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02/20
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Interview
JAYPEE JAYPAR


KING KONG BLUES
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L’homme est seul avec ses instruments. Le son de la guitare est clair et lumineux autant que la voix est rauque et profonde et chargée d’émotion.
   

Blues Again : Faisons les présentations… 
Jaypee-Jaypar : Je suis Jaypee-Jaypar, je me balade seul avec mes guitares de concert en concert et je fais du blues… mais pas que, on y reviendra. Je suis exilé à Lyon depuis bientôt 6 ans, je dis exilé car je suis “Born and Raised in PoitouBLUES jaypee jaypar” comme on dit dans le Far West ! Et je suis très attaché à ma région et à sa culture. Donc je suis un gars de la campagne dans la Grande Ville. Souvent tout ce stress me dépasse, donc j’ai un besoin viscéral de retourner à mes racines régulièrement. Paradoxalement, c’est de cet exile qu’est né Jaypee-Jaypar, après être arrivé à Lyon pour des raisons personnelles, j’ai décidé de poser ma Gibson saturée pour lancer ce projet solo. Ça faisait un petit moment que ça me trottait dans la tête, et arriver dans une ville inconnue a été le déclic.

Parle-nous de ton éveil à la musique, ton parcours. 
 Ça a commencé au berceau, ma mère est auteure compositrice interprète, elle fait de la chanson française et mon père est fan de rock des 70’s. Donc on a grandi entre les cassettes de Brel, Ferré, Brassens, Barbara et les vinyles de Pink Floyd, Ten Years After, Led Zeppelin ou Deep Purple. Mon frère est aussi musicien, ça a été ma première influence. Donc dans la famille, c’était assez normal d’apprendre à jouer d’un instrument. J’ai commencé la guitare classique à l’âge de 8 ou 9 ans, puis j’ai eu ma première guitare électrique pour ma communion à 11 ans… J’ai depuis déserté les églises pour chercher à rencontrer le Diable au moindre croisement (je l’attends toujours d’ailleurs). J’ai fait du Metal dans la scène Underground depuis l’âge de 14 ans, ce genre musical a eu, et a encore une importance capitale dans ma vie, je me suis vraiment construit autour de ça. Ça fait peut-être une dizaine d’année que j’ai un peu retiré mes œillères pour élargir mes horizons musicaux à travers des guitaristes en one man band, comme Bjorn Berge, Scott H. Biram ou Seasick Steve. Ça m’a fait redécouvrir les pères fondateurs : Robert Johnson, Son House ou Lead Belly. C’est un chemin à l’envers en quelques sortes, puisque je considère clairement le Metal comme le fils aîné du rock, et comme le petit fils légitime du blues.

Te souviens-tu du premier blues ou rock entendu ? 
Je crois oui, j’avais trouvé une vieille cassette que j’écoutais sans cesse dans mon walkman à l’école, je ne savais pas du tout ce que c’était, mais le refrain d’un morceau m’avait accroché, ça faisait « Go, Johnny Go Go Go ! » Un bon vieux rock, bien rétro dixit Marty Mc Fly !

Quelles ont été tes principales influences ?
Elles sont assez larges, ça va de Pantera à Leonard Cohen, en passant par Motörhead, Tom Waits et Johnny Cash. Il y a aussi des influences moins évidentes dans ma musique mais qui sont quand même importantes, comme Léo Ferré, Pink Floyd, H.F. Thiefaine ou Chopin (Oserais-je dire que sa marche funèbre est mortelle ?)

Quels musiciens fais-tu entrer dans ton panthéon personnel ?
Sans hésiter, celui qui arrive en tête de liste, c’est Buddy Guy (Il est encore de ce monde mais sa place dans mon Panthéon personnel est déjà réservée), j’adore son jeu, son aisance et son style, et c’est quand même le seul mec qui a la classe avec une chemise à pois ! Dans un tout autre style, Dimebag Darrell, guitariste de Pantera, qui nous a quitté trop tôt. Il apportait vraiment cette touche blues super groovy propre à Pantera, ce qui a fait pour moi de ce groupe le meilleur groupe de Metal au monde. 

Sur quels genres de guitares joues-tu ? 
Principalement un Taylor 110CE et une Takamine NP15C (que j’ai volé un peu à ma mère, mais qui vieillit très très bien, la guitare comme ma mère ! Ahah). Ça c’est pour l’acoustique, je joue aussi sur une Gibson LP “The Hawk” et ma dernière acquisition est une Fender Telecaster de 1977. Bien que pro Gibson à la base, je dois admettre que faire des solos de blues sur cette Fender est un véritable plaisir ! 

Où et quand as-tu fait ton premier concert ? 
Bon on ne va pas parler de mon premier concert en MJC à l'âge de 15 ans ! En tant que Jaypee-Jaypar, c’était en février 2015, à l’Akroche bar à Lyon. Je n’en menais pas large, c’était ma première scène tout seul mais ça s’est bien passé au final, ça m’a encouragé pour la suite.

