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09/17
Chroniques CD du mois Portrait: WILLIE MABON Livres & Publications
  Dossier: EXCELLO RECORDS  
 


Interview
flyin' saucers gumbo special
Le retour des OVNI


blues deraime
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blues jerry deewood
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Fabio Izquierdo, harmoniciste sur le tôt, accordéoniste sur le tard, et l’un des trois chanteurs du groupe : On a démarré l’aventure, ça fait bientôt quinze ans. Peu de groupes misaient alors sur le répertoire Louisiane-Golfe du Mexique. Au sein des Flyin’ Saucers, on a des goûts si variés… c’est le meilleur répertoire à consonance blues qui puisse nous fédérer. Il est à la fois roots et très sophistiqué, il ouvre sur plein de styles différents. Les musiques de cette zone sont aussi fédératrices pour un certain public, qui considère le blues comme une musique triste à mourir…

L'équipage aquitano-breton from the outer space fraye donc dans le biotope louisianais. Il allonge maintenant sa palette d'une fronce d'accordéon.

Oui, l’accordéon…
Fabio Izquierdo : Je m’y suis mis par la force des choses. Ça faisait longtemps que j’avais envie d’en réentendre sur certains titres. Il y en avait sur l’album de 99, enregistré en live à Blues Passions. A l’époque nous tournions avec un accordéoniste, Pascal Lamige. Sur Radio Gumbo, Cédric Le Goff (le clavier) s’en était fait prêter à touches piano. On aurait aimé qu’il persévère mais, quand on connait le prix de ces engins ! De plus, Cédric a déjà un piano, un orgue (quand ce n’est pas un B3) et une leslie à trimballer... Embaucher un nouvel accordéoniste ? Difficile. On n’en veut pas sur tous les titres. Prendre la route avec cinq gars, plus un qui n’interviendrait que ponctuellement, ça deviendrait compliqué. Cédric jouait les parties d’accordéon à l’orgue, mais il manquait bien sûr la couleur particulière de l’instrument. Ce sont les gars de Pine Leaf Boys qui m’ont encouragé. Selon eux, j’étais déjà harmoniciste, le diatonique ne me poserait pas trop de problèmes. On avançait dans l’écriture de Crawfish, et j’entendais vraiment de l’accordéon sur les titres que je creusais. En janvier 2009, je m’en suis fait envoyer un du Québec, une occasion. J’ai mis les mains dans le cambouis, on a testé cette formule pendant l’été 2009, sur une tournée marathon, et on a décidé de garder ça comme ça sortait. J’ai encore du boulot devant moi, mais j’aime bien l’accordéon joué un peu barbare, j’arrive à donc m’en sortir. Peut-être qu’un jour je passerai à un diatonique trois-rangs. En tout cas, j’aimerais bien. A suivre…

Crawfish Groove…
La sortie de Crawfish a été presque à la hauteur de nos espérances. On sort toujours un nouvel album avec beaucoup d’appréhension, surtout quand il est très personnel. Il n’y avait quasiment que des compositions. [Deux reprises : une version regonflée de ‘New Orleans’ – Gary US Bond – et le ‘Till It Hurts’ de Lee Rocker, ralenti en une ballade soul de toute beauté – Ndr.] On attendait sur des charbons ardents de savoir ce qu’allaient en dire les auditeurs et les gens de la profession. Pour le coup, tout le monde a adhéré si j’en juge aux chroniques et aux ventes de l’album sur les concerts. Et malgré ça, nous n’avons toujours pas de partenaire pour une distribution nationale. Mais c’est un autre problème. La présentation officielle a eu lieu au Cognac Blues Passions 2010. Michel Rolland nous avait donné une « carte blanche ». Il nous a aidés à faire les choses en grand et à créer un buzz autour de cette sortie, avec nos petits moyens. Nous avons pu toucher un maximum de médias.

