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Interview
LISA SPADA


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Chef de bande et solitaire, pudique au point de mettre en musique sa rupture amoureuse, telle est Lisa Spada. Contradictoire ? ‘Y aura pas de décalage entre mon image et ma musique’, prévient-elle. Décembre 1975 Curtis Mayfield sort sur son label Curtom l’album au titre sarcastique There Is No Place Like America Today. L’effet wah wah de la guitare de Phil Upchurch hante ‘Billy Jack’ le premier morceau de l’album. Samplé par Lisa, le même effet vient colorer ‘I Need You’, cathédrale funk de son premier album Family Tree.

Blues Again : Tu faisais partie de Gospel Pour 100 Voix, tu as lancé le collectif Let’s Get Together, et là tu te lances toute seule. Pourquoi maintenant ?
blues lisa spada
Lisa Spada :
En 2011 j’ai eu envie de me concentrer sur moi. J’ai écrit et composé les chansons de l’album. Il a été arrangé avec les musiciens. A la base c’était des chansons destinées à la scène. J’en ai eu envie, voyant beaucoup de mes amis artistes prendre leur envol. Des gens qui font partie de Let’s Get Together le collectif que j’ai créé, Ben l’Oncle Soul, Sandra Nkaké, Juan Rozoff… tout ça m’a donné l’impulsion. Et c’est aussi à un moment où j’ai plus de choses à dire, c’est un moment charnière dans ma vie professionnelle et personnelle. C’est une cristallisation de plein de choses. C’était pas des moments évidents. La déception amoureuse nous pousse dans nos retranchements, nous rend plus vulnérable, et nous pousse à nous rapprocher de ce qui peut nous maintenir debout et nous donner envie de se relever, d’où ce Family Tree, l’amour indéfectible de la famille.



Et les chœurs Gospel ?

Il y a plusieurs options, là je suis en train de travailler avec une pédale pour faire des loops. Il y aura peut-être un chœur pour le grand concert de lancement de l’album qui aura lieu au New Morning le 23 avril. Mais quand je ne peux pas les emmener avec moi, je fais comme j’ai toujours fait, je suis toute seule. Mais c’est vrai qu’à la base je préfère être avec du monde.

Il y a toute une chorale sur ‘My Fault’…
Les chœurs de ‘My Fault’, c’est moi, toute seule. En plus ça m’amuse, je ne fais pas exprès, je sais qu’il y a des voix qui sonnent différemment dans l’intonation. On a l’impression qu’il a beaucoup beaucoup de monde, mais ce n’est que moi. D’où cette idée de le récréer sur scène. Ça sera plus intimiste, mais ce sont de beaux moments, des prises de risque intéressantes. Un partage de l’intimité : c’est offrir au public ce qu’on fait chez soi, comme si on était dans notre cocon en train de créer. Il faut qu’il y ait des moments de lumière, et des moments dédiés à la création. J’ai plein d’envies différentes. Là, je suis en pleine organisation pour mettre en place les prochains concerts dont celui du New Morning.

L’album est extrêmemblues lisa spadaent varié dans les styles…
Dans la couleur musicale, j’ai vraiment mis tout ce qui me plaisait, de façon inconsciente, mais ça a donné ce résultat. Une palette de tout mon parcours musical depuis enfant. Le flash a été sur le rhythm and blues, Sam Cooke, Otis Redding, et puis le gospel, et puis le blues, et puis le hip hop parce que c’est ma génération, et puis toute la vague electro des années 2000. Ça me représente moi dans toutes mes périodes de vie. Cette musique, si lointaine géographiquement soit-elle, résonne en moi depuis l’enfance. Ça aurait pu être la musique scandinave, il se trouve que c’est la musique afro-américaine.
Ma période préférée c’est 71-73, que ce soit pour Aretha ou d’autres, même historiquement, socialement, un de mes albums préféré c’est Innervisions de Stevie Wonder. ‘Golden Lady’ c’est une des premières chansons que j’ai apprise. Avec Let’s Get Together on a fait ‘Living For The City’ et ‘Jesus Children Of America’.

