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11/17
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Interview
FLYIN' SAUCERS GUMBO SPECIAL
La flyinisation des partis-pris !


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BLUES FLYIN SAUCER
blues flyin saucers




« Sonner à la fois roots et moderne », dit Fabio Izquierdo, le porte-parole des Soucoupes. Qui sortent leur deuxième album. Ou le troisième. A moins que ce ne soit le sixième. « C’est un peu compliqué », admet-il, mais la réponse est quelque part dans l’interview. Quand on lui signale que son album sonne plutôt soul cette fois, il répond : non, funk. Quand on lui parle de rock’n’roll cajun, il objecte : zydeco. Si on lui soutient que son disque est fantastique, le meilleur 2e, 3e ou 6e album des Soucoupes, on attend qu’il nous rétorque qu’André Verchuren est meilleur à la squeeze-box. Mais non. Il parle pensivement d’un môme de neuf ans qui leur a passé un riff. Il commence à nous flyiniser, le Fabio. Y a encore de l’aspirine, ici ?

Blues Again : D’où viens-tu déjà, bel étranger ?
Fabio Izquierdo : Bordeaux. On est tous du Grand Ouest sauvage : Fabrice Joussot, le guitariste, de Toulouse. Cédric Le Goff, le clavier, de Vannes. Stéphane Stranger,blues flyin saucers le batteur, de Rennes. Et Jean-Charles Duchein, le bassiste, de la Charente.

Swamp It Up ! est votre combientième album ?
Le deuxième sous le nom Flyin' Saucers Gumbo Special. Il y en a eu quatre avant sous le nom Flyin' Saucers tout court. On a ajouté Gumbo Special quand on a intégré l'accordéon dans la mixture, avec une touche plus résolument zydeco. Sinon, c’est le troisième album avec ce line-up, qui date de 2006. C’est un peu compliqué...

Quelles sont les références de l’album ? Et d’abord, peux-tu nous éclairer un peu sur le bordel stylistique louisianais, qui me paraît aussi un peu compliqué ?
Nos références sont multiples, en effet. Pour faire simple, parce que c’est compliqué, on se revendique d’une région musicale, la Louisiane, plus que d’un style. La Louisiane doit être la région du monde où se côtoient le plus grand nombre de registres. Ça part du jazz d’origine, ça va vers le blues, mais de par sa mixité socioculturelle et son histoire, la Louisiane a posé les bases de la plupart des musiques modernes, le rock’n’roll ou rhythm’n’blues, le funk, et des musiques plus locales comme le zydeco et le cajun, tout ça agrémenté d’influences caraïbes. On trouve même, mixé avec ces styles, du rap. Sans oublier quelques musiques très ethniques comme celle des Indians. Au départ : un système de chant call & response posé sur la percussion, avec ajout de cuivres, qui aurait contribué à la création d’une certaine musique funky. A ce sujet, je te conseille vivement le travail de Bo Dollis (père) et ses Wild Magnolias, parfaite mixité entre la musique noire-américaine et amérindienne.
Nous puisons nos influences là-dedans, nous sautons d’un style à l’autre. Chez nous, on dit : la « flyinisation » du répertoire ! Chaque membre a ses références. Or, la spécialisation de nos goûts ne nous permet pas de créer des titresblues flyin saucers 100 % « à la manière de ». Celui qui apporte une idée interfère presque toujours avec les envies et les connaissances musicales des autres. Le résultat n’a parfois plus rien à voir avec l’idée qu’il apportait. Prends les trois premiers titres de l’album. Une partie du groupe reconnaît du Wild Magnolias, du Subdudes ou du Beau Jocque, l’autre partie songe à tout autre chose. En termes d’écriture et d’arrangement, ça chamboule pas mal de choses. Les chansons ne vont pas sonner comme elles étaient senties à l’origine, et c’est un but non avoué !

