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06/17
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  Portrait: ROBERT NIGHTHAWK Interview: PAUL MCMANNUS
 


Interview
ERIC LAVALETTE


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BLUES ERIC LAVALETTE blues eric lavalette


La sortie de l'excellent  album « Deadline » était une bonne raison pour en connaître un peu plus sur cet artiste toulousain et cet album. Une conversation fleuve a résulté de notre rencontre.

Blues Again : Eric, ça fait pas mal d'années que tu es dans le circuit ?
Eric LaValette : Treize ans et on va fêter les dix ans du premier album au mois de novembre.

Treize ans dans le circuit blues, mais avant ?
Eric : Famille de musiciens, je me suis mis relativement tôt à la musique. Déjà vers mes huit ans on m'a donné des cours de piano et j'ai vite arrêté, hélas. Vers l'âge de onze ans j'ai commencé à m'intéresser au rock, aux Stones, aux Kinks, ce qui passait en radio à l'époque et il y avait toujours des instruments de musique à la maison, notamment une guitare et un jour, on m'a enfin expliqué comment ça marchait, en mettant deux ou trois doigts on pouvait faire des accords et c'est partit comme ça en autodidacte, en regardant les autres jouer, en s'intéressant à la musique, en lisant.

Quand tu dis famille de musiciens, c'étaient des professionnels ?
Eric : Oui, mon grand-père était trompettiste, il avait joué dans les cabarets et sur ses vieux jours il avait monté une école deblues eric lavalette musique et il faisait des concerts dans les kiosques. Ils avaient ce qu'on appelle une harmonie. Mon père était saxophoniste aussi dans l'harmonie. Dès qu'il manquait quelqu'un dans l'orchestre, on prenait le fils ou la fille. Ma tante était prof de piano, mon oncle était batteur C'étaient tous des musiciens « classiques ».
C'était à Alger, puisque je viens d'Afrique du Nord et je suis le seul autodidacte de la famille. J'ai complètement abandonné les études de musique, de solfège et tout ça... je suis parti plus sur des choses construites par moi-même. Ça m'énervait de lire les p'tites notes sur les portées, pour jouer du rock, ce n’est pas vraiment utile. Et pour le blues encore moins.

Directement professionnel ?
Eric : Non, pas tout de suite. Pendant longtemps, j'ai eu un vrai métier (rires). J'ai fait du studio, dans la musique mais plus dans la pub, mais il ne faut pas le dire trop fort. C'est comme ça qu'on s'est connu avec Greg.

Ton vieux complice Greg Lamazères, harmoniciste du LaValette Band...
Eric : Mais Greg ne joue pas que de l'harmonica, il joue aussi de la guitare sur scène pour le nouveau spectacle.
Greg : J'étais voix de pub avec Eric.
Eric : J'étais ingénieur du son et musicien aussi, mais j'ai toujours fait de la musique à côté. J'ai fait mes classes avec d'autres groupes et puis le jour où tout ça s'est arrêté j'ai dit que j'allais reprendre mon vrai métier, la musique, que je vais faire une maquette avec quatre titres et j'en ai fait onze avec Greg, justement. On était que tous les deux, c'était en 2003.

Et sur cette maquette on trouve deux reprises.
Eric: Oui, ‘You Don't Love Me’ de Willie Cobbs et ‘Rock This House’ de Jimmy Rogers.

Ça a été facile de se lancer en tant que pro ?
Eric : J'ai eu vraiment de la chance. Cette première maquette, je l'ai envoyée à quelques festivals et on a été embauchés tout de suite par Segoufielle et c'était notre premier concert.
Greg et moi en front line. Le batteur était l'ancien batteur des Fly and the Tox, Michel Lorenzo  et Olivier Roumi qui était notre bassiste jusqu'à l'album précédent. Il y avait Tristan, mon fils qui nous a rejoints parce qu'il s'incrustait partout. C'était en 2004. Après on a enchaîné pas mal de festivals, on a fait de belles premières parties. Donc quand tu me poses la question : « Est-ce que ça s'est passé facilement ? » je dirais que oui, on a eu cette chance-là. Je ne dis pas que c'est facile tout le temps. On est sur une musique qui n'est pas très commerciale, les réseaux sont très minces, mais on a beaucoup de chance.

