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10/18
Chroniques CD du mois Interview: LITTLE VICTOR Livres & Publications
Portrait: BIG MAYBELLE Interview: MR. HARDEARLY Dossier: KING RECORDS
 


Interview
LITTLE VICTOR
Grand sectateur du lo-fi


KING KONG BLUES
king kong blues
king kong blues
BLUES LITTLE VICTOR





Victor n’est pas trop gêné aux entournures par la modestie, mais il ne ment pas. Mieux. C’est à peine s’il se vante quand il dresse des bilans. Le problème, avec la célébrité, c’est qu’elle a ses quartiers réservés. Quand elle s’égare dans les venelles du blues et de ses environs par exemple, elle perd vite la mémoire, et ses couronnes s’évaporent aussi vite qu’elles étaient tombées. L’engeance de Sisyphe qui habite ces quartiers est condamnée à repasser perpétuellement par la case départ. Au cours de sa, maintenant, longue carrière, Victor en aura gagnées des médailles mais, comme ses semblables, il n’imprime pas la gloire, et c’est la route toujours recommencée. Pas de doute, on est bien dans le mythe du blues !
   

Blues Again : Ce nouvel album va encore être coton à dénicher… Le combientième, au juste ?
Little Victor : En tout, j’ai publues little victorblié une douzaine d’albums sous mon nom, et des albums en collaboration avec des gens comme Louisiana Red. J’ai joué sur des albums légendaires (que j’ai souvent produits), Louisana Red, Harpdog Brown, Tav Falco's Panther Burns, mon cousin de Memphis. L’album ne sera peut-être pas très visible en France mais, ailleurs, c’est plus sûr. Deluxe Lo-Fi sort à peine qu’il remporte déjà un Blues Lounge Award au Royaume-Uni (Album of the Year). Pas mal du tout !
On m’a dit que beaucoup des titres proposés sur Deluxe Lo-Fi semblaient sortir du soundtrack d’un film de Tarantino. Ha. Comme dans un film de Tarantino, presque tout a été inspiré par… et même pompé dans… les répertoires obscurs des années 50 et 60. Je les ressers d’une manière totalement personnelle, inattendue, rétro bien sûr, et très décalée. Ma musique est bien enracinée dans le blues, mais je boxe dans la même catégorie que CW Stoneking, Daddy Long Legs, Nick Curran, Blind Boy Paxton, James Hunter, etc. Je passe dans les circuits du rock alternatif, plutôt que spécifiquement blues.

Tu parles d’un album « old school contemporary »…
J’ai concrétisé un rêve qui m’a demandé huit longues années de maturation. Je voulais faire un disque à 360 degrés, qui ferait briller toutes mes facettes : du blues des années 20 et 30, blues du Texas, de Detroit, Louisiane, un peu de rock and roll 50's, popcorn, blues-a-billy, etc.

Est-ce un hymne à la bande magnétique ?blues little victor
Tout a été enregistré en analogique sur bande magnétique, en effet, dans de très bons studios, avec du matos top d’époque. Bon, ça fait trente ans que je fais ça. J'étais même considéré comme un original à cause de cette lubie, presque zinzin. Et spécialement dans le milieu du bues et du roots rock. Maintenant, tout le monde s’y est mis, Kim Wilson, Bob Corritore, Kid Ramos and co. Alors j’ai décidé de la jouer lo-fi à donf ! Pas la version Disney du lo-fi qu’on entend parfois, ici et là. J'ai exploré tous les champs du lo-fi, mixé les titres de toutes sortes de manières. Il y a vraiment une large palette de sonorités lo-fi sur ce CD, tout le spectre. Je considère le lo-fi comme la version sonore du noir et blanc. Comme ce son se banalisait, je suis allé plus loin : le mono analogique sur bande magnétique en lo-fi ! J'ai même ajouté des craquements de vinyle et un peu de souffle par ci et par là. J'ai essayé de faire sonner cet album comme une de ces compilations de matériel 50's et early 60's, que je publie chez Koko-Mojo Records, un autre label de la galaxie Rockstar Records/Rhythm Bomb.

