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09/17
Chroniques CD du mois Portrait: WILLIE MABON Livres & Publications
  Dossier: EXCELLO RECORDS  
 


Interview
giles
Le blues anglo-néerlandais



 


Fusion et effusion

C'est un hollandais fixé dans le nord ouest de l'Angleterre pour qui le blues ne doit pas être mis dans un musée et vénéré comme une relique intouchable. La musique est vivante, elle doit se régénérer sous les doigts de l'artisan musicien, se mélanger à d'autres sons venus d'horizons différents pour faire naître de nouvelles sensations. Mark Koehorst fait infuser son blues dans une bouilloire où il trempe jazz, pop psychédélique et rock avec un doigt de funk. Ses influences viennent de Robert Johnson et de Miles Davis et on relève des noms comme J.J Cale ou Stephen Stills dans la liste des quelques chansons reprises. Sur les terres d'Albion son chemin peut croiser celui d'Eric Burdon ou de Dr. Feelgood et l'on voit que la constante est toujours la même : le blues.

A l'instar de Balzac disant qu'un écrivain peut violer l'histoire à condition de lui faire un enfant, ce hollandais créatif bouscule le blues cul par dessus tête, l'étreint, le caresse puis le gifle, le malmène pour ensuite mieux l'aimer et le chérir. Il le pousse dans ses retranchements pour nous en révéler une nouvelle et indéfinissable volupté. Le résultat donne un son original et un style très personnel qui accroche et retient l'auditeur à la première écoute. La musique de Giles est bien une création et non une copie.

Un blues chargé d'émotion qui explose en un groove funky ou qui part dans une dérive à la Hendrix. Un riff de rock qui zèbre l'espace sonore comme un éclair pour introduire une série d'accords de jazz. Une ligne de pop planante sur un beat techno soutenue par une basse lourde et inquiétante. Un shuffle accéléré renforcé d'effets de distorsion. Un blues traditionnel déstructuré pour mieux le reconstruire et en faire entendre une version inédite. Sans oublier un chant toujours expressif. C'est ça le son de Giles.

L'explosion

Après plusieurs années en tant que guitariste au sein de différents groupes et avoir participé à l'enregistrement de cinq disques, Mark Koehorst fonde le trio Giles en 2002 pour revenir vers le blues qu'il a toujours eu en lui. Il écrit ses textes et les chante, il joue de la guitare, des claviers et des percussions. Musicien inspiré au jeu de guitare prégnant, pour monter son band, il distribue les rôles : Piet l'un de ses fils pour la basse et une deuxième voix et Terry Shaughnessy qui n'est pas un débutant pour la batterie. Une assise rythmique à toutes épreuves, assurée par une basse rigoureuse qui sait insuffler le funk ou soutenir un phrasé de guitare jazzy et une batterie efficace et puissante qui sait être très présente mais qui a l'intelligence de se faire discrète quand cela s'impose.

En très peu de temps le trio se rôde, impose son style et fait une grosse impression lorsqu'il joue sur scène. Que ce soit en club, en tournée ou en festival le public britannique accueille le groupe chaleureusement. La reconnaissance est vite acquise. Les radios et la presse musicale sont enthousiastes. Un premier CD Coming Home est gravé en 2002, en 2004 paraît Blood From A Stone, puis Blue Funk sort en 2005 et enfin Dancing With Dolores en 2006. Après avoir sillonné le Royaume Uni en tous sens et s'être produit dans nombre de festivals anglais et écossais, le trio élargit son horizon et donne son premier concert en France en mars 2005 au festival Blues Autour Du Zinc à Beauvais. Depuis le groupe a retrouvé le public français à différentes reprises. Les disques du band sont en vente sur le site internet. www.gilesmusic.com et sur www.cdbaby.com

 

 

Interview :

Blues Again : D'où viens-tu Mark Koehorst ?

