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12/17
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Interview
HOBOKEN DIVISION


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BLUES HOBOKEN DIVISION
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« Tu aurais entendu le volume… C'était la guerre ! »

Le duo lorrain Hoboken Division, Marie et Mathieu, chant/basse et guitares/programmation de rythmes, sort un deuxième album qui n’a d’emphatique que son titre : The Mesmerizing Mix Up Of The Diligent John Henry. Entre leur premier LP (Arts And Crafts) et celui-ci, ils ont changé de périmètre. L’arrivée du batteur Thibaut éclaircit leur hill country du IIIe Millénaire. Mathieu Cazanave nous en touche deux mots.

Blues Again : Combien de compos sur nouveau disque ?
Mathieu Cazanave : Que des compos originales.

Ce deuxième album, The Mesmerizing Mix Up Of The Diligent John Henry, est un peu plus cool que le premier, Arts And Crafts
Il est moins dur mais le filtre est toujours le même : le Delta blues. En tout cas, c’est comme ça que je l’entends malgré mes vieillesblues hoboken division influences, Velvet, Rolling Stones, John Mayall, Detroit Cobras, Suicide… Je voudrais pouvoir démontrer que le blues est loin d’être une musique désuète, qu’il s’inscrit plus que jamais dans nos sociétés avec ses thèmes, ses ambiances, ses paroles. Qu’en utilisant les instruments traditionnels du blues, guitare, harmonica, piano, on peut arriver à en faire quelque chose de très moderne. La transe blues peut se rapprocher d'une transe chamanique ou indienne, tout comme une transe de rock psychédélique bien amenée.

Aviez-vous établi une feuille de route avant d’entrer en studio ?
Non. Nous ne nous sommes mis aucune barrière, les riffs sont venus d’eux même sans qu'on se pose la question de savoir ce qu’ils deviendraient. Par exemple, ‘The Guy Was Walking’ était un moment de déconne, qui a finalement donné un titre. Pour ce disque, on voulait surtout montrer de quoi nous étions capables dans les styles que nous aimons, Delta blues, trash rock’n’roll, psyché, punk à la Raw Power, d’où son hybridation. Raw Power était vraiment l’axe du premier album, live, sans fioritures. Sur celui-ci, nous souhaitions aussi montrer ce qu'on pouvait faire dans le domaine des arrangements. Nous y avons toujours été attentifs, mais nous avions décidé de les oublier un peu sur le premier disque. A l'époque, on recherchait quelque chose de plus martial à coups de boîtes à rythmes.

De quelles nouvelle influences vous réclameriez-vous à présent ?
Question influences, il y a plusieurs niveaux : la musique, la démarche et l'humain. Nous avons chacun nos influences, qui se fondent dans le blues et le jazz que nous aimons tous les trois. Moi, je me sens plus influencé par Burnside, McDowell ou Skip James, que par les White Stripes ou les Kills. En même temps, je suis aussi influencé par des groupes comme Brian Jonestown Massacre, le Gun Club ou les partenariats Bowie/Iggy et Bowie/Reed. Marie, elle, c’est plutôt autour des Cramps que ça se passe, les 60's aussi ou, plus récemment, les Yeah Yeah Yeahs. Thibaut, ce serait le freakbeat et Jacques Dutronc. Si je dois absolument donner des noms qui feraient une synthèse, je dirais : Cramps, Gun Club et Detroit Cobras.

Qu’est-ce que l’expérience vous a apporté ?
Bah, comme je te disais, on a suivi notre instinct. Evidemment, les expériences que nous avons acquises depuis que nous tournons nous ont nourris. Parallèlement au groupe, nous organisons des concerts dans les genres garage, punk, psyché, blues. On rencontre beaucoup de gens et sommes confrontés à beaucoup de groupes. Nous sommes nourris de tout ça mais, lorsque je me pose sur la guitare, je veux d’abord m’amuser, entendre l’incident heureux, le travailler, m’amuser encore et encore, et peut-être finir par avoir un morceau. Tout est sincère.

