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été 20
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Interview
MATT WANDERSCHEID


KING KONG BLUES
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Les influences sont multiples, alors pour le plaisir de son public il mélange subtilement blues, country, folk, rock’n’roll, rhythm’n’blues et soul.
   

Blues Again : Aurais-tu l'amabilité de te présenter brièvement ?
Matt Wanderscheid : Je suis né au Luxembourg en 1987, de parents luxembourgeois. Enfant, nous sommes partisBlues matt wandersheid vivre à Bruxelles puis en région parisienne, avant de rentrer au pays à l’adolescence. J’ai ensuite étudié en Belgique avant d’atterrir à Bordeaux, où je vis depuis 2011. Difficile d’établir un port d’attache ! J’aime découvrir les ambiances et les mentalités de nouveaux pays, jouer de la musique - guitare bien sûr, mais aussi batterie et piano quand l’occasion se présente-, et bricoler.

Parle-nous de ton éveil à la musique, ton parcours… 
J’ai toujours baigné dans la musique, il y a toujours eu un piano et une guitare à la maison. Mon père grattait un peu, et par admiration, je rêvais de savoir jouer aussi. J’ai commencé la guitare classique à 8 ans, et en parallèle mon père me montrait quelques accords pour pouvoir jouer des chansons en famille. Une fois par an, à Pâques, on jouait dans une église avec guitares, orgue, piano (ma mère), basse, batterie (mon frère) et cuivres. C’était vraiment fun. En France ça peut paraître ringard, mais c’est finalement ce qui se passe dans les églises gospel aux Etats-Unis. En tout cas je vivais là mes premières expériences de jeu en groupe, et j’en garde un excellent souvenir.

Te souviens-tu du premier blues ou rock entendu ? 
Oui ! J’ai (consciemment) entendu mon premier rock’n’roll en CE1 en jouant à la console chez un copain. C’était la bande son d’un des moments du jeu, et sans trop savoir ce que c’était, j’en étais fan ! Plus tard, vers mes 10 ans, j’ai vu passer la pub pour l’album des Blues Brothers à la TV (la BO du premier film, visiblement rééditée). J’ai complètement flashé sur cette musique « blues », et je suis allé m’acheter le CD avec mes économies… et ma mère.

Quelles ont été tes principales influences ? 
J’ai été bercé avec Clapton, Creedence, Sister Rosetta Tharpe, des compilations folk 60’s, un peu de Motown music... A l’adolescence j’ai énormément écouté B.B. King, Buddy Guy, Eric Clapton et Norah Jones, et les quelques disques de blues qu’on voulait bien me prêter.

Quels musiciens entrent dans ton panthéon personnel ?
Pas facile de n’en choisir que quelques-uns ! Mais je placerais absolument B.B. King, Bob Dylan, Ry Cooder, la Carter Family, Taj Mahal, et enfin Eric Clapton pour ses faces 70’s dans lesquelles je me retrouve beaucoup, car elles synthétisent toutes mes influences.

Sur quel(s) genre(s) de guitare(s) joues-tu ? 
Ça dépend du besoin et de l’humeur ! On me verra le plus souvent sur scène avec une Telecaster, mais j’aime aussi jouer sur Stratocaster, Les Paul, ou des guitares plus « exotiques ». Mais l’ampli joue selon moi un rôle tout aussi important dans le son. Là encore, je suis très Fender, que ce soit blackface ou tweed. J’aime les sons assez purs. Je ne supporte d’ailleurs pas les pédales d’overdrive, je préfère me brancher directement dans l’ampli.

Où et quand as-tu fait ton premier concert ? 
C’était au Luxembourg quand j’avais 14 ans, avec mon premier groupe. C’était dans le jardin du bassiste, devant ses parents et leurs amis qui faisaient une fête. De mémoire, c’était pas terrible !

Maintenant, combien de concerts par an ? 
Ça dépend des années. Entre 70 et 100. J’ai ralenti la cadence à la naissance de mes filles, mais je reprends maintenant un rythme plus soutenu.
blues matt wanderscheid
En quoi la scène est-elle indispensable ? 
Elle est indispensable car elle procure une dose d’adrénaline que l’on n’a pas dans son salon ! Il y a une vraie relation à double-sens avec le public. Si on lui transmet une bonne énergie, il s’en nourrit et nous la renvoie plus grande. C’est un cercle vertueux. Les soirs où le groupe et le public rentrent en symbiose font du bien à tout le monde ! Mais la scène est aussi un petit laboratoire, où l’on peut parfois se mettre en danger, tester des choses, et aussi le seul moyen de voir si les gens accrochent.
Et enfin, la scène nous fait vivre, ce qui n’est pas négligeable !

Présente-nous tes compagnons de scène :
On retrouve Julien Bouyssou (orgue Hammond) et Bastien Cabezon (batterie/chœurs), avec qui j’ai beaucoup tourné en trio et qui accompagnent maintenant aussi Theo Lawrence. Anthony Stelmaszack (guitare, harmonica, mandoline), bien connu des scènes européennes où il accompagne les artistes en tournée sur notre continent – Curtis Salgado, Jimmy Johnson, John Nemeth…-. Grégoire Oboldouieff (Julien Brunetaud...) assure la basse, et Damien Daigneau (Alexis Evans, the Money Makers) le piano. Ce sont tous d’excellents musiciens, avec une vraie culture blues/soul/country et beaucoup de bon goût. J’ai beaucoup de chance de les avoir dans mon projet !

