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été 19
Chroniques CD du mois Interview: GROUND ZERO Livres & Publications
Portrait: JAMES COTTON Interview: FLYIN' SAUCERS GUMBO SPECIAL Portrait: ROBIN TROWER
 


Interview
FLYIN' SAUCERS GUMBO SPECIAL


KING KONG BLUES
king kong blues
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blues rosemude
dave arcari
blues flyin saucers gumbo special



Avec eux c’est l’euphorie musicale, les sens sont en éveil. Ils concoctent avec maestria un cocktail sonore réjouissant pour le plus grand plaisir du public.
   

Blues Again : Que devient le band ?
Fabio Izquierdo : Le band va plutôt pas mal. Comme à chaque sortie d’album nous sommes un peu excités à l’idée d’aller le défendre sur scène et un peu anxieux - même si les premiers échos sont plutôt excellents - de l’accueil qu’ilBLUES FLYIN SAUCERS recevra auprès du public. Nous avons toujours l’envie de conquérir de nouveaux auditeurs, de raconter nos histoires, de défendre notre « truc ». Je crois que la principale motivation est là ; avoir la sensation d’avoir toujours des choses à raconter, de ne jamais avoir la sensation d’avoir fait le tour du sujet tout en évoluant et en prenant un maximum de plaisir. Le line up a été modifié depuis l’album précédent puisque depuis maintenant 3 ans nous avons à la guitare et au chant Lucas Gautier. Nous sommes vraiment heureux de le compter parmi nous, il a très vite, et c’est pas chose aisée, su imposer sa patte en s’intégrant parfaitement au répertoire et à l’état d’esprit du groupe. Il jouait essentiellement localement auparavant si bien que pas mal de gars qui nous connaissaient étaient surpris de sa présence dans l’équipe car inconnu au bataillon sur la scène française ou très peu. Il a vite mis tout le monde d’accord en interne et en externe. Pour le reste de l’équipe nous avons toujours dans le collectif Cédric Le Goff aux claviers, Stéphane Stanger à la batterie, Jean Charles Duchein à la basse et moi-même au mélodéon et harmonica. Une des particularités des Saucers pour ceux qui ne nous connaissent pas encore, c’est qu’il y a 3 leaders au niveau du chant. Quand nous pouvons financièrement et en fonction des emplois du temps, l’équipe se renforce de la présence de Philippe Sauret au frottoir. C’est le 6ème membre du groupe. Tellement à l’aise avec son instrument que sa présence sur du R’n’B ou du funk en plus du zydeco déroule encore plus le tapis rouge en terme de rythmique.

Après bientôt 22ans d’existence peut-on faire un bilan ?
Non parce qu’on n’a pas fini… Ceci dit, jusqu’à présent, même si nous faisons encore figure d’extra terrestres sur le circuit à cause du répertoire que nous revendiquons, le parcours est plutôt pas mal et en constante évolution je trouve… Ça n’engage que moi mais je pense qu’il y a eu une ère « préhistorique » où même si nous avions une idée de ce vers quoi nous voulions aller, nous nous cherchions encore. Nous avons franchi le pas avec Crawfish Groove. Je crois qu’avec Nothin’ But, on passe un autre cap en termes de cohésion, d’écriture et d’énergie. Après, si on tient vraiment à faire un état des lieux, je trouve ça plutôt pas mal sur la longueur… Nous sommes de moins en moins sur le circuit à avoir tenu la distance jusqu’à présent. Nous avons joué un peu partout sur le territoire même si nous sommes loin d’avoir fait le tour des salles et festivals, nous avons pas mal voyagé en Europe, nous avons reçu pas mal de distinctions, l’avant dernier album (Swamp It Up) a représenté la France en 2015 à l’IBC… Bon, après, la musique c’est pas un concours… Faut garder en tête que le principal c’est de prendre du plaisir a essayer de faire les choses du mieux possible pour renvoyer ce même plaisir. Mais oui, je crois que nous pouvons être fiers de ce que nous avons fait jusque là.

Y a-t-il eu des regrets au cours de ces années ?
Sûrement, mais faut pas en avoir sinon t’avances pas… Quand tu loupes un truc, faut se dire que c’est un mal pour un bien et positiver.

