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été 17
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Interview
JERRY DEEWOOD
Le gospel et le blues ont toujours été les piliers du Rock'n'Roll


blues deraime
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blues jerry deewood
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Blues Again
: D’où viens-tu Jerry Deewood?
Jerry Deewood : Je suis né à Bruges en Belgique, le 9 février 1943. Quand j'ai eu 9 ans nous avons déménagé à Bruxelles où j'ai fait mes études secondaires. Plus tard, je suis revenu à Bruges chez ma grand-mère paternelle pour faire des études scientifiques à l'université de Gand. C'est ma grand-mère qui a été, en fait, le grand support de ma carrière musicale. Je pense que sans son soutien absolu je ne serais jamais arrivé où je suis maintenant, ni sur le plan des études et certainement pas sur celui de la musique, bien que les dispositions pour la musique venaient du côté de ma mère.

Es-tu né dans une famille de musiciens?
Comme je le disais, du côté de ma mère qui était pianiste et descendait d’une famille qui, depuis 1850, avait des activités dans le domaine du « Caf’ Conc ». Malgré cette influence pénétrante, ce genre de musique ne me touchait pas du tout et, déjà du haut de mes 5 ans, j'expérimentais des mots phonétiques anglais pour chanter Frankie Laine, et plus tard Frank Ifield…

Tu chantes, mais joues-tu d’un instrument, et à quel âge as-tu commencé ?
Avant tout je suis chanteur, mais à 18 ans j'ai appris la guitare rythmique et beaucoup plus tard, à 36 ans, j’ai fais quelques années de piano classique.

Y a-t-il un musicien, un chanteur qui t’aie particulièrement impressionné ?
Tous les musiciens et chanteurs de la période cruciale du rock’n’roll m'ont impressionné.

Si tu devais citer 3 ou 4 musiciens comme références majeures, qui seraient-ils?
C’est très difficile de répondre. Creedence Clearwater Revival, The Eagles, Les Paul...

Quelle sorte de musique écoutais-tu dans ta jeunesse?
C'étaient exclusivement des chansons en anglais de la nouvelle vague, laquelle commençait au milieu des 50’s. Les singles de Bill Haley, Paul Anka, Elvis Presley, Ricky Nelson, Everly Brothers, Buddy Holly, Pat Boone, Little Richard, J.L. Lewis, Conway Twitty, Brenda Lee... mais aussi Charles Trenet, Edith Piaf, Johnny Hallyday.

Te souviens-tu du premier rock’n’roll que tu aies entendu?
Oui, c'était ‘Rock Around The Clock’ de Bill Haley. C'était un jour d'été, ultra paisible dans la rue, et le feu d'artifice a commencé. Le bonheur ! J’avais 13 ans. A cette époque il était tout bonnement impossible de tenter de m'arrêter avec ce genre de musique.

Comment as-tu été accroché par le gospel?
Sur mon LP de 1982 il y avait déjà ‘Amazing Grace’, pour ainsi dire la mère des chansons gospel. Et sur ce même album j'optais aussi pour ‘Crying In The Chapel’, version gospel. Donc, à mon avis, quand un chanteur ne réussit pas à descendre dans les racines de ce qu'il chante, dans mon cas le rock, il a des difficultés à être convaincant. Le gospel et le blues ont toujours été les piliers du rock’n’roll, ce que je chante en grande partie.

Zone de Texte:  Quels genres de musique écoutes-tu quand tu es seul?
Quand je suis seul j'écoute tous les genres. Je ne suis pas hermétique dans le choix des musiques que j'aime écouter, et j’y ajoute encore la valeur encyclopédique, c'est une ouverture possible vers la composition.

