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09/17
Chroniques CD du mois Portrait: WILLIE MABON Livres & Publications
  Dossier: EXCELLO RECORDS  
 


Interview
rab mac cullough
Belfast Boy


 


Un musicien dont la vie a été marquée par la violence. Son blues a mûri derrière les barreaux et les murs humides des geôles, mais la musique lui a évité le pire. L'Irlandais évoque les sixties dans les faubourgs de Belfast, la musique, Gary Moore, Rory Gallagher, l'affrontement des communautés religieuses, le blues, la prison, les rencontres, l'Amérique et... toujours la musique.

Comment vient-on au blues quand on a grandi à Belfast ?

Les Irlandais ont une grande culture musicale et j'aime cette culture. Je peux jouer beaucoup d'airs traditionnels, mais mon parcours, c'est le Blues. Quand j'étais jeune, j'habitais à côté d'un centre paroissial. Des orchestres de danse venaient s'y produire. Je regardais le pianiste et le guitariste. Je voulais devenir comme eux. Mon père était marin sur un navire marchand et il rapportait des disques des USA, du swing, du jazz, du be-bop et du gospel. Il était très difficile de se procurer des disques de blues à Belfast, c'était vraiment très limité. Au début des années soixante, la musique, c'était surtout le rock 'n' roll et la country.

Mon frère aîné avait une guitare, mais ça n'a pas duré longtemps. Il ne savait pas en jouer, mais moi je suis tombé amoureux de cet instrument très jeune. J'ai appris en autodidacte. J'ai imité les accords et les touchers des autres guitaristes dans les clubs de Belfast.

Je n'ai pas arrêté de jouer depuis mes 16 ans, mais j'exerçais en même temps différents métiers. Parfois j'étais pro, parfois semi pro.

La soul music m'a aussi énormément influencé. Autant que le blues en fait. Au milieu des sixties, j'ai joué avec un orchestre de Soul. J'étais chanteur et guitariste. L'orchestre s'appelait Soul Foundation . Il y avait basse, batterie, synthétiseur, 3 saxos, 3 chanteuses. Grand son, beaucoup de plaisir.

Adolescent, tu étais copain avec Gary Moore...

Le boom du blues est arrivé en Grande-Bretagne au milieu des années soixante. Des groupes comme les Animals, les Yardbirds, John Mayall, Fleetwood Mac étaient des musiciens pop mais leur musique était basée sur le blues. Gary Moore et moi-même étions dans des écoles différentes. J'ai rencontré Gary à un concert, il avait 14 ans, il avait un groupe qui s'appelait les Barons . Nous nous sommes rencontrés dans le circuit pop en jouant du blues. Nous jouions aux mêmes endroits et parfois même ensemble. C'était au tout début des années soixante.

Il y a eu aussi Rory Gallagher...

Rory a exercé son influence sur beaucoup de guitaristes irlandais. Sa virtuosité et son énergie à la guitare étaient un vrai bonheur à voir. Un jour ma section rythmique m'a quitté pour rejoindre Rory. Je n'ai pas ressenti d'amertume, en fait j'étais très content qu'ils aillent jouer avec lui.

L'opposition entre les catholiques et les protestants a généré pas mal de troubles...

A l'époque, la plus grande partie du centre de Belfast se divisait entre zone catholique et zone protestante. C'était moins vrai pour les banlieues plus intégrées avec les nouveaux plans de développement de logements. C'était normal depuis 1920. Depuis rien n'a beaucoup changé. Les choses ont empiré à partir de 1969. Le problème entre les catholiques et les protestants était à la fois politique et religieux. La plupart des catholiques pensaient que l'Irlande devait être unifiée, tandis que la plupart des protestants se ralliaient à la Grande Bretagne, d'où le problème. Si les politiciens faisaient preuve de responsabilité, les choses pourraient aller mieux pour tout le monde. Avant les troubles je jouais partout. Pendant le conflit, j'ai dû rester dans les enclaves catholiques. La sécurité comptait avant tout. C'était sans doute la même chose de l'autre côté.

