Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

05/17
Chroniques CD du mois Interview: ERIC LAVALETTE Livres & Publications
Dossier: BLUES & FLAMENCO (suite) Portrait: LITTLE WALTER Interview: SUZY STARLITE & SIMON CAMPBELL
 


Interview
CHARLES PASI
Changer de public, c'est stimulant


blues deraime
blues deraime
blues deraime
blues jerry deewood





Après avoir retaillé différentes facettes du blues dans son précédent CD, Charles Pasi nous entraîne cette fois-ci dans des contrées où jazz et funk dessinent le paysage.
Constamment entre nonchalance et fougue, en s’affranchissant des contraintes l’ensemble donne un album élégant.

Blues Again : Chant, guitare, harmonica, un peu de clarinette, mais encore ?
Charles Pasi : Oui, la guitare est l’instrument avec lequel je compose, j’en joue un peu sur scène également, la clarinette effectivement je m’y étais mis, ça a duré un an, c’était une époque où j’avais un peu une boulimie de musique et je voulais toucher un peu à tout, j’avais commencé par faire le tour des instruments, après la clarinette je suis passé à la trompette, mais en fait je n’ai aucun feeling avec cet instrument, je voulais passer au saxophone mais j’en suis resté là. Et je suis toujours harmoniciste.

Zone de Texte:Pourquoi avoir intituler ton nouveau CD Uncaged ?
C’est venu du fait que j’avais l’étiquette blues qui me collait un peu. C’est une musique que j’adore, que j’ai écoutée, étudiée et jouée mais j’ai écouté aussi plein d’autres styles que j’affectionne et je ne voulais pas rester coincé dans un carcan. Donc Uncaged (sorti de la cage), c’est pour aller vers d’autres genres. Concrètement dans quel bac va-t-on mettre ce disque ? Certains disquaires le mettront en blues d’autres en funk, d’autres encore en variétés internationales. A eux de choisir.
J’ai fini le CD en août 2009, après il y a eu différentes mises au point, il a fallu trouver et signer avec un distributeur, c’est pour ça qu’il ne sort qu’en 2011. Mais c’est souvent le cas quand on est en autoproduction, ça n’a rien d’anormal. 

Il y a eu une grande rencontre sur ce CD : Archie Shepp. Tu souhaitais sa participation, tu lui fais parvenir une démo, il accepte et en plus il veut faire deux titres avec toi…Quand on côtoie un ‘monument’ comme Archie Shepp, que ressent-on ?
On apprend plein de trucs. Déjà, la façon dont il arrive au studio, le calme et la classe à l’ancienne. Je me suis d’ailleurs senti un peu con, parce que moi en studio je suis presque en pyjama pour être décontracté. J’étais en survêtement avec un t-shirt et des baskets dégueulasses et je le vois arriver en costard trois pièces avec un pardessus et un chapeau, l’étui du sax à la main. La super classe ! Ça montre le respect qu’il porte à quelqu’un qui n’est pas grand-chose, car finalement il ne me connaissait pas. En plus ce n’était pas l’aspect financier qui a dû l’attirer. Il s’installe dans le studio et dit : « faites tourner un peu le morceau », il monte son saxophone doucement, très calmement, il prend tout son temps et quand il se met à jouer on a besoin de deux prises. On en a fait une qui était très bonne qui m’allait, mais il a dit : « non en en fait une deuxième » et là il a fait un truc, whoa ! j’étais a deux doigts de pleurer. Bien sûr, j’ai gardé cette deuxième prise.

A part Archie Shepp, qui sont les musiciens qui ont participé à l’enregistrement du CD ?
Il y a le fidèle John Grandcamp à la batterie et Jimmy Sopho le bassiste qui étaient déjà sur le CD précédent. Ça fait des années que nous tournons ensemble. Jim Grandcamp, le frère de John est à la guitare. Fred Dupont est aux claviers. Le pianiste Julien Brunetaud est venu pour deux titres, et je suis particulièrement content de ce qu’il a fait.