Pour moi, il y a les trois titres majeurs : ‘My Fault’ le gospel épique, ‘Family Tree’, le single au style hip hop à la Dr Dre, et le Blaxploitation ‘I Need You’. Et puis il y a un trésor caché : ‘Take Me As I Am’…
‘Take Me As I Am’ a eu deux vies... Il y avait un texte qui avait un angle de vue et ensuite je l’ai recadré, avec une autre vision qui n’est pas celle d’une victime. Il symbolise bien l’évolution que j’ai pu avoir. La musique est venue simplement. J’ai fait une petite boucle d’un morceau de Justin Timberlake, une ballade très simple et la mélodie est venue avec toutes mes influences d’Aretha Franklin et ensuite j’ai développé la grille d’accords avec les musiciens. Comme je travaille beaucoup sur les boucles, j’ai besoin des autres pour ouvrir le champ des possibles pour que la mélodie prenne toute son amplitude.
‘I Need You’ est basé sur un sample de Curtis Mayfield, ‘Billy Jack’. Au début c’était juste une proposition pour les musiciens, et après on a eu envie de le garder.

Tu as une maitrise d’histoire de l’art et archéologie, quels sont les apports de cette formation classique dans tes activités artistiques ?blues lisa spada
J’aurais pu continuer dans la recherche, mais j’ai laissé la place à quelqu’un qui voulait faire sa carrière dans la recherche. Ça me donne un œil, des références culturelles, une façon de réfléchir en arborescence, une ouverture sur les arts, la connaissance de l’histoire permet de comprendre plein de choses. L’ouverture de l’Allemagne à la culture break par exemple, vient aussi de la volonté de s’affranchir d’un passé trop lourd.

Il faut un courage incroyable pour sortir un album aujourd’hui, comment trouves-tu un équilibre économique à tes projets ?
Aujourd’hui plus personne ne paye pour rien. Il faut surtout être très motivé. Cet album j’ai pu le réaliser grâce au studio Obsidienne qui est coproducteur de l’album. Ils ont cru en ce projet. On a fait l’album comme si j’avais une Major derrière nous. On fait avec la bonne volonté des gens, le fait qu’ils croient en notre projet, et qu’ils veulent bien investir aussi du temps et de facto de l’argent. Ce qui est toujours compliqué c’est que souvent les musiciens sont en bout de chaine, ce sont eux qui font le plus de sacrifices. Moi-même je fais partie de ça. On est tous un peu obligés de toujours investir, investir, investir. Et il n’y a pas du tout de retour. On ne peut pas le faire en pensant que ça va nous rapporter de l’argent. Ce qui est compliqué c’est de toujours investir de l’argent notamment même pour faire des scènes, on est obligé de payer les répétitions, il faut qu’on trouve un minimum d’enveloppe pour les musiciens le jour du concert. Nous, artistes, on va pas du tout se payer parce que c’est que de la promotion, donc du coup le plus difficile c’est qu’on est obligé de travailler à coté, en particulier pour d’autres artistes, être intermittent du spectacle pour pouvoir tout simplement financer nos projets.
Sur l’album, on entend des cuivres, mais il y a aussi des contraintes économiques qui font qu’on ne peut pas avoir tout le monde sur la route, et on est obligés de présenter sur scène une formule qui va pouvoir bouger un peu partout. La mienne est déjà assez lourde, on est cinq sur scène et pour certains tourneurs c’est déjà beaucoup. Sans aller contre nos convictions artistiques ou nos envies musicales on est aussi obligés de faire avec des contraintes techniques.
J’espère que mon disque pourra avoir plus d’audience, mais en France c’est difficile de faire de la soul parce qu’on fait aussi autre chose, on aborde d’autres genres musicaux, on fait ce que je suis en train de faire. Beaucoup d’autres artistes que je connais eux aussi mélangent tous les genres puisque c’est leur culture musicale. Ce qui peut nous arriver de mieux c’est de pouvoir faire tous ces festivals de jazz ouverts à des courants hip hop ou soul, de commencer à rentrer dans un circuit. Le rêve de tout artiste c’est de pouvoir au moins faire 50 dates avec son album. Mais les tourneurs ont besoin de preuves, de voir les artistes sur scène, et ont besoin qu’il y ait un buzz. Tout ce buzz doit être fait auparavant par l’artiste, tout seul. Pour le concert de lancement de l’album, on peut espérer que ce sera aussi des nouvelles personnes, qui auront été touchées par la sortie du disque le 13 avril. J’ai un public parisien, mais je n’ai pas encore eu la chance d’aller au contact de la France. Ça va commencer avec Jazz A l’Etage à Rennes. Et à l’étranger, ce serait formidable, tout est à faire. blues lisa spadaTu es aussi choriste sur des grosses tournées pour des artistes très grand public…
J’ai aussi un travail de choriste, on est sur la route. C’est surtout entre les musiciens, les techniciens, les choristes que des relations peuvent se développer. Peu importe le répertoire, il faut tirer le maximum de ce qu’on peut tirer. Il faut prendre du plaisir. Ça m’a appris à bosser avec les autres, à être sur la route. Au début c’est pas forcément facile parce qu’il y a beaucoup de personnalités différentes, mais après on apprend. Mais si demain on m’appelle pour une tournée d’un an, qu’est-ce que je fais ? La réalité économique va faire que je peux essayer de faire les deux, mais ce ne sont pas des choix simples.