Au bout de tant d'années à jouer du blues, c'est plus ou moins facile ?
Eric : C'est ni plus facile, ni plus difficile. Heureusement qu'on a Internet, les réseaux se créent beaucoup plus facilement. Et puis il y a toutes ces radios et des animateurs qui nous soutiennent, et la presse est relativement sympa avec nous et même carrément sympa surtout ces derniers temps car on vient de sortir l'album et on a de bons articles donc, franchement, ça pourrait être pire.
C'est vrai qu'au bout de dix treize ans, on s'est constitué un réseau, on connaît les gens, on les voit sur les festivals, ils nous connaissent aussi alors forcément, parce que c'est des liens qui se tissent naturellement, quand on les sollicite ils y en a beaucoup qui répondent présents, qui nous filent un coup de main et puis, l'album a l'air de plaire aux gens, le précédent aussi. On va essayer de continuer dans cette lignée. Cet album est dans la lignée du précédent Delenda Carthago. Dans mon esprit, c'était faire, pas la suite, mais d'aller dans ce sens, la diversité tout en gardant une homogénéité, un liant au niveau du blues. Mais ce n'est pas que du blues.

On ressent pas mal d'in fluences nettes…
Eric : Toutes musiques qui sont basées sur le blues. Mais ça a été digéré depuis tant d'années.

Tu as bien aimé les Beatles et Hendrix, par exemple…
Eric : Oui, bien sûr, mais comme beaucoup de gens. Ce sont des choses qui ressortent, mais plus tard. Je vois à quels morceaux tu fais référence et on s'est posé la question quand on a commencé à bosser dessus.  On s'est dit est ce qu'on le garde ou pas ? N'est-ce pas trop connoté ?  En fait on s'est dit qu'on allait assumer le truc jusqu'au bout.
Greg : On est fans, tous les deux, du J. Geils band.
Eric : Fallait les voir sur scène, nos modèles. D'ailleurs s'il y a ‘Band’ dans Eric LaValette Band c'est bien à cause de ça.
blues eric lavalette
Mais vous êtes moins démonstratifs que ce groupe.
Greg : Généralement, nous avons moins de place sur scène ou dans les endroits où on joue.
Eric : Ce qui fait que quand on a de la place, on a tendance à se regrouper.
Greg : Et puis on est plus vieux qu'eux à l'époque de leur fougue. Mais eux, on les adore. On a des inédits, des collectors

Face à moi, vous êtes deux, mais vous êtes un quartet.
Eric : Jeff Cazorla à la basse, ex-Mannish Boys, très grand bassiste et son fils Jérémy le batteur qui est aussi guitariste, chanteur, bassiste et aussi one man band. Il a tout un tas de cordes à son arc ce qui renforce encore plus le travail de groupe. C'est quatre musiciens qui font l'arrangement de cet album, c'est d'ailleurs écrit dessus, les arrangements et la production, c'est le groupe. Chacun a vraiment amené sa patte dans l'arrangement des chansons. Même si c'est mes chansons à la base, je me suis contenté de faire les maquettes au départ. Je leur donnais les maquettes et je leur disais : « Allez-y ! Amusez-vous ! »

Quand vous créez un nouveau morceau ?  Ça se passe par internet ?
Greg : Il nous envoie des maquettes, on travaille dessus et surtout, on répète.
Eric : Et on voit, les choses qui marchent et celles qui ne marchent pas.

