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09/17
Chroniques CD du mois Portrait: WILLIE MABON Livres & Publications
  Dossier: EXCELLO RECORDS  
 


Interview
EDDIE C. CAMPBELL
Le West Side sound, c’est indéfinissable


blues deraime
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blues pierre lacocque
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Vétéran de la scène de Chicago, il a côtoyé et joué avec tout le gotha de la Windy City et même bien au-delà. Toujours actif et créatif à 70 ans, avec un style élégant et aérien, il est revenu sur le devant de la scène avec un nouveau CD paru chez Delmark : Tear This World Up. Bref retour sur un parcours riche de rencontres.

Blues Again : Comment tout a-t-il commencé pour vous ?
Eddie C. Campbell : J’ai vu le jour dans le Mississippi, mais je n’y suis pas resté longtemps. Quand j’ai eu six ans, on a quitté le pays du coton pour aller à Chicago avec mes parents, et c’est dans cette ville que j’ai grandi. Ma mère m’a acheté ma première guitare alors que j’avais tout juste neuf ans. C’était une guitare acoustique. Ma sœur aînée m’a appris mes premiers accords. A douze ans j’ai joué avec Muddy Waters. Dès l’âge de treize ans, j’ai formé mon premier band avec Luther Allison et Magic Sam. C’étaient des copains. On a accompagné des gens comme BB King, Percy Mayfield, Memphis Slim ou encore Lowell Fulson.

Au niveau musical, quelle a été votre influence la plus marquante ?
Ma sœur aînée ! C’est elle qui m’a tout appris. Elle est toujours de ce monde. Elle a 90 ans maintenant, et elle tient toujours relativement bien la forme. Il lui arrive encore parfois de jouer de la guitare acoustique.

Dans les années 60, vous avez été le sideman de Jimmy Reed…
C’est exact. Plus qu’un job, ce fut une réelle expérience. Jimmy était une vraie vedette, il a placé plein de titres dans les hit-parades. Quand il se produisait sur scène, ses premières parties avaient pour noms Sam Cooke et Jackie Wilson, c’est dire.

Après Jimmy Reed vous avez joué pour Willie Dixon. Il vous avait débauché ?
Non ! Magic Sam m’avait emmené un jour chez Cobra, le label que dirigeait Willie Dixon. Sam voulait que je l’accompagne sur un enregistrement. Dixon a entendu ma manière de jouer, qui était assez funky. Ça lui a plu, c’est ce qu’il cherchait à l’époque. C’est comme ça qu’on s’est rencontré. Par la suite, mais bien plus tard, dans les années 70, j’ai joué trois ans et demi dans le band de Dixon. J’ai travaillé aussi pas mal de temps avec Koko Taylor.

Vous avez joué avec pas mal de monde…
En effet, j’ai joué avec tout le monde à Chicago : Howlin’ Wolf, Muddy Waters, Little Walter, Jimmy Reed, Willie Dixon, Koko Taylor, mais aussi avec James Brown ou Jimi Hendrix. Je me rappelle même une période, dans les années 60, où pour notre première partie, Michael Jackson, encore gamin, montait sur scène pour danser et chanter. C’était à Gary dans l’Indiana, la ville où il vivait. Pas loin de Chicago. Les gens lui jetaient des pièces pour l’encourager. On connaît son parcours ensuite, il est devenu millionnaire. Il serait plus simple de me demander avec qui je n’ai pas joué. Vu la liste des gens disparus, je peux dire que j’ai joué avec tous les plus grands. Je dois être le seul musicien de Chicago à pouvoir dire ça actuellement.

Il y a encore Buddy Guy, qui doit pouvoir dire ça…
Oui, Buddy. Il a joué avec Dixon et quelques uns, mais il a rapidement et essentiellement joué en front man. Il n’a pas joué avec Jimmy Reed ou Jimi Hendrix, ou avec tous les autres comme j’ai pu le faire. Hendrix, c’était avec Jimmy Reed. On s’était retrouvé sur la même affiche que lui pour un spectacle.

Durant ces années de sideman, aviez-vous la liberté de vous exprimer au sein des orchestres ?
Bien sûr, j’avais une totale liberté. Je faisais les solos à ma manière, personne ne m’imposait un style qui n’était pas le mien.

Combien de disques avez-vous à votre actif ?
Je dois avoir gravé onze ou douze disques pour mon compte, et je dois avoir participé aux enregistrements de cinq ou six disques pour d’autres musiciens.