Maintenant, combien de concerts par an ?
C’est difficile à jauger, car j’ai quitté mon ancien boulot pour ne me consacrer qu’à la musique depuis le mois d’avril. J’ai fait une vingtaine de dates depuis le mois de janvier 2019 et je compte au moins doubler ça pour 2020 ! 

En quoi la scène est-elle indispensable ?  blues jaypee jaypar
Parce que c’est là que vit la musique, le reste, les albums, les clips, les réseaux sociaux... c’est un support, la musique est faite pour être jouée en live, devant un public, c’est un partage, c’est fondamental. Et c’est grâce à la scène que la plupart des artistes arrivent à vivre de leur musique, car tous les artistes sont loin d’être disque d’or, et souvent ce ne sont pas les meilleurs qui le sont !

Un bon souvenir de scène… Un mauvais souvenir de scène... 
Un super souvenir, ça a été mes 4 dates l’an passé en tournée avec les Craft Beards Men de Pau (un duo de reprise de standards du blues guitare/harmonica). Quand je suis parti c’était des connaissances (j’avais croisé Felix le guitariste chanteur sur des dates avec Crawling, mon ancien groupe de Metal), et quand je suis rentré c’était devenu des potes ! On a été super bien reçus sur les 4 dates, l'apothéose étant à Montauban, chez Don Bastard (chanteur du groupe de Hardcore Fat Society), on a d’ailleurs depuis un fil de conversation gastronomique ensemble très actif !
A côté de ça, je n’ai pas vraiment de mauvais souvenir, peut-être une date sur Lyon en 2015 qui ne rentrera pas dans l’histoire, vu que je n’avais aucune notoriété, aucune promo, je me suis retrouvé à jouer tout seul dans le bar alors que tous les clients étaient à l’extérieur… Un beau moment de solitude...

Tu donnes des concerts chez l’habitant. Comment cela se passe-t-il ?
J’aime bien ce concept, c’est très convivial ! C’est en fait une soirée privée ou le propriétaire des lieux invite ses proches pour un concert. Chacun ramène à manger et à boire, et on partage tout ça ensemble après le concert. Ça permet une grande proximité avec le public, et celui-ci est très attentif, il y a en général une super écoute.

Tu viens de publier un nouvel album Meet Me Again. Comment est-il né ?
J’avais autoproduit 2 albums précédemment (On My Way et Sinner) tout en bossant à côté. Je me suis fait la main dessus en matière d’enregistrement, à la maison, en home studio, alors que je n’y connaissais rien en la matière avant. JBLUES jaypee jaypar’ai vite chopé le virus après des heures et des heures d’apprentissage devant mon PC. J’ai été assez frustré de par mon job à la sortie de Sinner, de ne pas avoir l’occasion de le présenter sur scène, car ambulancier et artiste, c’est une équation impossible. J’ai commencé à écrire Meet Me Again en 2017, et les morceaux qui en découlent se nourrissent de cette frustration. C’est pour ça qu’une fois l’album prêt, j’ai vraiment réfléchi à la place que devait prendre la musique dans ma vie et j’ai décidé de me lancer en tant qu’artiste professionnel. Là où j’ai beaucoup de chance, c’est que ma femme me soutient à fond dans ce projet et me pousse à faire ce que j’aime, je lui serai toujours profondément reconnaissant pour ça ! J’ai donc proposé le mastering à Joerg Luedicke, un ingé son allemand exilé au Texas qui a adoré le projet et m’a proposé un super boulot. J’ai sorti l’album en petite quantité en 2018 pour pouvoir démarcher et ça a été plutôt bien accueilli. Depuis, j’ai créé mon label Grey Cat records, trouvé un deal avec un distributeur, et trouvé une attachée de presse avec qui ça a matché tout de suite (L.O. Communication). Je commence à collaborer avec des tourneurs managers, et ça se passe plutôt bien, je me sens bien entouré et prêt à en découdre !

Quelles sont tes sources d’inspiration pour écrire et composer ? 
J’avais énormément de mal à parler de moi au début, et puis je me suis rendu compte que j’avais des choses à exprimer. Je me base beaucoup sur ce que je ressens dans telle ou telle situation, ça part souvent d’un détail et j’écris une histoire autour de ça. Dans mon processus d’écriture, c’est toujours la musique qui vient d’abord, j’ai une idée globale de l’ambiance d’un morceau, et les textes en découlent relativement naturellement. Avec le temps, je pars moins dans tous les sens, et l’album Meet Me Again se base vraiment sur les sentiments. Le morceau éponyme traite de la frustration, ‘Strictness Is The Enemy’ traite de l’euphorie, ‘Tale From A Dying Man’ de la solitude, ‘Monster’ de la colère, ‘William The Grey’ de l'égoïsme (à travers les yeux d’un chat), ‘Dansons’ parle d’amour...

