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06/17
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Interview
DAVID EVANS
J'ai entendu un blues et cela a changé ma vie


blues deraime
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Ethnomusicologue, il a rencontré les pères fondateurs du blues ; professeur à l’université de Memphis, il a enseigné l’histoire de cette musique ; producteur, il a enregistré un grand nombre de bluesmen. Il est aussi chanteur et musicien.

Blues Again : Enseignez-vous toujours à l’Université de Memphis ?
David Evans : L’heure de la retraite a sonné pour moi au mois de mai 2012.

Vous êtes venu en France pour la première fois il y a longtemps mais c’était en tant qu’accompagnateur ?
Oui, c’était en1983, j’étais aux côtés d’Hammie Nixon et de RL Burnside. Je me souviens avoir joué à la maison des Cultures du Monde à Paris. Nous sommes aussi allés à Rennes pour nous produire au centre culturel. En 1989, j’étais à nouveau en France avec Johnny Shines. Après au fil des années, je suis revenu de nombreuses fois pour me produire à mon propre compte. Plus récemment j’ai donné une série de concerts grâce à l’initiative de l’association France Louisiane. J’ai fait également quelques concerts sur Paris, organisés avec la complicité d’Hubert Zerosix.

Vous avez certainement rencontré un grand nombre de personnes dans le monde du blues, mais y a-t-il un musicien dont vous auriez aimé faire la connaissance mais dont le destin en a décidé autrement ?
Oui, j’aurais ainé rencontrer  tous ceux qui sont morts trop tôt, avant que je m’intéresse au blues. J’aurais aimé rencontrer Blind Lemon Jefferson, Charley Patton, Tommy Johnson, mais lui j’ai pu m’entretenir avec ses deux frères, ses cousins, ses voisins, ses amis et j’ai écrit un livre à son sujet qui est paru en 1971. Mais j’aurais bien aimé le rencontrer, lui, personnellement. C’est une évidence, mais je peux dire que j’ai beaucoup appris des vieux musiciens que j’ai croisés dans le Mississippi, en Louisiane et ailleurs. Tant dans la pratique de la musique que sur le plan historique

Pourquoi Tommy Johnson en particulier ?
J’ai découvert Johnson dès que je me suis intéressé au blues. Il me semblait être au cœur de la tradition, influencé par certains musiciens, en influençant d’autres.

blues david evans

Pensiez-vous, étant jeune, consacrer toute votre vie au blues ?
Pas vraiment. J’ai commencé par étudier le latin et le grec et puis j’ai entendu un blues et cela a changé ma vie je pense. A partir de ce moment-là je me suis mis à jouer cette musique, à apprendre ce que je pouvais en savoir. Rapidement j’ai rencontré des musiciens, je les ai interviewés. J’ai fait des recherches, mais à cette époque il n’y avait pas d’autres carrières à faire dans le blues que celles de musiciens ou de promoteur. J’ai donc fait une carrière académique, pas seulement autour du blues mais plus largement dans l’ethnomusicologie.

Vous rappelez-vous du premier blues que vous avez entendu ?
Le premier blues que j’ai entendu en live, c’était en 1962. Sleepy John Estes et Hammie Nixon venaient juste d’être redécouverts et ils étaient venus jouer sur le campus de l’Université. Je ne comprenais pas un mot de ce qu’ils chantaient mais le son était tellement super, tout me semblait extra. J’ai eu le plaisir aussi de voir sur scène Mississippi John Hurt et Son House. En 1978 j’ai déménagé à Memphis, et là j’ai rencontré Hammie Nixon. Sleepy John Estes était mort en 1977 et Hammie qui était harmoniciste cherchait un partenaire, c’est comme ça que je suis devenu son guitariste. Cela a duré un peu plus de 5 ans et j’ai même eu le plaisir d’enregistrer quelques titres avec lui. 

Vous jouez de la guitare, du kazoo. Jouez-vous d’autres instruments ?
blues david evansNon, uniquement de la guitare et du kazoo quand je joue seul. J’ai fait des enregistrements avec Little Victor à l’harmonica. Quand je suis à Memphis je joue avec le Last Chance Jug Band avec qui j’ai gravé le CD Match Box Blues en 1997. 

Votre plus récent CD Needy Time date de 2007, mais on y trouve des enregistrements des années 60…
En effet on y trouve des titres enregistrés en 1964 et1967. Il y a aussi ‘Bottle Up And Go’ gravé avec Hammie Nixon en 1979. Mais il y a beaucoup d’enregistrements plus récents comme ‘Highway 51’ fait à Paris en 2007 à l’Eclipse studio en compagnie de Little Victor à l’harmonica, et des titres enregistrés à Memphis avec le Last Chance Jug Band.