As-tu vu des changements majeurs dans le métier depuis tes débuts ?Blues flyin saucers
Le plus gros changement c’est la disparition d’espaces scéniques. Ça oblige les nouveaux groupes à être au top très vite pour pouvoir jouer… Il y a de moins en moins de petits clubs, cafés concerts pour se faire les dents, se former et manger ton pain noir avant de prétendre passer à la vitesse supérieure. De suite, c’est limite s’il te faut pas un agent, un manager, du financement, un label etc… Je vais avoir l’air d’un vieux con mais j’ai le sentiment qu’avant tu pouvais jouer et t’aguerrir quelques années assez facilement car il y avait plein d’endroits où tu pouvais te produire, te former, prendre de l’expérience, te bonifier et ensuite passer à l’échelon supérieur. Aujourd’hui, ça n’existe plus. Certes, on va vite te proposer le tremplin qui va soit disant t’ouvrir les portes de la gloire si tu gagnes… Mais tu vas gagner quoi à l’arrivée ? Le droit d’aller te planter sur une première partie alors que tu n’es pas prêt ? Je ne vais pas me faire de copains mais sincèrement… remonte dans le temps et prends les résultats des tremplins d’il y a 10 à 5 ans… Qui est resté ? Plus grand monde… Tout va trop vite. Les petits lieux d’expression te permettaient de gagner en maturité. J’aimerais vraiment pas débuter aujourd’hui pour ça.

Vous jouez un vrai cocktail de genres, y a-t-il encore une définition du style du groupe ?
Heuu… Gumbo Special ? Les Saucers font du Saucers… Nous puisons dans tout ce qui se fait en Louisiane excepté le jazz et le cajun, on mélange, on fait chauffer et t’obtiens le résultat. Vous faites quoi ? Du Flyin’ Saucers Gumbo Special !

Quelles sont vos sources d’inspiration pour écrire et composer ?
Il y a un cahier des charges… Il faut que la source première puisse s’intégrer géographiquement au biotope musical louisianais. C’est assez facile ça parce qu’il y a tellement de genres qui proviennent de là bas ! Là où ça se complique c’est quand il faut croiser les genres tout en ayant de la cohésion. Il faut aussi que les titres soient funs et abordables pour un public de néophytes. Je te mets ça en vrac mais pour le dernier album, nous sommes allé chercher chez les Meters, Allen Toussaint, Zydeco Joe, Mando Armendarez, Wild Magnolias, Beau Jocque,  Professor Longhair, Dr John, Guitar Slim… Zut, y en a qui ne sont pas de Louisiane ?… Mais ça marche quand même…

Si le band avait une devise, quelle serait-elle ?
Rigueur et décontraction ?

Y a-t-il un but que le band n’a pas encore atteint ?
Etre riches et célèbres… Ah non, ça ne colle pas avec les musiques que nous défendons ! Y a-t-il vraiment une finalité ? On dira qu’on se fixe des objectifs, qu’une fois ces objectifs atteints, on s’en fixe d’autres… Ça me fait penser aux discussions qu’on a eues entre nous quand nous devions changer de guitariste il y a 3 ans… Une question revenait toujours « avons-nous encore des choses à raconter, peut on aller plus loin et tenter d’autres expériences sous l’appellation FSGS, peut-on encore surprendre et rendre des gens heureux de nous écouter ? » Aller plus loin, c’est ça le but… Tant qu’on voit pas la ligne d’arrivée, il n’est pas atteint.

Vous sortez un nouvel album Nothin’ But comment et où se sont fait les enregistrements ?
Il y a eu environ deux ans de gestation et de réflexion pour cet album, des premières sessions d’écriture à la sortie du studio en passant par diverses résidences. L’enregistrement s’est passé au studio Bonison entre Nantes et Rennes cette fois. Nous voulions changer nos habitudes, se mettre un peu en danger et pensions que Albert Milauchian était l’homme de la situation en terme d’équipements, de confort de travail et de conseils. Il était aussi important de vivre à 100% en vase clos pendant les sessions, de dormir sur place dans un cadre reposant. Nous avons trouvé tout cela chez Bonison. Les prises basse/guitare/batterie/orgue ont essentiellement été réalisées en live.

Blues flyin saucersY a-t-il eu des invités pour ces sessions ?
Pour la section cuivre Mathieu Tarot à la trompette (Jim Murple, Didier Lockwood, Rhoda Scott) et Jean Baptiste Tarot aux saxophones. Nous avons aussi demandé à Benoît Blue Boy de venir au studio. J’aime bien l’idée d’avoir quelqu’un de l’extérieur pour jeter une oreille, détendre l’atmosphère, se changer les idées. Phil Sauret ne pouvait être présent sur cet album pour tenir ce rôle (en plus de ses parties de frottoir), du coup, j’ai voulu demander à Benoît qui nous a honoré de sa présence. Il a juste été parfait et il nous a planté un harmonica comme il sait si bien le faire sur un zydeco et fait quelques chœurs. Je vénère ce mec, j’aime son état d’esprit, je kiffe sa façon de jouer, son humour et sa façon de voir les choses, ses histoires et sa façon de les raconter en plus d’un immense respect pour sa carrière… Pour moi, c’était le top de l’avoir avec nous quelques jours.

