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11/17
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Interview
NEAL BLACK
Il est parfois difficile de dire la vérité


blues deraime
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Avec sa voix rocailleuse, dans son dernier CD Sometimes The Truth, il  nous parle d’une Amérique dont le rêve s’est évanoui, quand dollars, alcool et came foutent tout en l’air et où parfois il vaut mieux taire la vérité pour rendre la vie moins moche. Il  ne s’enferme pas dans un carcan musical, ni Texas, ni Chicago, pas plus que West coast ou New York, il impose sa propre marque avec brio.

Blues Again : Tu parles dans ton CD d’une Amérique dont le rêve s’est évanoui…
Neal Black : Oui en effet, je pense que le rêve américain s’est évanoui, mais à un certain niveau. Sur le plan social, il s’est effectivement évanoui, mais pas au niveau spirituel. Cinq titres ont été enregistrés avec Popa Chubby à New York dans son studio et les autres titres ont été réalisés en France avec mes amis de la scène et des studios, Nico Wayne Toussaint et Fred Chapellier notamment et également Mason Casey.

Il y a longtemps que tu connais Popa Chubby ?
Oui, je l’ai rencontré en 1990. A cette époque il y avait une bonne communauté de musiciens de blues à New York. Il y avait une réelle amitié entre nous tous, on jouait dans les mêmes clubs comme Manny’s Car Wash, Lonestar Roadhouse ou Tramps et on avait créé un bon réseau pour trouver des contrats. Tous les dimanches on faisait des jams avec Popa Chubby. Malheureusement tous ces clubs on disparu, aujourd’hui je pense qu’il doit rester encore le Terra Blues. Il y a bien sûr toujours les clubs de jazz, car New York est la ville du jazz. Le blues c’est plutôt Chicago, mais là aussi ça change, de nos jours c’est axé sur le tourisme, comme à Austin au Texas, il y avait une bonne scène blues, mais actuellement c’est un peu dans le creux de la vague.

Zone de Texte:Qui sont The Healers ?
Les Healers c’est un groupe qui change presque à chaque album. Maintenant il y a Vincent Daune à la batterie (qui a joué avec Luther Allison), Kim Yarbrough à la basse (ancien musicien de Bernard Allison), Mike Latrell aux claviers (qui a travaillé avec Popa Chubby).

‘New York City Blues’ : tu chantes « la ville où si tu n’a pas de pognon tu peux crever dans la rue et où même les SDF payent  leur cotisation au syndicat… ».
C’est la ville de l’extrême. C’est une ville vraiment intéressante et explosive. J’ai habité New York durant huit ans, mais après je suis retourné au Texas car ça devenait trop pénible pour moi. New York est la cité de tous les possibles dans le bien comme dans le mal…

‘Mississippi Doctor’ : « Je me suis fait une drôle de nana la nuit dernière, je crois qu’elle m’a brisé ».
C’est l’histoire d’un mec qui a eu une relation avec une femme. Il quitte cette femme mais il pense qu’elle lui a jeté un sort vaudou et qu’il a perdu sa virilité. Il prend donc le bus pour aller à Tupelo dans le Mississippi, pour trouver un bon voodoo doctor qui le soignera. Par la suite il revient au Texas rassuré, car tout fonctionne.

As-tu projeté de faire une tournée aux USA ?
Il y a un projet dans l’air. C’est une possibilité, mais il n’y a rien de confirmé. Si quelque chose se décide ce sera avec Nico Wayne Toussaint pour jouer en Floride, dans le Colorado, à New York. Par contre je n’aime pas jouer au Texas, c’est difficile de trouver de bons endroits pour se produire là-bas, même si le public apprécie les musiciens.

‘Holiday Inn In Heaven’. Dans ce disque sombre, il y a malgré tout une petite lueur d’espoir, sauf que c’est dans l’au-delà. « Même si je vis jusqu’à 97 ans, Seigneur garde ma réservation à l’Holiday Inn du Paradis ».
C’est effectivement une touche d’espoir. On va tous mourir, c’est une réalité, mais ce n’est pas forcément triste. Je suis à moitié Indien et pour les Indiens d’Amérique, la mort n’est pas le temps de la tristesse, c’est une autre étape. C’est un passage différent de la vie.

Il y a deux instrumentaux sur le CD, et excepté une reprise, tu as signé toutes les chansons, dont une en collaboration avec Popa Chubby. Ecris-tu facilement ?
Je crois que l’idée arrive facilement, mais pour écrire des paroles qui tiennent la route ça prend du temps, cependant c’est un vrai plaisir. J’aime créer des images pour que la chanson soit comme un petit film, avec un début, un milieu et une conclusion. Le plus difficile est de trouver les bonnes paroles avec la bonne ambiance musicale. Je ne suis pas le meilleur chanteur du monde, mais si je trouve les bons mots avec la bonne musique, l’émotion passe et c’est ce qui est important. Par contre, si je chante un truc de Céline Dion ça ne marchera pas.

