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Interview
JUNKYARD CREW


KING KONG BLUES
king kong blues
king kong blues
Blues junkyard crew





Deux musiciens qui utilisent guitares et sousaphone, bidons, chaînes et autres ferrailles pour jouer un répertoire original qui mêle blues et hip hop.
    

Blues Again : Faisons les présentations…
Manouche Fournier : Je suis né à Lyon et j'ai grandi dans une famille de soixante-huitards adeptes des voyages. Adulte, j'ai vblues junkyard crewécu en Angleterre et aux Etats-Unis longtemps, puis je suis revenu en France et j'habite à nouveau Lyon depuis quelques années.
Mais mon port d'attache reste la maison familiale sur le plateau cévenol. Mon idéal serait d'y vivre tout en menant ma vie de musicien – ça n'est pas gagné, mais j'y travaille.

Comment votre duo est-il né ? Depuis quand existe-t-il ?
J'ai rencontré Jean Crozat – alias Croznight – en tant que chanteur et guitariste du Zozophonic Orchestra. Le groupe travaillait alors sur une collaboration avec le big band Bigre ! où Jean jouait du trombone basse. Le lien s'est rapidement fait d'autant qu'il était également sousaphoniste – or je cherchais depuis longtemps à explorer le son de la face B d'un disque de Taj Mahal : Recycling The Blues & Other Related Stuff, avec ce mélange particulier entre le tuba d'Howard Johnson et la National. L'écoute du disque l'a convaincu et Junkyard Crew est né en 2012.

Pourquoi two-man trio ?
Le concept du « two-man trio » est arrivé à mesure. Nous sommes parti d'une formule acoustique de rue à laquelle nous avons petit à petit ajouté diverses percussions. Puis nous avons fini par nous partager une vraie batterie, arrivant donc au trio basse / batterie / guitare. Le trio à deux était inventé !

Qui imprime la couleur musicale du groupe ?
L'esthétique du groupe vient beaucoup de mes compositions ou de mes années aux Etats-Unis (la Louisiane en particulier). Un mélange de blues, de musique créole, de fanfares et de hip hop. Pour les titres originaux, je suis l'auteur des paroles, mais il s'agit d'une vraie collaboration – et la version finale d'un morceau est souvent tellement modifiée, qu'on peut parler de composition collective – ce qui est par ailleurs le cas de nos morceaux instrumentaux.

Jean et toi, comment êtes-vous venus à la musique ?
Pour ce qui me concerne, j'ai commencé la musique par la trompette dans une petite école de musique de village. Puis l'apprentissage s'est fait de manières très variées :
J'ai fait quelques années au CNM à Lyon puis commencé à jouer de la guitare en autodidacte.
J'ai ensuite vécu en Angleterre puis plusieurs années ans aux Etats-Unis, ce qui a été l'occasion d'étudier le jazz et de jouer beaucoup -- notamment avec le collectif Sangita, à Baltimore. Mais le chant a surtout été le fil conducteur de tout mon parcours, et mon terrain de jeu privilégié la Louisiane, avec laquelle je garde beaucoup de liens.
De retour en France j'ai repris des études de jazz au Conservatoire de Chambéry où j'ai rencontré plusieurs futurs membres du Zozophonic Orchestra et du collectif lyonnais le Grolektif dont j'ai fait partie jusqu'à sa dissolution en 2017. Cela a notamment été l'occasion de créer le Mardi Gro Brass Band, dans l'esprit des fanfares funk de la Nouvelle Orléans et d'avoir la chance de travailler ponctuellement avec Bigre !.
De son côté, Jean Crozat a fait ses études au CNSM en trombone basse classique de 2000 à 2005. Mais il n'a jamais cessé de collaborer avec des big bands, des fanfares, le milieu du jazz et des musiques actuelles – ce qui l'a également amené à jouer du sousaphone.
Il rejoint le Big Band de la Musique de l'Air de Paris en 2006, puis l'Œuf Big Band, le Jean-Loup Longnon Big Band, Electro Deluxe Big Band, Bigre !, le Zozophonic Orchestra, Skokiaan Brass Band...
Il s'est produit aussi bien sur les scènes de Jazz à Vienne ou du Villette Jazz Festival qu'aux Francofolies ou au festival de la Chaise-Dieu. Et il a également fondé le trio à deux Junkyard Crew avec… Manouche Fournier.