Tu réalises donc aussi des compiles…
Oui, la série des albums Koko-Mojo: Cheap Old Wine And Whiskey (« drinking songs straight from the juke joint »), Burning Frets (« the rhythm, the blues, the hot guitar »), You’re Too Bad (« when your harp is rusty ») Je collectionne les vinyles depuis 1977. J’exploite surtout de vieux 45t, mais aussi quelques 33 et 78-tours. On est loin des rééditions Ace Records ou Bear Family. Ça ressemble plus à une mix-tape d’une de mes séances de club. N’oublie pas que je suis aussi DJ Mojo Man !

Tu avais déjà travaillé avec Rhythm Bomb ?
C’est le premier album que je sors sous mon nom chez eux. Mais j'ai produit des disques pour Rhythm Bomb, et je joue sur pas mal de leurs albums, ceux des Jelly Roll Men, du Juke Ingala & The Jacknives, The Blues Of Little Walter, etc. Au départ, Rhythm Bomb Records était une maison de disques allemande. Depuis quatre ou cinq ans, elle fait partie du Rockstar Records UK Music Group. RBR a d’abord donné dans le rock’n’roll et le R&B 50's, mais depuis cinq ans ils se sont ouverts à l’alternative roots, americana country, singers-songwriters, surf et, bien-sûr, blues à l'ancienne. C’est un peu à cause de moi, ha ha ha. Ralph Braband, le boss du label, suit ma carrière depuis longtemps. C’est un fan. Il a été scié que je gagne l’équivalent du prix Nobel du disque en Allemagne, le German Record Critic's Award, un Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros en France, et divers blues music Awards, des Grammies aux États-Unis, une nomination aux Maple Leaf Bues Awards au Canada, etc. Il s’est dit que j’étais peut-être bankable, ha ha.

Tu as un distributeur ?
Broken Silence (global), et L’Autre Distribution pour la France. Et il y aura une version LP vinyle de Deluxe Lo-Fi chez Stag-O-Lee, fin septembre. Deluxe Lo-Fi comprend treize compos et trois reprises, qui font office de bonus pour le CD. Plus d’une heure de musique. L’album vinyle n’alignera que douze morceaux, six par face, comme à l'époque.

Est-ce que tous les digipacks ont cette touche prématurément vieillie, ou m’as-tu adressé l’exemplaire qui servait à caler ton bureau ?
L’artwork, c’est aussi mon idée. Je voulais un design qui traduise bien le son de l’album. Je me suis inspiré du look qu’avaient les boitiers Soundcraft dans les fifties. Tu sais, ceux qui contenaient de la bande magnétique.

Que signifient les astérisques au dos de l’album, en exergue aux titres de la track-list ?
Ils servent à différencier les différents studios où l’album a été enregistré. Relis les notes à l’intérieur : « Recorded by Tomi Leino at Supravox Recording Studio », « Recorded by Danny Michel at Big Tone Records », « Recorded by Jeff Mox Moxley at Landsberg Studios ». Les deux dernières plages ont été enregistrées dans un studio state-of-art d’Hollywood, mais j’ai repassé les pistes dans un magnéto à lampes des années 50 (un Ampex 350), pour qu’ils sonnent comme le reste de l’album.