Où le disque a-t--il été enregistré ?
Au studio LDC à Montreuil. Un lieu très agréable, un superbe studio parce que contrairement aux studios parisiens qui sont souvent dans des caves et où on ne se sent pas forcément à l’aise, là on est dans le cadre d’un atelier d’artiste, il y a donc beaucoup d’espace et on s’y sent vraiment bien.

Zone de Texte:Sur ton CD il y a ‘Old Lady Paris’, un titre dans lequel tu fais un drôle de portrait de Paris…
C’est la métaphore d’une vieille femme un peu aigrie qui aurait mal vieilli, parce que je trouve que Paris est de plus en plus inaccessible, y compris pour des gens qui ont un travail et qui gagnent de l’argent, qui ont fait de longues études et qui ont un salaire. Ça devient une ville qui n’est plus à l’échelle des gens normaux. J’entends par là des gens qui gagnent leur vie. Il y a des difficultés à se loger, pour boire un verre, dans n’importe quel bar, on te met 2 cl de whisky et ça coûte 10 Euros. C’est une ville où je me sens un peu complexé, car je gagne un peu ma vie et parfois j’ai l’impression d’être un clochard. Dans cette chanson je dis en gros que j’ai aimé cette ville et que je ne l’aime plus. Dans les  bars il ne faut pas faire de bruit et fermer sa gueule, une fête à la maison c’est plus possible non plus, les flic arrivent tout de suite. La qualité de vie n’est pas là. Si je compare avec des villes de province où je me produis on a l’impression que c’est beaucoup mieux ailleurs.

Comme tu voyages pas mal où te sens-tu le mieux ?
En Espagne par exemple, c’est plus festif, la ville appartient aux gens. Au Canada c’est aussi plus relax.

Après l’Italie, l’Espagne, le Canada, la Hongrie, les Pays-Bas, as-tu découverts de nouvelles contrées ?
Là je reviens de Suisse et de Belgique. J’ai découvert la Russie où j’ai donné une série de concerts, je suis tombé amoureux de ce pays. Je suis allé à  Ekaterinbourg, Tcheliabinsk, et Tioumen. On va refaire ces trois villes en mai, avec Saint Petersbourg en plus.

Tu as un tourneur, là-bas ?
Oui ! C’est une histoire dingue, je l’ai rencontré dans la rue. Je testais un micro rue Oberkampf pour des copains qui avaient des problèmes de sono, ce sont des chanteurs de ragga, ils faisaient tourner une boucle et ils m’avaient demandé de tester le micro pendant qu’ils vérifiaient les branchements. J’ai donc chanté 40 secondes, je ne sais même plus ce que c’était. Et là, s’approche une belle dame blonde d’une quarantaine d’années : « Bonjour, je travaille comme attachée culturelle à la ville d’Ekaterinbourg et également avec l’Alliance Française. Est-ce que ça vous dirait de venir jouer en Russie ? ». Je lui demande si elle ne veut pas entendre ce que je fais, et elle me répond : « mais j’ai entendu ce que vous venez de faire et j’ai beaucoup aimé ! ». C’est le coup de bol. Peu de temps apès je lui ai quand même envoyé mon CD, elle a aimé. On a donc fait deux tournées en Russie et bientôt une troisième.

Comme quoi dans Paris il se produit quand même des évènements…
Oui, c’est vrai. Il faut sortir, même si j’ai été un peu dur tout à l’heure.

Ecris-tu facilement ou es-tu besogneux au niveau de l’écriture ?
Ça dépend ! Il y a des titres qui viennent comme ça, d’un trait et puis il y des morceaux qui sont longs à venir et qui peuvent macérer 6 mois. Un bout texte sur une feuille qui met très longtemps à s’étoffer peut rester dans un tiroir. Mais je ne peux pas dire que ceux qui sortent d’un premier jet sont mieux au niveau de la qualité. Il n’y a pas de règle. Je ne suis pas un grand prolifique, ni un rapide.

Travailles-tu en solitaire ou as-tu besoin de collaborateurs ?
Non, je suis souvent tout seul pour toute la base du morceau, après j’ai besoin de mes musiciens pour les arrangements, pour voir ce qu’ils en pensent. Le batteur disant « le riff je le verrai plutôt comme ça », le guitariste : « ce serait peut-être mieux un arpège plutôt que de faire claquer la corde ». On fait tourner le morceau, c’est un travail intéressant. On structure et j’écoute leurs conseils car ce sont vraiment de bons musiciens.