Qu’est-ce qui a changé, alors, d’un album à l’autre ?
L’arrivée de Thibaut, le batteur, a énormément changé la donne. Avant, je m'occupais de la musique et Marie, du chant. Sur scène, je gérais les boîtes à rythmes et la guitare, j’avais l’air très concentré sur ce que je faisais, et je n'en profitais pas beaucoup. Quand j'ai commencé Hoboken, je sortais de Ventilator Blues, où j'étais lead guitar (en tuning standard). Cette position me manquait un peu, c'est pourquoi on a demandé à un ami batteur de nous rejoindre, et de s’occuper des boîtes à rythmes en même temps que la batterie. Maintenant, je suis plus dans les intentions que dans l’exécution. Ceci, plus le fait que Marie a beaucoup travaillé la basse, la composition s’en ressent, elle est devenue plus collégiale d'une certaine façon. Là, nous sommes trois à discuter de tout, et Thibaut est une très belle force de proposition avec son jeu de batterie. De plus, nous avons cassé certains de nos codes, et les rôles se sont parfois inversés avec Marie sur qui apporte quoi, qui s’adapte à l’idée de l’autre. Finalement, Thibaut nous a offert de la liberté. Encore plus qu'avant. Et un surcroît de confiance. Les portes d'Hoboken Division sont plus ouvertes.
blues hoboken division
Justement, comment a évolué le style d’Hoboken ?
Il a évolué vers plus de liberté artistique, disais-je. Je connais de plus en plus mes opens de Sol et de Ré, je peux me permettre beaucoup plus de choses. Marie a enrichi son chant de nouvelles influences. Sa voix est plus travaillée, plus mise plus en avant, moins saturée. Et je suis encore plus imprégné de ses influences à elle.

Quels sont les musiciens additionnels qui ont participé à l’aventure ?
Déjà, notre ingé-son Lo Spider. Il a enregistré un overdub de guitare acoustique ici et là (‘The Guy Was Walking’), de la basse sur ‘Howlin’… Tu aurais entendu le volume dans la salle de prise… C'était la guerre ! On a fait un quatre-mains pour rigoler sur l'orgue de ‘Oh Lo No Mo’. Julien de Rumble et Jérôme nous ont donné un coup de main pour l’enregistrement des chœurs sur ‘Oh Lo No Mo’. Jérôme est un chanteur d’opéra, fan de garage et de trash punk !

De quelle façon avez-vous travaillé l’unité de l’album ?
Le tracklisting a été un gros casse tête. Lo Spider avait reçu nos maquettes et avait déjà des ambiances et des influences très précises en tête. Comme c'est un très, très bon, il a mis des mots et des noms de groupes sur chacun de nos morceaux pour en définir le genre. On n’y avait pas pensé, mais quand il nous a présenté cette première étape… mais oui, c’était évident ! On a attaché beaucoup d'importance au son des guitares et de la batterie, pour les marier correctement avec le son des boites à rythmes quand il y en avait.

Question matériel ?
En bon fan de Keith Moon et John Bonham, Thibaut a joué sur sa Ludwig 1968. De nombreuses percussions sont venues enrichir les drums : œufs, maracas, tambourin, congas, bongos… Marie joue sur une Fender Mustang, basse typée garage et branchée dans un gros Ampeg SVT. Pour les guitares : Gibson The Paul, une acoustique Fender, une 12-cordes, un sitar, ampli Fender Blues Deluxe. Lo Spider a déballé un superbe Fender Twin Reverb de 79. L’orgue était un Hammond avec cabine Leslie, une petite merveille à entendre et à voir fonctionner. Et un piano droit old school. Pour les boîtes à rythmes, tant qu’on y est : j'ai utilisé des vieux sons de CR78 et de Monotribe, enregistrés dans mon sampler, Akai MPC 1000.