Quelles ont été vos principales influences ?
Disons que j'ai pas mal exploré la culture du sud des Etats-Unis et de la Louisiane en particulier – tout en ayant grandi avec... Brassens et écouté beaucoup, beaucoup d'autres choses.
Blues junkyard crew
Quels musiciens entrent dans ton panthéon personnel ?
Du tac au tac je répondrais The Meters, Taj Mahal, G. Love & Special Sauce, Tom Waits et par-dessus tout, James Brown. Côté chanson, Brassens, sans conteste.

Niveau instruments, qui joue quoi ?
Nous nous partageons la batterie – Croznight est donc au sousaphone, au charleston et à la caisse-claire. Il fait également les chœurs ! De mon côté je chante, je rappe, je joue de la guitare et de la grosse caisse.

Comment définirais-tu votre style ?
Un trio à deux de blues bricolo à la sauce hip hop ?

Quel a été le déclic pour ce style de musique ?
Il n'y a pas vraiment eu de « déclic ». L'envie d'entendre la National avec le tuba, au départ ; puis l'ajout de percussions, jusqu'à la batterie complète... Ça a plutôt été un processus d'échanges musicaux, de tentatives (pas toujours concluantes !) – et l'évolution est toujours en cours.

Où et quand avez-vous fait votre premier concert ?
Officieusement après une « résidence de création » dans ma maison de Haute-Loire et pour un public conquis de voisins et d'amis. En réalité, nous nous sommes officiellement produits pour la première fois à Nicéphore Cité à Chalon-sur-Saône dans le cadre de la programmation de La Péniche.

Maintenant, combien de concerts par an ?
Cela dépend des années. Disons environ une fois par mois – les agendas ne sont pas toujours compatibles !

En quoi la scène est-elle indispensable ?
Pour ce qui me concerne, je fais de la musique pour l'échange humain, le faire-ensemble (avec une vraie passion pour certains styles, bien sûr). Du coup je n'envisage pas les choses autrement, même si je comprends qu'on puisse se focaliser sur le studio, par exemple.

blues junkyard crewQuelle a été votre plus belle expérience sur scène ?
Les bons souvenirs sont nombreux ! Avec Junkyard Crew je pense spontanément à un concert dans la vallée de la Névache au cœur de l'hiver à l'Altitude Jazz Festival un soir de tempête de neige. Ce soir-là la grange était comble, le public avait décidé de braver le risque avéré de ne pouvoir repartir. Dans ce huis clos, la chaleur humaine, la danse et la bonne humeur ont tout emporté – dans un décor magique !
Côté mauvais souvenir, disons le Ninkasi Gerland. Une programmation à 18h, derrière le bar, pour un public de sortie de bureau... Les gens n'étaient pas là pour ça et nous n'avions aucun moyen réel d'avoir un échange avec eux. Il n'y en a pas eu.

Quelles ont été vos plus belles rencontres en tant que musiciens ?
De mon côté il y en aurait beaucoup ! Mais je tiens particulièrement à une échappée mémorable avec Honeyboy Edwards en 1999. Après avoir eu la chance de l'accompagner sur scène nous nous sommes extirpés d'une soirée qui s'annonçait très formelle. La suite fut une grande leçon d'histoire(s) du blues... au whisky !
Côté enseignement, Pierre Drevet au conservatoire de Chambéry a vraiment fait de moi un autre musicien. Je pourrais citer d'autres personnes plus ou moins connues dont j'ai eu la chance de croiser la route, mais je crois que mes plus belles rencontres sont en fait les vraies collaborations – lorsque l'aventure humaine et musicale dure et fait grandir...

