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06/17
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  Portrait: ROBERT NIGHTHAWK Interview: PAUL MCMANNUS
 


Interview
MOJO BRUNO


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Du blues aux teintes jazzy, du funk cool, des échos de reggae… Calme, reposant, décontracté, Mojo Bruno laisse le bon temps rouler.

Blues Again : Mojo Bruno, ce nom d'artiste tu te l'es attribué ou on te l'a attribué ?
Mojo Bruno: On me l'a attribué car on jouait souvent le morceau de Muddy Waters 'Got My Mojo Working', c'est venu comme ça et aussi le premier groupe que j'avais s'appelait Mojo Band.

Parce qu’à l'origine, Mojo, c'est un peu la chance, ça attire le positif, ça attire les gonzesses...
C'est ce que je pensais au début....

Tu es de la région toulousaine, mais tu te reconnais en tant que Guadeloupéen...
Voilà, je suis originaire de la Guadeloupe, je n'y suis pas né, mais cela occupe une place importante pour moi. Ça fait partie de mes racines, j'y retourne de temps en temps.

Musicien, chanteur, as-tu d'autres cordes à ton arc ?
Je joue un peu de piano, des guitares acoustiques, électriques, lap steel, hawaïennes et d'autres instruments.

Tu possèdes une collection de guitares ?
J'essaye d'en avoir le moins possible, parce qu'il faut changer les cordes et en plus, je n'aime pas voir les instruments qui dorment.

As-tu des instruments que tu préfères à d'autres ?
Non, je les aime tous.

Comment fais-tu pour choisir tes guitares ? Je te vois avec un Dobro sur les genoux. Tu l'as acheté pour la marque ou bien est-ce parce que tu as entendu son son ?
Ça c'est un Dobro qui est fait en Angleterre par un gars qui s'appelle Busker. Il est allé faire un peu le tour des Etats-Unis avec un pied à coulisse, il a mesuré plein de guitares en métal et il a essayé de refaire les mêmes. Donc on peut trouver un son plus roots que celui des guitares courantes que l'on trouve en magasin. Je suis assez pointilleux là-dessus, il y a des sons que je voudrais entendre et je cherche ce son-là.

Et les sons que tu veux entendre, ce sont ceux qui t'ont bercé, plus jeune, ceux d'artistes que tu aimes et que tu veux retrouver ?
Oui, bien sûr, surtout les guitares métal, c'est le son blues, Mississippi. Après, pour les électriques, j'aime bien aussi les demi caisses ou les Stratocaster Fender.

De préférence vintage ?
Oui, de préférence, mais il y en a de récentes qui sonnent aussi.

Comment cette histoire de musique a commencé ? Le p'tit Bruno a-t-il entendu de la musique dans son berceau ?
Oui, oui, dans ma famille il y avait beaucoup de musique, bien sûr. Comme je viens des Antilles, il y avait biguine, calypso et autres, mais il y avait aussi des disques de jazz, Miles Davis ou Ella Fitzgerald et quelques disques de blues aussi. Je me rappelle, il y avait  T-Bone Walker, Ray Charles, des compilations de bluesmen acoustiques aussi, voilà ce qui m'entourait. Dans la famille, j'avais des grands cousins qui jouaient déjà un peu et certains m'ont montré quelques accords, quelques plans et j'ai un peu commencé comme ça.

Un jour, il y a eu une première guitare, t'en souviens-tu et l'as-tu toujours ?
Donc, après avoir piqué les guitares de mes cousins, j'ai fini par m'en acheter une, mais je ne l'ai plus. Je m'en rappelle bien, c'est mon grand-père qui me l'avait achetée. Elle était verte, c'était une électrique Framus, très dure à jouer. Un cousin m'avait déjà donné une folk alors j'ai choisi une électrique.

Connaître quelques accords ne suffit pas, qu'à tu fais pour grandir ?
Au début j'ai grandi un peu comme ça, à l'oreille, avec les disques, en essayant de refaire ce que faisait Albert King ou d'autres géants de la guitare. Quelques musiciens plus âgés m'ont montré d'autres plans plutôt dans le domaine du blues et du rock. Je tairais mon passage rapide au conservatoire, je ne les intéressais pas. Plus tard, je suis allé faire aussi une école à Paris qui s'appelle le CIM, qui est plutôt branchée jazz et qui a un éventail assez large. J'y suis allé deux ans. J'y allais toutes les semaines, je prenais le train le lundi matin, j'y restais trois jours et je revenais le mercredi soir par le train de nuit. Je pouvais m'organiser car à l'époque je jouais déjà. C'était dans les années quatre-vingts.