Un jour tu as dérapé et tu as commis l'irréparable : un hold up...

Le braquage de la banque était le résultat d'une idée folle, dans une situation folle, dans une période folle. Je pourrais écrire un livre sur les raisons qui m'y ont poussé. C'est la chose la plus stupide que j'aie jamais faite. J'ai dû être le pire braqueur de banque au monde. Après la prison, je me suis réinséré dans la société parce que je ne suis pas et n'ai jamais été un criminel ordinaire. Ma musique ma aidé à sortir des pires moments, en prison comme hors de prison. Je suis redevenu exactement ce que j'étais avant la prison.

Les années passent et en 2000 tu te retrouves en compagnie de Peter Green, Mick Taylor, John Mayall...

En 2000, Pete Brown, ex-parolier des Cream qui travaillait sur un concept album, m'a contacté par l'intermédiaire de mon manager. Il est venu chez moi et nous avons discuté du projet avec Peter Green, Mick Taylor, John Mayall, etc... Il s'agissait d'un hommage au saxophoniste Dick Heckstall-Smith. Dick avec une formation, batteur, bassiste, guitariste jouait sur tous les titres et les autres musiciens apparaissaient en invités. Le CD s'appelle Blues And Beyond. Ce n'était pas tout à fait mon style, mais j'ai essayé d'injecter un peu ma propre influence dans les chansons. Chacun des participants au projet a fait son propre truc. J'ai toujours gardé le contact avec Pete Brown.

En allant aux USA tu as fait des rencontres qui ont changé le cours de ta vie...

J'étais parti en vacances aux USA. A Saint-Louis, j'ai rencontré Arthur Mississippi Williams. J'ai jammé avec son orchestre et il m'a invité à l'accompagner aux WC Handy Awards à Memphis. Là, des gens ont trouvé ma manière de jouer intéressante et m'ont invité à venir me présenter avec mon orchestre à l'International Blues Challenge en 2000. Nous sommes arrivés jusqu'à la finale. Puis nous sommes partis en tournée avec Tab Benoit et Lonnie Brooks. Depuis, ça a continué à rouler - Le bon temps !

Et puis en 2003 il y a eu ton CD Belfast Breakdown...

Pour ce disque, j'avais plein de compositions personnelles et quelques chansons co-écrites avec John Hahn qui a produit le CD. Depuis New-York, il écrit des chansons pour Shemekia Copeland. Il est aussi son manager. Belfast Breakdown s'est présenté comme un joint-venture. L'inspiration peut venir de tout ce que je sens, ce que je vois ou ce que j'entends. De ce que j'ai fait, de ce que j'ai raté, de mes projets d'avenir, de la grâce de Dieu. Hubert Sumlin est sur le disque, car je l'ai rencontré par l'intermédiaire de John Hahn à New-York. Il jouait quelque part, j'y suis allé pour l'écouter et pour apprendre. Il est sensationnel. Je n'ai pas eu de mal à le convaincre de jouer sur mon album, mais j'avoue que John Hahn a joué un rôle prépondérant car il est ami de longue date avec lui. Il a aimé les chansons, tout le reste c'est de l'histoire. J'ai pu réunir autant de bons musiciens sur ce disque, parce qu'ils m'avaient vu et entendu jouer à New-York à plusieurs occasions. Mon management leur a fait entendre les démos et ils ont tous été partants. Ça a été super d'avoir leurs inspirations et leurs apports pour le montage final de Belfast Breakdown .

Après il y a eu les concerts de tournée de promo en Europe en 2004 et les participations à différents festivals à travers la France et un passage au New Morning à Paris.

Si Rab McCullough se fait rare plus rare chez nous, il est toujours actif. Il vit actuellement à Belfast où il se produit régulièrement en club. Eric Clapton a dit de lui qu'il était le meilleur bluesman actuel.

Entretien : Patrick Demathieu

Traduction : Françoise Hivelin