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04/17
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Interview
LUCY DIXON

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Le swing de l’ordinaire…

Blues Again : Dans le quartier de Highgate à Londres, est née Lucy Dixon. La seule et unique Lucy Dixon. THE Lucy Dixon.
Lucy Dixon : C’est venu de mon ami, l’acteur anglais Brian Cox, qui va jouer prochainement Churchill. Il se fait appeler « THE Brian Cox ». Alors j’ai décidé de m’appeler « THE Lucy Dixon », comme un gag, une forme de fausse fierté, et puis il y a cette jeune comédienne qui s’appelle aussi Lucy Dixon, qui est devenue très connue à Londres, après une série télé. C’était une façon de me distinguer d’elle. Mais au début c’était une blague. blues lucy dixon

Lucy a commencé à danser. Elle a pris des cours. Danse classique, puis contemporaine. Lucy est devenue une artiste, une danseuse sérieuse.
J’étais très sérieuse, danseuse moderne. Je ne voulais pas faire le Lido au début. J’ai fait une audition et signé pour un an. Au Lido, Il y a une tradition de danseuses anglaises, parce qu’elles sont plus grandes que les françaises. Il y a des Australiennes, des Allemandes, et très peu de Françaises finalement.

Lucy, très jeune, passe un an à Paris dans l’atmosphère cosmopolite du Lido des Champs Elysées. Mais le soir elle rentre chez elle, entre Barbès et Pigalle.
Il y a un magnétisme à Montmartre. J’habitais au 84 boulevard Rochechouart, quand je dansais au Lido, c’est en fait l’adresse du Chat Noir, le cabaret d’origine, celui de Rodolphe Salis, de l’affiche de Lautrec. Aujourd’hui, il y a un Darty à cet endroit.

Après son contrat de 12 mois, Lucy retourne à Londres et intègre le circuit des Musicals.
Le Lido c’était extraordinaire, mais je voulais partir dès le début. Je savais que je ferais autre chose. Je voulais passer aux comédies musicales. C’est dans le West End, à Londres ou les comédies musicales étaient développées que je me suis retrouvée. J’ai joué, chanté, fait des claquettes dans Cats, Follies, Metropolis, Frogs et Cabaret.

Puis, c’est Stomp, qui va l’intégrer à sa troupe et la précipiter dans un fracas percussif dans le monde entier, de tournée en tournée, pendant 15 ans.
Stomp c’était l’éducation du rythme. Dans Stomp c’est quand même presque vaudeville, avec des choses subtiles. Je transmets ces choses-là dans un autre univers aujourd’hui.

Aujourd’hui, elle publie un album de reprises Lulu’s Back In Town, mixant années 40 et modernité. Swing et récup. Fred Astaire et Fats Waller.
Elle reprend ‘It Don’t Mean A Thing, If It Ain’t Got That Swing’ de Duke Ellington simplement accompagnée par une contrebasse et une guitare acoustique. Quelque part au deuxième couplet, elle sort de sa poche un sac en plastique très fin. L’approchant du micro, elle en fait un instrument, reproduisant la sonorité des balais sur la caisse claire.
J’essaye plein de sacs en plastique différents, Auchan, les sacs de légumes, les sacs poubelles de 30 litres, on trouve des sons différents dans chaque plastique, j’essaye de rendre de la noblesse à cet objet qui a mauvaise presse.blues lucy dixon

Sur la photo de pochette de l’album on la voit l’allure conquérante, en chemisier et jupe crayon, un carton à chapeau sous le bras.
La photo c’est mon idée, c’est là où j’habite aujourd’hui, un petit passage à Montmartre. Je voulais que ça soit un mélange, pas uniquement un clin d’œil aux années 40. Les vêtements, la coiffure, le fait que ce soit en noir et blanc, les valises etc. mais aussi qu’il y ait aussi une actualité, c’est pour ça qu’on a laissé le caddie de supermarché dans un coin, ça fait partie de moi. J’adore les vêtements, le style qui entoure les films des années 40, Fred Astaire, ce monde de style, les vêtements, les décors art déco. Je suis très inspirée par ça, et puis bien sûr le côté claquettes.  La chanson ‘Lulu’s Back In Town’ de Fats Waller, je la connaissais déjà. C’était une sorte de retour. Mon père m’appelle Lulu. C’était un peu trop évident. Mais je l’ai quand même fait parce que ça fait penser aux allers-retours entre l’Angleterre et la France.

L’album est un hommage aux songwriters…
J’ai beaucoup de respect pour les songwriters. C’était un plaisir de me poser en tant qu’interprète. Je savais que c’était bien, un répertoire irréprochable. Je me concentrais sur l’interprétation. Certains morceaux ne sont pas connus, il y a des millions de chansons à découvrir, avec leurs auteurs. Mort Dixon, qui a écrit ‘Nagasaki’ en 1928 par exemple.  Un critique de l’époque l’a décrite comme étant : « Something like the definitive gotta-get-up-and-do-the-charleston song ». Et puis bien sûr, Fred Astaire et Fats Waller.
Je venais de finir de boucler 15 ans avec Stomp, pendant lesquels j’étais entourée par des batteurs. Je voulais faire un truc sans batterie. J’ai donné cette place aux claquettes pour retrouver de la percussion. Le style manouche correspondait bien. La guitare remplaçait la batterie. Chaque instrument avait un coté percussif. La voix aussi, c’est un jeu sur le rythme.
blues lucy dixon

L’entreprise n’aurait pas d’intérêt si ça n’était que la bande son d’un bal costumé…
Je n’ai pas vraiment l’impression d’être une chanteuse, c’est ça qui résonne entre mon projet et Fred Astaire et Fats Waller : ce sont des comédiens, danseurs, pianiste. Je fuis un peu les belles voix à la Ella Fitzgerald. Je suis très fan de hip hop, j’essaye de chanter rythmiquement. J’aime le grain de Q Tip, des gens comme ça. Je ne veux pas faire un album complètement 1940. Je joue avec ces chansons, avec un peu de rap, j’ai ça en tête. Le coté collage des différentes époques. Ça n’a pas de sens de refaire tout comme à l’époque, mon jeu c’est de trouver une vibration d’aujourd’hui.

Fred Astaire, c’est l’archétype du danseur qui devient chanteur. Sa voix, dans la précision, la grâce, l’absence d’emphase projette la même élégance que ses chorégraphies.
Je suis une danseuse avant tout. Et l’héritage de Stomp, c’est de provoquer la rencontre de différents univers. Réconcilier la mise en scène des idées un peu ringardes du Lido, avec le mouvement de Cats, le rythme de Stomp, et les claquettes de Fred Astaire.

Si tu habites à Montmartre, tu dois être millionnaire ?
Non… Je cherche un millionnaire, 
Pour avoir des trucs comme des stars,
Pour manger des homards,

C’est une chanson de Mistinguett.

Cranberry Gordy – octobre 2016

www.thelucydixon.com/home

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