‘Love And Money’ : « Je parle d’amour, elle parle d’argent. Si l’argent s’en va, elle part aussi ». Dis Neal, ce n’est pas l’histoire de ta vie ?
Ça c’est une réalité de la vie de musicien. Quand tu réussis ta carrière et que tu as de l’argent tu rencontres beaucoup de femmes qui sont intéressées, mais quand tu n’as plus d’argent tu constates qu’il y a moins de femmes autour de toi. Enfin, maintenant j’ai une femme, un foyer, je suis tranquille.

‘Gringo Bring Me Your Guns’. « Gringo apporte moi tes armes, j’ai de la dope pour tes fils américains ». C’est la triste et effroyable histoire du trafic de drogue à la frontière Texas-Mexique et de tous les morts que ça génére. Est-ce si visible au Texas ?
Depuis les cinq dernières années on dénombre 30 000 morts dans cette guerre de la drogue. Ce qui représente plus de gens tués que de soldats de l’alliance décédés en Afghanistan. Cette guerre a commencé avec les gangs qui achetaient des armes aux Etats-Unis, maintenant ça devient intolérable, il faut arrêté ça. Pour ce morceau j’ai retenu un accordéoniste français, Christophe Duvernet. J’ai auditionné trois autres musiciens avant lui, mais lui, il avait le son tex-mex parfait.  

‘Left Her Back In Dallas’. Encore une histoire de femme... « Elle mélangeait les pilules et l’alcool...elle jurait qu’elle était la jumelle perdue de Marilyn Monroe ».
C’est un mélange de plusieurs femmes que j’ai connues. C’était après un divorce, j’ai eu l’opportunité de rencontrer beaucoup de nouvelles petites amies. J’en ai connu une qui faisait effectivement de drôles de mélanges et qui le lendemain se prenait pour le double de Marilyn Monroe.

Tu es texan, as-tu beaucoup sillonné le pays ?
En fait je suis né dans l’Etat de Washington. Plus tard, ma famille a déménagé au Texas à San Antonio où il y a une grande base militaire car mon père était dans l’armée. Toute ma famille, oncles et tantes vivaient également à San Antonio…

Maintenant tu vis en France. Le mode vie français te convient-il ?
Ça me change du mode de vie américain, c’est sûr, mais je m’adapte. J’habite à Vienne dans l’Isère depuis six ans environ. Ma femme est française et musicienne et tout va bien.

Zone de Texte:  Quels sont tes derniers coups de cœurs musicaux ?
Chez moi je n’écoute pas de blues, mais d’autres musiques. J’aime beaucoup un artiste texan qui fait de l’Americana. Il s’appelle Jimmie Dale Gilmore. Il une voix qui peut être dure ou douce à la fois, j’aime beaucoup la production et les arrangements qu’il fait. Sinon j’aime beaucoup Barbara Streisand, ce qu’elle faisait dans les années 70. Plus proche de nous, j’aime énormément Keb Mo, il a toutes les racines qui viennent de Robert Johnson, mais avec une orchestration moderne.

‘Sometimes The truth’. « Il vaut mieux parfois taire la vérité ». Est-ce pour garder une certaine tranquillité ?
Pour survivre plutôt. Dans la vie il est parfois difficile de dire la vérité. Un petit mensonge ne fait pas de mal, mais tout dépend quel mensonge on fait.

‘Goodbye Baby’. La seule reprise du disque, un titre d’Elmore James. Pourquoi cette chanson, et pourquoi Elmore James ?
Normalement cette chanson a un autre tempo, mais quand j’entends les paroles c’est une sensation vraiment forte. C’était romantique avec Elmore James « salut chérie », mais avec moi, après trois mariages, ça prend une autre tournure. J’ai enregistré ce titre avec Mason Casey qui est à l’harmonica et qui chante également en duo avec moi. Sans oublier Fred Chapellier à la guitare, bien sûr.

Zone de Texte:  Sur quel genre de guitare joues-tu ?
Je joue sur des guitares Lag, qui sont fabriquées en France. Lag a fabriqué une guitare siglée Neal Black. J’ai des guitares acoustiques et électriques Lag, et pour le disque j’ai aussi utilisé une guitare à résonateur qui vient des Etats-Unis. Dans l’album précédent je jouais sur une Flying V, mais on a besoin de changer pour faire de nouvelles expériences. Je joue aussi un peu de basse et un peu de piano. Mon tout premier instrument était l’harmonica, mais j’avoue que je n’oserais pas en jouer en présence de mon ami Nico Wayne Toussaint.



Gilles Blampain

www.myspace.com/nealblackblues