaché à cette musique, le pub rock est né dans le milieu ouvrier. Voilà, on sait où on vote, notre cœur balance à gauche. On est très clairs là-dessus, on ne jouera jamais pour le FN. Tout ce qui est de nature fasciste, on le combattra toujours. On ne fait pas pour autant de la politique, on n'est pas un groupe engagé au sens politique, mais on a des convictions. On travaille tous les quatre dans le social, c'est donc un sujet auquel on est sensible. On est conscient qu'on ne va pas révolutionner le monde, après si on peut faire passer des messages, ça nous va. Si les anglophones parviennent à le percevoir, c'est bien.     

Vous faites appel à un parolier extérieur
En fait c'est une histoire d'amitié et de rencontre. Le parolier, c'est quelqu'un qu'on a rencontré sur un festival, dont il est programmateur et président de l'association qui l'organise, le Buis Blues Festival, dans le Limousin, près de Limoges. On y a joué en 2009, c'est un festival atypique, où il y a une âme, un truc qui se passe pendant les troisshaggy dogs jours de festival. Quand on y est allé, ce n'était encore qu'une journée. Donc c'est sur le Buis et d'autres villages avoisinants, et c'est magique. C'est une équipe de 120 bénévoles, et on est trois membres du groupe à y descendre tous les ans depuis 2009, pour travailler bénévolement avec l'équipe. Et donc Laurent Bourdier, notre parolier et programmateur du festival, est enseignant en anglais à Limoges, et c'est un fan de musique comme nous. Moi je parle correctement l'anglais, mais je ne suis pas bilingue pour autant. Laurent s'est pris au jeu, au départ sur un texte, ça m'a bien plu et on a continué. C'est devenu un ami, parmi les quelques amis qui me sont le plus chers. On se comprend sans se parler, il y a une vraie complicité entre nous. Il arrive vraiment à mettre en mots ce que j'ai dans la tête. Je vais te faire une confession, je suis un peu feignant, et lui il a presque l'écriture automatique, il écrit les textes très rapidement. Souvent je lui donne la thématique, parfois juste des mots, parfois j'ai déjà le refrain, ou une phrase que j'ai envie de placer absolument, et il construit autour. Ou bien c'est juste des sensations, je lui dis que je sens un truc autour de ça, je lui demande ce qu'il en pense. Il fait un premier jet, et puis on revoit les choses ensemble. Souvent on fonctionne de cette manière-là : on construit la musique, je pose une mélodie de voix, en yaourt, et il écrit le texte à partir de là.

Revenons au nouvel album... Pour la production, vous faites à nouveau appel à Al Scott. Comment l’avez-vous recruté ?
C'est notre troisième album avec lui. On l'a rencontré tout simplement, en fait. Après le live, on a fait notre premier album de compos, on l'a enregistré en France avec un ingénieur du son, mais on voulait un vrai producteur. Moi, parallèlement à ma vie professionnelle, j'ai notamment accompagné Jesus Volt, et avec eux, j'ai travaillé avec des producteurs étrangers. J'ai vite compris que l'apport d'un producteur artistique, étranger ou pas, peu importe, permettait de transcender la musique. Rien ne sert d'avoir le meilleur studio du monde, ou le meilleur ingénieur du son, ce qui compte c'est quelqu'un qui apporte des idées, et qui ait le final cut. Dans le groupe chacun a ses idées, pas facile de trancher. Alors j'ai rapidement suggéré que ce serait bien d'avoir quelqu'un d'extérieur qui puisse prendre les décisions. En fait on a retourné nos pochettes de disques, tous ceux qu'on aimait, on a sollicité des tas de gens. Al Scott nous intéressait parce qu'il avait travaillé avec beaucoup de gens qu'on aime, comme Joe Strummer, Johnny Thunders, The Levellers, Dogs d'Amour.... Donc on l'a contacté, tout simplement, par la magie du net. Je lui ai envoyé une démo, ça l'a fait marrer, il a dit « Tiens, pourquoi pas ? ». Fin des années 80, il avait déjà travaillé avec un groupe français, les Thugs. Et voilà, il est venu en France enregistrer avec nous, il est reparti dans son studio en Angleterre avec les bandes, il a fait tout le travail de mix et de production. Quelque chose est né avec cet album, une vraie amitié, et puis on est reparti sur le deuxième. Pour le troisième, on s'est dit qu'on avait envie de continuer avec lui. Je ne suis pas sûr que le prochain se fera encore avec lui, mais à chaque fois il nous a apporté un plus. C'est quelqu'un de très bien humainement, qui a compris exactement ce qu'on voulait faire, et à chaque fois il a  transcendé notre musique. Sauf que cette fois, il n'était pas disponible pour venir faire l'enregistrement ici, alors il nous a conseillé un de ses potes, Jake Rousham, qui a fait notamment le dernier Wilko Johnson, avec Daltrey. Quand on a vu ça, on s'est dit : « Woaw ! La classe ! »