Le West Side Sound, ça signifie quoi pour vous ?
Le West Side Sound ça vient essentiellement des musiciens. Little Walter vivait dans le West Side et il avait un son bien à lui, Jimmy Reed habitait lui aussi dans le West Side et avait un son particulier, tout comme Howlin’ Wolf, Magic Sam, Otis Rush. On pourrait continuer la liste encore longtemps. Tous ces musiciens vivaient dans le même coin, alors on a appelé ça le West Side Sound. Mais quelle est la définition du West Side Sound ? J’ai bien peur qu’il n’y en ait pas. Tous ces gens faisaient chacun une musique qui leur était personnelle. Le blues est avant tout un feeling, parfois c’est la tristesse, parfois c’est la joie, on joue ce qu’on ressent, chacun avec ses propres sentiments. Alors le West Side Sound…

A une période, vous aviez des activités sportives, le karaté, la moto… Des disciplines dans lesquelles vous étiez reconnu. Aviez-vous mis la musique de côté ?
J’ai toujours fait du sport. Le karaté c’est venu assez tôt. J’ai commencé au collège, ça impressionnait les filles. Et, effectivement, j’ai fait des championnats. J’ai fait de la moto aussi, j’ai toujours aimé les sports mécaniques. Aujourd’hui encore. Mais je n’ai jamais cessé de faire de la musique.

Dans les années 80 vous vous êtes installé en Europe…
Oui, je suis resté quatre ou cinq mois à Londres. Ensuite, je suis allé à Amsterdam et j’y ai résidé environ neuf mois. Mais j’ai trouvé qu’il y avait trop de chiens, il fallait faire attention où on mettait les pieds. J’ai quitté Amsterdam et me suis installé en Allemagne, où je suis resté une bonne quinzaine d’années. J’aimais bien l’Allemagne. J’ai fait également un bref séjour en France. Dans les années 90, je suis reparti aux Etats-Unis, je voulais que mon fils naisse là-bas. J’ai vécu un temps en Californie et, maintenant, j’habite à Chicago, du côté d’Oak Park.

Et c’est à Chicago que votre nouveau CD, Tear This World Up, a été enregistré...
Oui, chez Delmark. Il a été produit par Dick Shurman. On l’a mis en boîte en quatre jours. Ça été assez rapide car on savait ce qu’on voulait, et surtout on savait comment le faire.

On y entend des sonorités d’hier, mais l’ensemble est bien au goût du jour.
Exactement. Je pense avoir fait un disque dont le son est tout à fait moderne.

Vous avez un son particulier. C’est votre guitare ?
Je joue sur une Fender Jazz Master 1964. Cette guitare a un son que j’apprécie, mais c’est moi qui pince les cordes. Sur une autre guitare j’obtiendrais également un son qui m’appartient.

Comment choisissez-vous vos musiciens ?
Je vais dans les clubs et j’écoute les gars qui jouent. Si ça me plaît, je les approche et on discute. On voit ce qu’on peut faire ensemble.

Parmi vos sidemen, de qui vous sentez-vous le plus proche ?
Du batteur. C’est lui le cœur du rythme.

Et quand vous tournez en Europe, connaissez-vous les musiciens avec lesquels vous allez monter sur scène ?
Parfois oui, d’autres fois non. Alors ça induit de nombreuses répétitions. Mais en général, ça se passe bien.

Combien de concerts donnez-vous par an ?
Je fais environ une centaine de prestations dans des festivals, un peu partout, à New York, en Californie, dans le Sud. Et puis je me produis également en club une trentaine de fois chaque année. Je fais le distinguo entre les festivals et les clubs, ce n’est pas tout à fait pareil pour moi. Mais en tout, entre les clubs et les festivals, je fais à peu près 130 dates par an.

Et vous jouez souvent en club, à Chicago ?
Non. Trois ou quatre fois par an seulement, pas plus.

Si vous deviez recommander un club à quelqu’un qui débarque à Chicago, lequel citeriez-vous ?
Le club de Buddy Guy. Il est bien, il y a une bonne ambiance, une bonne table, de la bonne musique. C’est dans un quartier calme. Dans d’autres clubs de Chicago, il n’est pas rare qu’il y ait de la bagarre.

Vous qui avez connu tous les grands anciens, êtes-vous en relation avec la nouvelle génération ?
Oui, je suis proche de Billy Branch, je suis le parrain de Bernard Allison, de Lurrie Bell… Alors je crois que je peux répondre par l’affirmative.

Gilles Blampain & Alain Hermanstadt – novembre 2009

www.myspace.com/eddieccampbell

Discographie sélective :
King of the jungle – Rooster blues -1977
Let’s pick it – Evidence – 1984
Badest cat on the block – JSP – 1985
Mind trouble – Wolf - 1988
That’s when I know – Blind Pig -1994
Hopes & dreams – Next music – 1997
Gonna be alright – Icehouse - 1999
Tear this world up – Delmark - 2009