Pour en arriver à votre niveau cela demande pas mal de travail. Le fait de bien vous connaître doit faciliter les choses ?
Greg : Il faut dire qu'il fait des maquettes de haut niveau. Des maquettes où il faut entendre tout ce qu'il faut entendre sauf l'harmonica. Donc c'est une base de travail très simple à utiliser.
Eric : Mais après, une fois qu'on joue les morceaux, on s'aperçoit qu'il y a des choses qui fonctionnent sur la maquette mais pas forcément sur les doigts.
Greg : Sur les parties de basse, sur celles de batterie, évidement le jeune Cazorla a amené ses propres parties de batterie par ce qu'il sait ce qui fonctionne, ce qui fait avancer les morceaux. Il sait placer les breaks, il sait tout faire dans un même morceau en changeant le beat.
Eric : Par exemple ma maquette était très linéaire. Tchack Poum Tchak Poum. Il a amené un rythme complètement différent, complètement biscornu.

C'est vrai qu'on sent que ce garçon est un batteur musicien.
Eric : Ce n’est pas juste le gardien du rythme. C'est ce que j'appelle les batteurs mélodiques. Les gens comme Keith Moon des Who, par exemple, ou Christian Vander de Magma. Ce sont des gens qui suivent la musique, vraiment. Du bout des doigts.

Ça a été facile pour vous entendre avec eux ?
Eric : Si tu veux l'historique avec Jeff Carzola, il se trouve qu'après Delenda Carthago l'album précédent, on a eu un gros problème de personnel au niveau du batteur et du bassiste. On s'est retrouvé un peu le bec dans l'eau pendant quelques mois où l'on avait plus vraiment de groupe constitué pour tourner. Un jour, Bernard Sellam d'Awek me dit : «  J'ai quelques semaines off, il faut que je trouve un truc pour jouer ». Je lui dis : « Si tu veux, on fait un truc ensemble » depuis le temps qu'on voulait le faire... On était à une Jam de la T.B.S. (Toulouse Blues Society) et il y avait Jeff Cazorla qui était derrière, je me retourne et je lui demande s'il est libre en janvier. Il me dit : « oui ! »  Je lui demande s’il connaît un batteur. Il me dit : « Mon fils... »  Du coup, on a monté un répertoire de reprises et on a fait deux/trois concerts, comme ça, entre amis. Et quand il a fallu trouver un batteur et un bassiste, naturellement, c'était les Cazorla qui se sont imposés et ça fait deux ans qu'on bosse ensemble. Ils se sont insérés naturellement dans le Lavalette Band

blues eric lavaletteIl suffit de peu de chose.
Eric : Il suffit de trouver les bonnes personnes. Très vite on a eu envie de faire un album ensemble. On a fait un  crowdfunding, un financement participatif chez Kiss Kiss Bank Bank pour tout vous dire et on a récolté suffisamment d'argent pour lancer la production et ça nous a donné beaucoup de liberté pour, justement, pouvoir travailler ces morceaux et entrer en studio dans de bonnes conditions, y passer du temps, parce qu'on y a passé vraiment beaucoup de temps, mais c'est pas nouveau, ça a toujours été comme ça.

Vous êtes perfectionnistes ?
Eric : Pas tant que ça, on est assez spontanés. Enfin Greg joue très spontanément car il y a une grosse part d'improvisation dans ce qu'il fait mais on a un ingénieur du son qui est très perfectionniste. C'est Marc Dubézy du studio CDM à Toulouse et Marc est quelqu'un qui est très très méticuleux, perfectionniste et donc, ça prend du temps. Il ne veut pas faire sortir un produit dont il ne serait pas content, de son studio. On a beaucoup de chance avec ça car il nous a aidés à produire l'album de manière optimale. Pour entrer un peu dans la cuisine, on a tous enregistré séparément, ce n'est pas du tout un album live, sauf le dernier morceau. Pour Delenda Carthago, on avait fait différemment, on avait enregistré toute la base rythmique ensemble.

