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09/20
Chroniques CD du mois Interview: THE TOGS Livres & Publications
Portrait: JOHNNY GUITAR WATSON Interview: JULIAN THE DRIFTER Dossier: FENDER TELECASTER
 


Interview
JULIAN THE DRIFTER


KING KONG BLUES
king kong blues
king kong blues
Blues junkyard crew





Il se voit comme un bricoleur de vielles musiques
et fait revivre l’Amérique d’hier au son du country blues, du ragtime et du folk.    

Blues Again : D’où viens-tu Julian ?
Julian : Salut ! J'ai 31 ans, je suis originaire de Lorraine (dans les coins de Metz), et je suis sur Toulouse depuis 4-5 ans... Mais comme tous les Lorrains, je finirai un jour par rentrer !
 
Blues julian the drifterComment es-tu venu à la musique, quel a été ton parcours ?
En gros, j’ai commencé la guitare au lycée, sans grande ambition ou objectif, et à vrai dire, assez médiocrement... et parallèlement à ça, j’ai découvert pas mal de gros groupes de “rock” 60’s 70’s, par Rock&Folk et les disquaires alentours : les Stones, AC/DC, le Velvet Underground, Iggy and the Stooges, les Cramps, Syd Barrett, Gun Club... et des trucs récents de ma génération, les Strokes et les Libertines notamment. Toute cette histoire a commencé à gentiment m’obséder quand j’avais 18 ans, notamment le Velvet Underground, et à l’époque, le Brian Jonestown Massacre... Est née la volonté de jouer dans un groupe, ça s’est fait avec Mathieu (qui joue aujourd'hui chez les terribles Hoboken Division), toujours un très bon pote, et deux autres mecs, ça s’appelait le Ventilator Blues Band, on a fait une trentaine de gigs et un 3 titres de reprises du Velvet Underground. Le groupe s’est séparé. En fouillant un peu par la suite, je me suis pris en pleine tête le rock’n’roll “rockabilly” des années 50 (Johnny Burnette, Elvis, Perkins, Charlie Feathers, Ronnie Self, etc., mais aussi Johnny Guitar Watson) avec mon coloc de l’époque qui était batteur, et on a monté Rumble  (trio avec contrebasse, guitare/chant, batterie), fait 2 albums et une soixantaine de concerts en 3 ans, avec quelques bonnes scènes et premières parties assez sympas (Nico Duportal, Rhythm  Sophie, Washington Dead Cats, on aurait dû ouvrir pour Slim Jim Phantom... qui a annulé sa tournée)... Pas un seul mauvais souvenir ! Le batteur s’est barré à la Réunion, moi à Toulouse, retour à la case départ. Par le biais du rockabilly, j’ai été très sensibilisé à la country, de là est née l’idée de monter un projet un peu « troubadour », solo guitare voix, sans effet, sans loop, sans rien, de reprises de vieux morceaux (Hank Williams, Merle Haggard, Johnny Cash, Lefty Frizzle, des vieux trads...)... Un trio s'est créé, ça n’a pas duré longtemps, et ça a évolué vers le picking, et la vraie découverte du country blues, qui est vite devenue une obsession (Gary Davis, Blind Blake, John Hurt, Broonzy...). Du coup j'en suis là sur ce projet : un album avec plein de gens dessus, une soixantaine de concert, le cul entre la country et le blues rural...

Te souviens-tu du premier blues ou rock entendu ? 
Comme pas mal de gens de ma génération, j'écoutais beaucoup Nirvana et AC/DC... Pour le blues, c'est vers 17 ans, je me souviens du CD de l'intégrale des enregistrements de Robert Johnson, c'était cool mais je trouvais quand même le son vachement pourri à l'époque.

