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11/20
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Interview
DOC LOU


KING KONG BLUES
king kong blues
king kong blues
Blues junkyard crew





Son inspiration vient de Louisiane, du Texas, de la West coast et il mélange avec bonheur, swamp, jump, rock, boogie, country…     

Blues Again : Faisons les présentations…
Doc Lou : J'ai grandi à Nancy en Lorraine. Pour autant, je ne me sens de nulle part. Je suis un nomade, malgré moi parfois. Je mblues doc lou’accommode mal de la sédentarité. Et qui plus est je n'ai en ce moment aucun port d'attache !
Je crois que ce sont les vieux 45 tours de mes parents, les bons, qui m'ont donné ce goût pour la musique rétro. Il y avait du Elvis et du Bill Haley qui traînait parmi Les Musclés et Chantal Goya, c'est dire... Mes parents dansaient ensemble le rock n’roll, ça faisait partie des fêtes de famille et ça m'a toujours fasciné.

Parle-nous de ton éveil à la musique, ton parcours… 
Quand j'étais môme ou plutôt jeune ado j'ai eu la chance de former plusieurs groupes. On répétait dans un ancien local à poubelle à Nancy justement. Pas sûr qu'on ait fait plus de musique que boire des bières et se prendre pour des starlettes. Mais j'en retire un sens des galères avec les tempéraments de chacun. J'ai tanné mes parents pour faire de la batterie vers 13-14 ans, inscription en école de musique et tout le bazar. Je me souviens de la vaisselle sur les étagères qui vibrait au troisième étage et des voisins qui se plaignaient quand je cognais les fûts. Puis j'ai eu l'envie de me produire sur scène. Depuis aussi longtemps que je m'en souvienne d'ailleurs. Il fallait que je fasse le malin et comme ça ne marchait pas trop avec les filles et que j'étais flemmard, je me suis mis à l'harmonica. Ça avait l'air facile et ça tenait dans la poche. C'était de l’esbroufe au départ, jusqu'à ce que ça en devienne mon métier. Ce n'est pas si simple que ça en a l'air...

Te souviens-tu du premier blues ou rock entendu ? 
‘Guitar Boogie’ d'Arthur Smith. Enfin je suppose. Quel groove, quel swing, ce morceau est incroyable ! Ma tante, que j'aimais tant, avait l'habitude de danser et de battre du pied dessus, avant de passer l'arme à gauche, frappée par l'épidémie. Paix à son âme.

Quelles ont été tes principales influences ? 
J'ai commencé par le punk et j'ai remonté les pendules jusqu'au blues. Je ne supportais pas la musique trop intellectuelle. Il ne fallait pas me parler de Pink Floyd ou de Deep Purple par exemple. Moi j'étais un fan absolu de Iggy & The Stooges, de The Ramones, de Suicide. Il fallait que ça soit édulcoré. Pas simpliste non mais le plus élémentaire possible. J'étais en recherche d'absolu. Et c'est encore le cas aujourd'hui. Il fallait que ça aille droit au but. Sans fioriture. Comme une peinture de Jackson Pollock, un solo de Jimmy Reed ou une nuit sans sommeil.

Quels musiciens fais-tu entrer dans ton panthéon personnel ?
Il y en aurait tellement... Et avec les années je change d'avis sans cesse ! Pour être honnête, je dirais aujourd'hui que mes influences les plus chères et indémodables sont certainement : Eric Burdon (quelle puissance vocale !), James Cotton (quelle énergie !), Jim Morrison (quel poète !), Junior Wells (quel showman !), William Clarke (quelle élégance !), Tony Joe White (quel groove !) ou encore Omar Kent Dykes (quel coffre !). Des Américains pour la plupart. Sans oublier Bob Marley (s'il ne devait en rester qu'un ce serait lui !).

Sur quels genres d’harmonicas joues-tu ? 
Des « Special 20 » de chez Hohner. J'aime les sommiers en plastique. Ça ruine moins les babines justement. Et parfois des « Rocket » de chez Hohner pour les harmonicas graves. J'achète les pièces détachées direct chez le fabricant et je change les plaques métalliques moi-même. Certains de mes harmonicas ont dix ans, pour l'apparence extérieure bien sûr.