C'est la première fois que vous travaillez de cette manière ?
Eric : Oui, c'est la première fois. Je l'avais déjà fait, mais pas avec ce groupe et c'est une méthode qui a aussi du bon. Il y a des gens qui n'aiment pas mais moi je ne suis pas du tout fermé à ça. Autant l'une que l'autre me va bien. Enregistrer live, il faut du temps de studio parce que si il y en a un qui se trompe, il faut recommencer, ce qui n'est pas le cas là.
Greg : On est plus à l'époque de John Coltrane où l'on enregistrait en deux heures un album en direct quasiment.
Eric : Il faut connaître très bien les morceaux et les avoir joué depuis longtemps.

Justement il y a des morceaux que vous aviez déjà joués sur scène.
Eric : Oui, on les avait joués déjà, oui. On a vu des choses qui fonctionnaient, d'autres qui ne fonctionnaient pas, on les a remaniées.

Pas besoin de producteur, votre oreille suffit ?
Eric : un producteur c'est quelqu'un qui a suffisamment de recul pour dire c'est bien ce que vous faîtes là, ou prenez telle guitare, ou faîtes comme-ci ou comme ça ? On a Marc de CDM qui joue beaucoup ce rôle-là, qui est un peu le cinquième du LaValette Band sur l'enregistrement, c'est lui notre producteur en fait.

N'est-ce pas frustrant d'enregistrer chacun de son côté, en studio pour des musiciens assez live quand même ?
Greg : Ça fait tellement longtemps que j'enregistre des maquettes ou dans des disques, par ci, par-là, de cette façon et par ailleurs que de grands albums ont été enregistrés de cette façon, c'est devenu aussi un instrument, le studio. Et donc, c'est une façon d'utiliser l'instrument. Une fois qu'on a bien repéré comment ça se passe, on essaye de se mettre dans le bain, avant.
Eric : Oui, c'est ça. C'est un instrument à part entière.

Dans le LaValette Band, il y a aussi le photographe…
Eric : Absolument, Fred Lemé qui nous a fait toutes les photos de l'album et qui fait pas mal de photos de nos concerts. C'est un peu notre photographe officiel.

Entre le gorille noir et le zèbre blanc, 'The Blue Black Gorilla' et 'White Zebra', 2 titres du nouvel album, tu parles beaucoup d'animaux…
Eric : 'Blue Black Gorilla' c'est un morceau que j'avais fait en 2003 à l'occasion de la première maquette et c'était les premières télés réalité où on enfermait des gens dans un loft. Des gens qui avaient leur petite histoire chezblues eric lavalette eux, qui pouvaient être des rois chez eux et qui, en fait, voulaient devenir beaucoup plus, qui voulaient devenir les maîtres du monde. Mais comme dans l'histoire de la chanson, le gorille au lieu de devenir le maître des États-Unis, se retrouve dans un cirque en train de faire du vélo avec un parapluie dans la main et on le remet le soir dans sa cage. Quand j'ai vu les télés réalité, ça m'a fait penser à ça.
Et 'White Zebra' c'est un nom de code d'un mélange de personnes que j'ai connu et qui étaient des mythomanes, qui racontaient n'importe quoi, et qui en fait ils ne savent rien faire. Du genre j'connais machin, j'connais bidule, la chanson, c'est ça. Il dit les choses qu'il faut faire mais il ne sait pas les faire.

Les sujets sont donc assez variés...
Eric : Absolument, ça nous prend du temps dans une vie et je pense qu'il y a des manières différentes de l'exprimer. Ce n’est pas évident. Je passe beaucoup de temps sur les textes.

Tu te dis, à point d'heure, je vais écrire ?
Eric : Non, non, c'est plus brut que ça. On est en train de faire l'album, les musiques sont prêtes, il faut faire les textes. Vite, vite, il y a studio demain, qu’est-ce que je vais chanter ? 
Mais j'en jette beaucoup. Il y a des chansons qui m'ont vraiment donné du fil à retordre.