Quelles sont vos sources d’inspiration pour votre répertoire ?
Nos rencontres et autres écoutes ont pas mal façonné le répertoire. Je citerais notamment la tournée que l'on a pu faire avec un trio incroyable de la Nouvelle Orléans, les Tin Men – sousaphone, guitare / chant, washboard. Et puis pas mal de musique de fanfare et de hip hop depuis les premiers essais en mode Taj Mahal !

Envisagez-vous la production d’un album ?
Après de multiples vidéos et des enregistrements « maison », l'album est enfin prévu pour 2021 chez Z Production. Nous attaquons la première résidence de création début juillet eu FIL, à St Etienne. Si nous tenons les plannings, l'enregistrement devrait avoir lieu dans 6 à 8 mois.

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?
La période du confinement a été très dure en ce qui me concerne – en l'absence d'interactions humaines, la musique me semblait hors-sol. Le fait d'avoir des perspectives de jeu est d'autant plus excitant – la résidence au FIL a pour but de créer pas mal de nouveaux sons – notamment en explorant une facette du duo que l'on aime de plus en plus : la tourne, la musique de danse, de transe.

Pour parler d’autre chose, quels sont tes hobbies en dehors de la musique ?
Je ne sais pas si on peut parler de hobby, mais la politique prend pas mal de place dans ma vie ! Je passe beaucoup de temps à m'informer et à essayer de mettre mes actes en adéquation avec mes idées – en particulier au point de vue environnemental.
Je passe également beaucoup de temps « chez moi » en Haute-Loire, sur le plateau cévenol, c'est à dire dehors, dans la nature.

Un lieu où tu aimes te retrouver ?
Mon hameau familial, le Riou, et le plateau cévenol en général. C'est vraiment un refuge et je recommande le coin chaudement (d'ailleurs, habillez-vous bien, l'altitude se sent).
Et puis un autre « chez moi », la petite communblues junkyard crewauté autour d'Abbeville en... Louisiane, au sud de Lafayette. Des petits patelins souvent méconnus mais qui valent le détour – pour l'accueil, la musique, la gastronomie locale. Moins pour d'autres choses, bien sûr... J'y ai beaucoup d'amis.

Quels ont été tes derniers coups de cœur musicaux ?
A ma grande surprise, j'ai beaucoup aimé l'album de Ben Mazué Les Femmes Idéales.
Mais ma grande claque musicale vient de Bassekou Kouyaté, un griot malien qui joue du n'goni, notamment l'album Segu Blue. A voir en concert absolument.

Pour le duo, quel serait votre rêve le plus fou ?
Jouer, jouer, jouer ! Inviter toutes sortes de musiciens à se joindre à nous le temps d'un soir ou de quelques concerts ; voyager et aller des endroits les plus improbables aux grosses scènes.
Un rêve de longue date serait aussi de faire une tournée en Louisiane et d'y jouer notamment au Bayou Légendaire, à Abbeville. Reste à savoir comment gérer le bilan carbone.

Pourquoi chantes-tu en anglais ?
C'est une langue que j'ai beaucoup aimée, pratiquée, et je continue de le faire. Elle a des qualités musicales incroyables, notamment sa rythmicité.
Mais je ressens une vraie frustration de ne pas être compris d'un public francophone. Je cherche donc depuis longtemps un moyen d'introduire du français dans notre style tellement américain ou anglo-saxon, ce qui n'est pas simple. Gainsbourg, Arthur H, Noir Désir et certains rappeurs y arrivent selon moi... Je creuse donc dans ce sens-là !

Gilles Blampain – juin 2020

http://www.zproduction.org/artist/junkyard/

Blues junkyard crew