Et maintenant, les cours ?
J'en donne depuis une dizaine d'années.

On t'appelle maître ?
Certain l'on fait mais j'essaye que l'on ne m'appelle pas comme ça.

Et les tiens, quels sont-ils ?
Quelqu'un que j'aime beaucoup, c'est Taj Mahal, je trouve que c'est un artiste qui a beaucoup ouvert le blues. Il y a aussi Albert King, BB King qui est une référence et puis au tout début, j'aimais beaucoup et j'adore toujours un musicien qui est entre le blues et le rock, c'est monsieur Hendrix.

Et pourtant dans ton style, je ne retrouve pas d'Hendrix…
J'ai l'impression, d'une certaine manière, d'avoir fait le chemin inverse. Au début quand j'étais adolescent, j'écoutais plutôt des choses  rock ou rock-blues genre Hendrix ou Cream et d'autres et c'est petit à petit que je suis retourné au blues, aux sources du Mississippi.

Y es-tu déjà allé ?
Et non, pas encore, c'est un rêve qui me reste à réaliser.

Et dans d'autres états ?
Non plus, mais par exemple j'ai rencontré plusieurs fois Taj Mahal quand il est venu en France et même Muddy Waters à l'époque, je l'ai rencontré plusieurs fois et j'ai pu discuter avec lui.

Comment ça s'est fait, tu faisais les premières parties ?
Je faisais les premières parties et au concert, j'allais les voir. Pour Muddy Waters, c'était moins fermé, les artistes étaient moins enfermés et on avait plus de contacts avec eux, on pouvait les rencontrer.

Et quand on approche un monsieur comme ça, qu'est-ce que ça fait ?
On sent beaucoup d'humilité et on se dit que nous aussi, il faut rester humble. Je me rappelle qu'une fois, il passait à Toulouse à la Halle aux Grains et comme j'étais déjà allé le voir plusieurs fois en coulisses, j’y suis retourné, et du fait que je joue un peu d'harmonica, il voulait que je joue sur scène avec lui. Je devais avoir dix-huit ans et j'ai dit non. Je lui ai dit : « J'ai dit à tous mes amis de venir te voir, moi aussi je veux t'écouter » Je pense que j'avais un peu peur, maintenant, je regrette mais c'est comme ça.

Et Taj Mahal ?
Pareil, je l'ai rencontré dans les mêmes conditions. Albert King aussi, une fois j'ai fait sa première partie et après, on était dans notre loge, ses musiciens chauffaient la salle et avant de monter sur scène il est quand même venu dans notre loge pour nous serrer la main. Encore une fois, ça nous apprend à rester très humbles.

On ne fait pas les premières parties de Muddy Waters tous les jours, tu fais comment pour trouver les dates ? Musicien et commercial, c'est pas trop dur ?
Et mécanicien aussi. De toute façon on n’a pas trop le choix. Il n'y a pas vraiment de structures pour ce style de musique. Il y a quand même pas mal d'endroits où on peut jouer. Même dans la région il y a pas mal de structures, restaurants, bars qui nous accueillent.

En solo, duo, trio, quatuor, big band ?
Non, pas encore big band, ce serait possible avec quelques cuivres, mais c'est lourd pour l'organisation. Déjà on essaye de faire ça bien en petite formation, solo, duo, trio, ça s'équilibre pas mal au niveau des dates

Tu es le membre fondateur des Mannish Boys. Combien d'albums à votre actif ?
Avec le groupe, c'est le dixième et puis il y a deux albums solo aussi.

Il y a une certaine évolution dans le nom du groupe. Avant c'était Mannish Boys et maintenant c'est Mojo Bruno & Mannish Boys.
C'est à dire, avant je faisais les disques en solo sous mon nom et là, je fais deux en un.

Quand l'histoire des Mannish Boys a-t-elle commencé ?
A la fin des années quatre-vingts après la fin du Mojo Band j'avais besoin de remettre quelque chose en route. Ça fait longtemps que ça dure, avec des changements de line up.

Dans le groupe, c'est Mojo Bruno qui compose ou tu laisses la parole à d'autres ?
Des fois, il y a eu d'autres gens qui ont composé des morceaux, mais souvent, j'amène la mélodie et les textes, on fait les arrangements ensemble ; le batteur peut dire : « Tiens j’entends tel rythme » on discute et on se met d'accord.