Quelles ont été tes principales influences ?    
Pour ce projet, beaucoup de vieux country-blues, je suis particulièrement fan de Gary Davis, Blind Blake, Blind Willie Johnson, Mississippi John Hurt... Dave Van Ronk m'a fait découvrir énormément de chose, et je le trouve génial aussi. Du folk, Karen Dalton, Phil Ochs, C Franck Jackson, Dylan... et de la country, notamment Hank Williams, la Carter Family, et les incroyables Doc Watson et Merle Travis.

Blues julian the drifter

Quels musiciens entrent dans ton panthéon personnel ?
Blind Gary Davis, il a construit un monde unique et incroyablement beau mais ultra compliqué à aborder à la guitare, avec son jeu à deux doigts aux onglets assez viril, ses voicings de l'espace, ses progressions d'accord « à la Gary Davis », ce style... Blind Willie Johnson, qui me donne envie de pleurer à chaque fois que je l'écoute. Mississippi John Hurt, parce que c'est le premier que j'ai écouté et vraiment aimé dans le country blues. Muddy Waters pour la transition Delta/Chicago, son sens incroyable de l'espace dans la musique (album Folk Singer). Joseph Spence, guitariste unique des Bahamas, un autre génie que j'ai découvert il y a peu, mais qui me fascine. Doc Watson, Merle Travis et Chet Atkins, archi géniaux fingerpickers, rarement une note en trop. Ry Cooder, qui a repris tellement de choses de partout et fait sa sauce avec... Ça c'est pour mes influences du moment autour de ce projet, après, tellement de choses...

Pourquoi ‘The Drifter’ ?
Comme pour pas mal de gens, c'était un peu un nom en attendant, et puis c'est resté... Ça vient à l'origine de Luke the Drifter, un projet annexe de Hank Williams, uniquement composé de chansons dites de « moralité », sur les méfaits de la boisson, du jeu... ce qui est tout de même assez drôle vu la vie du bonhomme. Après, ça ne colle pas trop mal, étant donné que je suis passé de la country au blues rural, et que j'irai sûrement encore ailleurs, ça dérive pas mal somme toute.

Sur quels genres de guitares joues-tu ? 
J'ai plusieurs guitares, mais je joue surtout sur une folk japonaise K Yairi, une robuste guitare qui sonne très bien pour moi, et que je vais garder je pense toute ma vie... et je me suis mis au slide il y a quelques temps, du coup un résonateur un peu basique, sur lequel j'ai changé le résonateur pour un National. J'essaye de pas trop me focaliser sur le matos, le son produit dans ce type de musique est quand même à 95% ce que tu as dans les doigts, après j'aimerais bien récupérer une vieille Archtop un peu pourrie, genre Kay ou Harmony.

Où et quand as-tu fait ton premier concert ? 
Il y a fort longtemps dans un bar cocktail nul du centre-ville de Metz...

Maintenant, combien de concerts par an ? 
Une grosse vingtaine ! Je bosse à côté, donc pas vraiment de tournées, des concerts dans les environs, j'essaye de viser des cafés-concerts assez tranquilles et des petits festivals, avec un public attentif, même si des fois je me retrouve devant 150 personnes qui boivent des coups avec ma petite guitare, et là il faut y aller ! C'est bien aussi.

En quoi la scène est-elle indispensable ? 
Ça me tient en alerte, ça me fait bosser des nouvelles choses, me projeter, rencontrer des gens... Je me rends compte que, lors des périodes sans concert, je tourne un peu en rond, et j'ai vraiment du mal à finaliser mes idées. Après, il y a le truc du concert, du moment... un peu fou quand on y pense vraiment. Et puis pragmatiquement, l'aspect financier, qui me permet de payer les enregistrements, pressages, etc. en toute liberté !

Un bon souvenir de scène… Un mauvais souvenir de scène…
Un de mes meilleurs souvenirs, en soi très anecdotique, c'est avec Rumble dans un bled du nom de Montréal, on n’attendait pas grand-chose, on avait dormi 2 heures la veille... On a joué vraiment sharp devant un bar blindé, les plaisirs simples de la vie quoi, mais c'est resté !
Le pire souvenir, c'est avec le Ventilator Blues Band, on jouait dans un festival plutôt sympa, on commence devant 150 personnes, on termine devant 10... Pas terrible. Le tout entre un groupe Klezmer qui envoyait du bois, et les Wayfarers, gros groupe de scène de Nancy de l'époque.

