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été 17
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Interview
JEROME PIETRI


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Le blues doit avoir un côté sauvage, alors il tape dans le dur, mais il brode aussi quelques fines dentelles de slide. Il envoie un blues-rock électrique pour redistribuer aussitôt les cartes avec country, boogie ou folk....

Qui es-tu Jérôme Piétri ?
Jérôme Piétri, musicien,blues jerome pietri j’ai grandi en Auvergne, qui est toujours mon port d’attache, et j’aime beaucoup de choses, mais par-dessus tout la musique et la pêche à la mouche, quand la musique me laisse le temps (très peu ces deux dernières années).

Comment es-tu venu à la musique ?
Enfant, j’ai été marqué à vie  par le son des guitares électriques (Shadows, Spotnicks, etc) et en colo, j’ai tanné les moniteurs jusqu’à ce qu’ils m’apprennent ‘What’d I Say’, sur trois cordes, avec deux doigts. J’avais dix ans. Après, j’étais perdu pour la patrie. En rentrant, j’ai tanné mes parents jusqu’à ce qu’ils m’achètent une guitare, et c’était parti … !

Te souviens-tu du premier blues ou rock que tu as entendu ?
C’est un blues, et c’est un rock : ‘It’s All Over Now’, par les Stones, écrit par Bobby Womack. J’ai donc commencé par le blues à l’insu de mon plein gré (auraient dit les Guignols).

Quelles ont été tes principales influences ?
Pour résumer, les trois mamelles auxquelles je m’abreuve : le blues, le rock et le jazz.

Qui entrent dans ton panthéon personnel ?
La question qui tue : Beaucoup trop, des dizaines,  il me faudrait l’équivalent du Bottin pour te répondre. En vrac : Lonnie et Robert Johnson, Django, Skip James, Junior Kimbrough, Muddy Waters, Buddy Guy, SRV,  Miles Davis, Chuck Berry, Johnny Winter, les Funk Brothers, les trois King, David Gilmour,  Duane Allman, Professor Longhair,  Hendrix, bien sûr ! Jeff Beck, Doctor John, Rory Gallagher, Larry Carlton, Billy Gibbons, Mike Stern, Warren Haynes,  Derek Trucks, bon, j’arrête, mission impossible, et encore je n’ai quasiment cité que des guitaristes!

Où et quand as-tu fait ton premier concert ?
En 67 à Clermont, avec mon premier groupe de collège.

Et maintenant, combien de concerts par an ?
Entre trente et cinquante, ça fonctionne de mieux en mieux, surtout depuis que Isa de Starassoprod s’occupe de mon booking, domaine dans lequel je suis nullissime. Merci Isa !

Tu as du faire de belles rencontres depuis que tu te produis sur  scène…
Plein, mais les plus marquantes : A vingt balais, Mick Ronson (David Bowie) qui avait loué le studio où l’on bossait avec mon premier groupe, et qui nous a hébergé, le bassiste et moi, pendant plus d’un mois. Grand musicien et grandes qualités humaines ! Calvin Russel, grand Monsieur, Bob Brozman, brillant extra-terrestre, et plus récemment Warren Haynes, d’une humilité et d’une gentillesse incroyable, comme tous les gens de la Mule, d’ailleurs !

blues jerome pietri

Souvenirs de scène…
Souvenir de guitariste : A l’Olympia, en 2005, standing ovation de mille quatre cent personnes pour mon impro à la fin de ‘Comfortably Numb’ avec un Tribute Pink Floyd, good vibes ! Ça fait un drôle d’effet… Bon, ce n’est pas du blues pur et dur, mais c’est très proche (Gilmour a quand même vécu le Blues Boom, et ça s’entend, à mon humble avis).
Je n’ai pas de mauvais souvenirs de scène, car je préfère être positif et me souvenir des bons moments plutôt que des galères.

Parle-nous du dernier CD ‘Gone Fishin’…
Dix titres, un seul cover (‘Way Down In The Hole’ Tom Waits) enregistré à Utrecht, aux Pays-Bas, et produit (au sens anglais du terme, à savoir artistique) par Erik Spanjers, qui a produit ces dernières années pas mal de bluesmen américains. Nous avons eu la chance de très bien nous entendre dès le début, humainement, et musicalement. Il a adoré mes délires de guitares bidons  doubles basse-guitare, car il a trouvé le son et le jeu très typés. Erik est non seulement un excellent ingé-son, mais il est également un vrai Producer et un très bon musicien. J’ai eu beaucoup de chance. L’album est distribué par Socadisc (donc Amazon, Fnac, etc).

Quelles sont tes sources d’inspiration pour écrire et composer ?
Au niveau des textes, je suis très sensible à la dégradation du monde actuel, à tous les niveaux (C’est pour ça que je vais à la pêche, pour ne pas péter un câble). Donc, j’en parle dans mes chansons :
Little Man : les politiciens corrompus.
The Trader : les banquiers : No comment, lol !
Like A Chained Dog : la planète transformée en poubelle.
King Kong On Cocaine :blues jerome pietri les politiques manageriales scandaleuses, qui poussent les gens qui travaillent au suicide, dans certaines entreprises.
Slave Of A New Kind : la condition des gens rendus esclaves par la société de consommation et l’appétit insatiable d’une certaine  « élite » rapace.
Il y a quelques titres un peu plus légers, afin d’éviter une vague de suicides après écoute de l’intégralité de l’album.
Mon ami Laurent Bourdier (le boss du Buis Blues) m’a filé un très gros coup de main, même si j’avais déjà les titres et quelques bouts de refrains,  car je n’ai pas appris l’anglais à l’école, et il a également écrit certains textes.

