blues again en-tete
09/21
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Interview
JIM - FONTAINE - OMAN


KING KONG BLUES
king kong blues
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BLUES LUCKY WILL
blues jim oman
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Un son moelleux mais non dénué de dynamisme qui n’est ni blues, ni rock, ni soul, ni rhythm’n’blues, mais une fusion de tous ces genres…
    

Blues Again : Faisons les présentations…
Jim Öman : Je suis né à Korpilombolo, dans la région frontalière entre la Suède et la Finlande, et j'ai grandi dans le nord deblues jim oman la Suède, plus précisément dans la petite ville de Boden (qui compte actuellement 28 000 habitants mais qui, soit dit en passant, est sur le point d'être pionnière en construisant la première et la plus grande aciérie sans combustible fossile du monde). J'ai toujours été fidèle à Boden, avec son riche réseau social, et je me sens vraiment chez moi dans cette petite partie du monde. En grandissant, j'ai eu la chance d'avoir des parents dotés d'une nature patiente. Lorsque j'ai tourné le dos au football et au hockey sur glace à l'âge de 13 ans, je ne savais pas que la musique deviendrait la passion de toute une vie. La chambre des garçons de la petite maison de mes parents s'est transformée évidemment en salle de répétition et en salle de concert où nous nous entassions dans un espace minuscule, parfois jusqu'à 20 adolescents turbulents et pleins d’hormones.

Parle-nous de ton éveil à la musique, de ton parcours musical ?
Ce qui a complètement bouleversé ma vie à l'âge de 13 ans, c'est la première fois que j'ai entendu Jimi Hendrix, suivie de la découverte de Led Zeppelin, Black Sabbath, Ten Years After, Groundhogs, etc. Cela m'a également ouvert les yeux sur le blues, avec des artistes comme le Paul Butterfield Blues Band, John Lee Hooker, Canned Heat, Lightning Hopkins et Tony Joe White. Rien n'a plus été pareil après cela, il n'y a plus eu de retour en arrière. Mon chemin dans la vie était désormais tracé et j'ai continué à former des groupes aux noms typiques de l'époque, tels que UFO Magic, March Brown et Companiet. Le blues a toujours été comme un fil rouge dans toute la musique que j'ai pratiquée.

Te souviens-tu du premier blues ou rock entendu ?
L'album Smash Hits de Jimi Hendrix. Je ne m'étais jamais beaucoup intéressé à la musique avant ça. D'accord, j'écoutais un peu de tout ce qui se trouvait dans les hit-parades, mais je n'avais jamais rien entendu qui soit entré dans mon cœur et dans mon âme.

Si tu devais citer 3 ou 4 musiciens comme influences principales, qui seraient-ils ?
J'ai déjà mentionné Jimi Hendrix. En plus de lui, je dois citer Jimmie Vaughan, Tony McPhee et Howlin' Wolf. Oh, il y a tellement d'influences que j'aimerais énumérer, mais ce sont les quatre qui m'ont le plus marqué.

Y a-t-il un musicien, un chanteur, un groupe qui t’a particulièrement impressionné ?
Principalement les Red Devils, ces dernières années, que j'ai eu le plaisir de voir en concert au Blues Peer il y a quelques années.

Où et quand as-tu donné ton premier concert ?
C'était en 1973, en fait, dans ma chambre de garçon de 13 ans et devant une foule d'amis enthousiastes. Le premier vrai concert, qui était un peu plus sérieux a eu lieu au Sagateatern à Boden quelques années plus tard, devant un auditorium plein à craquer d'environ 300 personnes.