Comment définirais-tu ton style ? 
C’est assez compliqué ça, car je n’aime pas rentrer dans les cases ! Donc il y a du blues en fond, mais pas que ça ! Je dirais que c’est un mélange de blues, de rock, de folk, de dark folk et d’Americana ? Le tout avec des relents tantôt metal, tantôt punk, tantôt funk, et un soupçon léger de rap… Bon pour être clair : mon style, c’est le désert, les canyons, une vieille mustang, de l’alcool, une barbe et une chemise à carreaux.
  
En dehors de tes engagements personnels, travailles-tu sur d'autres projets en collaboration ?
Alors oui, on a sorti un projet Black-Death Metal épique en collaboration avec mon pote Baloo (ex-Crawling). Le groupe s’appelle Calvaire et l’album In Nomine Diabolus, avec des textes en français. On a fait 5 titres entrecoupés de passages symphoniques, mis en ligne sur Bandcamp, juste pour le plaisir, mais je ne dis pas que l’envie ne me démange pas de remettre le couvert ! A côté de ça, rien à voir, on travaille sur le récital de chanson française de ma mère, Geneviève Charlot, c’est chouette de travailler en famille et d’apporter ma patte pour les arrangements. 

Quels sont tes projets pour les mois à venir ? 
Tourner, tourner, tourner…. Le plus possible pour défendre mon album sur scène ! Puis préparer un nouvel album et aller l’enregistrer au Texas chez Joerg ! Ce serait classe !

Quels ont été pour toi les musiciens les plus marquants ces dernières années ?
Bjorn Berge m’a vraiment beaucoup marqué, avec sa 12 cordes, son slide et ses onglets, je trouve qu’au-delà d’être un virtuose, il a apporté un vent de fraîcheur (sans mauvais jeu de mot, vu qu’il est Norvégien) dans le blues acoustique qui fait du bien ! 
En France, j’adore le jeu de Yan Péchin (ancien guitariste deBLUES JAYPEE JAYPAR Baschung et guitariste de Thiéphaine entre autres). Je trouve que ce mec pose des ambiances extraordinaires et a un charisme de dingue.
Il y a aussi le retour de Nostromo avec leur dernier album Narrenschiff, groupe de Grindcore suisse qui s’est reformé après 10 ans d’absence. Je trouve que la scène Metal s’appauvrit en se démocratisant et perd un peu de son âme, alors ça m’a fait plaisir de retrouver cette énergie de l’époque, brute, chirurgicale et sauvage à la fois ! C’est comme un bon vin à la cave, ça vieillit bien !

Pour parler d’autre chose, quels sont tes hobbies en dehors de la musique ? 
Ahahah ! LA CUISINE ! J’adore ça, c’est une vraie passion ! Je peux passer des heures aux fourneaux, c’est un super moyen d’expression et de partage, comme la musique ! Et pas de bonne cuisine sans bon vin, une autre de mes passions, pour les mêmes raisons.

Quel est ton lieu de prédilection ?
Ma campagne Poitevine tout simplement, me balader entre les champs et les vignes et trouver un temple romain au milieu de ce décor, ça me ressource à chaque fois que je rentre au Pays ! 

Quels ont été tes derniers coups de cœur musicaux ? 
Au-delà du dernier album de Nostromo, j’ai vu Jon Spencer & the Hitmakers en live il y a peu, j’ai pris une grosse claque, il y a ce côté super rock avec un esprit punk, les mecs ont vraiment de la bouteille (dans tous les sens du terme) et ça se ressent à fond sur scène ! 
Il y a aussi l’album Lonesome Wolf du Breton Ronan One Man Band que j’adore et qui tourne en boucle sur ma platine vinyle ! Du blues bien caverneux à gros coups de slide comme on l’aime. Et en plus d’être talentueux le mec est particulièrement sympathique et super abordable.

Quel serait ton rêve le plus fou ? 
Il y a 10 ans, je t’aurais dit essayer de vivre de ma musique ! C’est devenu un objectif concret aujourd’hui. Maintenant, quitte à être fou, soyons fous alors ! Mon nom sur la façade de l’Olympia dans moins de 10 ans ? C’est pas de la prétention hein ! On parle de rêves, pas d’objectifs, et je ne m’interdirai jamais de rêver !

Un dernier mot…
Je livrerai juste un petit message général : Continuez d’écouter de la musique, allez aux concerts, soutenez votre scène locale, gardez l’esprit critique et n’avalez pas ce qu’on vous a prémâché sans réfléchir ! Mâcher, c’est important ! (Et là je crois qu’on a LE slogan pour finir cette interview !).

Gilles Blampain – novembre 2019

https://www.jaypeejaypar.com

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