Mark Koehorst : J'ai grandi en Hollande dans une grande maison située dans un petit village du nom de Erp. Mon père me chantait des chansons en s'accompagnant à la guitare pour me mettre au lit. Mes oncles et mes tantes jouaient tous d'un instrument comme l'accordéon ou l'harmonica et ils se rassemblaient de temps à autre pour faire de la musique. C'était vraiment magique. Maintenant j'habite dans une maison plus grande mais dans un village plus petit du nom de Bickerstaffe en Angleterre. Je suis entouré par des vaches et des moutons, c'est formidable ! J'adore écrire et jouer de la musique et j'aime aussi prendre la route.

A quel âge as-tu commencé à jouer d'un instrument et lequel ?

Quand j'étais tout petit je donnais des coups de pieds dans les poubelles. Par la suite je me suis mis a imiter le bruit du tonnerre et des éclairs sur le piano. Cela devait agacer mes parents, car pour mes 12 ans ils ont loué un orgue pour moi en s'assurant toutefois qu'il y avait bien des écouteurs avec. Plus tard, durant ma treizième année je me suis acheté une guitare espagnole pendant les vacances.

blues giles

L'année d'après j'achetais ma première guitare électrique et j'utilisais une radio à lampe comme ampli. Le son était super. A cette époque j'écoutais un peu tout ce qui me tombait sous la main. J'avais un jugement très tranché sur ce qui était cool ou pas cool. Je n'aimais pas trop ce qui était dans le top 40. Le premier blues que j'ai entendu devait probablement être ' Need Your Love So Bad' de Fleetwood Mac. Très beau !

Est-ce plus facile d'être musicien en Grande Bretagne qu'aux Pays Bas ?

Je ne sais pas trop. Quand j'étais encore en Hollande je jouais seulement dans les fêtes scolaires et des trucs comme ça, rien de très sérieux. Mais j'ai toujours eu mon propre groupe. En Hollande mon premier band s'appelait Garlic et nous jouions une musique assez « pimentée ». J'aime bien jouer dans d'autres formations pour dépanner les amis quand je peux, mais j'ai toujours voulu avoir mon propre groupe pour me concentrer dessus. J'ai besoin de ce débouché pour mes compositions personnelles.

Tes débuts dans la musique : un bon ou un mauvais souvenir ?

Le moins bon, c'est quand le professeur de musique a décidé que tous les étudiants joueraient ensemble dans une sorte de jam. C'était mes début à la guitare, je pensais que je jouais déjà plutôt bien et j'étais emballé de faire écouter mon jeu. Mais je me suis rendu compte que je n'étais même pas capable d'accorder ma guitare avec les autres instruments et c'est un autre garçon qui a dû le faire à ma place. Tout le monde a décidé de jouer en La, mais je n'avais pas la moindre idée de ce que cela signifiait. J'ai été si gêné que je ne me suis jamais plus pointé dans ce cours. Le meilleur : une année plus tard j'avais mon propre band et nous jouions notre premier gig dans une fête de cette même école. Tout le monde a aimé ce que nous faisions et nous étions les stars du moment. J'étais au Paradis ! Nous avions enregistré notre prestation sur un vieux magnétophone et tous les jours après les cours nous appelions les gens au hasard pour leur faire écouter la musique au téléphone. Nous prétendions être une société de marketing et nous leur demandions s'ils pensaient que ce groupe allait devenir célèbre. Beaucoup de gens répondaient oui même si le son devait leur sembler pourri dans l'écouteur.

Quand as-tu décidé de devenir professionnel ?

Je ne me considère pas vraiment comme un « professionnel » parce que cela implique que c'est un boulot et qu'on fait ça pour de l'argent. Je joue parce que j'aime vraiment ça. Il n'y a rien de mieux que de jouer sa musique pour un public qui vient spécialement pour vous voir. Si quelqu'un veut me payer pour ça, c'est super.

Tu joues de la guitare, des claviers et des percussions. As-tu une préférence parmi ces instruments ?