Et là les collègues te laissent tomber ?
Eric : Je ne les sollicite pas du tout donc ils ne me laissent pas tomber. Il y a toujours des gens qui me proposent des textes. J'ai reçu des propositions par Internet. Une fille qui m'avait proposé des textes. Un gars aussi mais quand je vois les trucs, je suis affligé. C'est pas du tout ce que j'ai envie de chanter et ça tombe dans les clichés ou alors des trucs de dépressifs dans lesquels je ne veux pas tomber.

Parce que, somme toute, Eric Lavalette Band, c'est assez dynamique.
Eric : Ça essaye de l'être mais dans cet album, il y a pas mal de morceaux plus intimistes, un peu plus romantiques, mais il y a toujours le positif. 'Get Off The Ground’, c'est, il faut se relever.

Et Greg, l'harmonica, tu as fait ça toute ta vie aussi ?
Greg : Dès l'âge de treize ans, j'étais joueur d'harmonica, en effet. Sous l'influence de Sonny Boy Williamson, de Magic Dick donc, dont nous avons parlé avec le G Geils band. Sous l'influence de Lee Oscar aussi et de beaucoup d'autres. Mais j'ai fait beaucoup  d'autres choses dans ma vie. A certaines époques j'ai joué beaucoup d'harmonica à d'autres, pas du tout. J'en joue beaucoup plus sérieusement depuis que je suis dans le Eric LaValette band et surtout depuis trois/quatre ans. Oui, j'ai eu un vrai travail, j'ai eu des vrais enfants, je joue aussi d'autres instruments mais vraiment l'harmonica, c'est moi. Comme je l'ai écrit dans un de mes romans, le jour de ma mort, ce qu’il pourra rester de moi j'espère que ce sera un ou deux solos d'harmonica dans un ou deux enregistrements ou souvenirs.

Tu écris des romans ?
Greg : Oui, des romans, des livres d'histoire, des biographies de résistants, des livres sur Toulouse, sur la Haute Garonne, sur le blues. J'ai écrit un roman sur le blues qui s'appelle 'Bluesman' influencé par 'Au cœur des ténèbres' il est paru chez l'écarlate il y a maintenant huit ans. Et récemment j'ai publié un livre sur Toulouse aux éditions Privat. Un gros machin plein de photos, un gros livre sur la Haute Garonne aux éditions Loubassière aussi. Mais pour en revenir à l'harmonica, c'est très important.blues eric lavalette Il y a deux ou trois albums de Frank Zappa où il y a un harmoniciste extraordinaire et dans beaucoup d'albums il y a des harmonicistes extraordinaires mais que les gens n'entendent pas trop. Sur mon site Internet, il y a une page 'Héros oubliés de l'harmonica' dans laquelle j'ai fait une liste avec des liens, Youtube, de ces harmonicistes qu'on trouve chez Black Uhuru, chez Waylon Jennings, etc. Dans le reggae en général, l’harmonica a une place gigantesque.
Les premiers disques que j'ai eu, c'est mon père qui me les a ramenés de New York où il était allé en voyage et parmi ces disques, il y avait High Compression, je crois, ou 100% Cotton de James Cotton et depuis ce jour-là j'ai découvert comment on pouvait faire sonner l'harmonica de façon surpuissante, comme une locomotive mais sans même le passer dans un ampli, le sur-amplifier ou mettre des effets. Juste par l'effet du corps, du tonneau et il y a un album qui s'appelle 100% Cotton dans lequel vous vérifierez ce que je viens de dire. La surpuissance de l'harmonica tout nu et avec des harmonicas qui étaient, sans doute, et qui est sûrement encore le moins cher des harmonicas. Le Honner marine band. Je dis ça, mais je suis un artiste Lee Oscar, donc je dois vous vanter maintenant les mérites des harmonicas Lee Oskar qui sont parmi les meilleurs de la planète.