Un bon souvenir de scène…
Il y en a eu plein, mais le premier qui me vient à l’esprit c’est ce concert en hiver, dans un petit café au fin fond du Puy-de-Dôme... En arrivant, le village était désert, c’était assez déprimant. La ruralité mourante. Le bar en question n’ouvrait d’ailleurs qu’un soir par mois. C’était sur la route, en tournée, et on se demandait bien où on avait atterri. Mais contre toute attente, à 22h le bar était blindé ! Il y avait tellement de monde que le public devait monter sur la scène et on ne pouvait presque plus bouger, et voir tous ces gens heureux, s’amuser, danser, et crier pour qu’on joue toujours plus longtemps, ça nous a vraiment boosté ! J’aime jouer sur de grandes scènes pour d’autres raisons, mais cette proximité-là avec le public est vraiment unique.

Parle-nous de tes belles rencontres depuis que tu es en activité ?
Oh, il y en a tellement ! En arrivant à Bordeaux, je ne m’attendais pas à rencontrer autant de personnes si douées et passionnées, avec une telle connaissance du blues (Thibault Ripault, Lonj, Anthony Stelmaszack, Abdell B. Bop, Mig Toquereau…). J’ai énormément appris grâce à elles. Plus récemment j’ai eu la chance de rencontrer les Texans Johnny Nicholas et Greg Izor, deux figures d’Austin dont j’admire la musique. Je pars en tournée avec elles cet été, je vais là encore beaucoup apprendre !

Comment est né ton album paru en octobre 2019 ?
Certains de mes morceaux me tenaient vraiment à cœur et je voulais pour eux une session studio assez oldschool, assez blues matt wanderscheid« vraie ». J’aime quand les musiciens ont leur liberté, qu’ils se répondent et fassent vivre le morceau. Ça crée des prises uniques, avec de la sincérité et une certaine magie que n’offre pas les enregistrements fractionnés. On est donc partis dans le « Studio du Marais » (85) de Carl Schlosser, qui permettait d’enregistrer tous en même temps dans une pièce de 90m2. On a enregistré 13 morceaux, avec à l’arrivée un vrai son de pièce. C’était plus dur à mixer évidemment, mais j’aime ce son-là. C’est vivant !

Quelles sont tes sources d’inspiration pour écrire et composer ? 
J’ai toujours eu des difficultés à écrire sur quelque chose qui m’était complètement extérieur, ou d’inventer une histoire. Quand je m’y essaye, je me lasse assez vite du morceau. J’écris donc principalement sur des moments de vie, de la mienne ou celles de proches, des choses qui me touchent, que ça soit positif ou négatif. Une histoire vraie se cache donc derrière chaque morceau de l’album ! Quant à la composition, je ne sais pas trop ce qui m’inspire. Les idées viennent par surprise, parfois au piano, parfois à la guitare, ou parfois en faisant la vaisselle...

Comment définirais-tu ton style ? 
C’est un mélange de blues, country, folk, rock’n’roll, rhythm’n’blues et soul… Ce qui résume le mieux tout ça est apparemment le terme « Americana ». C’est à mon sens une seule et même grande famille musicale, et il est difficile de n’en aimer qu’un seul membre. Je suis sûr que la plupart des lecteurs qui aiment Big Bill Broonzy aiment aussi Chuck Berry, Al Green et Merle Haggard ! Mais plus brièvement, certains artistes comme Taj Mahal, Lonnie Mack ou Teddy Morgan résument assez bien ce que j’aime et ce que je fais.

Quels sont tes projets pour les mois à venir ? 
J’aimerais prendre du temps pour développer mes nouvelles idées de morceaux, me remettre à écrire. La sortie de l’album a quelque peu interrompu mon travail. Je me mets aussi à la contrebasse, mais techniquement ça prend du temps !

Pour parler d’autre chose, quels sont tes hobbies en dehors de la musique ? 
Oh je crois que ça tourne toujours un peu autour de la musique ! Quand je bricole, c’est généralement sur mes amplis ou mes guitares, quand je sors c’est pour voir un concert ou boire un verre avec des amis musiciens… A part ça je me mets doucement à l’escalade !

Quel est ton lieu de prédilection ?
Une certaine colline de la campagne luxembourgeoise près de chez mes grands-parents, sur laquelle nous allions nous promener quand j’étais petit. Elle n’a rien de spectaculaire, mais il y a une simplicité et un sentiment de liberté qui me font du bien.
Quels ont été tes derniers coups de cœur musicaux ? 
L’album Mod Mod Ranglin de Ernest Ranglin, le trop méconnu Blind Connie Williams, l’album posthume Don’t Lose This de Pops Staples, et le morceau ‘I Just Walked Away’ de Tony Joe White, qui m’hérisse les poils à chaque écoute...

Quel serait ton rêve le plus fou ? 
Pouvoir retourner dans le temps et rencontrer certains musiciens mythiques ! Robert Johnson, Mozart, Jimmie Rodgers...

Gilles Blampain – février 2020

www.mattwanderscheid.com

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