Les chansons…
Euh…

En vrac…
‘So Blue’ est une compo. J’ai utilisé le riff de ‘Smokestack Lightnin’ ’, avec un peu de ‘Fever’. On entend même des sonorités à la Ravi Shankar et Junior Kimbrough (écoute le solo). Certains critiques y entendent encore du Captain Beefheart, du Tom Waits, du Fat Possum...
‘Chicago Moan Blues’ est la troisième reprise du disque avec ‘Rockin’ Daddy’ (Howlin’ Wolf) et ‘Country Boy’ (Muddy Waters). ‘Chicago Moan’ a été enregistrée dans les années 20 par Tampa Red. Je lui ai donné une tournure plus 30’s, 40’s, comme si Tampa l’avait réenregistrée vingt ans après !
Normalement je ne fais pas de reprises sur mes albums. A vrai dire, j’ai vu plein de gens regarder l’un de mes disques et partir sans l'acheter, en disant : « Désolé, je ne connais pas un seul titre ». Et normalement, je ne joue JAMAIS de Chicagoblues little victor blues. Trop tarte à la crème. Quand tu considères cet arc-en-ciel de styles de blues si différents, tu te demandes pourquoi le style de Chicago représente 98 % de tout ce qu’on peut entendre aujourd’hui dans ce domaine. Bon, j’ai joué beaucoup de Chicago blues avec Louisiana Red. Le Chicago blues, je connais bien. Et pour aggraver mon cas, j’ai repris sur le disque des titres Chess : ‘Rockin’ Daddy’ et ‘Country Boy’, la tarte à la crème des tartes à la crème ! Mais en essayant de les faire sonner comme les outtakes d’un coffret Chess, avec des versions inédites.
‘What The Matter Now’ est un hommage aux rockers noirs des années 50. Ce serait du Little Richard discount, série destroy ! Il tourne comme un titre de Little Richard, mais orienté vers cette foule de rockers noirs obscurs qui sortaient des singles, avec un son encore plus sauvage que Little Richard. C’étaient souvent des bluesmen. Comme moi, d’ailleurs. Il y avait beaucoup de guitaristes parmi eux, très bluesy and wild. En entendant ‘What The Matter Now’, mon pote Nick Curran (RIP) n’en était pas revenu. Il adorait ce morceau. Et aussi ‘I Wanna Make You Mine’. Ces deux titres sont dans le droit fil de ses derniers enregistrements. Le rockabilly selon Elvis, en 1955, n’était pas vraiment une nouveauté. Même lui le dit dans l’une de ses premières interviews : « Nothing new under the sun. Black folks have been doing it for a long time. »
Les titres ont un côté rock alternatif/garage, qui rappelle les premiers albums de Tav Falco’s Panther Burns. Je fais, avec le blues, ce qu’il faisait à l’époque avec le rockabilly, lui et ses potes des Cramps. Cf. son album Panther Phobia.
‘This Letter’ ou ‘My Mind’ sont une version un peu destroy que ce que peut faire James Hunter. J’ai pas mal joué avec Harpdog Brown en Amérique du Nord. J’ai produit et je joue sur son Award-winning album Traveling With The Blues, avec Charlie Musselwhite, Rusty Zinn, Big Jon Atkinsons, Carl Sonny Leyland, Jimmy Morello… On enregistrait aux Big Tone Studios d’Hayward, en Californie, en 2016. La plupart de ces musiciens figurent sur Deluxe Lo-Fi. On a fait ‘Chicago Moan’ là-bas, entre deux titres pour son disque.

Les Downhome Kings, le nom sous lequel tu regroupes les musiciens de Deluxe Lo-Fi, ne sont donc pas ton groupe régulier…
Je n’ai plus vraiment de groupe à proprement parler depuis la mort de Louisiana Red, en 2012. Ceux du Little Victor’s Juke Joint ont continué leur périple sous d’autres auspices. Le bassiste Bill Troani a fondé le Billy T Band et gagné deux Grammies en Scandinavie. Il y a aussi le Joakim Thundblues little victorerholt Band. A l’époque du Juke Joint, Joakim faisait roadie ! Alex, le batteur, joue depuis un an avec Rick Estrin and the Nightcats. Je n’ai plus de groupe, je travaille avec différents musiciens sur les deux rives de l’Atlantique, selon la logistique, les cachets, les disponibilités, tout ça. J’ai mon son de toute façon, je ne compte pas vraiment sur le band qui m'accompagne… Avec ou sans, ça sonnera toujours comme du Little Victor !

Tu as vécu partout ! Après la France, tu as habité en Espagne, à présent en Angleterre…

Un peu à Londres au début, mais maintenant je vis à Brighton. Je pense bouger avant que ce putain de Brexshit ne devienne une réalité. J’ai encore essayé les States un petit moment, mais ça pue du cul là-bas. Les États-Unis sont devenus un pays du tiers monde. Trop de flingues, trop de flics, trop de connards. C’est déjà assez difficile de vivre de ma musique en Europe, en Amérique c'est quasiment impossible. Je ne sais pas encore où je vais me tirer. Allemagne, Canada, Australie... Depuis toujours, je suis un artiste sans attaches géographiques particulières. Je suis un citoyen du monde, j’habite la planète Terre, c'est tout, ha ha ha. Bon, il faut que j’y aille maintenant, je dois prendre un avion !

Christian Casoni – septembre 2018

https://littlevictormusic.com/  

blues little victor