Tu essayes de copier, d'imiter, des fois ?
Greg : J'ai  passé ma vie à essayer d'imiter ce que les autres faisaient bien tout en essayant d'avoir mon propre son et mon propre phrasé.  Ecouter quelqu’un comme Charlie McCoy, un des plus grands harmonicistes de la country music qu'on trouve chez Waylon Jennings ou chez Johnny Cash et avoir ce phrasé mélangé à la folie et au côté rythmique de Magic Dick et parfois, j'y arrive. Dernièrement, j'ai essayé de faire Frank Zappa à l'harmonica, mais j'ai moins bien réussi.
Eric : Il a le son Lamazères, en fait.

Et toi, tes maîtres ?
Eric : Je suis un grand fan de Harrison et de ses chansons. Quand on me parle de 'Sing Along' de mon dernier album, tout le monde dit qu'il est Lennonien. Non, les gars ! Il n'est pas Lennonien, il est Harrisonien ! Récemment, j'ai redécouvert All Things Must Pass d' Harrison  qui est vraiment son plus bel album  et j'ai aussi eu la chance de rencontrer l'ingénieur son et producteur de cet album, Ken Scott, et il m'a décrit Harrison comme quelqu'un de vraiment  exceptionnel, très sympathique et un grand musicien, un grand chanteur.

A quand un disque Live ?
Eric : Celui-ci aurait pu être Live, avec public. On aurait pu le faire avec des nouveaux morceaux et quelques anciens aussi. Pourquoi pas un jour, si nous avons le bon matériel pour nous enregistrer de manière correcte parceeric lavalette que c'est ça le truc. Il ne suffit pas de mettre deux micros dans la salle. Il faut que ce soit une sortie de console, il faut que ça soit vraiment bien.
Greg : A une époque, ça suffisait. Le Full House de G Geils Band, il devait y avoir quatre micros.
Eric : Souvent on est déçu quand on entend les enregistrements qui sortent de la console.

C'est peut-être ton côté exigent et ton ancien métier qui ressort…
Eric : Non, parce que le problème d'un concert et d'un enregistrement, ce sont deux choses complètement différentes. Quand tu es dans la salle, il y a des choses qui vont passer beaucoup plus facilement que si c'est enregistré et si ça repasse dix mille fois et qu'il y a une erreur ou un problème de mixage et que tu vas l'entendre dix mille fois. Un concert, c'est passager, c'est un moment comme ça. Un enregistrement, c'est autre chose, c'est pour ça qu'on passe autant de temps en studio, pour que ce soit le plus parfait possible, de se rapprocher au maximum de la perfection. Ce n’est pas parce qu'on joue mal et qu'on refait, c'est pour que ça soit bien tout le temps. Comme on dit, c'est gravé pour l'éternité. Donc quand il y a des erreurs, et je connais plein de disques où il y a des erreurs, on l’intègre au bout d'un moment, mais c'est dommage. Ça m'aurait embêté qu'il y ait une fausse note ou un grésillement parce que chaque fois, tu vas revenir dessus.

Au fait, pourquoi Deadline comme titre pour l'album ?
Eric : On est toujours en retard. On a notre Deadline des fois, on est en retard quand on enregistre. C'est la date limite. Il faut qu'on rende le master pour le presseur, il faut qu'on envoie tous les trucs chez l'imprimeur. Quand on enregistre, on sait quand on démarre on ne sait pas quand on finit. Déjà, nous aurions dû avoir l'album pour les deux concerts précédents, on ne l'avait pas. Donc, Deadline, c'est bien et je trouvais que pour chaque morceau, c'était une histoire de mort à chaque fois. Il y a des histoires de gens qui meurent, ça peut être des histoires de mort d'une situation qui meurt.