Combien de gigs par an ? Les prochains rendez-vous importants ?
Jamais assez, mais trop peut s’avérer dangereux. J’aime bien l’idée d’avoir un minimum de 25/30 gigs par an. Tourner pour cachetonner c’est dangereux pour la cohésion du groupe… Si t’en fais trop, tu prends moins de plaisir, t’as l’impression de ressasser, d’aller à l’usine, de perdre de la fraîcheur. C’est pour ça que nous jouons tous dans d’autres formations. Ça permet de varier les plaisirs et d’être toujours heureux de se retrouver. Après, je dis pas que si on nous propose 60 dates dans de bonnes conditions… 2019 ne sera pas une année extraordinaire en termes de quantité de concerts, un peu forcés par le temps investi dans la réalisation de l’album. Nous souhaitions attendre sa sortie pour travailler sur 2020 et défendre le projet avec cette « nouvelle » équipe. Nos prochaines « lignes de mire » seront le 11 Août lors du festival MNOP avec qui nous entretenons des relations particulières et le 13 septembre au Triton (Les Lilas) pour la soirée de présentation de Nothin’ But.

En quoi la scène est-elle indispensable ?
Elle est l’essence même de ce pour quoi nous faisons de la musique. Personnellement, faire des disques pour rester chez moi ne m’intéresse pas. C’est foutre du pognon en l’air. La scène te permet de te confronter à un public, de jouer avec, de l’emmener dans ton univers, d’échanger quelque chose. Tu donnes mais tu prends aussi. Le public live est nourrissant pour l’esprit et le bien être du musicien. Il te fait évoluer.

Après toutes ces années sur le circuit est-ce plus facile ou toujours aussi délicat pour décrocher des contrats et des lieux où se produire ?
Vu que nous ne sommes pas gourmands en termes de « quantité », que le groupe a une solide réputation et est clairement identifié, c’est certes plus facile. Nous avons plus de concerts qui nous sont proposés spontanément que de démarchage à proprement parler. Reste à convaincre parmi ceux qui te connaissent pas ou ne t’on jamais vu que la mixture proposée tient la route… Pas toujours facile de persuader un endroit qui n’a pas entendu parler de toi que tu fais un truc un peu particulier, très personnel, qui mélange un peu tout ce qui se fait en Louisiane et que ça tient la route. Je m’énerve tout seul quand j’explique ça et qu’on me rétorque « ah ouais, les trucs de Louisiane, je connais, c’est du jazz et de la musique avec du banjo chantée en français ! »

Quelle a été la plus belle expérience de scène au fil de toutes ces années ?
Impossible de répondre. Des fois, d’un endroit à l’autre, il y a tellement de choses différentes que tu vas apprécier qui vont faire que ta soirée va être mémorable… Un coup c’est le public, un coup c’est l’accueil, un coup c’est le lieu dans lequel tu vas te produire, un coup c’est juste une rencontre. Y a plein de petits détails qui font qu’une soirée ou qu’une expérience va se démarquer de la précédente. J’ai plein d’anecdotes et de bons souvenirs, mais en mettre un devant l’autre, c’est trop difficile…