Procter Street’… de quoi ça cause ?
436 Procter Street, dans le film Paris Texas, est l’adresse du motel dans lequel Travis retrouve sa femme, et accessoirement la parole. Paris Texas, le voyage, la slide de Ry Cooderblues hoboken division… ‘Procter Street’ était un titre qui nous tenait très à cœur. Nous voulions absolument réussir à l’enregistrer correctement. Le changement de tempo en plein milieu, sa progression, marque une rupture claire avec les boîtes à rythmes du premier album, où les tempos ne bougeaient pas. On voulait vraiment le rendre très vivant.

Howlin’ : grosse scansion, regain de tension, guitare saturée, beat martial de nouveau…
Oui, c'est le retour à la forge, le marteau et l'enclume. Je me la joue guitariste lead. Ça m’a fait l'effet d'un gigantesque hurlement animal qui défoule et permet de se sentir mieux. Lo Spider m'a pas mal drivé sur ce titre. J’étais parti sur un phrasé British blues. Lo m'a convaincu qu’il fallait tout déconstruire pour mieux libérer la guitare.

Oh Lo’ No’ Mo’ ressemble à un gospel, ou un chant de prisonnier comme en collectaient les Lomax…
C’est Marie qui a amené ce titre, avec sa mélodie. Et, en effet, on voulait reproduire les vieilles hammer songs enregistrées par Lomax. On voulait en faire un titre qui respire, où les silences seraient lourds de signification. Hammond sur cabine Leslie. Cette Leslie était très capricieuse ! Je ne sais combien de prises on a dû refaire, car elle ne s’enclenchait pas au bon moment.

Boilin’ Up’ est plus colorée…
En fait, je tenais le morceau depuis longtemps, mais je le prenais en ternaire. Un soir, on s’amusait avec des potes après un apéro bien arrosé. On a démarré un beat Krautrock/motorik sur lequel j'ai posé ce blues en binaire. La version ternaire sortira dans le courant de l’année.

Cold Water’… Bizarre, non ? Un filet de slide, et puis la grosse artillerie rythmique qui entre en action. Encore plus hybride et plus difficile à définir. Americana punk ?
L'origine du riff vient de mes expérimentations sur le jeu de Fred McDowell, des boîtes à rythmes, des loopers et de la rythmique inspblues hoboken divisionirée de Thibaut, dans une sorte de grand maelstrom, façon Madchester. C’est vrai que ce titre est bizarre. En le jouant, je vais penser à Fred McDowell, Marie va y voir une transe electro et Thibaut, un groove mancunien. Les parties chant de Marie sont très recherchées. Americana punk me convient.

Lazy’… Atmosphère inquiétante…
L'atmosphère inquiétante est sûrement due à mon accordage. Je suis en open de Sol, mais modifié pour obtenir un accord de Do, à la manière des metalleux. On n’est pas fan de leur style, mais des potes qui en jouent m’avaient montré les qualités inquiétantes et démoniaques du Do !

The Mesmerizing Mix Up Of The Diligent John Henry’, le titre qui donne son nom à l’album. S’agit-il du John Henry des songsters ? Une explication s’impose !
La traduction donnerait : « La confusion hypnotique de l'assidu John Henry ». C’était un petit clin d'œil à la venue de Thibaut. John Henry est mort dans une compétition avec une machine. Il a gagné sa course contre la machine, mais au prix de sa vie. La différence c’est que Thibaut joue avec les boîtes à rythmes au lieu de se battre contre elles. La « confusion hypnotique » est cette faculté de distinguer l’éventail incroyable des directions qu’on peut trouver au carrefour du blues, du punk et du psyché, toujours dans le prisme du Delta blues. Du vrai DIY.

Si je fais le compte on obtient cet hybride : hill country, garage, folk-rock, americana punk, marche scandée, gospel, new wave, blues (ou rock’n’roll) progressif et songwritting atmosphérique !
Je valide hill country, garage, folk-rock, americana punk, blues psyché (plutôt que blues progressif), gospel et songwriting atmosphérique. Le moment où tu entends de la new wave, non. Je dirais plutôt lo-fi.

Christian Casoni - Septembre 2017

www.hobokendivision.com

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