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03/17
Chroniques CD du mois Interview: CHICKEN DIAMOND Livres & Publications
Dossier: BLUES & FLAMENCO (suite) Portrait: BIG JOE WILLIAMS Interview: MOJO BRUNO
 


Interview
JESUS VOLT


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Le style ? En avoir !
On ne dit pas « Jesus Volt » à la légère. Cette locution, qui balance entre la chaise électrique et l’éternité, ne signifie rien. C’est une formule magique, elle n’a pas de sens mais elle produit un effet. « Jesus Volt ». On peut acheter un billet de concert ou un album, juste pour le plaisir des mots. Le serpent de mer du rock français partait sur un blues electro-punk au tournant des années 2000, qu’il a galbé avec le temps dans une crampe de grisou plus vintage. Ils sont quatre Borgia psychédéliques, bottine souple et romantisme froid. Lord Tracy (chant) et Jacques Méhard-Baudot (guitare) sont les figures historiques, Julien Boisseau en est le bassiste depuis 2008 et Olivier Hurtu, le batteur depuis 2011. Le chœur de l’interview est composé de Julien, Lord, et un peu Jacques.

Blues Again : Julien, es-tu le porte-parole du groupe ?
Julien : Pas officiellement. Je suis le plus organisé des quatre, c'est tout. Je coordonne souvent les relations avec l'extérieur. Je ne suis pas plus porte-parole qu'un autre.

blues jesus voltJacques Méhard-Baudot a donc perdu son surnom d’El Tao, et Julien Boisseau, celui de Fuzzy Bear ?
Jacques : On a abandonné les surnoms. Après plusieurs années à en changer à chaque disque, il était temps qu’on reprenne nos vrais noms.

Peter Deimel, l’ingénieur du son, est français ?
Julien : Allemand. Il a fondé le studio Black Box avec l'anglais Iain Burgess, décédé depuis. Il a enregistré avec beaucoup de monde, Deus, Anna Calvi, The Kills…

… Et le producteur, Mark Opitz, australien.
Julien : Oui. Mark et Peter étaient déjà avec nous sur l’album précédent, Vaya Con Dildo.

D’où vient Mike Lattrell, qui tient les claviers sur Jesus Volt, le dernier album ?
Julien : Mike est new-yorkais. C'est une pointure qui a longtemps travaillé avec Popa Chubby. Il est sorti avec la vague du blues new-yorkais. On l'a rencontré lors de nos concerts communs avec Neal Black, qu'il accompagne sur les routes depuis plusieurs années. On a sympathisé. L'apport de Mike Lattrell aux claviers a été énorme. Il a fini par jouer sur tous les morceaux. Même si ses interventions sont discrètes, il nous a donné une couleur nouvelle. Mark Opitz et Peter Daimel l’ont fait jouer sur un vieux clavinet Hohner, branché dans des amplis à lampes, très 70's. Ce fut une vrai bonne surprise.

Comment définirais-tu le style de cet album ?
Julien : Je pense qu'on peut dire vintage modern rock. Mark a retenu les morceaux les plus courts, les plus efficaces, avec des ambiances différentes. Il voulait nous faire sonner vintage et moderne à la fois.

La mélodie semble constamment bridée, mais elle y est !
Julien : C'est vers elle que Mark nous poussait. Son mot d'ordre est : « feel and melody ». Après, il est évident que la voix de Xavier (Lord Tracy) rend plus facilement un blues à la John Lee que des harmonies à la Beatles.

Le funk était déjà là, aussi audible, dans les albums précédents ?
Jacques : Oui, sous des formes un peu différentes, mais ça a toujours été une influence. On aime le funk, mais on l'aborde forcément comme des blancs-becs parisiens Et puis on aime surtout le funk quand il est abordé par des gens comme Bowie ou les Stones. C'est plutôt par là que ça penche naturellement.

Quelles sont vos influences, plus globalement ?
Julien : Elles partent du blues, Robert Johnson et John Lee Hooker, et vont au moins jusqu'à Mötörhead. Chacun a ses préférences, mais on se retrouve sur AC/DC, Led Zeppelin, Deep Purple, les Who, les Stones, les Beatles, le funk et la soul des années 60, 70, James Brown, la musique noire en général.

D’où vient le nom de Jesus Volt ?
Lord Tracy : Juste un nom percutant, accrocheur, qui se retient bien.
Julien : Associer une figure pareille à l'électricité et au rock'n'roll… Aucun message particulier derrière, même si Jésus est la seule personne à avoir réussi à changer de l'eau en vin, ça nous parlait.