Acceptes-tu le terme de cajun ? Qu’est-ce qu’il y a de cajun dans ce disque ?
Il faudrait davantage parler de zydeco que de cajun. Parmi les grandes identités musicales de la Louisiane, le cajun et le zydeco ont en commun l’accordéon. En gros, la musique cajun a été importée par les Acadiens. Cadien égale cajun. C’est une musique de tradition européenne chantée en vieux français, toujours en schématisant. Le zydeco, lui, serait l’américanisation de l’instrument, sur un répertoire plus blues ou R’n’B. Le zydeco était essentiellement chanté dans un mélange de créole, d’anglais et de vieux français. Ce style doit son nom au premier zydeco enregistré : ‘Les Zaricos Sont Pas Salés’, de Clifton Chenier. Nous revendiquons donc des influences plus zydeco que cajun, déjà, par le simple fait que nous chantons en anglais. Mais on ne se vexe pas quand on nous parle de cajun pour ‘Pray For Your Daughter’ ou, dans l’album précédent, pour ‘Nude Blonde Lost In The Swamp’. Par rapport au cajun, l’accordéon zydeco est plus rythmé, plus précipité, plus blues….

Et qu’est-ce qu’il y a de swamp ?
Sans hésiter : ‘The Great Zombie’ (avec des influences à la Tony Joe White) et ‘Freeborn Man’. Mais la musique swamp appartient davantage aux univers de Slim Harpo et Lazy Lester, très blues et très dépouillée.

L’album a un profil à la fois urbain et campagnard, soul et rock’n’roll – zydeco, devrais-je dire, sans doute.
Ambivalence assumée à 100 %. On ne s’adresse pas à un type de public, qui serait spécialiste de telle ou telle musique. On veut avant tout donner envie de danser et de chanter. Si on véhicule un message, ce serait : Let the good times roll. A partir de là, compte tenu de nos aspirations musicales, ce melting-pot nous convient, il est propice au message. Nous n’aimons pas les chapelles. Dans le nom du groupe, il y a Flyin’, comme flyinisation. Tant mieux si les pistes sont brouillées.

Tiens, ‘Pray For Your Daughter’ a un côté Billy Swann (‘I Can’t Help’), donc country. Ce qui est logique, puisque le swamp a été popularisé par un label de Nashville…
Je ne sais pas, peut être le rôle de ce mélodéon entêtant qui peut rappeler la fonction tenue par l’orgue sur le titre de Billy Swan. ‘Pray’ est un titre d’Andre Williams. Nous projetions de l’enregistrer avec Sugaray sans idée précise de l’arrangement, avant de le flyiniser. La version du disque ne ressemble plus beaucoup à l’original, son traitement est plus campagnard et, effectivement, plus cajun, une fois n’est pas coutume.

Y avait-il des partis-pris dans votre travail ? Dans le mixage par exemple ? Je veux dire : un parti-pris technique dans la prise de son ?
Philippe Yop Iratcabal, preneur de son et mixeur : Le parti-pris fut de mettre en relief ce qui fonctionnait, pas plus. Le parti-pris s’impose de lui-même, par le style du morceau et la vision globale qu’en a le groupe. Il fallait d’abord choisir une couleur de base pour chaque instrument, ce qui s’est également imposé tout seul, le style, les parties lead, les parties chantées. Sur des titres représentatifs par genres (si on peut parler de genres), il y a eu quelques essais de machines (compressions à lampes, EQ…) pour chaque instrument. Je me suis régalé avec le matériel analogique mis à disposition par le studio. Une fois ces choix validés, qui ont déterminé les couleurs et la chaleur souhaitées, j’ai laissé les morceaux parler d’eux-mêmes. Les choix de niveau et l’imbrication des instruments venaient selon ce qu’on souhaitait exprimer sur chaque titre.

