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été 17
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Interview
MANUTO... LE TRIO
Quand le dobro se fait rageur et la voix rauque !


 


Il a le blues dans ses instruments, mais ouvre aussi ses amplis vers d’autres courants musicaux. Il taquine le funk, le rock, le folk et l’americana avec des textes très souvent en français sur des compositions originales. Constitué en 2003, le band a sorti un premier album qu’il a intitulé Vieille Ecole. On attend le deuxième pour très bientôt … La parole à Manuel Destanque.

Au départ un projet lancé en l’air…
C’est avant tout la concrétisation d’une banale conversation téléphonique avec Etienne (le batteur) alors que je vivais encore en Angleterre. Je lui ai demandé si l’idée de monter un trio l’intéresserait quand je reviendrais en France. Il m’a dit oui et on est passés à autre chose. C’était en 96 ou 97. Je suis rentré en 98, et on l’a finalement monté en 2003.

Un répertoire personnel qui s’ouvre vers des reprises 
Ce sont principalement des compos. Mais on a dû aussi tempérer nos ardeurs. On s’est rendu vite compte que le public et les patrons de bars nous demandaient de jouer des reprises pour ne pas être trop perdus… Les pôvres ! On a donc agrémenté notre répertoire de reprises que l’on réarrange à notre sauce. Il est vrai qu’avec les différents instruments avec lesquels je joue et les défis groovistiques que nous nous lançons tous les trois, on peut faire varier les plaisirs et surprendre, même avec des morceaux connus.

Trio ça veut dire trois
Il y a d’abord Etienne Brachet à la batterie, un batteur extrêmement complet et prolixe, qui vient du jazz et de la fusion. C’est avant tout un vrai musicien, quelqu’un qui peut jouer tous les styles de musique. Il faut simplement qu’il aime ce qu’il joue. Puis Bruno Césaroni, c’est un peu le tronc du groupe. Son jeu, à la fois rock mais qui suinte le groove, est extrêmement carré et mélodique. Il assoit l’ensemble et sa maîtrise de l’harmonie fait que c’est un excellent soutien à la fois rythmique et  mélodique. Quant à moi, je chante et je joue de la guitare, du résonator, ainsi que du Weissenborn depuis quelque temps. Logiquement, je me suis également acheté une lap-steel électrique, parce que le Weissenborn électrifié, si tu n’as pas le setup de Ben Harper ou Jeff Lang, cela peut devenir très vite compliqué sur scène.

Des influences multiples qui donnent toute sa diversité au trio 
Je crois qu’il est difficile aujourd’hui de se cantonner à un style et ne pas avoir des influences différentes. Je crois pouvoir dire sans grande peur de me tromper que Bruno a dû être autant influencé par Led Zep que par Jaco Pastorius ou James Jamerson. Etienne pourrait se réclamer autant d’Harvey Mason ou Steve Gadd que d’Elvin Jones. Nous avons tous les trois deux choses en commun : le désir que cela balance bien et que nos chansons soient les meilleures possibles.
Pour ce qui concerne mes influences personnelles, je crois que Bob Dylan et Chris Whitley se partagent le trône. Quant à la guitare : Prince, Nile Rodgers  (CHIC) et Al McKay (EWF) pour le funk, Robben Ford pour son incroyable capacité à improviser le blues sur n’importe quelle musique (même si sa musique perso n’est pas souvent très bonne), Albert King pour le son, Freddie King pour l’énergie et la rage, Chris Whitley pour l’approche oblique et dissonante des open tunings et sa slide sauvage.

Des références qui peuvent surprendre
Je me réfère surtout à des mecs plus modernes : Chris Whitley, qui m’a fait comprendre comment écrire en français (si, si !), James Brown et ses héritiers - Georges Clinton, Cameo, Kool & The Gang (période 70s) -, qui m’ont fait comprendre comment groover, The Band pour leur relecture incroyable de toute la musique américaine, Pete Townshend pour sa manière d’amener le R’n’B dans une autre sphère beaucoup plus pop et surtout le mec qui a écrit le plus de blues dans toute l’histoire de la musique populaire américaine, Bob Dylan, point ! Chez les anciens, Robert  Johnson, mais aussi Skip James, Bukka White et Son Seals.