De quel milieu social venez-vous ?
Julien : Région parisienne. Prolos et classe moyenne.

Quelle est l’âge moyen de Jesus Volt ?
Julien : 45 ans.
Lord Tracy : La fleur de l'âge.

Êtes-vous musiciens professionnels ? Intermittents ? Avez-vous des jobs alimentaires ?
Julien : On est tous pros, pas tous intermittents. Quelques uns donnent des cours de musique et sont roads au besoin. Pas de jobs qui ne soient rattachés au monde de la musique et du spectacle.

Quelle est la position de Jesus Volt sur la scène française, européenne, voire internationale ?
Julien : On a un statut de groupe culte, surtout dû à la longévité. Le groupe existe depuis 1999 et s'est maintenu contre vents et marées. Le fait, pour un groupe français, de jouer à l'étranger, marque aussi les esprits. C'est dur de s'imposer quand on vient de France, mais c'est ensuite un atout, ça change le regard du public, ici comme à l'international.

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Qu’est-ce qui fait la spécificité stylistique du groupe ?
Julien : Le mélange des influences ? Nous avons toujours mélangé toutes nos influences, aussi diverses soient elles.

D’autres groupes font-ils le même genre de rock ?
Julien : On ne connait pas tous les groupes, mais notre musique se rapproche du stoner dans l'esprit, même si notre style est différent. Nos racines sont toujours issues du blues et du classic rock, de toute manière. On y ajoute juste une touche moderne.

Avec quels autres groupes vous sentez-vous des affinités ?
Julien : On aime bien un groupe comme Triggerfinger. Style, attitude, la façon dont ils mènent leur carrière… Sinon, toute cette vague classic rock menée par Rival Sons, Vintage Trouble, etc.

Jesus Volt est-il un groupe qui marche ?
Julien : On s'en sort correctement, compte tenu de la crise du disque, du téléchargement, tout ça. Surtout qu’on ne passe pas, ou peu, sur les ondes nationales.

Votre marché est d’abord français ?
Julien : Oui, surtout parce que nos disques sont peu, ou mal, distribués à l'étranger. Pour l'instant.

Êtes-vous demandés dans les festivals ?
Lord Tracy : On est souvent programmé dans les festivals de blues. On a d'ailleurs le plaisir de refaire Cognac Blues Passion cette année. Mais notre musique passe très bien dans le milieu hard rock et rock en général.

Êtes-vous vraiment connus en Australie ?
Julien : Connu, non. En revanche Jesus Volt a laissé une bonne impression lors de son passage en 2004.
Jacques : C'est à Melbourne que le groupe a rencontré Tony Cohen, producteur de Nick Cave. De notre collaboration est né l'album In Stereo (2006).
Julien : Cette collaboration fructueuse avec un Australien nous a encouragés à prospecter de nouveau down under pour l'album Vaya Con Dildo. On cherchait cette fois-ci quelqu'un qui ne se consacrerait qu’à son rôle de producteur, non sur le son. On a envoyé des enregistrements à Mark Opitz, qui a bossé avec Kiss, INXS, Dylan, The Angels, mais c'est surtout son travail sur Powerage d'AC/DC, un de nos albums de référence, qui nous a déterminés.
Julien : On essaie de faire des disques de qualité en faisant venir un producteur de Melbourne, durant un mois, dans un grand studio à l'ancienne. Les coûts sont toujours les mêmes, mais les recettes baissent à cause du téléchargement.
Nous sommes à un changement, il faut trouver un moyen pour que tout le monde s'y retrouve. La rémunération du streaming est un problème, par exemple. Les droits sont ridicules par rapport au nombre d'écoutes, de l'ordre d'un ou deux euros tous les 10 000 clics. Internet a des avantages, c’est certain : une diffusion mondiale immédiate, un contact direct avec le public…
Lord Tracy : Les ventes ont encore chuté de 40 % en cinq ans. Au final, je serais même favorable à un téléchargement gratuit des albums. Mon but dans la vie n'est pas d'être l’esclave d'Apple ou de Google.

Sur votre page Wikipédia, on lit que vous avez rencontré votre public hors de France…
Julien : Au départ, c'est vrai que les retours d'Allemagne, du Benelux ou d'Australie ont été importants. Ils ont modifié l'image qu'on avait de nous en France.

