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été 17
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Interview
franck ash
Le blues parle de la vie et la réaction du public est un élément important dans un concert.


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Blues Again : Que deviens-tu Franck?
Franck Ash : J’ai toujours, et même plus encore, l’énergie de jouer du blues, par-delà les crises et les modes qui portent cette musique ou la délaissent.

Depuis combien de temps vis-tu à Londres ?
Pas loin de 10 ans.

Comment est la scène blues actuellement dans la capitale britannique ?
3 nouveaux clubs de blues se sont ouverts a Londres ces 2 dernières années et j’ai la chance de pouvoir y jouer régulièrement.

Zone de Texte:Ta vie de musicien est-elle différente en Angleterre par rapport à la France ?
La vie de musicien est difficile partout et je ne connais pas le pays où tout serait plus facile (le statut d’intermittent du spectacle en France aide beaucoup, c’est unique au monde à ma connaissance). Cela dit les principales différences se situent au niveau de la culture et de l’approche musicale.
C’est plus rare de trouver un groupe de blues dont on ne comprend pas les paroles dans un café et ça semble moins authentique que dans un pub. L’Angleterre est  culturellement proche  des Etats-Unis. Le blues s’est installé dans la culture populaire depuis les années 60 avec John Mayall, Eric Clapton, Peter Green, Fleetwood Mac, Alexis Korner et d’autres figures qui l’ont importé. Les Stones ont commencé entre autres avec des reprises de Muddy Waters ou de John Lee Hooker et Jagger, Wood et Richard ont toujours revendiqué l’influence du blues dans leur musique.
La France n’a pas connu ça et il est clair que tout oppose la France et l’Angleterre en ce qui concerne la musique en général. Même dans la variété aujourd’hui l’influence de la Soul est marquante, Duffy et Amy Winehouse le montrent bien et tant d’autres groupes qu’on ne voit pas à la télévision en France. La variété française est radicalement différente. L’Angleterre aime la guitare et les plus grands groupes de rock sont anglais. Le blues fait partie du paysage.

As-tu fait des rencontres marquantes dans le milieu musical londonien ?
J’ai rencontré Julian Burdock (24 Pesos Band) qui est un guitariste impressionnant mais aussi un compositeur très intéressant, surveillez ses dates de concerts, il vient parfois en France. Marcus Malone originaire de Detroit, Michigan, vit aussi ici. C’est un très bon chanteur, assez rock dans l’esprit.

En dehors de tes engagements personnels, travailles-tu sur d’autres projets ?
Pour le festival de Jazz d’Andernos le 30 juillet, j’ai monté un groupe très spécial : le British Blues Boomers avec Ian Siegal et Connie Lush comme headliners.

Tu joues souvent en club: Aint’ Nothin’ But, The Blues Kitchen, Round Midnight. Comment sont ces clubs ?
À part le Blues kitchen qui est assez grand, les 2 autres clubs sont plus intimes (une centaine de personnes). La sono est souvent correcte et on trouve sur place un backline assez basique.
En termes de fréquentation, les clubs sont souvent pleins et le Ain’t Nothin’ But…attire beaucoup les touristes. Les gens font souvent la queue dehors.
L’ambiance est souvent bonne, parfois même exceptionnelle avec les gens. Par contre il arrive aussi que le public soit très bruyant et couvre le groupe qui joue. C’est un peu pile ou face, on ne sait jamais… Contrairement à la France où les gens sont plus blasés mais plus attentifs à la musique, en  Angleterre comme aux US, les gens viennent plutôt boire un coup avec des amis et peuvent parfois oublier la musique. Mais s’il écoute, le public ici est très enthousiaste. Et même certaines fois après avoir joué un set dans le brouhaha ambiant, c’est très souvent qu’on vient te voir pour te serrer la main en te disant des choses agréables sur la qualité de la musique.

Tu joues souvent au Ain’ Nothin’ But à Soho. As-tu un lien privilégié avec ce club ?
Les groupes réguliers ou « locaux » ont 2 gigs par mois dans ce club, c’est pour cette raison qu’on m’y voit le plus.

Sur quel(s) genre(s) de guitare(s) joues-tu ?
J’ai joué sur 335 et Les Paul, j’ai une Telecaster mais je suis un inconditionnel du son Fender Stratocaster.

Zone de Texte:Tu seras sur différents festivals cet été en France…lesquels ?
Pas tant que ça ! Cabannes le 2 juillet, Grésiblues le 4, Andernos le 30 avec le British Blues Boomers et au moment où je te réponds à tes questions c’est tout. La France m’a oublié!