Le prochain.
Crawfish était à peine sorti, nous avions déjà en tête une espèce de planning pour le suivant. Nous sommes en train d’y cogiter sérieusement. Il devrait sortir courant 2013. Il y aurait quelques invités et quelques covers (pas trop). Les sessions seront étalées dans le temps. En ce moment, chacun de nous planche sur ses propres compos. Chacun de son côté, comme d’habitude. Ensuite on met tout ça à plat, collectivement, et on trie les idées. Faudrait faire aussi bien que Crawfish au moins. Et toujours le même mini-challenge : présenter ce mélange des genres qui nous caractérise, et qui a l’air si décousu sur le papier, qui tient bien la route pour nous. Le centre de gravité des Saucers, c’est la Louisiane.

Sugaray.
Entre les gigs, nous avons bossé avec lui et avec Jimmy Burns. Avec Ray, on a tourné trois semaines en France, en Allemagne, en Belgique et en Lituanie. Super collaboration, puisqu’il souhaite que nous travaillions ensemble de façon régulière. Nous sommes en train d’organiser une tournée avec lui pour l’été 2012. Ray est un chanteur basé à Los Angeles. Son répertoire saute de la soul au blues. C’est assez surprenant de l’entendre passer d’un genre à l’autre. Il a l’air d’un vrai blues-shouter, genre Big Joe Turner ou, dans un autre registre, Little Milton. Après cette tournée, il a signé chez Delta Groove et intégré l’équipe des Mannish Boys. Malgré toutes ces bonnes choses qui lui arrivaient, il a voulu continuer avec nous. On a eu chaud d’ailleurs pour cette tournée : il venait de postuler pour incarner Howlin’ Wolf dans une comédie musicale aux Etats-Unis. On l’avait été retenu pour le rôle, mais il a décliné… juste pour pouvoir tourner en Europe. Cette tournée, c’était un autre défi pour nous : Ray était pratiquement inconnu ici, les festivals et les salles qui ont adhéré s’en souviennent, et les comptes rendus de ces concerts ont été plus que positifs. La tournée a été aussi le point de départ d’une belle collaboration avec la structure On The Road Again. Pourvu que ça dure.

  

Jimmy Burns.
Notre collaboration avec On The Road Again a eu une retombée immédiate : une autre tournée, avec Jimmy Burns cette fois. Ça s’est passé à l’automne dernier. Nous avions amené un projet avec un autre artiste, mais il ne s’est pas finalisé pour quelques conflits d’intérêt. De son côté, Jimmy devait partir en tournée mais son line-up n’était pas dispo : son line-up tournait avec Mike Welch. On nous a alors proposé d’accompagner Jimmy. Travailler avec lui, c’est du pain béni… Un répertoire entre blues du Delta, Chicago-blues et soul, un jeune homme de 68 ans qui a connu la grande époque… Franchement, avant de partir appréhendait un peu, mais on n’en a récolté que du bonheur. Jimmy n’a jamais l’air fatigué. Musicalement, il nous a beaucoup appris. Certains d’entre nous repartiront avec le line-up prévu à l’origine, sur une tournée européenne. Ça devrait tomber en mai. Puis les Saucers au complet retrouveront Sugaray pour l’été.

Bilan.
Il s’est écoulé deux ans ou presque, depuis la sortie de Crawfish. Le bilan est plutôt concluant. Belles scènes, belles tournées, belles rencontres, une belle équipe qui s’étoffe autour de nous, et toujours plus de projets. Toutes les dates engrangées avec cet album nous ont permis de populariser notre identité, toujours un peu particulière, à travers le pays, et même de mettre quelquefois les pieds à l’étranger. Let the good times roll!