Une perception très cinglante sur le blues en France
C’est pour partie un non-milieu qui croit détenir la vérité du blues, très esthète et élitiste, français, quoi… Une sorte de posture assez dogmatique. Sous prétexte de connaissance et d’amour du blues, certains – rarement des musiciens – croient faire la pluie et le beau temps en s’accrochant aux vieilles antiennes. Car dans l’inconscient d’une partie d’entre eux, je suis sûr qu’il n’y a pour eux pas de vrais bluesmen en France : l’image qu’ils se font du blues ne correspond pas vraiment à la réalité de cette musique dans notre pays, il faudrait qu’on soit comme là-bas. Et beaucoup de musiciens en pâtissent indirectement.
Alors, qui sont les  vrais bluesmen ici ? Pas moi, qui n’aie pas cette prétention. Ce serait trop limitatif et trop contraignant de toute façon. Ma seule prétention, c’est d’aimer jouer cette musique.
Mais il existe des gens comme Magic Buck, qui respire cette musique et qui a, comme on dit, - paid his dues -, largement... Jean Chartron, sans doute aussi, mais il emmène cette musique là où le milieu n’a pas trop envie d’aller. Nina Van Horn… les Shake Your Hips !, Phil Bonin qui œuvre quand même depuis longtemps pour cette musique à travers W3 bluesradio, mais de manière indépendante. J’en oublie… Tout ceux-là composent le patchwork du blues en France. Les autres aussi d’ailleurs… Mais je crois juste qu’ils ont de cette musique une image un peu trop figée. Ils ne se laissent pas aller, ne veulent pas se laisser surprendre. J’exagère probablement un peu, mais quand j’entends dire que Boney Fields, ce n’est pas du blues, peut-être pas dans la forme, mais sur le fond, il n’y a aucun doute que ce mec-là a beaucoup à nous offrir à tous. Je crois sincèrement que tous ces stéréotypes sur le blues et les bluesmen sont extrêmement dommageables pour les artistes qui aiment et/ou se réclament de cette musique… .

Chanter en français ou en anglais…
J’ai écrit et chanté en anglais pendant quinze ans, dont cinq ans en Angleterre, j’adore. Mais le français est une langue qui défie le blues, le rock et la pop. Croyez-le ou non, c’est Chris Whitley qui m’a ouvert la voie pour écrire comme je le voulais en français. Je sais, c’est bizarre… Mais c’est la vérité.

Des souvenirs qui marquent le band
Le dernier concert avec Tieno et Bruno, le mois dernier, au Caveau des Oubliettes est en passe de devenir notre repère. Le dernier bœuf avec Nina Van Horn au concert de Phil Bonin & The Blues Technicians pendant le festival Blues en VO. Il y avait aussi Frantz Magloire. Je me demande pourquoi personne dans le blues ne parle de ce mec-là, d’ailleurs. Quelle fusée !
Le pire souvenir (sur le moment, en tout cas !) a été la première partie de Doctor Feelgood, également à Blues en VO, il y a quatre ou cinq ans. J’ai pu comprendre, en les regardant, la –vastitude- nous séparant au niveau de la présence scénique et de l’énergie envoyée. Une véritable leçon de choses…  J’étais pétrifié car j’en avais fait un enjeu (rires amers). J’étais vraiment très con et inexpérimenté.

Grandir en constatant ses manques et ses erreurs
C’est certainement le manque de confiance en soi qui mène au cancer du nombril, à la grosse tête et aux chevilles qui enflent. On n’en meurt pas mais cela se soigne si difficilement. On regarde les gens pour ce qu’ils peuvent vous apporter et non plus pour ce qu’ils sont. Du coup, on se met à avoir peur de l’opinion de personnes finalement insignifiantes et sans grand intérêt, et de ce qu’elles pourraient penser de vous. Mais il existe certaines potions assez brutales qui aident à comprendre ses défauts en profondeur et soigner très efficacement ce genre de troubles. Je crois comprendre un peu mieux la leçon aujourd’hui, mais c’est un travail qui se poursuit. Mais qui permet aussi d’accéder aujourd’hui à une réelle confiance en soi, basée sur le travail, l’abnégation et la persistance comme cheval de bataille. Tout vient à point à qui sait….

Un petit dernier à écouter
C’est un projet construit dans le Sud (de la France), une sorte de fantasme. J’ai cherché à parler d’un Sud qui, mis à part la langue, pourrait ressembler au Deep South : il y fait chaud, ou très froid, beaucoup de gens y vivent en vase clos en petites communautés, sont méfiants des gens de l’extérieur et où le racisme est larvé mais ordinaire. Sans oublier la nature écrasante, qui rythme la vie, impossible de vivre en citadin sur la colline. Mais il existe aussi une forme de culture rurale ancestrale, dans laquelle des fous furieux tentent des choses sublimes, se battent pour le savoir et la culture, pour ouvrir les esprits. Cela fait deux ans qu’on joue les morceaux, faut juste trouver le blé pour enregistrer ce bon dieu de projet. Mes ennuis personnels ont coupé l’élan pendant presque deux ans. Mais maintenant que ça va mieux, j’ose espérer que c’est pour bientôt… .

Alain Hermanstadt

Contacts, concerts et infos :
www.manuto.net
www.myspace.com/triomanuto
contact@manmuse.com
+336 09 34 57 82