Fabio : Si on avait un parti-pris, c’était de sonner à la fois roots et moderne. Profiter des opportunités offertes par le studio qui, en plus du travail analogique, permet de pousser les choses assez loin dans certains traitements du son. Il ne fallait pas rendre une copie brouhaha. Sur certains titres, il se passe beaucoup de choses au niveau instrumental. Ça se négocie en amont, dans l’écriture et l’arrangement. Certaines approches fonctionnent très bien sur scène mais pas sur disque. Le travail de préparation de l’album, en dehors de l’écriture, a consisté à épurer au maximum les lignes et les mélodies. On a procédé comme on avait fait sur l’album précédent, mais avec un bonus d’expérience cette fois. Simplifier, c’était le maître-mot. Il s’agissait de faire de la place pour tout ce qui pouvait ensuite mettre de la couleur, réduire la chanson à l’essentiel, supprimer les pollutions. Si tu as le groove de base (rythmique simple), et une vision simple du résultat, tout va beaucoup plus vite en studio, tout s’imbrique plus facilement. Je conserve à l’esprit cette recommandation de Benoît Blue Boy : il faut jouer comme un ignorant. Donc jouer simple.
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Les titres sont bien foutus, mais aussi drôlement bien mis-en-scène.
Il y a toujours un parti-pris-là dedans. Concernant l’agencement des titres, nous essayons généralement de commencer des rythmes dansants, puis on casse la fête à la troisième plage. En ce qui me concerne, j’ai déjà une vague idée de cet agencement pendant l’écriture, en essayant d’imaginer le résultat final. Mais dans mes propositions de track-list, je ne peux m’empêcher de raisonner comme si c’était une set-list de concert. Il y a une réflexion commune sur les variations de grooves et de registres. On veut éviter les répétitions. La difficulté majeure tient dans cette équation : Qu’est ce que nous, nous aimerions écouter ? Comment convaincre quelqu’un, ne connaissant pas les styles abordés, d’écouter l’album de bout en bout ? Et comment réaliser tout ça, plus les guests au chant, en sauvegardant l’identité des Saucers ?

Alors les guests, tu nous les présentes ?
Les chanteurs, d’abord Jimmy Burns (71 ans) chante ‘Rainy Night In Georgia’. Jimmy est originaire du Mississippi. Il fait carrière chez Delmark. Il aurait dû être une figure de proue du Chicago blues mais, pour des raisons personnelles, il a mis une grosse parenthèse à sa carrière. Il est revenu sur le devant de la scène à la fin des années 90 avec son album Leaving Here Walking, que certains disent être le dernier blues du XXe siècle. On l’avait accompagné en backing-band sur une tournée.zydeco flyin saucer La sélection du titre s’est faite naturellement quand on l’a entendu le chanter en voiture, entre deux concerts. Il nous avait mis la chair de poule. Respect total pour ce chanteur, pas reconnu à sa juste valeur. On le présente comme un guitariste, mais c’est avant tout un superbe vocaliste de soul et de blues.

Il y a ensuite Sugaray Rayford sur ‘Pray For Your Daughter’. Notre structure pour le booking (On the RoaD Again) nous avait proposé de l’accompagner sur une tournée européenne, pile au moment où sa carrière prenait un coup de boost. Il était en train de négocier son contrat avec le label Delta Groove et son entrée au sein des Mannish Boys, le all-stars band de Delta Groove. On y retrouve des musiciens de renommée internationale, Jimmy Bot, Kirk Fletcher, Franck Goldwasser. Sugaray est pour nous le dernier blues-shouter du circuit. Une puissance vocale hors du commun, showman hors pair, il explose tout partout où il passe. Au gré des tournées, on est devenu ami. Pourquoi ‘Pray’ ? Nous écoutions donc, toujours entre deux concerts, cette chanson d’Andre Williams. Sugaray a éclaté de rire, disant que les paroles étaient géniales mais qu’il n’oserait jamais chanter ça aux Etats-Unis. Trop punk ! Du coup, on lui a proposé de la chanter Europe.

zydeco flyin saucersEnfin Loretta, du groupe français les Badkings. ‘Freeborn Man’ n’était pas prévu pour elle, je voyais quelqu’un d’autre s’en charger. Mais ce quelqu’un n’a jamais donné suite à notre proposition. C’est Fabrice Joussot qui a proposé Loretta. Excellente idée de féminiser le titre et de lui proposer, à elle.