Je sais qu’on vous a déjà posé la question, mais qui est votre public ?
Julien : Essentiellement des fans de classic rock comme nous, mais je ne sais pas si on peut établir un profil. Notre musique est assez variée, donc notre public aussi.
Lord Tracy : Tous ceux dont les autres ne veulent pas, sans-abris, migrants, nains, communistes, putes...

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Jesus Volt est-il un groupe-concept, comme avaient pu l’être, dans un autre genre, les Thugs ?
Julien : Un concept réfléchi, je ne sais pas. Bah, on a juste évolué, d'un blues monolithique à une formule plus… chanson. C'est une évolution naturelle.

Quel est votre gros coup ? Le Rockpalast ? La première partie de ZZ Top ? Trois soirs au Zénith de Paris, tout de même...
Julien : ZZ Top fut une consécration pour tout le travail fourni. Les morceaux ont été acclamés par des milliers de spectateurs qui n’étaient pas venus pour Jesus Volt…

17 ans de concerts et de disques… Quelle a été l’évolution du groupe, l’esprit, le style, l’approche du métier ?
Lord Tracy : L'esprit : être hors norme. Le style : en avoir ! L'approche : à l'ancienne, comme nos mentors. Artisans du rock'n'roll.
Julien: On continue d'apprendre. On laisse remonter davantage nos influences. Plus de mélodies, des titres au format chanson… Le fait de travailler avec un vrai producteur comme Mark nous a fait beaucoup évoluer. Tu repères tes points forts et faibles, et tu apprends à faire sonner les compos.

Au départ, on vous percevait comme une sorte d’OVNI de blues electro-punk. Il ne plus reste rien de la touche elctro que vous aviez pu avoir à un moment…
Julien : L'électro a fait partie du paysage jusqu'à In Stereo, suite à la collaboration avec DJ Cook. C'était dû en partie aux influences de l'ancienne section rythmique, et à une envie à ce moment là. Ça collait avec le style, un poil plus funk, qu’avait Jesus Volt, et ses blues plus entêtants. Comme Mighty Mo Rodgers par exemple, vers qui le groupe penchait durant cette période.
Jacques : L'électro fut une super expérience… qui nous a permis de vider des salles ! Il y a dix ans, ce n'était pas encore à la mode dans le blues, et le public n’y était pas du tout préparé. On a déblayé le chemin pour les Scarecrow et compagnie, qui font ça très bien.
Julien : Et puis nos influences 70's ont repris le dessus. On a un producteur qui nous cadre et nous entraîne vers ça. On a eu envie de recommencer à enregistrer sur bandes. Black Box est un vrai bonheur pour ça. Le côté vintage de l'enregistrement s'est paradoxalement accompagné d'une plus grande production, et un plus gros travail sur le son.
Lord Tracy : Nous abordons notre musique en temps réel. Elle est la photographie de l'instant et la résultante de nos rencontres. On a fait un bout de chemin avec DJ Cook, on trouvait intéressant de faire couler le Mississippi à travers de nouvelles contrées. Les inspirations varient et ne se ressemblent pas. C’est vraiment une tranche de vie.

Qu’est-ce que vous changeriez à votre parcours ?
Julien : On en apprend beaucoup sur soi, quand on part sur la route, année après année, avec les mêmes mecs. On évolue forcément et, avec toi, les certitudes que tu as à 25 ans, sur la manière d'aborder la scène ou le studio. Tu règles les problèmes plus facilement, tu apprends à composer avec les autres. Mais, dans le parcours, je ne sais pas si on aurait quelque chose à changer. Les mauvais choix et les erreurs font partie de la vie, de l'histoire d'un groupe, et peuvent le faire évoluer, s’il a envie d’en tirer des leçons. On aurait peut-être dû jouer plus tôt avec Mr Hurtu à la batterie…
Lord Tracy : Un membre du groupe nous avait fait passer par Rodez, pour aller à Amsterdam, en partant de Paris et, effectivement, la Terre est ronde ! On a fait toutes les erreurs possibles et imaginables, on en a même inventées ! La vie d'un groupe est un mariage illicite, tournée après tournée, confinés dans un van, pour le meilleur et pour le pire.

Êtes-vous le genre de groupe à vivre les uns sur les autres, ou avez-vous des vies séparées ?
Julien : Justement, en ayant des existences séparées, on se préserve et on tient. Bon, on se retrouve quand même pour faire quelques bringues. Mais la promiscuité, arrivé à un certain âge, c'est ce qui tue les groupes, même si c'est ce qui te fait rêver à vingt ans. Il faut respirer après les dates, ça permet de prendre toujours du plaisir sur la route, surtout quand tu ne tournes pas avec le train de vie d’une star. Il faut jouer avec d'autres personnes aussi, pour rester souder.