Tu as fondé le groupe Rocket 88. Comment est-il né ? Depuis quand existe-t-il ?
En 1998, j'avais un groupe qui s'appelait Companiet. Nous jouions exclusivement dans des pubs et autres lieux similaires. Notre répertoire consistait en des reprises populaires que nous imaginions que le public apprécierait. Ce n'était pas de la musique faite pour créer un ressenti et, peu importe les efforts que nous faisions, le public était surtout intéressé par une musique de fond pour accompagner sa pinte. Donc, en 1998, j'ai demandé au groupe s'il voulait vraiment continuer à jouer ce genre de musique. J'ai pu lire leurs réactions et j'ai donc suggéré que nous jouions plutôt le genre de musique que nous aimions vraiment, et que nous nous fichions complètement de ce que nous imaginions que le public voulait.
Nous avons essayé de jouer deux soirs dans un pub local avec de la musique d'artistes tels que Howlin' Wolf, Lowell Fulson et Fabulous Thunderbirds, et nous avons remarqué que le public s'illuminait d'une manière complètement différente. L'organisateur a demandé comment s'appelait le groupe, et la réponse est sortie tout naturellement : « Rocket 88 », d'après l'une des premières chansons que nous avions répétées après avoir revu notre style.
Le manque de salles dans cette partie du pays, surtout en ce qui concerne les clubs de blues, nous a fait comprendre que si nous voulions jouer, nous devions créer ces salles nous-mêmes. À cette époque, nous avons eu accès à un centre culturel appelé « Snabelhuset ». Nous avons donc fondé le Rocket 88 Blues Club. La salle était petite et exiguë, avec un maximum de 70-80 personnes, et la nouvelle s'est répandue rapidement. Nous avons loué l'endroit une fois par mois, l'afflux de personnes était en constante augmentation, de sorte que le nombre de membres a atteint environ 700 pendant une période, et l'endroit était plus que plein chaque fois que nous jouions.
Nous avons également organisé quelques festivals de blues très fréquentés en tant que Rocket 88 Blues Club, mais en 2003, notre énergie s'est épuisée. Nous avons conclu cette période en nous rendant à la Nouvelle-Orléans, où nous avons eu l'occasion de jouer au légendaire Tipitina's et de nous imprégner de l'atmosphère.
À notre retour de la Nouvelle-Orléans, nous avons enregistré le CD Tulane Avenue, qui a aiguisé notre appétit pour d'autres enregistrements. En 2005, nous avons commencé à enregistrer le CD One Footed Cockroach Stomp. Pendant la production, nous avons rencontré par hasard trois chanteuses de chorale à qui nous avons demandé si elles voulaient se joindre à nous pour l'enregistrement et, tout à coup, nous avons formé le groupe Rocket 88 & The Rockettes. Deux de ces chanteuses sont restées - dont une que j'ai épousée : Béatrice ‘Madame’ Öman, et Anna Arespång. Le CD est sorti en 2009.
Durant cette période, Rocket 88 était composé de Jim ‘Fontaine’ Öman à la guitare, Benny Arvesen (décédé tragiquement d'un cancer en 2012) au chant, Hammond et alto, Håkan Dahlqvist à la basse (jusqu'en 2015), Magnus Melin à la batterie (jusqu'en 2020), et The Rockettes avec Helen Boman (jusqu'en 2019), Anna Arespång, et Béatrice ‘Madame’ Öman.
blues jim oman
Qui sont les membres du groupe d'aujourd'hui ?
Jim ‘Grandpa’ Fontaine (Jim Öman), guitare. Considéré par ses camarades comme un mélange de phare créatif, d'afficionado du chapeau et de panneau indicateur musical, il est le véritable fil rouge du groupe. Enfin, c'est ce qu'ils m'ont dit de dire.
Lee (Lars Eriksson), basse. Lee jouait déjà avec moi dans ma chambre de garçon de 13 ans dans les années 1970, mais nous nous étions un peu perdus de vue jusqu'en 2015, lorsqu'il a rejoint le groupe pour remplacer Håkan Dahlqvist, qui avait décidé de mettre sa basse au placard. Lee contribue énormément au son du groupe avec son style particulier.
DjangoTango (Jani Ruuskanen), guitare, voix. Le musicien le plus confirmé du groupe, éduqué entre autres à Los Angeles. Ses grandes inspirations sont Django Reinhardt et Françoise Hardy, un style de jeu qu'il maîtrise d'ailleurs à la perfection.
Jonas (Jonas Gunnarstedt), batterie. Batteur de formation et très bon batteur qui aime le shuffle et participe au groupe avec sa jeunesse, aussi.
Anna (Anna Arespång), voix. Une moitié des Rockettes, une chanteuse extrêmement polyvalente et talentueuse qui forme avec Madame un duo de solistes vocales qui, ensemble, ont prouvé qu'elles étaient capables de créer des mélodies et des paroles.
Madame (Béatrice Öman), voix. L'autre moitié des Rockettes, rarement effrayée par la musique, sur scène ou ailleurs, et mariée à l'homme qui fait l'interview. Elle et Anna ont vraiment fait un grand pas en avant, et semblent de plus en plus devenir le noyau créatif du groupe.

Comment définirais-tu votre style ?
Nous avons découvert une nouvelle dimension lorsque nous avons commencé à écrire nos propres chansons. Nous ne nous sommes pas lancés en essayant de définir un style. Pour faciliter l'écriture, nous n'avons pas décidé à l'avance de nous en tenir à un genre spécifique. Nous écrivons et composons plutôt à partir de ce qui est le plus proche de notre cœur et de notre âme, des choses qui ont caractérisé notre vie musicale. Il en ressort un mélange de plusieurs styles musicaux, le blues apparaissant souvent comme le plus fort, bien sûr, et ensuite sous de nombreuses formes différentes. Mais il peut tout aussi bien s'agir de soul, de rock ou de jazz. Nous avons l'habitude de dire que nous jouons de la musique, point final. Il n'y a rien qui puisse la rendre bonne ou mauvaise, ce qui est l'avantage de composer ses propres morceaux. « Jouer des reprises vous amène à un stand de hot-dogs dans la cambrousse. Votre propre musique, originale, vous ouvre les portes du reste du monde... ». Comme l'a dit plus ou moins un jour un musicien du coin.