Concernant les musiciens, il y a Philippe Sauret au frottoir, comme sur le précédent album. En plus d’être un personnage d’une gentillesse extrême, Phil est un des grands spécialistes du zydeco en France, et un frotteur de première. En studio, c’est un bonheur. Il est invariablement calme, et donne toujours un avis constructif sur les prises.
Nous avons ensuite Laurent Bechad aux percussions. Il évolue dans un groupe qui s’appelle Rufus Bellefleur, OVNI musical qui puise dans la country, le cajun, le metal et le hardcore.
Au banjo, c’est Emmanuel Bertrand qui multiplie les projets. Il joue notamment du banjo sur le dernier album de Dick Rivers.
Et, dans la section des cuivres : Thomas Besse, Romarick Bougé et Bruno Thiery.
N’oublions pas Anthony Stelmaszack à la guitare. Il était à l’origine du groupe. Ça représente quelque chose de l’avoir avec nous, pour un titre. Outre le fait de tourner avec les Badkings, Anthony est un sideman réputé qui accompagne de nombreux artistes américains. Je crois qu’une de ses dernières piges était avec James Harman. Rien que ça, ça te pose un sideman.

Pourquoi autant de guests ?
Nous avons des guests… pour le plaisir d’avoir des guests ! Chacun d’eux met en avant quelque chose sur le titre qu’il défend. Nous ne voulions pas faire un all-stars record, mais vraiment mettre en relief des idées et des couleurs. Nous avons encore deux titres avec Jimmy et Sugaray qui dorment dans un tiroir, et que nous sortirons peut être sur le prochain album.

Deux covers, donc: ‘Pray For Your Daughter’ et ‘Rainy Night In Georgia’...
Andre Williams et Tony Joe White. La version que Ray Charles donne de ‘Rainy Night’ vaut le détour. Il y a de ces cordes !

Où a été enregistré l’album ?
Studio Berduquet, près de Bordeaux. Le proprio est une sorte de fou qui ne jure que par l’analogique ! http://www.berduquet.com. Nous souhaitions d’abord sortir l’album au printemps 2013. Le manque de temps et la difficulté de nous retrouver pour les séances d’écriture ont repoussé le projet, mais c’était un mal pour un bien. Sans vraiment savoir ce qu’on voulait, nous avons commencé cet enregistrement en mai 2012 avec Jimmy Burns. Nous avons mis deux titres en boîte. A suivi une autre session en septembre de la même année, avec Sugaray. Deux autres titres. Nous nous sommes alors vraiment attelés à l’écriture en janvier 2013.

Comment évolue cet album par rapport aux précédents ?
Il est sans doute plus sobre, à la fois plus varié dans les registres et plus centré sur ce qui fait notre fond de commerce. Sur le précédent, il y avait deux ou trois titres qui nous allaient moins bien. Pour celui-ci, on verra à l’usage. En tout cas, l’album nous ressemble. Bon, tu me diras, c’est ce qu’on vise à chaque fois. La différence tiendrait au point de vue : on a tâché de se mettre à la place de l’auditeur lambda. Le point de vue de l’auditeur lambda a été une source d’échanges nourris entre nous.

Je trouve qu’il sonne plus soul que les autres, et je suis étonné de la façon réservée avec laquelle tu parles de cette aspiration soul. Elle me semble importante.
D’autres nous l’ont dit aussi. Tu le trouves plus soul que les autres, pour nous il est plus moite. Moite mais toujours dansant, c’est quand même un peu notre marque de fabrique.