Dans Uncaged on entend diverses ambiances musicales. Il y a des ballades, on passe du jazz au funk, il y même des phrasés raggamuffin dans certaines chansons, il y a aussi du rock, ça vient de différents horizons et ça fait un savoureux mélange…
C’est vraiment ce que je voulais, c’est ce qui est venu, ce n’était pas prémédité. J’ai composé en fonction de mes humeurs et il se trouve qu’elles sont assez changeantes. Certains m’ont conseillé de mettre tous les titres doux ensemble et les plus rythmés après. Moi, j’ai préféré mélanger les genres, l’effet de prendre une baffe après une ballade, c’est moins chiant.

Zone de Texte:  Tu dis aimer toute la musique afro-américaine du spiritual au hip hop, adorer également le tango, le jazz manouche et la musique klezmer. Est-ce que tu joues ces musiques là ?
En ce moment j’écoute Hugo Diaz, un harmoniciste de tango magnifique, et effectivement je m’y mets, assez inconsciemment. Quand je prends mon harmo, j’ai des phrases de Diaz qui viennent. Des phrases qui me sont entrées dans l’oreille et qui resurgissent. J’aimerais bien, pas pour y faire carrière, intégrer un groupe de tango pour voir ce que je pourrais faire, c’est une musique très soul. Effectivement, j’adore également le manouche et la musique yiddish.

Toi qui voyages beaucoup ressens-tu des différences entre les publics, de l’Espagne au Canada, de l’Italie à la Russie ?
Oui, il y vraiment des différences. En France quand on joue une ballade dans un club, il y a une attention de la part du public, parce qu’il y a certainement un vrai ressenti de la chanson intimiste. En Espagne j’ai plus l’impression que c’est le moment d’aller boire un coup. Ce n’est pas que les Espagnols aiment moins la musique mais ils aiment danser. Le public français peut faire peur car c’est un public très attentif, quand tu es sur scène, tu te demandes « est-ce qu’ils aiment ou est-ce qu’ils se font chier ? » et puis on se rend compte à la fin du morceau qu’ils ont aimé, ou pas aimé, en fonction des applaudissements. Il y a des différences culturelles. En France les gens sont un peu inhibés comparés aux Espagnols ou aux Canadiens qui se lâchent plus facilement. Chez les Anglais et les Irlandais, dans les clubs il faut gueuler, faire ce qu’ils aiment. C’est dur de les avoir. Pour les anglo-saxons la musique est quelque chose de naturelle. Pour moi ce qui est bien, c’est de changer de public, c’est stimulant.

Pour communiquer avec le public, en Italie tu parles italien, en France, français, pour les autres c’est systématiquement l’anglais ?
Non en Espagne j’arrive à bien parler la langue maintenant, sinon, oui en anglais. Avec les Russes ce qui est surprenant c’est qu’ils sont vraiment amoureux de la France et ils aiment entendre la langue française. Moi, j’arrive là-bas, je chante en anglais, alors qu’ils ont une histoire récente avec les Etats-Unis qui est assez forte et un peu particulière, c’était donc un pari pour moi, mais finalement ça marche bien. Et puis le public me demande des chansons en français, beaucoup plus qu’en France, au Canada, en  Espagne ou en Italie. C’est le seul public devant lequel j’ai chanté en français, j’ai fait une reprise de ‘La Javanaise’ de Gainsbourg, parce que je voyais que ça leur tenait à cœur.

Les titres de ton disque font naître des images, n’es-tu pas tenté par la musique de film ?
Ce n’est pas la première fois qu’on me le dit. C’est vrai j’ai composé dernièrement deux trois titres qui font « musique de film » quand on les écoute. J’adore le cinéma, je vois beaucoup de films, ça vient peut-être de là, vas savoir d’où viennent les influences. Mais c’est sûr, ça m’intéresserait beaucoup de travailler pour le cinéma. Cependant, attention pas avec n’importe qui pour faire n’importe quoi.

Gilles Blampain

www.myspace.com/charlespasi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


blues charles pasi