Comment est né Lost Highway ton album paru il y a quelques mois ? 
Il y avait un certain nombre de vielles chansons blues et country pour lesquelles j'avais des idées d'arrangement, et que blues julian the drifterje ne jouais pas forcément sur scène tout seul. Du coup, je me suis dit que ça pourrait être intéressant de creuser ça, dans une idée d'enregistrement un peu à côté de mon répertoire live. J'ai contacté les musiciens que j'imaginais sur chaque partie, de là a commencé un gros mic-mac organisationnel, personne n'étant dispo aux mêmes moments... Ça s'est fait avec un peu de stress, on avait fait globalement très peu de répètes, jamais tous ensemble, et le planning de studio était serré... L'arrangement de ‘See That My Grave Is Kept Clean’ est quasiment né en studio, avec une trame lointaine ! C’était marrant, mais je pense que je procéderai plus simplement sur les prochains enregistrements.
Pour le lieu d'enregistrement, c'était sans l'ombre d'une hésitation le studio Swampland, géré par Lo Spider, qui est un pote et un acharné du son, j'avais aucun doute sur le fait qu'on sorte un truc qui nous semble à tous les deux valable.

Comment définirais-tu ton style ? 
Bah, pour l'instant, je me perçois plus comme un bricoleur de vielles musiques américaines, qui fait dans son coin sa tambouille... J'apprends encore beaucoup sur beaucoup de choses, je creuse dans les sillons des anciens... On parlera de style quand je reviendrai avec des compos sur ce projet !

En dehors de tes engagements personnels, travailles-tu sur d'autres projets en collaboration ? 
Non, je manque clairement de temps.

Quels sont tes projets pour les mois à venir ? 
Je suis en train de monter un duo avec Nico Leprince, le batteur/percussionniste présent sur l'album Lost Highway, on a enregistré un 4 titres cet été pour démarcher et tester des choses, notamment de la slide. Je me remets aussi pas mal au banjo en ce moment, on verra où ça me mène !

Quels sont tes hobbies en dehors de la musique ? blues julian the drifter
Pas grand-chose à vrai dire, j'aime bien mon travail (couvreur-zingueur), les fléchettes, les bons restos et la campagne !

Quel est ton lieu de prédilection ?
J'ai deux vrais bistrots chers à mon cœur, Le Bon Temps à Nancy et Ches Bovy Dit Chanpagne à Toulouse, des souvenirs incroyables dans les deux ! Sinon, j'adore le nord de l'Aveyron, la Nouvelle Orléans, et my home sweet home, la Lorraine !
Quels ont été tes derniers coups de cœur musicaux ? 
L'album Sauce Piquante de Theo Lawrence, je le trouve assez génial au niveau des chansons et du son global de l'album, pour moi ça se met entre un Buck Owens et un Merle Haggard à l'aise ! C'est plus très récent, mais je ne me suis toujours pas remis de Sound And Color d'Alabama Shakes, et des deux premiers albums de JD McPherson. L'album de Charlie Parr, When The Devil Goes Blind, super son, super chansons ! Les Deslondes ! Sur YouTube, la chaine GemsonVHS, beaucoup de perles.

Quel serait ton rêve le plus fou ? 
J'adorerais jouer aux US, notamment dans le Mississippi, comme l'a fait Chicken Diamond récemment... Pas pour tout de suite. Sinon, des fantasmes de groupe, monter un jug band, monter un groupe country avec pedal steel et tout le bazar... Le genre de groupe intournable et introuvable en somme !

Un dernier mot…
J'ai déjà été assez bavard comme ça ! Merci à vous !

Gilles Blampain – juillet 2020

https://julianthedrifter.wixsite.com/bluesncountry

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