Les guitares sont moins mises en avant. Plus retenues en tout cas…
Peut-être parce que mes parties instrumentales sont mieux intégrées. Oui, les chorus des uns et des autres sont plus concis et donnent cette impression d’équilibre. Pour ma part, je suis content de mes parties harmo : un seul chorus dans tout l’album, et des petites touches ici et là pour créer du relief et colorer un truc ou deux. On était peut être plus exigeants, on a simplifié comme je te disais. Quelle est la mélodie de base à mettre en avant pour qu’elle marque les esprits ? Comment agencer les refrains et les ponts ? Une fois que tout ça est défini, on évalue l’utilité d’un chorus, puis on attaque les arrangements. Tout ça en gardant à l’esprit l’obligation d’épurer au maximum. Du coup on fait effectivement de plus en plus attention aux mélodies.

Existe-t-il une soul typiquement louisianaise ?
Je ne pense pas. Pas à proprement parler. Peut être une manière d’interpréter la soul. Little Bob Camille, zydeco flyin saucersRobert Parker et, bien sûr, Irma Thomas ou Lee Dorsey. Mais Lee Dorsey est plus catalogué funk, malgré une façon de chanter très soul. Pareil pour les Meters. N’oublions pas qu’Allen Toussaint, de la Nouvelle-Orléans, a écrit un paquet de hits pour tout le monde, avec des influences blues, funk, parfois rhythm’n’blues, et un phrasé très soul. Le style de Toussaint a influencé beaucoup de monde, donc nous aussi par ricochet. Toutes ces musiques, nous les avons confusément à l’esprit, alors on doit pouvoir entendre un peu de soul dans ce que nous faisons, mais elle n’est pas clairement revendiquée.

Tu parlais des arrangements. Ils sont vraiment bien, les cuivres. C’est donc Cédric qui les a arrangés...
Cédric Le Goff, claviers et arrangeur : Les parties de cuivres sont écrites pour trois soufflants : trompette, sax ténor, trombone. Une fois que j'ai les témoins (les parties jouées sans cuivres), j'imagine les parties de la section en me les chantant, puis les écris en commençant par la trompette. Je fais attention à l'évolution des riffs dans le morceau pour qu’ils s'intègrent le mieux possible à l'arrangement. Ensuite, après de multiples corrections, j'essaye de proposer une version midi aux autres. On débat des options que j'ai prises. En général, ils me font confiance.

Sont-ils typiques de la Louisiane, ces delays d’harmo et d’accordéon sur les ballades, et certaines ponctuations de piano ?
Fabio : On retrouve ces couleurs ajoutées avec les delays dans pas mal de blues et dans le vieux rock’n’roll. Ce n’est pas particulièrement louisianais, comme touche. J’aime bien utiliser ça sur les harmos et quelquefois sur mes parties chantées. Je ne me considère pas comme un super-chanteur, et ces delays me permettent d’arrondir les angles. J’attire ton attention sur les réverbes, particulièrement bonnes, qui flattent les pianos.

Comment définirais-tu le style de ‘My Dog’ ?
Au départ, c’était un riff de guitare trouvé par le fils de Fabrice Joussot. Il avait neuf ans ! On l’a creusé pour voir ce qu’on pouvait en tirer. On trouvait sympa l’idée de s’inspirer d’un gamin de neuf ans. Après, définir le style… Nous manquons de recul, comme pour ta question sur la soul. Quand on déconne un peu avec ce titre, on arrive à chanter là-dessus ‘Tout Pour Ma Chérie’, de Polnareff. Il peut aussi évoquer ‘Satisfaction’ à un moment. Mais soul, pourquoi pas ? Ça colle bien à sa construction et son évolution.