Peux-tu nous présenter les musiciens avec qui tu joues sur scène ? (en Angleterre et en France).
Angleterre : Batterie, Evan Jenkins (Matt Schofield), Nikolaj Bjerre (Ian Siegal) – Basse, Nick Cohen (Matt Bianco, Tom Jones), Winston Blissett (Massive Attack) – Keyboard, Moz Gamble (Julian Burdock).
France : Batterie, Stéphane Minana Ripoll (Big Dez) – Basse, Lamine Guerfi (Big Dez),  Laurian Daire (Yann Cole)

Peut-on espérer un nouveau CD dans quelques temps ?
Est-ce qu’il est nécessaire pour un musicien de blues d’enregistrer des disques ?
C’est je crois sur scène qu’on donne le meilleur de soi parce qu’il y a un échange avec les gens. Le blues parle de la vie et la réaction du public est un élément important dans un concert. Finalement cette alchimie-la pourrait être suffisante et les disques inutiles (sauf pour les projets très conceptuels et encore…). La musique ne serait plus que du vécu et les souvenirs d’un soir entre des musiciens et un public. Juste de la mémoire et l’envie de revivre un autre moment de musique. Ce serait peut-être ça la vraie actualité et le vrai luxe du musicien. Maintenant l’époque et le marché en ont décidé autrement :
On a demandé aux artistes de sortir un album par an justement pour « créer de l’actualité » (idée totalement vide de sens) et la qualité de la musique n’a pas forcément suivi.
Comme on « consomme » la musique en l’achetant au titre ou en attendant le discount qui vient quelques mois après la sortie, producteurs et distributeurs se font de plus en plus rares, les moyens financiers mis dans un album sont de plus en plus maigres – là encore la musique n’y gagne rien –  la communication est inexistante et les disques ne se vendent pas.
L’attente ou comme tu dis « espérer » un nouveau disque est un désir qu’on ressent de moins en moins. Maintenant ne pouvant pas me payer le luxe de ne pas enregistrer…Je voudrais tourner la page avec le dernier album studio très léché et très composé et j’ai assez envie de montrer ce que je fais en ce moment  avec un album live. J’aime l’idée de ce qui est capturé un soir sans pouvoir revenir dessus comme en studio, l’idée d’un son qui reproduit tout simplement le concert pour ceux qui étaient là avec ce que ça a d’hargneux et sauvage, voire brouillon.
Le problème est de trouver les bons moments où tout est réuni et c’est très difficile parce qu’on n’est justement pas dans le format studio.
J’ai déjà 2 live en boîte, il faut maintenant voir comment c’est exploitable ou pas.

Zone de Texte:En bientôt 30 ans d’aventures musicales, quel est ton meilleur souvenir…et le pire ?
Tu me vieillis un peu, disons un peu plus de 20 ans !
J’ai beaucoup de très bons souvenirs : L’accueil du public au Festival de Montréal, d’avoir été le premier français à être invité sur la grande scène du festival Jazz Sous Les Pommiers et sur la grande scène du festival Blues Passions de Cognac, d’avoir enregistré 2 albums pour Screamin’ Jay Hawkins  un à Memphis, l’autre à l’Olympia à Paris, d’avoir joué avec lui au festival de Chicago. D’avoir rencontré BB King 3 fois, d’avoir été invité par Bobby Blue Bland. De me retrouver 3 fois sur la scène de l’Apollo a New York.
Cependant je ne vis pas avec ces souvenirs comme on vit dans le passé, c’est plutôt la chance d’avoir pu vivre ces moments-là qui me réjouit. De même que mon dernier concert me laisse un excellent souvenir. C’était un très bon soir avec le public.
Mon pire souvenir quand même…les cafards qui couraient sur mon lit à Madrid la première nuit d’une tournée en Espagne.

          
.avec Screamin’ Jay Hawkins                       avec Luther Allison

Après tant d’années, as-tu malgré tout un regret ?
Oui, de ne pas jouer presque tous les soirs et de ne pas gagner assez d’argent.

En dehors du blues et de la soul quels genres de musique apprécies-tu ?
Le blues au sens le plus large est ma musique nourricière. Je suis très sensible au gospel même si mon émotion à l’écoute de cette musique est profane, j’aime le jazz et certains compositeurs classiques. J’écoute avec plaisir de la country ou du bluegrass, du reggae ou du rock.

Peux-tu citer deux ou trois musiciens qui sont dans ton panthéon personnel ?
J’ai écouté tellement de musiciens depuis que je suis enfant et je me suis tellement imprégné de leurs styles différents que le Panthéon manque de place !
La nouveauté qu’a représentée Robert Cray dans les années 80-90 a eu une certaine influence  sur moi qui est passée avec le temps, mais BB King est de toute évidence mon maître depuis 40 ans qui résiste à toutes mes infidélités.

En dehors de la musique, quel est ton passe-temps favori ?
Plus j’avance en âge plus les années passent vite et le temps file. Le temps ne m’accorde pas la jouissance d’un passe-temps.

Quel serait ton rêve le plus fou ?
D’être le musicien que je suis mais d’avoir 20 ans en 1950…dans une Amérique non ségrégationniste. Ou assez fou aussi, de continuer à jouer la musique que j’aime…

La question que je n’ai pas posée…
Celle que tu me demanderas la prochaine fois, ou celle qu’on me demande toujours et que tu as eu la bonne idée de ne pas poser !

Gilles Blampain - avril 2010

www.myspace.com/franckash