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09/17
Chroniques CD du mois Portrait: WILLIE MABON Livres & Publications
  Dossier: EXCELLO RECORDS  
 


Interview
C J CHENIER
Sur scène c’est la fête !


blues deraime
blues deraime
blues pierre lacocque
blues pierre lacocque





Pas facile d’être le fils d’une légende. Sans faire oublier son père, il a su depuis longtemps se faire un prénom avec seulement deux initiales. Un artiste inspiré et talentueux, qui continue à faire vibrer le zydeco, cette musique qui vous fait remuer comme un alligator dans une mare de sauce piquante.

Blues Again : Bonjour C.J, parles-tu français ?
CJ Chenier : Non, mon père parlait français car il a grandi dans un milieu créole en Louisiane où c’était la langue de tout le monde, mais moi je suis né et j’ai grandi au Texas avec ma mère et nous étions assez éloignés de ce milieu linguistique.

S’appeler Chenier et être le fils du Roi du zydeco, est-ce facile ?
C’est facile pour moi, car je n’ai jamais essayé d’entrer en compétition avec mon père, je sais que c’est impossible. J’essaye seulement de bien faire et de continuer ce qu’il a fait.

À quel âge as-tu commencé à jouer de l’accordéon ?
J’ai débuté par le saxophone à l’âge de 10 ans et j’ai commencé à jouer de l’accordéon à 27 ans. J’ai suivi des études musicales et je me voyais bien faire carrière dans le jazz. À la veille de mon 21ème anniversaire, sans me forcer la main, mon père m’a demandé d’intégrer son orchestre avec mon saxophone.

A part ton père qu’elles ont été tes influences majeures ?
Il a été ma seule influence, je n’ai écouté que lui. Mon père disait : « Quoique tu mettes dans l’instrument, c’est ce qu’il en sortira ». Quand il voulait en tirer un blues, il le faisait sortir, quand il voulait jouer une ballade, il la jouait avec un son doux et agréable, et quand il voulait jouer le zydeco c’était comme s’il arrachait les sons de son accordéon. En 1987 à la mort de mon père, j’ai hérité de son accordéon et du Red Hot Louisiana Band.

Joues-tu toujours sur l’accordéon de ton père ?
Non, il est à la maison, il est trop vieux, je ne voudrais pas risquer de l’endommager. J’en utilise un autre sur scène, c’est un Baldoni de fabrication italienne dont j’aime sa sonorité.

N’y a-t-il pas de fabrications américaines qui te conviennent ?
J’ai rencontré des fabricants Américains et je leur ai demandé de me faire un instrument qui sonne comme l’accordéon de mon père, je n’ai pas obtenu satisfaction, je me suis donc replié sur un Baldoni.

Pourquoi l’accordéon est-il l’instrument vedette dans le zydeco ?
Je ne sais pas, c’est comme ça, c’est la tradition. Pour le zydeco c’est l’accordéon qui joue la mélodie et le washboard qui donne le rythme. C’est ce mariage des deux qui donne l’entrain, qui fait la fête, c’est le gumbo yaya. Il n’y a pas d’école pour ça, tu écoutes la musique, tu la ressens et tu la joues, et puis tu vas au Fais Dodo pour jouer et pour danser.

Vu le poids de l’instrument, est-ce dur de rester longtemps sur scène ?
Oui, l’instrument doit peser dans les 14 ou 15 kilos, mais au fil des ans on s’y fait, la pratique fait le reste.

Tu joues sur un accordéon chromatique, d’autres jouent sur un accordéon diatonique. Est-ce un autre état d’esprit, une autre façon de jouer ?
C’est à la fois un autre état d’esprit et une autre façon de jouer. Avec un diatonique, il faut renforcer la rythmique avec une batterie par exemple. Moi j’ai appris l’accordéon piano avec mon père. Mais pour être franc ça ne change pas le feeling, c’est juste une question de tempérament. 

Où puises-tu ton inspiration quand tu composes ?
Mon inspiration vient de tout ce que j’ai entendu quand j’étais jeune : James Brown, Kool and the Gang, Miles Davis, Clifton Chenier…

Tes disques sont pleins de soul music, de funk, comment vois-tu l’évolution du zydeco ?
Je crois que c’est un courant qui prend de l’ampleur, plus les gens écoute du zydeco, plus ils se rendent compte que c’est une musique pour faire la fête et être heureux. Mais il faut reconnaître qu’on n’en entend pas beaucoup à la radio, alors les musiciens sont obligés de tourner pour en vivre et la faire entendre. Je pense que tôt ou tard les programmateurs se diront que ce n’est pas si mal et ils en mettront sur leurs antennes.

