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06/19
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Interview
ROSEMUD


KING KONG BLUES
king kong blues
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Le band traque toutes les nuances du blues et les fait apparaître là où ne les entendait pas. Rencontre avec le leader du trio.
   

Blues Again : Quel est ton parcours ?
Jeff Marschalle : J’ai grandi en Normandie dans la baie du Mont Saint Michel, après quelques années de vadrouille je me suis installé à Pblues rosemudoitiers en 1990. La qualité de vie, la richesse culturelle et la position centrale de cette moyenne ville m’ont convaincu d’en faire mon port d’attache.
Je suis passionné par la philosophie et la psychologie, que j’ai brièvement étudiées à la fac. Mon enfance dans la baie du Mont Saint Michel a fait de moi un grand amoureux de la nature ou j’aime flâner avec mon chien.
Je suis guitariste et chanteur, mais c’est la guitare qui m’a kidnappé dès mes 4 ans, cet instrument m’a toujours fasciné. J’ai dû attendre mes 7 ans pour en avoir une et mes 11 ans pour prendre mes premiers cours. J’ai donc une approche autodidacte de l’instrument, car je n’ai bien évidemment pas attendu de prendre des cours pour jouer. J’ai tout de même pris des cours pendant 4 ans avec un guitariste/ébéniste musicien de bal. Très enrichissant mais pas très académique, ce type m’a surtout donné les bases pour continuer seul, il m’a appris à écouter, à travailler, puis m’a fait découvrir la scène et la vie de musiciens, grâce à lui ce qui jusqu’ici n’était qu’un rêve devenait possible.

Comment et quand le trio est-il né ?
J’ai joué avec Patrice Joubert, le bassiste, dans mon premier groupe il y a une vingtaine d’années, à l’époque nous avions fait quelques bœufs avec son frère Hervé à la batterie et j’en avais gardé de très bons souvenirs. En 2016 j’ai eu envie de me remettre au blues-rock de mes débuts, de remonter un trio, parce que j’adore ça et que ça faisait plusieurs années que je jouais dans des formations plus fournies. J’avais donc besoin d’une section rythmique solide, des musiciens complices, habitués à jouer ensemble, quoi de mieux que deux frères ? J’ai donc tout naturellement pensé à eux. Nous avions tous les 3 envie de partager notre amour du blues, mais d’une manière originale et grand public, c’est en lisant un article sur Willie Dixon que l’idée m’est venue de réorchestrer des tubes pour prouver leur filiation directe avec le blues, le challenge est excitant et c’est en plus un bon prétexte pour faire des conneries, ça les a tout de suite séduits.

Vous êtes donc complices depuis longtemps…
Il y a une vingtaine d’années, je venais juste de virer un bassiste qui considérait qu’un bon groupe répétait sur scène, un gars bien plus intéressé par les filles que par la basse. Je cherchais donc un autre bassiste, j’ai rencontré Patrice, je crois bien que c’est le batteur avec qui je jouais à l’époque qui me l’a présenté. Le courant est tout de suite passé et comme son frère était déjà batteur nous tapions le bœuf quand il passait dans le coin. A la fin des années 90 le trio s’est arrêté, mais nous avons toujours gardé le contact. En 2016 j’ai proposé à Patrice de reformer un trio, mais cette fois avec son frère Hervé à la batterie.

D’où vient ce nom, Rosemud ?
Ah le nom… Il en faut un, on avait pensé à Mud dans un premier temps, en référence à Muddy Waters, vu qu’on donne plutôt dans le blues électrique, mais bien sûr nous n’étions pas les premiers à y avoir pensé. On a donc collé un tas de trucs à Mud pour voir ce que ça donnait, puis on est tombé sur Rosemud, une fleur qui existe vraiment et qui pousse dans la boue, l’association improbable de la rose et de la boue nous a tout de suite séduit, on avait notre nom.

Premier blues ou rock entendu ? 
Ma mère avait deux 45 tours d’Elvis que j’aimais bien, mon grand frère écoutait Trust, puis en 1980 je suis tombé sur les Stray Cats et là j’ai voulu devenir Brian Setzer.

Quelles ont été vos principales influences ?
Le blues au sens large reste mon influence principale et mon premier amour, mais je suis particulièrement infidèle, en musique bien sûr. Après avoir trainé mes oreilles un peu partout c’est finalement Brel, Pink Floyd et Zappa qui m’ont laissé le plus de traces, et pour le blues Muddy Waters.
blues rosemud
3 ou 4 musiciens ou chanteurs de référence, qui font l’unanimité dans le groupe ?
Pour un trio, ce qui est notre cas, Hendrix reste la référence absolue, Police est incontournable, ils sont juste monstrueux. Brel fait également l’unanimité, c’est une référence en termes d’interprétation et il est finalement assez blues dans le fond, même si la forme en est assez éloignée. Et bien sûr Mylène Farmer parce que ça fait longtemps que je n’ai pas dit de conneries et ça me manque.

En revendiquant Willie Dixon (The Blues Are The Roots…) comme Johnny Hallyday (Toute La Musique Que J’aime…) vous traquez le blues là où on ne l’attend pas. Est-ce une idée fixe ?
Pas vraiment, le blues a tellement influencé mon jeu de guitare, que cette couleur se retrouve dans tout ce que je joue, quel que soit le style, en fait je ne peux pas m’en empêcher. Avec Rosemud je m’amuse de cette tendance en la poussant à fond, tout devient pentatonique, je vois du I/IV/V partout, et puis c’est légitime car je pense sincèrement que Willie Dixon avait vu juste, c’est dans les gènes de la musique populaire d’une manière générale, même s’il faut parfois gratter un peu.