Combien de concerts faites-vous par an (hors période covid) ?
Ces dernières années, c’était plutôt clairsemé, entre cinq et dix, ce qui s'explique en grande partie par le fait que certains membres du groupe avaient du mal à consacrer le temps nécessaire, comme c'est souvent le cas (familles, emplois, etc.). Mais dans le lineup actuel, que nous avons développé ces dernières années, tout le monde est incroyablement désireux de passer à un autre niveau, et nous sommes impatients de partir sur la route.

En quoi le fait de jouer sur scène est-il indispensable ?
Plus on joue dans des festivals, des clubs ou autres, plus on devient bons et expérimentés, et cela vaut vraiment la peine de rencontrer de nouveaux publics et de nouveaux environnements.

Comment est la scène blues en Suède ?
C'est un marché très difficile, surtout ici, dans les régions du nord du pays. Notre groupe organise des soirées dans des clubs de blues à Boden, puis il y a Svartöns Blues à Luleå (40 km d'ici) et Umeå Bluesförening (300 km d'ici). C'est tout ce qu'il y a, malheureusement.

Au fil de toutes ces années, quel est ton meilleur et ton pire souvenir ?
Ok, je vais commencer par le pire souvenir, celui d'un concert qui a eu lieu il y a environ 20 ans, dans un petit village au nord de Boden - un pays de ploucs, pour ainsi dire. Il convient de mentionner à ce stade que les fêtes dans ces régions étaient souvent accompagnées de beaucoup d'alcool de contrebande, entre autres choses. Par conséquent, au moment où le concert a commencé, le public avait déjà eu le temps de boire de grandes quantités de gnôle. Nous aurions dû savoir qu'il ne fallait pas proposer Howlin' Wolf, Lowell Fulson et ainsi de suite. Tout a bien commencé, mais les choses ont dégringolé au même rythme que la consommation d'alcool augmentait. À un moment donné, le public a commencé à penser que trop c'est trop, alors il a commencé à se déverser sur la scène. Nous avons dû arrêter de jouer plusieurs fois. Benny avait une femme accrochée à son Hammond qui criait : « si tu joues du Creedence, tu peux me sauter ». L'atmosphère devenait de plus en plus menaçante et chaotique, alors nous avons finalement décidé d'arrêter le concert, après quoi l'atmosphère est devenue encore pire. On a quand même réussi à faire nos bagages et à sortir de là en un seul morceau.
Je pense que le meilleur concert doit être celui que nous avons donné au légendaire Tipitina's à la Nouvelle-Orléans.

blues jim omanDébut 2021, Chapter 1 est sorti, comment cela s'est-il passé (nombre de compositions, lieu d'enregistrement, distribution, etc.) ?
Durant l'hiver 2020, nous avons commencé à écrire une musique originale et nous avons mis en place des plans pour faire des enregistrements divisés en différents lots dès cette époque. Pour commencer, nous avons enregistré ‘Stuck In Place’ (musique Jim, paroles Béatrice), nous avons réalisé une vidéo et sorti la chanson en single sur les plateformes numériques. Nous avons enchaîné avec le single suivant ‘I Feel Good (Never Too Late)’ (paroles et musique Anna), qui est également sorti en digital. L'étape suivante était d'ajouter un EP et d'ajouter les chansons ‘Every Day’ (musique Jim, paroles Béatrice), ‘I'll Be Gone’ (musique Jim, paroles Anna & Béatrice), ‘What's It To You’ (musique Jim, paroles Béatrice), ‘Still I Sing The Blues’ (paroles et musique Anna).
Dès que Covid aura relâché son emprise sur nous, nous commencerons à enregistrer Chapter 2, avec la même approche que pour Chapter 1. Le produit final sera un vinyle complet intitulé Second Coming of Rocket 88 & The Rockettes Chapter 1 and 2, qui devrait sortir au cours de l'hiver 2021/2022... si tout se passe comme prévu.
Le problème le plus agréable en ce moment est de choisir les chansons les plus appropriées, car nous avons réussi à constituer une pile considérable, qui attend d'être enregistrée.
Nous disposons d'une salle de répétition merveilleusement grande, à l'acoustique superbe, et nous avons donc simplement décidé de l'utiliser comme studio d'enregistrement. Il est ainsi très facile de se rendre dans la salle de répétition et de commencer à enregistrer sans aucune contrainte de temps. Jani DjangoTango Ruuskanen s'occupe de tout, de l'enregistrement et de la production au mixage. Tout, sauf les voix, est enregistré en direct, avec seulement quelques microphones. Nous expérimentons jusqu'à trouver les meilleures positions de micro, puis nous jouons jusqu'à ce que nous soyons satisfaits. C'est une façon merveilleuse d'enregistrer. Tout devient plus vivant, ça donne l'impression d'être moins construit, et cela permet aussi à l'acoustique de la pièce de prendre une plus grande importance dans le mixage final.
Nous n'avons pas de maison de disques derrière nous, nous nous occupons de la distribution de manière totalement autonome, ce qui signifie marketing, conception de maquettes et photographie/vidéo. Notre septième membre honoraire du groupe est un photographe artistique vraiment fantastique : Johan Saarela.
Malheureusement, ces dernières années, nous avons découvert que le marché des CD s'est considérablement rétréci, c'est pourquoi nous avons décidé de diffuser nos produits uniquement via des plateformes numériques. Nous travaillons maintenant à trouver de bonnes solutions pour distribuer la musique et la rendre plus facilement disponible pour les radios, les organisateurs et les journaux. Et nous allons sortir le produit complet dans une édition vinyle limitée/signée.