De quoi cause ‘My Dog’ ?
Quand Fabrice Joussot l’a amenée sur la première résidence pour l’écriture, il a proposé de finir le morceau par des aboiements, d’où le titre. Puis le texte s’est posé dessus. Ça raconte l’histoire d’un gars qui a un chien, genre « Underdog » (le cartoon). Ce chien fait tout ce que ses congénères ne font pas. Les autres chiens aboient, se bastonnent avec des chats, ramènent le journal, rassemblent les moutons. Lui, parle français et créole, se bastonne avec des alligators, lit le journal et fait le rabatteur pour son maître.
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C’est quoi « pitchtraow » dans ‘Pitchtraow Time’ ?
Pichtraow est le cri de ralliement des Saucers. C’est une invention de Cédric Le Goff, qui fait croire à qui veut l’entendre qu’il parle breton couramment ! Il est grand temps de mettre à jour son secret. Ça pourrait signifier : faisons un break. Par extension : allons boire un coup. C’est devenu une telle habitude de langage chez lui, qu’un bon paquet de musiciens l’ayant fréquenté utilisent cette expression, en France comme à l’étranger ! C’était l’une des expressions favorites de Sugaray. Lors du dernier concert de la tournée 2012, il s’est mis à improviser sur ce thème en fin de balance. De là a germé l’idée du titre ‘Pichtraow Time’. On lui a fait enregistrer sa partie avant même d’écrire le morceau. C’est lui, le MC en introduction.

De quoi cause ‘The Great Zombie’ ?
Fabrice a apporté l’idée et la mélodie. Il m’a demandé d’écrire là-dessus et d’emblée, j’ai imaginé quelque chose d’assez sombre. Un chemin qui conduit vers un cimetière où des esprits festoient loin des lumières et du vacarme de la ville. Le maitre de cérémonie est un chef zombie. Je me suis pas mal inspiré des cauchemars de Jim Cutlass (tu sais, la BD), qui font état de festivités un peu guindées dans les bayous, présidées par un zombie dont l’animal de compagnie est un alligator blanc. On est dans l’imaginaire vaudou, bien sûr.

Encore une question de style : ‘Real Mean Man’, c’est quoi ? Du reggae ? Du ska ? Du rock steady ? Un country-rag tropical ?
Pour nous, c’est tout simplement du rock. Plus R’n’B que rock, d’ailleurs. En écrivant ce titre, nous pensions intensément à des artistes comme Professor Longhair et Huey Smith. Après, c’est clair que le placement de la guitare peut évoquer d’autres registres.

Le call & response charpente pas mal de titres…
Historiquement, ça charpente pas mal de gospels effectivement, et des worksongs. On peut aussi en trouver des origines dans la musique indienne. D’une manière un peu plus moderne, on retrouve le call & response dans les parades Mardi Gras des Indian Tribes. Ça donne un côté joyeux à l’ensemble, ça permet d’insister sur les refrains, d’enfoncer des clous dans les cerveaux !zydeco

Qui chante sur ‘Dance Around Me’ ?
Fabrice Joussot.

Sur ‘Women & Buicks’?
Fabio Izquierdo!

Sur What Ya Doin’ First’?
Cédric Le Goff.

Qu’est-ce qu’une squeeze box ?
On appelle ainsi l’accordéon diatonique dix-boutons (ou mélodéon), accordage cajun. C’est plus marrant comme nom !

C’est de l’harmonica chromatique qu’on entend sur ‘Freeborn Man’ ?
Non, ni sur ‘Freeborn Man’ ni ailleurs. Je ne joue pas de chromatique sur cet album. J’ai utilisé, pour cet enregistrement, soit des micros à ruban pour les sons clairs, soit un Turner ou un Silver Bullet sur un Bassman pour les autres.

Le solo de ‘What Ya Doin’ First’, c’est du trombone ?
Trombone.

Et un clip en vue pour couronner tout ça ?
Oui. Le label a choisi ‘Women & Buicks’ pour le clip. Peut-être pour des raisons de timing radiophonique. C’est encore trop frais pour nous. Après, sur scène, il y a des titres comme ‘Tailgator Groove’ qui sortent très bien aussi, mais ça reste aux auditeurs de juger.

Christian Casoni
Juillet 2014
www.flyinsaucersgumbospecial.com

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