A ce propos, il y a aussi une chanson qui a un rapport avec le 13 novembre.
Eric : Oui, c'est une chanson que j'ai faite quand il y a eu ces événements-là. Ce soir-là, je jouais et puis j'ai raccourci le spectacle parce que je ne pouvais plus continuer à jouer quand j'ai appris ce qui se passait. Et sans faire de grandes phrases, c'est juste un morceau de rock n' roll, 'I just Can't Say' ça raconte ça. C'est à dire qu'il y a des gens qui avaient décidé d'aller voir un spectacle et qui ne sont jamais revenus, et tout ça pourquoi, pour quel dieu, pour quel... bientôt on se rappellera même plus le nom du groupe qui jouait ce soir-là. Pour quelle guerre, pour quel dieu. Ça ne justifie pas çà.

Est-ce que vous pensez à ça en montant sur scène ?
Eric : Non

Parce qu'il y a toujours des abrutis dans le lot et se prendre, ne serait-ce qu'une, canette dans la tronche est possible.
Eric : Ça m'est arrivé de recevoir des trucs sur scène. Je n’ai jamais été blessé, mais ça m'est arrivé.

Des bouquets de fleurs ou quoi ?
Eric : Ah non, des pièces, des bouteilles, mais ça, c'était une autre époque.
Greg : Mois j'ai eu des bagarres, des tee shirts en sang.
Eric : Des moments un peu chauds, bien sûr, surtout quand j'étais dans des groupes un peu plus rock. A l'époque, on était plus habillés en cuir. Là, on n’est pas dans un circuit où il y a de la violence. Des fois il y a des gens saouls ou qui veulent occuper la scène.

Ça doit être chiant ?
Eric : Je leur dit ici c'est chez moi, il faut partir. Ça m'est arrivé l'année dernière, une femme qui avait posé son sac, son appareil photo sur la scène, c'est vachement pratique. Je me rappelle, il y a deux ans quand on a joué dans les Pyrénées Orientales, il y a un gars qui s'est mis devant moi, sur la scène. Premier morceau, on envoie, deuxième morceau, on envoie, on commence toujours par des morceaux un peu cartons  et le mec se retourne vers moi et me dis : «  C'est tout ce que vous savez faire ? » (rires). Ça met la pêche.

Et au contraire de ça, des moments inoubliables ?
Eric : Il y enblues eric lavalette a plein, fort heureusement parce qu'un concert, c'est de l'amour, où tout le monde te dit que tu es merveilleux, tu me fais rêver. C'est pour ça que c'est dur de redescendre parfois. Il y a une espèce de montée d'adrénaline. Il faut décompresser après, quand tu rentres à la maison. J'ai mes petits rituels, je mange, je bois un coup, avant, je fumais, et après, ça va mieux.

Et le trac existe ?
Greg : Oui, mais ce n’est pas non plus paralysant.
Eric : Moi je sais que j'ai des souvenirs assez variés par rapport à ça. C'est à dire que, autant il y a des gros concerts qu'on a fait. Je pense au gros concert qu'on a fait avec Johnny Winter, par exemple. Le rideau s'est ouvert, on a attaqué et franchement on était comme à la maison. On avait un bon son. Après, il faut être sûr de son coup, on a répété, on a des morceaux qui tiennent la route.
Greg : On est inquiets avant si on n’est pas sûrs des conditions techniques, c'est surtout ça.
Eric : Les conditions techniques, c'est primordial.
Greg : En particulier avec mon harmonica, sur scène pendant deux heures je ne vais rien entendre du tout et espérons que, par cœur, tu arriveras à sortir deux, trois solos. C'est plutôt ça les questions qu'on se pose avant.
Eric : ça peut être ça, ça peut être aussi le summum du confort, tout se passe bien, on entend tout le monde et  c'est encore mieux.