Alors une anecdote parmi d’autres…
Y en a plein mais puisque tu veux savoir et que j’ai quelque chose sous les yeux qui m’y fait penser, t’auras droit à cette histoire. 2 Mai 2011… C’est le jour de mon anniversaire, nous sommes en tournée avec Sugaray. Nous sommes depuis le 30 avril sur le festival de Wendelstein en Allemagne. Nous avons fait ce jour un set avec Sug’ et mazette… nous avions oublié la rigueur germanique de l’organisation, genre on vient te chercher 20 mn avant de monter sur scène dans les loges (oui mais je ne suis pas habillé – oui mais j’ai le temps, t’oublie). Bref on t’amène au pied de la scène où il ne faut pas bouger, pas fumer, pas rigoler pendant que le MC qui était le directeur du festival présente la soirée en marmonnant dans un silence de mort et quand il a fini, c’est go go go tout le monde sur scène. Pas drôle… Faut vite remettre de l’ambiance dans le paquet, mais avec Sug’, pas de soucis. Le lendemain, 1er mai nous sommes off  et mon pote Erkan Ozdemir me demande d’aller à l’aéroport pour lui rendre service : aller récupérer les T. Birds… Cool, y a Johnny Moeller dans le groupe que je connais un peu, il fait les présentations avec le reste de l’équipe, ambiance détendue et fun, je rappelle à Kim Wilson qu’on s’était croisés au Cricketers quelques années auparavant tout se passe plutôt bien et fait oublier le sérieux de la veille. Etant de repos on en profite pour aller voir le concert du soir entre nous, retour à l’hôtel genre à minuit 30, nous sommes donc le 2… On passe au bar de l’hôtel histoire de et là, le premier à me souhaiter mon anniversaire c’est Kim Wilson. Et c’est parti pour boire des godets avec les T. Birds, Sugaray, sa femme Pamela qui était avec nous sur toute la tournée, Erkan qui nous avait rejoint, toute l’équipe des Saucers… Je te laisse imaginer le tableau. Tout ça sous les yeux de notre directeur de festival, qui regarde tout le monde un peu éberlué, sans mot piper, qui compte les points, et qui voit tout se joli monde se faire prier une fois, deux fois, trois fois, de retrouver sa chambre par le barman de l’hôtel parce qu’il commence à se faire tard… Champagne, cognac, whisky, bières… tout y est passé… Je te laisse imaginer le tableau. Le 2 au soir… Concert des Saucers en ouverture de celui des T. Birds… Rebelote, 20 mn avant on vient te chercher pour te virer des loges, les bénévoles te regardent  cette fois bizarrement avec un sourire (rigolez mais on n’a même pas mal), t’as tes deux gardes du corps en bas de scène qui te répètent qu’il faut pas bouger limite à te ceinturer pour pas que t’aille en griller une dernière pendant que le boss parle à la foule, toujours en marmonnant dans une ambiance de « folie »… Là, dans ta tête, tu te dis merde… on a dû abuser ou faire des conneries hier, ils attendent qu’un truc, que tu fasses ton concert et que tu te barres vite demain à la première heure… Et tout à coup, y a un des cerbères qui me prend par le bras et me pousse sur scène… « hey… mais j’veux pas y aller tout seul moi, j’ai rien fait mec ! Y a pas que moi à avoir fait le con hier ». Je crois que c’est la seule fois ou j’ai vu mon directeur sourire… J’ai eu droit à une remise en public d’une superbe bouteille de « Muddy Water » (en fait une bouteille de schnaps estampillée aux couleurs du festival) avec une salle comble qui chantait Happy Birthday. C’est con mais ça m’a énormément touché, je m’y attendais pas. Il parait que ce directeur de festival est aujourd’hui décédé. J’ai toujours la bouteille pleine dans mon bureau.

Blues flyin saucers

Quels sont les projets du groupe pour les mois à venir ?    
On a un album à défendre… Ça sera l’objectif premier. Nous sommes toujours chez Quart de Lune mais avons changé de distributeur qui a l’air de vraiment prendre le projet à cœur. Tellement à cœur qu’ils ressortent le précédent Swamp It Up.

Quels ont été pour toi les musiciens les plus marquants ces dernières années ?
En « nouveautés » (je mets volontairement les guillemets) j’aime beaucoup Gary Clark Junior. Il tente des choses plutôt intéressantes. Je trouve aussi que sur la scène française depuis quelques années, il y a encore quelques chouettes confirmations, évolutions ou découvertes, quelques prises de risques artistiques pour certains et c’est tant mieux.

Quels ont été tes derniers coups de cœur musicaux ?
Que des bonnes vieilleries que je découvre ou redécouvre. Je ne sais pas si ça va être très intéressant. Et puis je passe tellement vite d’un truc à l’autre… Je suis un gros consommateur de vieilleries. Le dernier truc que je viens d’écouter en boucle c’était Joe Barry. J’ai pris un chouette plaisir à écouter la collaboration BBB/Duportal, ils devraient en faire plus souvent. Si je peux me permettre un souhait, j’aimerais bien que les frères Jazz enregistrent un live sous l’étiquette Doo The Doo. Hey les mecs, il serait temps…

Pour passer à autre chose, en dehors de la musique quels sont tes hobbies ?
Rien d’extraordinaire, lire du polar ou de la bande dessinée, pêcher et naviguer quand j’ai le temps, me coller devant un bon vieux film « classique » si possible un western et consommer de la série comme un décérébré.

Un lieu qui t’est cher ?
Voilà ce que j’ai en tête, débrouilles toi avec ça, le bassin ou Campbell’s Bay (tremblez, je reviens bientôt).

Pour le band, quel serait le rêve le plus fou ?
On n’en a jamais vraiment parlé… Mais de temps en temps, y a des idées qui fusent genre se barrer tous les 5 en vacances en Louisiane pour quelques semaines. Je pense aussi qu’on aimerait bien se retrouver sur une tournée avec Sugaray… genre un co-plateau avec son band… Mais ça pourrait fatiguer plus d’un organisateur. Un mois dans un studio avec un budget no limit aussi, on a évoqué ça. Ceci dit à propos de co-plateau, j’ai bien aimé les quelques dates que nous avions faites avec Duportal il y a quelques années… Ça serait plus raisonnable financièrement. Pire… une tournée avec les Saucers, les frangins Jazz et Duportal & the Sparks featuring BBB.

Gilles Blampain – juin 2019

https://www.flyinsaucersgumbospecial.net/

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