Undersounds.
La collaboration avec Undersounds, le label punk, est le résultat d’un petit coup de foudre. A l’époque, nous jouions souvent dans un repaire de pirates à Limoges, L’Ile aux Trésors. On aimait bien tester les nouveaux titres là-bas. Leur truc c’était le punk, le garage, le rock’n’roll, avec un peu de blues. La taverne était tenue par un irréductible fan de toutes ces musiques (enfin, surtout le punk). Il bossait avec ce petit label, Undersounds, qui s’est aujourd'hui expatrié en Belgique. Au fil des concerts, une relation de confiance et d’amitié s’est tissée entre nous. L’équipe et la clientèle punk flashaient sur la Gretsch de Fabrice Joussot, notre guitariste, et sur le titre ‘Fire On The Bayou’. Chaque fois que nous l’interprétions, le bar prenait réellement feu, copieusement arrosé d’essence à briquet autour des verres de rhum arrangé ! L’idée de presser un 45-tours avec ce titre, avec ‘I Got Loaded’ sur l’autre face, a rapidement fait son chemin. C’est devenu un EP, avec quatre-titres tirés de Raw [l’album précédent – Ndr]. Nous avons passé un arrangement : nous leur laissions les droits de pressage pour un certain nombre d’exemplaires, ils nous en donnaient une partie et tout le monde repartait content. J’ai cru comprendre que, via leurs réseaux, ils ont amorti en trois ou quatre mois les coûts de production.

Retour en 2007, et l’album Raw & Spicy Covers.
Anthony Stelmaszack, cofondateur du groupe, était parti se frotter à d’autres répertoires. On a eu quelques péripéties avec d’autres guitaristes, puis Fabrice Joussot est venu faire le job. Il fallait qu’on annonce rapidement notre retour, de sales bruits couraient sur la dissolution du groupe. Problème : on n’avait pas de matériel à proposer. On a donc puisé dans notre stock de reprises, l’occasion de rendre hommage à nos inspirateurs. Fabrice n’avait que trois concerts dans les pattes. Le studio était installé dans une cave, et des travaux avaient lieu dans ce pâté d’immeubles : on démolissait un cinéma, on en faisait un auditorium plus un immense parking souterrain. Nous devions aménager nos horaires en fonction des marteaux-piqueurs le jour, et respecter le sommeil du voisinage la nuit. Le responsable du studio qui nous appelle. Vous êtes satisfaits du mix et du mastering ? Il avait une voix bizarre. Il nous prévient qu’on ne peut plus modifier quoi que ce soit, les vibrations du chantier avaient éventré l’une des voûtes de la cave, quinze tonnes de boue avaient inondé le sous-sol, détruit le matériel et les bandes ! Heureusement, nous en avions fait une copie pour terminer les bidouillages à la maison.

Distribution.
Qu'est ce qu'une distribution aujourd'hui, pour un groupe français qui joue ce style de musique ? Un dépôt-vente. Si on veut faire référencer son CD chez les disquaires, oui, ça vaut le coup, à condition de bénéficier ensuite d’un minimum de promo. Nous ne faisons pas ce métier pour vendre des CD, mais pour faire de la scène. Nous vendons suffisamment sur les concerts pour rentabiliser nos enregistrements. Donc on se débrouille très bien par nous-mêmes. Raw & Spicy Covers fut rentabilisé en quatre jours à Cognac, pendant le festival. Lis les chroniques de l’album, vois l’accueil du public, c’est clair qu’on peut réaliser des disques qui ont un peu de gueule avec un minimum de moyens, et qui soient vite amortis. Le reste, c'est tout bonus. Ceci dit, si on nous faisait une proposition digne de ce nom, faudrait quand même voir. C’est sûr, quand on a sorti l’EP sur ce label punk, c’était devenu ardu de chercher ensuit à intéresser un distributeur traditionnel ! De toute manière, soit il y a trop de compositions, soit il y a trop de reprises, soit c'est trop français, soit c’est trop anglais, ou pas assez rock'n'roll, ou pas assez blues !