Où et quand as-tu fait ton premier concert ? 
C'était dans une école de musique quand je devais avoir environ 14 ou 15 ans. Lorsque j'étais alors à la moitié de ma vie (j'ai 30 ans aujourd'hui). On était tous dans un état second. Le chanteur avait une de ces gueules. Et le guitariste parvenait à peine à aligner les 3 accords. On avait des jeans déchirés et des t-shirt lacérés. On a joué ‘I Wanna Be Your Dog’ des Stooges et on s'est fait gentiment foutre dehors !
Blues doc lou
Maintenant, combien de concerts par an ? 
Une cinquantaine environ, hors période de Covid-19. Mais si les budgets le permettaient, je serais preneur évidemment. Sauf qu'ici en France ce n'est pas si simple de tourner chaque week-end. L'argent public va pour le théâtre ou le spectacle vivant hors musique. Tu fais du blues, tu n'es pas le bienvenu. Ou que trop rarement.

En quoi la scène est-elle indispensable ? 
Je ne suis pas un musicien de studio. Quand bien même j'en aurai le niveau technique, cela m'ennuierait profondément. J'aime prendre la route, voir du pays, rencontrer du beau monde, me mettre en difficulté. Et surtout j'aime me produire sur scène. C'est indispensable pour mon élan vital. J'ai déprimé comme un malade pendant le confinement, obligé de rester cloîtré, à attendre que le temps passe, à me morfondre comme un idiot sur mon sort. La scène c'est vital pour moi. Sans ça je perds une certaine raison de vivre.

Un bon souvenir de scène… Un mauvais souvenir de scène… 
Quand j'avais un groupe de rockabilly sur Paris « Les Perfectos », j'ai le souvenir d'une soirée dans un bar de nuit rue Oberkampf où il faisait tellement chaud et humide que les tétons des nanas pointaient sous leurs t-shirts pendant qu'elles se trémoussaient devant nous. Ce n'est jamais désagréable à apprécier quand on est sur scène. Quoi que je sois un homme marié désormais, attention ! Un mauvais souvenir ? Quand c'est vide et que tu joues pour trois poivrots accoudés au bar qui causent plus fort que ta sono. Ça arrive parfois et ça me désespère pour de bon. Ou bien faire de la figuration pendant une soirée saucisse-frites.

Depuis 2014 tu as publié quelques EPs en solo, duo, trio et ta dernière production Crowing Blues parue fin 2019 s’est faite avec un band plus étoffé The Roosters. Peux-tu nous présenter les membres du groupe et nous parler de l’album
D'abord je te remercie d'avoir pris le temps d'écouter mes différents albums, sincèrement ça me touche. Mais les membres du groupe ont changé depuis ! D'ailleurs on prépare un nouvel album avec une nouvelle équipe. Celui blues doc loudont tu parles Crowing Blues a tardé à sortir car nous nous sommes séparés avec pertes et fracas si j'ose dire. A l'époque je jouais avec la bande d'amis parisiens du Junior Vic Band. On a enregistré cela de manière artisanale avec une partie de l'équipe de « Midnight Special Records ». Ça n'a duré qu'un temps. Nous n'étions plus compatibles les uns avec les autres ou pas assez matures peut-être pour travailler ensemble dans la durée. Aujourd'hui j'ai mûri heureusement. J'ai reformé une équipe The Roosters avec deux amis du Sud, avec lesquels on travaille à parts égales. Ils m'accompagnent d'une main de maître sur mes compositions et ils croient en moi. C'est vraiment indispensable pour faire évoluer un projet. Ce sont Jeff Hug aux guitares – avec lequel j'ai un duo depuis 2016 – et Michel Geronimo aux percussions – qui nous a rejoint récemment. J'ai de la chance de les avoir à mes côtés. Ils sont proches de la retraite et je compte bien les faire trimer un maximum avant qu'ils ne se la coulent douce.

Quelles sont tes sources d’inspiration pour écrire et composer ? 
Ce sont des événements de la vie. Je ne triche pas dans mes textes. Mon EP (2015) en français Pas Un Cowboy était vraiment très très personnel. Crowing Blues (2019) touchait à des thèmes chers pour moi à l'époque comme les voyages initiatiques, la liberté retrouvée, l'écologie, la ruralité, l'amour inconditionnel, la solitude des tournées ou encore une certaine forme de spiritualité. Bizarrement c'est lorsque je me balade en pleine nature que des paroles et des bouts de textes ou de mélodies me viennent à l'esprit. Parfois c'est totalement hors propos. Je ne me l'explique pas vraiment.