Au niveau du rythme, dans Bois d'Ebène Blues ton dernier album, on retrouve pas mal d'Antilles.
Oui, il y a pas mal de trucs antillais, il y a même des choses qui vont jusqu'à l'Afrique. Il y a un morceau qui s'appelle 'Matilele' qui est un titre qui va plus loin que le Mississippi à la fin duquel il y a une amie qui est venue faire quelques voix, c’est une Togolaise qui a pour nom Aïcha et c'est un clin d'œil à d'où venait le bois d'ébène. Pour ceux qui ne le savent pas, c'est comme ça qu'on appelait les cargaisons d'esclaves qui étaient amenés dans le nouveau monde.

As-tu des sujets de prédilection ?
Non, pas vraiment, les paroles viennent souvent après la musique et c'est la musique qui donne un peu la couleur et le sens.

Et 'Matilele' qu'est-ce que ça veut dire ?
Ça veut rien dire, c'est juste une onomatopée, ça sonne.

C'est principalement la langue anglaise dont tu te sers…
Oui. Au tout début, on a fait quelques morceaux en français et je n’ai jamais été vraiment très satisfait. Je trouve que le parfum du blues est mieux en anglais. Je dis souvent que c'est un peu comme le Flamenco, imaginons le en français, il manquerait peut être quelque chose... Il y en a qui arrivent bien à le faire, je trouve que c'est bien que certains le fassent, mais pour moi, le parfum, je le trouve plus en anglais.

Cet album est sorti depuis peu, le trouve-t-on partout ?
Il est sorti début janvier et on le trouve partout sur internet. Il n'y a plus beaucoup de boutiques malheureusement. Et les boutiques ont des rayons qui sont de plus en plus restreints. La distribution, c'est très difficile, maintenant. Pour le trouver, on peut aller sur le site mannish.boys@free.fr et le demander et bientôt il sera sur Amazon.

Les gens qui t'accompagnent maintenant, on dirait que tu es allé les chercher dans le reggae ?
Non, le percussionniste, par exemple, Christian Seminor, est dans presque tous mes disques, il était même dans les disques de Mojo Band, c'est un vieux compagnon de route. Le bassiste, Tcharly Guillou, oui, il a fait du reggae et pas mal de Jazz. Ce n'est pas si facile de trouver des gens qui vont bien avec moi.

Tu es exigeant ?
Exigeant, non… mais un petit peu, c'est surtout des histoires de connexions, de s'entendre bien avec quelqu'un, avoir le feeling quoi. C'est ça qui est le plus difficile. Avoir une direction, un ressenti qui soit un peu identique avec les autres musiciens.

Vous passez pas mal de temps ensemble. Combien de concerts par an ?
Par an, je pense que je suis autour d'une cinquantaine.

Quel genre de salles affectionnes-tu ?
Ce que j'aime bien, c'est qu'il y a des petites salles très sympathiques et chaleureuses. Dans la région, chez Anne et Gaston à Sallies du Salat, Au petit César à Castelnau Magnoac, au comptoir d'Encausse, je parle de très petites salles. Je trouve qu'il y a des gens qui essayent de faire vivre les régions, là, je tire mon chapeau, on est très bien reçu, ce sont des gens qui font ça avec passion, c'est souvent très agréable.

Quand tu joues, j'ai l'impression que tu aimes bien te mettre au niveau des gens…
Oui, le blues est fait pour être partagé d'une manière assez intime. Pas besoin d'une grande salle avec des tonnes d'éclairages

As-tu des souvenirs de ratés ?
Oui, bien sûr, c'était vers Limoges, on jouait dans un endroit genre ancien relais de poste et à côté il y avait un grand château, très joli, on imaginait la belle au bois dormant, c'était prévu qu'on dorme là, et le soir la personne qui s'occupait du relais et du château nous a dit :  « On a pas d'endroit pour vous, vous n'avez qu'à dormir dans votre camion ».

Effectivement, mauvais moment mais il y a aussi des moments magiques ?
Quand je parlais d'Albert King par exemple, ça a été un moment magique. Mais je cherche quelque chose de représentatif... Tiens, une personne qui nous reçoit du côté du Puy de Dôme, vers le Mont-Dore, c'est une personne qui fait des concerts depuis une vingtaine d'années, qui doit avoir 75 ans, c'est vraiment une personne avec le cœur sur la main et quand on y va, on essaye de donner le maximum, c'est un grand plaisir.

Ton futur de musicien, c'est toujours une vie tranquille, 'Bon Temps Rouler' ?
On essaye, on essaye.

César – janvier 2017

mannish.boys@free.fr