Paroles.
Le choix de la langue s’impose de lui-même en général. Avec l’ancienne équipe, nous nous risquions au français avec plus ou moins de réussite parce que nous étions sur la même ligne d’inspiration. Anthony Stelmaszack et moi-même, on se rejoignait dans un esprit Benoît Blue Boy. L’équipe a changé et, aujourd'hui, nous nous rejoignons davantage sur une écriture en anglais. Ça n’engage que moi, mais j’ai l’impression qu’après les deux derniers albums exclusivement en anglais, les Saucers ont en quelque sorte ancré leur style. Il serait sans doute difficile de mettre maintenant des textes en français dans notre gumbo, ça brouillerait notre identité, je ne sais pas si le public adhèrerait.

Visibilité.
Il est clair qu’autour de l’an 2000, on se trouvait souvent au bon moment, au bon endroit. Notre répertoire (certains le jugeaient trop ouvert) prêtait le flanc à la polémique et faisait parler de nous. Le prix que nous avons remporté à Blues-sur-Seine y a contribué aussi. Mais, tu sais, on vit très bien sans jouer à Paris et alentour, même si on se passe difficilement de Blues-sur-Seine. Et puis, nous ne sommes plus disposés à jouer dans n’importe quelles conditions. On fait bien gaffe que chaque déplacement soit un peu rentable (éloignement géographique oblige), ou un peu excitant. Sinon, nous avons d’autres formules, dont un trio (les Fabulous Fabs, avec Fabrice Joussot, Charlie Duchein et moi-même), et d’autres groupes pour varier les plaisirs et éviter de tomber dans l’alimentaire. En ce qui me concerne, je fais aussi du roading. On ne veut pas crever l’équipe sur des animations musicales. Mieux vaut conserver un maximum de fraicheur et d’envie, sinon ça devient un boulot comme un autre. Alors oui, on nous voit moins, mais le groupe jouit toujours d’une bonne notoriété et d’une bonne image.

Tracassins.
Aujourd’hui, l’équipe s’est un peu étoffée. On a changé de production. On a dû quitter Anapurna, qui investissait pourtant de belle manière dans nos projets discographiques. Hélas, leur département booking ne fonctionnait plus comme nous le souhaitions. La personne qui travaillait pour nous avait quitté la structure. Comme je disais tout à l’heure, nous savons faire des disques mais notre boulot, avant tout, de les défendre sur scène. Si le booking n’est pas à la hauteur, les albums ont beau être chouettes, ils restent dans les cartons. Le hasard faisant bien les choses, alors qu’on prenait acte de cette situation problématique, Aurélie Roquet prend contact avec nous via On The Road Again.  Une collaboration s’est mise en place avec elle, Karine Esteban (ex-Anapurna) et nous. Première opportunité : la tournée Sugaray, qui vraiment fut un succès. Nous faisons désormais partie de cette structure, et de beaux projets de développement s’annoncent. Bon, pour l'instant, cette collaboration favorise surtout l’accompagnement d’artistes américains. Peut être rechercherons-nous prochainement quelqu’un pour gérer le booking des Saucers au sein de On The Road Again. C’est quelque chose qui pourrait être envisagé à la suite du prochain album, histoire d’avancer encore plus vite, notamment à l’étranger où nos tournées ont rencontré un très bon écho.

Christian Casoni
Février 2012

Discographie
1998 : Blues Attack ! (autofinancement).
1999 : Bon Ton Roule (coproduction Flyin’ Saucers, Festival Blues Passions, Conseil Général de la Charente)
2002: Radio Gumbo (autofinancement)
2007: Raw & Spicy Covers (coproduction Flyin’ Saucers, Anapurna Productions)
EP: ‘Fire On The Bayou’, Undersounds
2010: The Crawfish Groove (Coproduction Flyin’ Saucers, Anapurna)

Compilations
Frenchies But Goodies (Chupeta Records – 2005)
Paul Orta & Friends (Great Recordings)
Deux apparitions sur les compilations Blues-sur-Seine
Une participation à la compilation du One Way.

blues fling saucers