Comment définirais-tu ton style ? 
Pour simplifier auprès des programmateurs et du public j'appelle cela du Rockin' Blues. Mais en réalité c'est plus nuancé. Je n'hésite pas à mélanger les styles : swamp rock et boogie, louisiana et jump blues, country-western, blues texan et West coast. Disons que je suis quand même très influencé par les musiques américaines métissées et bouillonnantes de la Louisiane. J'ai dû y passer plusieurs vies antérieures probablement.

Quels ont été pour toi les musiciens les plus marquants ces dernières années ?
En France – car on en parle trop peu – j'ai découvert ces dernières années Youssef Remadna et Awek. Ils sont sur le podium des musiciens et groupes de blues que j'affectionne particulièrement en hexagone. Trop tardivement, j'ai découvert William Clarke. C'est un horizon indépassable comme harmoniciste-chanteur au talent extraordinaire. Je ne crois pas que l'on puisse un jour faire mieux que lui en la matière. Dans le genre, il y a aussi Dennis Gruenling, qui commence à faire son bout de chemin. J'ai découvert Billy F. Gibbons également, j'adore cet artiste et sa manière d'appréhender le blues texan. Tout comme Jimmie Vaughan d'ailleurs. J'écoute trop peu ce qui se fait aujourd’hui. Et quand je découvre un artiste, souvent soit il est déjà mort, soit il est en toute fin de carrière.

Quels sont tes projets pour les mois à venir compte tenu de toutes les restrictions en vigueur
D'abord trouver un logement ! Nous avons eu le malheur de vouloir changer de vie deux mois avant que la pandémie soit généralisée et aujourd'hui nous avons hâte de ramener nos meubBlues doc loules et affaires quelque part. Mais je ne vais pas chômer non. Nous n'avons pas trop mal travaillé cet été avec Jeff et Michel. On se produit dans des lieux du « spectacle privé » pour l'essentiel. Nos employeurs n'ont pas d'autres choix que de s’accommoder des gestes barrières et d'une certaine baisse de fréquentation. On nous fait confiance et c'est tant mieux. J'ai réussi à obtenir quelques concerts en octobre, novembre et décembre prochain. On finalise un clip qui sortira prochainement. On enregistre un album fin octobre avec ce fameux trio dont j'évoquais la complicité précédemment. Il sera plus sombre, acoustique et « louisianais » que le précédent. Ça sentira la sueur, la brume électrique du bayou et les alligators des marécages...

Pour parler d’autre chose, quels sont tes hobbies en dehors de la musique ? 
J'aime me balader avec mon vieux chien que je considère – à tort peut-être – comme mon fils. Je redécouvre le syndicalisme. Et la protection de l'environnement, la défense des animaux sauvages notamment sont des genres de « hobbies », quoique l'on puisse plus parler d'activisme ou de « supplément d'âme ». La mer et l'océan me parlent beaucoup. Bientôt j'habiterai à deux pas. Peut-être irai-je y surfer plus régulièrement ?

Quel est ton lieu de prédilection ?
Sans conteste « Chez Piccolo », un café-concert et bistrot de village tenu par un ancien clown Jacky dixit Piccolo. On y trouve de tout : des paysans, des agriculteurs, des babas-cool, des circassiens, des routards, des caravanes, des chapiteaux, des chômeurs, des chiens et des enfants... C'est la cour des miracles et j'adore cet endroit. J'y joue régulièrement et je m'y suis marié en 2016.

Quel serait ton rêve le plus fou ? 
Musicalement : retourner à la Nouvelle-Orléans et me produire dans tous les bars de Frenchmen street ! Politiquement : que la forêt redevienne sauvage, que la nature reprenne ses droits sans gâchettes, plombs et gilets orange fluo, si tu vois ce que je veux dire.

Un dernier mot…                                                                     
On a fait le tour non ? Peut-être qu'on aurait pu causer du « timbre » ou du « tone » comme disent les Amerloques. Ou évoquer ce proverbe qui me porte musicalement comme dans la vie « less is more ». Ce sera pour une prochaine fois. Nous en aurons l'occasion j'en suis sûr !

Gilles Blampain – septembre 2020

www.docloublues.com

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