Comment définirais-tu ton style ?
Wild Blues and Roll.
Blues: (surtout le versant « Africain », Junior Kimbrough, RL Burnside entre autres).
Wild : car, pour moi,  il doit y avoir un côté sauvage dans le blues, qui alterne avec le côté plus cool : J’en reviens à BB King : « Il ne faut pas oublier que Blues est aussi un cri de colère et de révolte contre l’injustice et l’oppression ». J’adhère à deux cents pour cent à cette définition, que je ressens profondément.
Roll : Je viens du rock, mais celui avec le « Roll », c’est-à-dire qui groove, qui swingue. C’est ma perception du rock.

Quelques mots sur tes guitares : classiques, bidons…
En premier lieu, Gibson, le diapason et le son me conviennent parfaitement, Silvertone et Dan Electro en slide, Fender, Gretsch. Bon, bien sûr une bonne guitare, c’est cool, j’adore ça, mais ne jamais oublier que le son, c’est le mec !
Les guitares « bidon », ça a commencé au Buis Blues, qui décidemment est très important pour moi affectivement. J’ai découvert cette chose improbable au Buis, il y a cinq ou six ans, et j’ai été scotché par le son. J’ai beaucoup travaillé le jeu sur trois cordes, et ensuite, j’ai eu l’idée d’ajouter une corde de basse, avec une sortie séparée, dans le but d’avoir un vrai son de basse, afin de pousser encore plus loin l’idée de  « faire l’orchestre ». Je voulais absolument des frets, afin de pouvoir sortir du jeu en open et en slide si je le souhaitais, et là, ça s’est gâté : tout le monde m’a dit : c’est impossible, guitare et basse, pas le même diapason (longueur de manche) et enfin, après deux ans de recherche, j’ai fini par trouver un malade qui a relevé le défi, et ça marche ! Merci Marco Pommier, je te dois une fière chandelle ! Après, comme c’est un instrument qui n’existe pas, il a juste fallu apprendre à en jouer… Donc, gros boulot, mais hyper gratifiant, et champ d’investigation illimité : j’ai deux ou trois protos en attente qui ne vont pas être tristes, et que je vais utiliser sur l’album, bien sûr.

Quels sont tes projets pour les mois à venir ?
Continuer à écrire les titres du prochain album, tout en bossant avec le trio ce que l’on a commencé en juin à Availles-Blues.  J’ai converti mon pote bassiste aux bienfaits des instruments « doubles », nous sommes donc deux en à en jouer, et cela ouvre des horizons insoupçonnés, avec une couleur spéciale, et la possibilité de sonner comme un big band à … trois. La première fois qu’on a testé la formule dans notre local, on n’en croyait pas nos oreilles, on s’éclate grave. Et quand mon pote  joue guitare et basse en même temps, je peux prendre la guitare (normale, pour une fois) et être complètement libre pour improviser, le pied !

La scène de Clermont Ferrand est assez dynamique …
Oui, il y a pas mal de monde qui joue du blues sur Clermont, etblues jerome pietri j’en profite d’ailleurs pour saluer le travail effectué par les amis d’Arvern Blues, bénévoles passionnés qui se décarcassent pour organiser des concerts de qualité depuis des années.

Quels sont tes hobbies en dehors de la musique ?
La musique n’est pas un hobby pour moi : c’est ma vie tout simplement. Je n’envisage pas de vivre sans musique, inconcevable.
Ma seconde grande passion est la Pêche à la Mouche, je ne résiste pas à la tentation de citer John Gierach, écrivain Américain, Traité du Zen et de l’art de la Pêche à la Mouche : «  dire que la pêche à la mouche est un hobby, c’est comme dire que la neurochirurgie est un boulot »
Pour moi, la pêche, c’est une psychothérapie, d’où le titre de mon album : Gone Fishin’. Résumé : je ne supporte plus ce que ce monde est devenu, donc je pars à la pêche, au lieu de sortir le gun, ou de boire de l’alcool, ou de prendre de la dope, etc, etc…

Quel est ton lieu de prédilection ?
Un petit lac vers chez moi, hyper sauvage, avec des couleurs incroyables suivant le temps. J’y vais souvent me vider la tête.

Quels ont été tes derniers coups de cœur musicaux ?
Les Delta Saints, j’adore ! Un plaisir de voir des mecs aussi jeunes aussi matures et originaux. Un peu comme si Muddy Waters rencontrait Rage Against The Machine et les Allman Brothers. Déjà un grand groupe (pour moi) !

En dehors du rhythm’n’blues, de la soul, du rock, apprécies-tu d’autres styles musicaux ?
Oui, tout ce qui vient du blues : le jazz, le funk, la country (certaines formes) et aussi la musique classique.

Quel serait ton rêve le plus fou ?
Si seulement les êtres humains pouvaient être un peu moins destructeurs, mais bon, c’est vraiment un rêve très très fou…

Un dernier mot…
Je remercie le public qui me soutient et me renvoie l’énergie à chaque concert, et les poissons qui me donnent autant de bonheur !

Gilles Blampain – septembre 2015

www.jeromepietri.eu

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