Jake Rousham, qui a récemment travaillé avec les Strypes, aussi…
Oui, les Strypes, et puis Marianne Faithfull, Paul McCartney. Par contre, il est extrêmement exigeant. Il nous a poussés dans nos retranchements. Il nous a vite jaugésshaggy dogs, pour voir de quoi on était capable. Il a vu nos lacunes aussi, et je pense qu'il a retiré de nous le maximum. Aujourd'hui, je crois que si un groupe veut se démarquer, il doit faire la même démarche : prends les disques que tu aimes, retourne-les, regarde qui a travaillé dessus, et contacte ces gens-là, si c'est le son que tu veux avoir. Parce que c'est compliqué de rentrer en studio et décrire le son que tu cherches. Le gars peut comprendre, mais comme il ne l'a pas fait, le résultat est souvent loin des attentes. Autant aller voir la personne qui a créé le son. Pour l'anecdote, on avait approché un Belge, Monsieur Paul, le bassiste de Triggerfinger. On est allé assez loin dans la négociation, mais ça n'a pas pu se mettre en place.  On l'a approché au moment où il montait son groupe, et quand leur premier album est sorti, ça a été un vrai succès, il n'a plus eu le temps de travailler avec nous. Mais j'aurais bien aimé travailler avec ce gars-là, parce qu'il a fait plein de choses, il a une superbe oreille, et tout ce qu'il a produit en Belgique, c'est vraiment d'enfer

Le prochain, peut-être...
Non je ne crois pas, parce qu'aujourd'hui ses tarifs ont fort augmenté, et financièrement il devient inabordable !

C’est toujours du « live en studio » ?
Toujours. On joue à quatre, on enregistre tout à quatre, ensuite je refais une partie des voix, on ajoute les chœurs et puis derrière, on met les musiciens additionnels. On joue toujours en live, notre musique c'est une musique live. De toute façon on ne saurait pas faire autrement, on n'est pas des lecteurs, dans le sens où tu mettrais une partition, chacun jouerait sa partie, sans personne autour de lui. C'est une aventure humaine à quatre, ce n'est pas chacun dans une boîte.

Est-ce qu'on peut dire que l’album est différent du précédent ?
Je ne sais pas s'il est différent. Le son, un peu, et puis on a encore diversifié les couleurs, mais bon ça reste du Shaggy Dogs... Il est peut-être un peu moins blues que le précédent, mais ça reste dans la continuité de ce qu'on a pu faire avant. L'autre jour, quelqu'un nous disait qu'on terminait un triptyque, et c'est vrai qu'il y a une suite logique. On est aussi dans la continuité parce qu'on a travaillé avec le même graphiste, qui a un univers bien particulier. Mais différent, pas vraiment. On n'a rien révolutionné, c'est plutôt une évolution naturelle.

Vous repartez en tournée ? Je n'ai rien vu sur votre site…
On garde les dates secrètes ! (rires). Non, rien dans l'immédiat, mais on repart en tournée en janvier. On va jouer le 28 janvier au New Morning à Paris pour une grosse soirée, une grosse fiesta Blues'n'Roll avec d'autres artistes, et puis on repart sur la route.  On sera aussi le 20 février à Tielt, en Belgique. On joue souvent au Bénélux (Belgique/Pays-Bas/Luxembourg) on a fait beaucoup de dates, on aime beaucoup y jouer. En 2015 on a fait une pause, mais en 2014 on a fait plus de 50 dates, dont la moitié au Bénélux.

Marc Jansen – octobre 2015

http://www.shaggy-dogs.com/

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