Depuis les 60’s, comment as-tu traversé les différentes modes musicales?
Je ne me suis jamais écarté de ce que je chantais à mes débuts. Jamais un autre style n’a eu le pouvoir de m'influencer, de ma naissance jusqu’à maintenant. Ni le genre du café chantant, qui était là dès mes premières années, ni le style des crooners, etc. Les seuls écarts que j’aie faits sont d'abord dans mes propres compositions. ‘I'm No Daddy Yours’ et ‘She Said, I Said’ en sont des exemples. Avec la chanson de Sherrill Nielsen : ‘Doing The Right Thing’, j'ai aussi infléchi dans cette direction. C'est devenu une toute autre chanson. Donc, des années 60 jusqu’à maintenant, mes enregistrements ont toujours été caractérisés par mes propres compositions. C'était la seule chance qui me soit offerte de résister aux différentes modes de la musique populaire.

Combien de singles et LP (et maintenant CDs) as-tu enregistré au long de ta carrière? 
Du début jusqu’à maintenant : 10 singles, 2 LP et 4 CD, plus des chansons sur 3 albums compilés
comme ceux du Belgian Artistic Promotion pour le MIDEM à Cannes. On trouve mes disques sur EMI, MFP, Polydor, Decibel, HKM... Les plus récents sont les productions américaines avec le bras droit d’Elvis, Sherrill 'Shaun' Nielsen. Un de mes singles avec ma propre composition, 'Lovers In Between', a obtenu en 1979 un n°1 dans le National Belgian Hitparade.

Après tant d’années, comment expliquer que tu ne sois pas plus connu en France?
La scène musicale belge est un très mauvais tremplin pour n'importe quel genre. A cause de la désunion catastrophique des medias, de problèmes d’ego dans les programmations… C'était déjà important dans les années 70 et 80, mais dès les années 90 la musique en général a été bannie sur toutes les chaînes de télé. Et les radios sont un ramassis de tout. Comme dit le titre d’une de mes propres chansons : ‘What More Can I Say’ (vidéo clip sur BRT TV 1982).

Les pionniers du rock français, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dick Rivers, ont évolué dans des directions différentes. Ne les as-tu jamais rencontrés?
Non, mais j'admire ces gens pour leur parcours et la longévité de leur carrière. Et, oui, ce serait magnifique de les rencontrer. Avec Johnny, au Sun Studio à Memphis...

Quel rock’n’roll singer t’a le plus influencé ?
Question difficile, mais les premiers chanteurs qui m'ont réellement influencé au début sont Frankie Laine et Frank Ifield ... mais surtout Frankie Laine. Il faut savoir que Frankie Laine était le chanteur préféré... d' Elvis Presley...

On dit que Memphis est une ville hantée. Ceux qui y ont enregistré disent que l’atmosphère Zone de Texte:  est très spéciale. As-tu ressenti ça ? Comment se sont passées les sessions d’enregistrement ?  
La première chanson que j’ai chantée au Sun Studio était ‘To Sherree’. Il y avait longtemps que j’avais en tête de commencer par cette chanson. Tu imagines une chanson bluesy comme celle-là, avec l'entourage original (rien n’a changé), et surtout l’acoustique du Sun Studio ? En plus, tous les enregistrements se faisaient encore en live. Donc, aucune possibilité de se cacher. En quelques secondes le band était formé et les musiciens, devenus de vrais amis. Par exemple, quand on a enregistré ‘I Got The Blues’, on a dû le jouer près de 21 fois pour mettre ça en forme, comme il faut. Ce que vous entendez sur le CD est donc la 21e prise, musique et chant. La relation avec les musiciens est alors cruciale. Au Sun Studio, c'est chacun à sa place, mais elle doit te convenir. On doit la conquérir. C’est ce que j'ai fait.

Tu chantes les chansons de Sherrill Nielsen qui était proche d’Elvis. Quelle impression cela fait de chanter une chanson qui était destinée à Elvis et qui aurait dû être interprétée par lui s’il avait vécu un peu plus longtemps? Est-ce intimidant?
Au mois de Novembre 2004, ça faisait près de 6 ans que je travaillais avec Shaun Nielsen et sa femme Brenda Hall. La sélection des chansons, chez lui en Alabama, se fait quasi à l'aveugle. Par exemple ‘To Sherree’, je ne savais pas pourquoi il avait écrit cette chanson (en fait c’est pour sa fille de 20 ans qui est morte dans un accident). Pour ‘There's A Fire Below’, même chose. Je veux dire par là que, si la chanson n'a pas assez poids en elle-même, la raison de sa composition n’ajoute pas grand chose.