Qu’est-ce qui détermine une réinterprétation de Tchaïkovsky, Mylène Farmer, David Bowie, Claude François, Edith Piaf ou Police ? Le déclic, le choix…
D’abord il y a la volonté d’être le plus exhaustif possible, pour que la démonstration soit plus probante il nous faut des morceaux de styles très variés et si possible assez éloignés du blues dans leur version originale. Ensuite idéalement il faut couvrir plus d’un siècle, de 1880 à aujourd’hui, alors je vous l’accorde on a fait l’impasse sur la première moitié du XXème siècle, mais surtout parce qu’on voulait que le public connaisse les morceaux et de cette époque il ne reste pas grand-chose dans la mémoire collective. Donc on est parti du Lac des Cygnes, 1880, aussi parce que je tenais à avoir un morceau de classique, puis on est passé aux années 50 en essayant d’avoir au moins un tube par décennie jusqu’à aujourd’hui. Voilà pour le principe, sachant que le spectacle dure 1H40 évidemment il ne peut pas être exhaustif, mais c’est une idée que nous avons gardée en tête. Maintenant pour les morceaux c’est un savant mélange de conneries et de chefs-d’œuvre, parce qu’on voulait que le spectacle soit ludique et plein de second degré, certains ont demandé beaucoup de travail comme ‘I Like To Move It Move It’, et d’autres étaient évidents comme ‘Ces Gens-là’ de Brel ou encore plus bizarrement ‘Libertine’ de Mylène Farmer qui se trouve être construit sur une grille de blues.

Où et quand avez-vous fait votre premier concert ? blues rosemud
Rosemud a vu le jour en novembre 2016 à un concert hommage à un ami musicien décédé prématurément. La sortie officielle du spectacle était le 15 avril 2017 à la salle R2B près de Poitiers

Quelle a été votre plus belle expérience sur scène ?
On a joué dans un casino aux Sables d’Olonne juste avant un show de Chippendales, ce n’était pas la plus belle mais on s’est bien marré. Chaque concert est unique le retour du public est énorme à chaque fois, ils connaissent tous les morceaux, se marrent et chantent avec nous, je ne saurais y mettre une hiérarchie, si ce n’est que le meilleur concert c’est toujours celui qu’on est en train de faire.

En quoi la scène est-elle indispensable ?
C’est notre raison d’être, nous sommes tous les 3 de vrais saltimbanques, des artistes du spectacle vivant, c’est là que nous sommes heureux et c’est la finalité de tout notre travail.

Combien de concerts faites-vous par an ?
Malheureusement qu’une dizaine, nous sommes toujours à la recherche de tourneurs… N’hésitez pas à nous contacter !

En plus de la scène vous animez des ateliers-rencontres en milieu carcéral. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?
Avant d’être un musicien je suis d’abord un humain et un citoyen, il me tient donc à cœur d’être utile à mes congénères et ce au-delà de ma fonction principale de saltimbanque. J’ai donc mis mon humble savoir-faire au service de gens qui en ont réellement besoin. En 10 séances de 2h j’accompagne 5 à 10 détenus dans la composition, l’écriture et l’enregistrement d’une ou deux chansons dont ils gardent la trace sous forme de CD. Ça fait maintenant une dizaine d’année que je fais ça, et contrairement à ce que j’imaginais au début ça m’apporte au moins autant qu’aux détenus.

Qui a eu la bonne idée de détourner avec humour les séquences de Mission Impossible (version télé années 60) visibles sur votre site ?
Je cherchais une idée pour alimenter les réseaux sociaux qui sont maintenant incontournables et très gourmands. Comme beaucoup de gens j’ai passé des heures à rire bêtement en refaisant avec des potes les dialogues de la télé dont on avait coupé le son, au début du concert, en clin d’œil aux Blues Brothers, je dis qu’on est en mission pour le blues, alors la parodie de Mission Impossible est apparue comme une évidence, les gars ont beau être super balèzes, ils ne savent pas jouer de blues et finissent toujours par s’en remettre à Rosemud.

Quels sont les projets du groupe pour les mois à venir ?
Jouer, jouer,blues rosemud jouer, trouver un tourneur et pourquoi pas un album de compos en 2020.

Un lieu de prédilection…
La baie du Mont Saint Michel, la plus grande d’Europe, un endroit magique et si vous n’aimez pas voyager, les chiottes, c’est tout près et c’est tranquille.

Quels sont vos hobbies en dehors de la musique ?
Philo, nature, tir à l’arc…

Derniers coups de cœur musicaux ?
Le dernier album de Robert Plant, Carry Fire et We Like It Here de Snarky Puppy.

Pour le groupe, quel serait le rêve le plus fou ?
Une tournée européenne, mondiale, interplanétaire (dès qu’on aura inventé la téléportation)


Un dernier mot…

Les 3 membres de ce trio jouent tous dans d’autres formations que je vous conseille vivement d’aller découvrir, et puis allez voir des concerts, toutes sortes de concerts, y compris des musiques qui à priori ne vous parlent pas, on est jamais à l’abri d’une bonne surprise.

Gilles Blampain – janvier 2019

www.rosemud.fr/

blues rosemud