Qu’as-tu pensé de 20 Feet From Stardom, Oscar du documentaire sur le parcours des choristes de légende, comme Darlene Love ou Merry Clayton ?
J’ai adoré 20 Feet From Stardom, ça m’a beaucoup parlé, et en même temps ça fait flipper aussi parce que tu t’identifies, mais ce sont des artistes qui sont dans des sphères énormes. Si tu prends Lisa Fisher, choriste pour les Rolling Stones et Sting, elle a une carrière qui tient toute seule. Même si elle a fait son deuil de certaines choses. Le film dépeint quand même le profil d’artistes qui ont réussi malgré tout. C’est loin de nous par exemple, qui effectivement faisons des chœurs professionnellement, mais à l’échelle française. Et on commence à rentrer vraiment dans l’industrie. Mais comme l’industrie musicale change beaucoup et qu’il y a plus de recette… Mon objectif n’a pas été d’être une starlette à 18 ans. La musique que je fais elle va évoluer avec l’âge, avec ma vie et je pourrais la faire jusqu’au bout. Il n’y aura pas un décalage entre l’image et la musique. Je n’ai pas d’objectifs de starisation. J’ai surtout un objectif de vivre de ma musique. Sandra Nkaké c’est un très bon exemple, c’est quelqu’un qui bosse énormément, qui fait des dates, plein de dates par saison, et elle vit de sa musique. Vivre de son art c’est quand même formidable. Mais c’est beaucoup de travail, on ne travaille jamais suffisamment.

Ce soir après la répétition, tu rentres chez toi, tu as envie d’écouter quoi ?
Je pense tout de suite à Robert Glasper. C’est un pianiste de jazz qui a invité tous les artistes nu-soul ou hip hop, Mos Def, Eryka Badu, ils ont fait une très belle reprise d’’Afro Blue’ par exemple. C’est vraiment jazz, mais c’est du new jazz. Il y a Hiatus Kaiyote aussi, tout ce mouvement qui mélange le jazz, la soul, l’electro. Plus les incontournables, D’Angelo, Eryka Badu, une artiste anglaise qui s’appelle Fatima. Mais j’ai aussi la chance de ressortir tous les standards soul pour les travailler. J’ai la chance de faire le 12 juin un Tribute Aretha Franklin au Bizz’Art à Paris. Ça va être énorme, je me fais le plaisir de chanter toute une soirée les chansons qui m’ont marquée. J’écoute aussi beaucoup des sites comme 22 Tracks avec plein de genres musicaux et des artistes indépendants à foison. Et puis j’ai un petit côté chanteuse aussi, donc j’aime bien écouter Mariah Carey, on ne peut pas me l’enlever. Petit côté à l’eau de rose, mais ça existe aussi.

Cranberry Gordy – mars 2015
L’envol
Début mars quelques jours après notre entretien, l’album prend vie sur la petite scène de la Favela Chic. Epaulée par le rappeur Edash Quata, elle défend ses titres avec énergie et chaleur. Habitée par ces toutes nouvelles compositions, elle lance ses fusées de détresse, qui retombent en feu d’artifice sur la famille élargie venue assister à l’envol solo de l’artiste, suivra le 23 avril au New Morning, la belle floraison du Family Tree
www.lisaspada.com/

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