Le rêve américain a-t-il toujours un sens pour toi, comme on peut l’imaginer en écoutant tes CDs?
Oui, certainement, mais à certaines conditions. Jusqu’à présent cela ne m'a pas posé beaucoup de problèmes.


                  Jerry avec le band du studio Sun - 2006

Les récompenses que tu as obtenues laissent penser que tu es plus connu aux États-Unis qu’en Europe. Est-ce le cas ?
Absolument, la reconnaissance est venue des États-Unis. Quasi directe après la sortie du premier album dans le Sun Studio Café à Memphis. J'étais le premier Européen avec un full album dans le 'Top-20 Favorites' du Southern Gospel News, référence mondiale dans le genre, et cela pour pas moins de 7 mois, avec un n°10 durant près d'un mois. Début 2008, j’apparaissais encore dans leur 'Hot Top-20' de l'année 2007, avant... Brenda Lee. Alors, des réactions sont venues du monde entier, d'Australie et des autres continents.

Combien de concerts fais-tu chaque année ? Et dans quels pays ?
Dans toute ma carrière, à peu près 600 concerts. Grèce, Pays-Bas, Belgique, Espagne, France.

Y a-t-il un but que tu souhaites atteindre avec ta musique?
Le plus important depuis le début, c'est de créer une communication agréable entre les gens via la musique. Ça semble facile, mais ce n’est pas évident. On doit d'abord être, en tant que chanteur ou musicien, tout à fait à l'hauteur de ce qu'on veut faire. Et ensuite il y a 'peut-être' une possibilité de toucher les gens.

Au cours de ta carrière, quel ton meilleur souvenir... et le pire?
Il faut dire que la rencontre avec Sherrill 'Shaun' Nielsen est un point culminant dans ma carrière, tant sur le plan musical que sur le plan humain. Sa première lettre, une semaine après notre rencontre, confirmant qu'il voulait s’engager à mes côtés, est un des plus beaux moments de ma vie.
Les moments extrêmement mauvais ne sont pas si nombreux. Mais enfin, pour en choisir un, prenant l'avion à Brussels Airport vers Memphis afin de terminer l'enregistrement du CD Album ‘& Friends’, on nous a retenu 3 jours à l'aéroport à cause d'un problème avec un des moteurs de l'avion. Imaginez, moi communicant durant environ trois jours avec les gens du studio; Sherrill et Brenda Nielsen étant là aussi pour les chœurs. J’utilisais les ordinateurs de l'aéroport pour envoyer des messages... C'était réellement un cauchemar. Finalement, tout est retombé sur ses pattes, comme si rien ne s’était passé.

Ton fils Peter est un sacré pianiste. Quel est son parcours ? A-t-il fait des disques sous son nom ?
Mon fils Peter est présent au piano sur mes enregistrements, il joue depuis qu’il a 13 ans. Formé par des études classiques privées et le conservatoire, mais aussi... pétri du piano de Jerry Lee Lewis. Pas étonnant quand Jerry Lee te serre la main à l'âge de 13 ans ! Peter dirige son propre band.


Avec Jerry Lee Lewis – Ostende 1987

Quels sont tes projets pour 2011 ? Peut-on espérer un nouveau CD ?
Un nouveau full-rock CD serait parfait. Ça doit être éventuellement possible avec Linda Gail Lewis. A moins qu’on me propose autre chose. Un album de mes propres chansons, des CD-Américains sur une compilation me comblerait d'aise également. Les compiles du BAP pour le MIDEM de Cannes formaient déjà un bon tremplin pour persévérer. Donc tout support de ce côté est bienvenu.

Gilles Blampain & Christian Casoni – septembre 2010

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