La feuille de présentation du dernier album parle du disque comme d’un tournant.
Aviez-vous besoin de prendre un tournant ?
Julien : Déjà, c'est la première fois qu'on rempile avec la même équipe, Mark Opitz et Peter Deimel, ce qui nous a permis de pousser encore plus loin le travail à tous les niveaux, son, compos, production.
Lord Tracy : Nous nous sommes posé la question de savoir qui nous étions réellement. Mark Opitz pensait que nous n'avions pas encore défini le son Jesus Volt. Nous avons énormément travaillé les structures et les grooves. J'aiblues jesus volt parfois réécrit des textes juste avant les prises, pour être au plus près de la mélodie. Ce fût dur, intense, mais extrêmement constructif. Mark nous a confié que ces sessions ont été les plus productives de sa carrière. L'idée de faire un album ramassé, avec seulement dix titres, vient de lui. L’album Jesus Volt est celui qui représente le mieux ce que nous sommes, le plus dépouillé, le plus près de l'os. On a tous élagué, épuré et trouvé l'essence de notre musique. En cela, c'est un tournant. Nous avons plus appris sur nous qu'avec tous les disques précédents. Voilà : le plus dur à réaliser, mais le plus Jesus Volt.

On note d’ailleurs que cet album n’a pas de titre provocateur comme les autres. Et même pas de titre du tout… comme un premier disque.
Julien : On voulait avoir, depuis longtemps, un album éponyme. Avec Mark, on trouvait que notre collaboration donnait un nouveau départ. Juste Jesus Volt. Ça résonnait comme une évidence. De toute façon, le nom du groupe et faire du rock'n'roll, c'est déjà une provocation en soi.

Même genre d’interrogation : Wikipédia dit que l’arrivée d’Olivier Hurtu, en 2011, a relancé la machine. La machine avait donc besoin d’être relancée ?
Julien : Oui. Lassitude, divergences internes avaient fini par faire stagner le groupe, qui ne faisait plus que survivre. L’arrivée d’Olivier, son enthousiasme et son jeu nous ont vraiment relancés, et donné envie de retourner en studio. Nous n'avions plus fait ça depuis 2006.

Le meilleur concert que vous ayez donné dans toute votre carrière ?
Julien : On a tant de bons souvenirs. Quand on a su que Billy Gibbons et Franck Beard assistaient au concert sur le côté du zénith de Rouen. La standing ovation à la fin du premier titre à Dijon, toujours avant ZZ Top. Le festival de Sulwaski en Pologne, avec Joe Bonamassa. Grand souvenir devant presque 10 000 personnes, en pleine journée, au cœur de la ville. On n’avait pas beaucoup dormi depuis trois jours. Notre agent de l'époque avait eu la bonne idée de nous faire atterrir à Varsovie, pour aller jouer en Lettonie puis en Lituanie, avant de revenir en Pologne. Des heures et des heures de bagnole sur les meilleures autoroutes du monde ! Le concert dans l'amphi Richelieu de La Sorbonne reste aussi un très bon souvenir. Et, au moment de l’album : Olivier qui retourne à Montreuil, le soir où il vient juste de finir ses batteries, pour assister à la naissance de son fils. Ce petit a mis l'album sous une bonne étoile.

Et, à l’inverse, le pire souvenir ?
Julien : Comme tout groupe qui tourne, on a eu notre dose de concerts Blues Brothers. Lord Tracy qui s’électrocute sur scène en faisant la terre entre le micro et l'ampli, et fait sauter les plombs, lors d'un festival en Belgique. Il tombe dans la boue, sous la pluie, pendant un concert au fin fond de l'Allemagne, et remonte sur scène à tâtons dans le noir. Ou le patron de club oubliant de prévenir les gens qu'il ouvre spécialement un dimanche, pour un concert, et personne ne se pointe. Perdre deux pneus arrière sur la route, et manquer de se tuer en se rendant à un concert, etc., etc.

Trois questions idiotes. Une seule réponse par question ! Quelle est la plus belle chanson du monde, selon toi ?
Julien : Gimme Shelter’. Mais les autres diraient sûrement autre chose.

Le meilleur album du monde ?
Julien: Exile On Main Street? Back In Black? Il y en a trop.

Quel est le concert qui t’ait le plus impressionné ?
Julien : Peut-être AC/DC à Bercy, en 2000. LA gifle.

Christian Casoni - Février 2016

www.jesusvolt.com/  

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