Quelles sont vos sources d'inspiration pour écrire et composer ?
Je n'avais jamais eu la moindre idée de ma capacité à écrire des chansons jusqu'à ce que nous décidions de le faire l'année dernière. Le grand secret pour moi était de ne pas essayer d'écrire quoi que ce soit dans un genre particulier et de laisser sortir ce qui s'est accumulé en moi après toute une vie de musique, de laisser tomber toutes les barrières et de faire ce qui me plaît. Faire de la musique, tout simplement. Le feeling de blues et de soul vient naturellement sous une certaine forme, parce que c'est ce qui a toujours été là. Nous avons la chance d'avoir deux femmes qui semblent soudainement livrer des paroles et des mélodies comme sur une chaîne de montage, et elles arrivent aussi avec des chansons complètement terminées pour que nous les arrangions et les fusionnions en un tout, ensemble en tant que groupe. La joie de la créativité et de l'écriture s'est répandue dans le reste du groupe, qui a lui aussi des idées de chansons
.
Quels sont les projets du groupe pour les mois à venir ?
Nous prévoyons de commencer à enregistrer le prochain single, et aussi d'enregistrer une vidéo pendant l'été. Si les restrictions du Covid s'assouplissent pendant l'été, il y aura probablement quelques concerts spontanés aussi.

Peut-on espérer voir Rocket 88 & The Rockettes un jour en France ?blues jim oman
C'est en fait un véritable objectif pour nous maintenant, le groupe tout entier souhaite vraiment une reconnaissance plus large, hors de nos frontières. Nous avons l'intention d'essayer d'obtenir quelques concerts en France l'été prochain. Le problème est comment établir des contacts avec les organisateurs appropriés, ce pour quoi nous aurions besoin d'aide.

Pour parler d'autre chose, quel est ton endroit préféré ?
Mon endroit préféré ici, dans ma ville natale, c’est notre magnifique salle de répétition, sinon autrement, c'est merveilleux de sortir dans notre chalet, qui est situé loin dans la nature, sans électricité, sans eau courante ni tout à l’égout, et d'être simplement là pour écouter le silence. Pêche, saunas, construction et menuiserie. Un autre havre de paix pour nous est la ville de Louvain en Belgique, où nous avons l'habitude de faire un saut chez nos vieux amis pour passer un bon moment et récupérer les tentes et les matelas de notre camp de base du festival (dans leur cave) avant nos visites presque annuelles à Blues Peer.

En dehors de la musique, quels sont tes hobbies ?
La musique, la musique et encore la musique... et puis il y a le golf, divers projets de construction et les fonctions politiques locales (qui prennent aussi beaucoup de temps).

Quel serait ton rêve le plus fou pour le groupe ?
Venir en France en 2022, jouer dans des festivals et vous prendre tous d'assaut.
Une tournée plus longue en France, en Belgique, etc.
Avoir un véritable impact avec de nombreux auditeurs sur Spotify, Deezer etc.
Retourner au Tipitina's à la Nouvelle-Orléans, et jouer.

La question que je n'ai pas posée…
D'où vient ton nom de scène « Jim Fontaine » ?
J'ai épousé une Française fraîchement arrivée en 2006. Je souhaitais que nous prenions tous les deux son nom de famille au lieu du mien, mais je n'y suis pas parvenu. Je me suis vengé en l'utilisant quand même comme nom d'artiste : Jim Fontaine.

Gilles Blampain – mai 2021

www.rocket88.nu

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