Eric, tu joues d'autres instruments que la guitare ?
Eric : Pour cet album, c'est la première fois que je joue de la mandoline sur un disque, par exemple. J’ai doublé ma guitare avec la mandoline sur 'White Zebra' et ça donne un côté un peu folk, d'ailleurs, Greg a fait son harmonica absolument en acoustique directement avec le micro voix sans passer par son ampli. Ça donne un son un peu spécial. Ce qui donne le contraste avec le morceau qui est un peu plus rock, un peu plus blues. Au départ, ça avait un peu choqué Jérémy quand il avait entendu 'White Zebra' mais il s'y est fait. C'était absolument assumé. Donc, il y a la mandoline sur 'White Zebra', il y a du Dulcimer sur 'Gone Today'. J'ai toujours voulu avoir un Dulcimer, ça rajoute un plus à la chanson. Et après, c'est de la guitare, de la guitare folk, du dobro et il n'y a rien d'autre.

Accordes-tu une importance aux instruments, vintage… ou pas ?
Eric : J'aime bien les vieux instruments, mais je n’ai pas les moyens d'en acheter des trop, trop vieux parce que ça a pris des prix ridicules. il faut se dire que même si à l'époque les gens fabriquaient des bonnes guitares pour pas cher, ce n'étaient pas des instruments de luxe. C'était cher pour un musicien, forcément, il fallait qu'il travaille un peu pour se les payer mais aujourd'hui, c'est hors de prix. Ça atteint des sommes ridiculement hautes. Alors qu'il y a des luthiers ou des industriels qui font des choses bien. J'ai mon Dobro, mon résonator Johnson, pour ce que j'en fais, ça marche.
Greg : Surtout, c'est ce qu'on a dans les doigts et c'est le musicien qui fait le son. C'est vrai que moi, je joue du Dobro aussi, mais à plat en country music. J'ai un Johnson comme Eric, qui coûte pas très cher et j'ai aussi un Dobro de marque Dobro et la différence de son n'est pas vraiment énorme.

Vous avez le même Dobro, est-ce que vous en tirez les mêmes sonorités ?
Eric : Il peut y avoir des variantes, mais grosso modo, ça se ressemble.
Greg : Je joue du Dobro à plat, mais c'est vrai qu'un instrument sur lequel on passe une barre en métal, la façon de tenir la barre, la qualité et le poids de la barre, et le fait de jouer avec des onglets ou la pulpe des doigts, plus la technique, si on  la technique du banjo ou si on joue comme Ry Cooder, effectivement ça ne va pas sonner de la même façon.

Et le banjo ?
Eric : Pour moi, c'est l'inconnu total. Ça n'a rien à voir avec la guitare.
Greg : Moi, je joue du Banjo, du quatre cordes plus la chanterelle.

Y a-t-il un distributeur pour cet album ou comment fait-on pour se le procurer ?
Eric : Toujours pareil, nous sommes artisans, il faut aller sur le site internet, ou venir nous voir en concert.

Bien le site internet, c'est toi qui gère aussi ?
Eric : C'était l'un de mes anciens métiers. J'étais Web master à une époque. Donc, c'est très simple, si on veut son CD,  www.ericlavalette.com ou venir nous voir en concert, et là on vous le donnera directement, enfin, on vous le vendra directement et on le signera, même, sans supplément de prix avec la signature de Greg Lamazères (rires).
Greg : Et un dessin, parfois, je fais un dessin.
Eric : donc pas de distributeur, mais on n’a pas cherché à en avoir. Mais pourquoi pas. S'il y en a un qui veut faire une bonne œuvre, on est open. On est partout, sur Facebook, sur Instagram, tous les réseaux sociaux possibles et imaginables.

Avant de nous quitter, quelques mots sur votre expérience parisienne à Blues sur Seine.
Eric : Pour tout dire, on nous avait inscrits sans nous le dire. On a été finalistes, on a gagné un prix, on est repartis, on a fait quelques festivals sympas. Donc, c'était tout bénef, on est content quand on a gagné, on est déçu quand on a perdu. Je m'étais juré de ne plus jamais faire de concours, il y a un auteur, peut-être Oscar Wilde,  qui disait : « Les concours, c'est pour les chevaux », je ne suis pas un cheval.

César – mars 2017
www.ericlavalette.com/

blues eric lavalette