Au sein de GILES, je préfère jouer de la guitare parce que je n'aime pas rester planté derrière un clavier ou des fûts quand je chante. La guitare demande beaucoup moins d'effort et a un côté intuitif. On ne se pose pas de question. Mon approche du piano est beaucoup plus théorique. J'ai étudié le jazz pendant un moment ça a développé mon écoute. J'aime aussi jouer de la batterie dans le groupe de mes fils qui s'appelle PAIL. C'est très bien d'être assis en retrait et d'être là simplement à taper.

Sur quel type de guitare joues-tu ?

Ma guitare favorite est une Fenix strat. Je l'ai trouvé dans un magasin à Liverpool il y a 5 ans et elle a un son étonnant. C'est comme une caricature de Fender strat. J'ai récemment acheté une autre Fenix strat d'occasion sur ebay, elle a un son encore plus moelleux. Ces deux guitares ont un manche très délicat et c'est un régal de jouer avec. Je ne peux pas imaginer jouer sur autre chose qu'une Fenix. J'obtiens ma couleur sonore en passant par un ampli de 60 watts fabriqué aux USA par la compagnie Tech 21. Quand je joue sur scène pour obtenir plus de volume et donner un plus gros son, j'ajoute une chambre Hughes & Kettner.

Quels sont tes musiciens de référence ?

Mon jeu de guitare est très influencé par Hendrix parce qu'il totalement changé ce que les autres faisaient avant lui. J'aime de nombreux morceaux des Stones. Des musiciens comme JJ Cale, Stephen Stills, Dr John, Neil Young, Tori Amos, Miles Davis et tous les gars qui font du blues comme le Fleetwood Mac des débuts et puis Prince aussi. Pour GILES les influences ce sont Jimi Hendrix, JJ Cale, Dr John. J'écoute du hip hop, du jazz, de la musique classique et même parfois de la country. A partir du moment que ça vient du coeur, que c'est honnête et sincère, peu importe le style. Je n'aime pas la musique formatée.

Pourquoi ce nom GILES, qu'est ce que ça signifie pour toi ?

Je cherchais un nom vraiment différent avec lequel les gens ne sauraient pas à quoi s'attendre. Je regarde souvent Buffy et les vampires et j'aime beaucoup le personnage de Rupert Giles. Il est à la fois très anglais et très excentrique. J'ai baptisé le groupe en pensant à lui.

Combien de concert fais-tu dans une année ?

En moyenne 50 à 60 concerts. Une ou deux fois par an nous allons à l'étranger en Belgique, en Allemagne et en France. J'adore jouer en live et j'aimerais bien en faire plus. Les grands festivals, les petits clubs, les deux me vont. Sur les festivals, en général il y a une bonne ambiance et j'aime bien rencontrer d'autres musiciens avec qui parfois on jamme jusqu'au petit matin. Par contre, dans un petit club tu peux créer et développer une atmosphère musicale plus intime. J'aime aussi discuter avec les gens qui viennent aux concerts. Je trouve que ce sont des personnes créatives et dignes d'intérêt. J'apprécie leur conversation. Ces gens-là racontent toutes sortes d'histoires intéressantes. Je me suis fait quelques amis comme ça.

Qu'aimes-tu en particulier en France ?

Beaucoup de choses. La langue. La façon dont vous haussez les épaules. L'odeur de la baguette qui s'échappe des boulangeries tôt le matin et prendre le petit déjeuner avec un grand café au lait. C'est toujours comme si j'étais en vacances. D'ailleurs, un de mes meilleurs souvenirs est un périple à vélo le long des Châteaux de la Loire quand j'avais 18 ans.

Qu'aimes tu faire en dehors de la musique ?

Voyager, rencontrer des gens et découvrir de nouvelles spécialités culinaires. J'aime aussi rentrer à la maison après une tournée et me la couler douce avec la famille et les amis et regarder mes programmes favoris à la télé.

Gilles Blampain