En tant qu’ethnomusicologue il y a encore certainement beaucoup à dire sur le blues, mais y a-t-il encore des choses à découvrir ?
Je pense qu’il y a encore des gens qui ont une mémoire historique du vieux country blues. Il y quelques années, j’ai rencontré un homme qui avait 101 ans et qui m’a raconté qu’il avait l’habitude de louer les services de Blind Lemon Jefferson pour animer des parties. Il n’existe malheureusement pratiquement plus de vieux musiciens de country blues. Le blues s’est urbanisé, et puis c’est devenu à présent une musique d’envergure internationale, mais il y a de temps à autre des revivals ou bien des gens comme moi qui font vivre la tradition. Il y a de bons musiciens un peu partout, notamment en Europe.

Peut-on dire que le blues est la musique mère ?
Le blues est la matrice de nombreuses musiques populaires qui ont vu le jour au cours du 20ème siècle et ça continue au 21ème siècle.

Vous jouez des deux côtés de l’Atlantique. Voyez-vous des différences entre les publics ?
En France je pense que les gens prennent la musique un peu plus au sérieux. Ils savent ce qu’il y a derrière, ils ont une connaissance historique de cette musique. Ça tient à la diffusion et au développement de la musique ; les théâtres, les salles de spectacle ont eu une part importante dans cette approche en Europe. En Amérique les gens sont plutôt là pour boire un coup, faire la fête, ça s’admet aussi, c’est la tradition. Je joue dans un style, disons historique, et je me considère évidemment comme un musicien contemporain, mais j’aime bien que les gens qui viennent m’écouter apprécient les deux aspects, dans ce sens je pense que les européens sont plus réceptifs.

En effet vous ne jouez pas qu’en France…
Je me produis bien sûr aux USA, mais aussi en Amérique du Sud. L’an dernier par exemple, j’ai joué en France mais également en Allemagne, en Autriche, en République Tchèque, en Italie et même en Ethiopie…blues david evans

Dans votre répertoire vous reprenez ‘On The Road Again’ qui rappelle immédiatement Canned Heat. Vous avez entretenu une longue amitié avec Alan Wilson …
C’était un très grand ami. Alan et moi avons découvert le blues à peu près au même moment. Nous nous sommes rencontrés chez un disquaire en 1962 ou 1963. Nous recherchions les mêmes disques de blues, nous avons échangé nos idées et nos points de vue sur la musique, et à l’évidence nous avions des goûts communs. Bien évidemment nous n’avons pas tardé à jouer ensemble. Par la suite nous sommes partis en Californie à peu près à la même époque, moi c’était pour poursuivre mes études, Alan, lui, a rejoint Canned Heat pour devenir professionnel. Les autres membres du band sont devenus eux aussi des amis proches, avec qui j’ai souvent joué.

Vous auriez donc pu devenir un membre de Canned Heat ?
Cela aurait été une possibilité mais à l’époque je suivais mes cours à l’université et je n’avais pas d’autre ambition, je n’ai jamais envisagé devenir musicien professionnel, mais je n’ai jamais rompu les liens avec eux. Aujourd’hui, beaucoup des musiciens de Canned Heat ont disparu mais je suis toujours en contact avec Fito De La Parra, le batteur, et Larry Taylor, le bassiste, derniers membres du band originel.

Vous connaissez des milliers de chansons. Y en a-t-il une que vous placez au-dessus des autres ?
Oh, question difficile et délicate. Il y en a tellement. Peut-être Big Road Blues ou Catfish Blues, mais il y en aurait tant d’autres à citer.

Gilles Blampain

www.myspace.com/uncledavidevans

Publications de David Evans:
Tommy Johnson (London: Studio Vista, 1971). Big Road Blues: Tradition and Creativity in the Folk Blues (Berkeley: University of California Press, 1982; paperback ed., New York: Da Capo, 1987). “The Coon in the Box”: A Global Folktale in African-American Tradition, by John Minton and David Evans (Helsinki: Academia Scientiarum Fennica, 2001). The NPR Curious Listener’s Guide to Blues (New York: Perigee, 2005. David Evans, ed.), Ramblin’ on My Mind: New Perspectives on the Blues (Urbana: University of Illinois Press, 2008).

 


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