Né du mélange de musique cajun et de rhythm’n’blues, de jeunes musiciens introduisent maintenant dans le zydeco, du rap, du reggae, que penses-tu de cela ?
C’est la vie et chacun a son vécu. Un jeune qui a grandi en écoutant du rap ou du reggae, même si par goût il joue du zydeco, il a ses propres acquis et il injecte d’autres sonorités dans le zydeco. Selon le feeling, la musique évolue. Et puis il y a les femmes comme Queen Ida, Little Ann, Lady D, qui apportent une autre sensibilité.

Le zydeco est très présent en Louisiane, qu’en est-il en dehors cet Etat ?
En dehors des radios louisianaises, le zydeco n’est pas très présent sur les ondes dans les autres Etats. Par contre un peu partout aux USA, selon l’importance de la communauté louisianaise de l’endroit, il y a des organisations et des clubs. On trouve ces fans clubs ou ces sociétés de danse dans différentes villes, au Texas, en Virginie, à Washington DC, à Chicago, en Californie, où les gens se retrouvent pour écouter la musique du pays.

Tu fais plus de 200 concerts par an. Comment est le public en dehors de la Louisiane ?
En Louisiane, on entend du zydeco un peu partout, alors je dirais que c’est mieux en dehors de la Louisiane où les gens n’en entendent pas souvent. Ils sont contents quand il y a un concert qui passe, ils savent qu’ils vont passer un bon moment. Le zydeco n’est pas une musique qu’on écoute en restant assis. C’est lève-toi, enlève tes chaussures et danse toute la nuit. On est là pour faire la fête et s’amuser.
C’est bien aussi de venir jouer en Europe. Je sais qu’en France le public aime bien le blues et les musiques roots et qu’il apprécie le zydeco. J’aime bien l’atmosphère qui règne en France. J’y suis venu pour la première fois en 1979 avec mon père. Par la suite j’y suis revenu plusieurs fois et j’y ai pas mal tourné.

Dans tes concerts, y a-t-il parfois des invités impromptus qui viennent jouer avec toi ?
Au risque de me répéter, le zydeco est une musique de fête, alors si dans l’assistance il y a quelqu’un qui joue de la guitare, de l’harmonica ou du washboard et qui veut monter sur scène avec nous, il est le bienvenu.

Y a-t-il beaucoup d’improvisation sur scène ?
Oh oui, toujours. On sait que dans un morceau, il y a un début et une fin mais entre les deux on fait ce qu’on veut.

Peut-on dire que le fossé s’est creusé entre les musiciens Cajuns et les musiciens de zydeco et que la musique cajun s’est un peu figée dans le temps tandis que le zydeco a continué d’évoluer ?
Dans un sens on peut dire que le fossé s’est creusé entre les musiciens cajuns et zydeco parce qu’il y a moins de contact entre ces musiciens vu qu’ils ne jouent pas dans les mêmes endroits. Les Cajuns jouent dans un style traditionnel tandis que les joueurs de zydeco explorent d’autres voies. Je ne dirais pas cependant que le Cajun est figé, simplement les musiciens traditionnels blancs jouent autrement. Un homme comme Steve Riley a fait beaucoup pour cette musique, il a écouté aussi ce que faisait Clifton Chenier et il a fait avancer la musique cajun. Et puis les publics sont différents, mais des fois les amateurs de cajun vont écouter un concert de zydeco et vice versa.

Tu as joué avec Steve Riley …
Oui, il n’y a pas vraiment de barrière, nous nous rencontrons. J’ai joué du saxophone sur un de ses disques et lui vient aux concerts de zydeco. On disait tout à l’heure qu’il y avait moins de contacts entre musiciens des deux styles mais il y a quand même des échanges. Rien n’est totalement fermé.

Tu as aussi joué avec d’autres musiciens comme Zachary Richard ou Sonny Landreth ?
Oui nous nous rencontrons de temps en temps avec Zachary, Wayne Toups et d’autres Cajuns. Avec Sonny Landreth nous avons joué dans le même orchestre en tournée, je jouais de l’accordéon, du saxophone et des claviers.

Tu disais avoir souvent tourné en France, y a-t-il des endroits qui t’ont marqué ?
En effet, j’ai pas mal tourné dans votre pays, j’aime bien vos bâtiments et vos monuments. J’aime bien la tour Eiffel., mais je ne saurais pas nommer tous les endroits dans lesquels je suis passé.

Gilles Blampain et Alain Hermanstadt – septembre 2009    

www.myspace.com/cjchenier

Discographie
Too much fun / Alligator - 1995
The big squeeze / Alligator - 1996
Step it up / Alligator - 2001
The desperate kingdom of love / World village - 2006