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été 17
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Interview
BROKEN BACK DADDY


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BLUES BROKEN BACK DADDY
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Swing, blues, boogie, Lillois ou Illinois, un band qu’on peut étiqueter Ch’ticago blues. Le sort du groupe a été scellé par un lumbago mais leur musique ferait se redresser un bossu.

Blues Again : Comment le groupe est-il né ?
Broken Back Daddy : A la fin du siècle dernier, nous étions 3 collègues de la même boite qui nourrissions des rêves d'évasionblues broken back daddy : Stéphane, Jean-Philippe et un troisième larron, Fred.
On s'était fait une soirée guitare, qu'on a renouvelée la semaine suivante, puis toutes les semaines et on n'a plus arrêté. Stéphane était déjà très branché blues et Jean-Philippe venait de découvrir l'étendue de ce genre; on a écrit une première chanson ‘Couldn't Sleep Last Night’ qu'on joue encore parfois... Quelques mois plus tard, Fred s'est acheté une batterie sur un coup de tête et Stéphane a revendu une basse à Jean-Philippe: tout-à-coup nous étions un groupe.
On répétait dans la cave de Fred... Puis on a loué un studio de répétition dans une structure municipale des environs, La Boîte A Musiques... C'est là que nous avons rencontré Mathias, le Goon Mat de « Stinky Lou », qui nous a trouvé notre premier concert payé, en mai 2003 dans un bar de Tourcoing.

Comment les autres sont-ils arrivés ?
Stéphane et Jean-Philippe voulaient se produire régulièrement, Fred n'a pas souhaité continuer dans cette voie et a donc quitté le groupe. A partir de là, Broken Back Daddy a connu différentes phases en fonction de son effectif. : On a cherché un batteur... et on a trouvé un harmoniciste, Laurent ! Mathias, le Goon Mat, a assuré la batterie pour quelques concerts, jusqu'à ce qu'on rencontre David qui jouait avec un autre groupe dans les mêmes studios... On a tourné à 4 pendant 2-3 ans... Jean-Philippe n'était pas efficace en bassiste-chanteur, on a donc cherché un bassiste : ce fut Jean-Baptiste, qui fait maintenant du hard-rock avec les Sticky Boys. Hugues avait lui aussi un groupe qui répétait à La Boîte A Musiques : on est devenu copains et il a fini par nous rejoindre... Le dernier arrivé est Olivier, présenté par Stéphane et qui a remplacé Jean-Baptiste parti pour finir ses études. Tout a été affaire de circonstances, de rencontres et de feeling. Et au final, le groupe a toujours été avant tout soudé par de l'amitié. Nous sommes de grands affectifs !
Le noyau du groupe à partir duquel BBD a développé son identité actuelle date de 2004, notamment avec l'arrivée de Laurent à l'harmo. Le groupe est stabilisé dans sa composition actuelle depuis 2009.

Qui imprime la couleur musicale du groupe ?
En ce qui concerne la couleur musicale, disons que c'est une alchimie qui résulte de ce que chacun apporte de ses influences, tout en préservant une certaine fidélité aux « canons » du blues.

Pourquoi le choix de ce nom ?
On n'avait pas de nom avant qu'on ne commence à se produire... Un jour, Jean-Philippe est arrivé avec un méchant lumbago, et il a plaisanté là-dessus : « les mecs maintenant on est Broken Back Daddy... »... Ce nom a été adopté spontanément. Ou comment faire d'un lumbago le début d'une longue histoire.

Qui sont les membres du groupe ?blues broken back daddy
Stéphane: guitare. Il a longtemps voué un culte aux icônes noires du blues.
Hugues: officie à la guitare également. Il s'est abreuvé des sons de Clapton et Knopfler mais son amour de la guitare l'amène bien au-delà ! Il chante également sur un titre du CD.
Jean-Philippe: chant. Il a nourri sa culture musicale (et ses rêves de gloire...) avec la musique anglaise des années 60, particulièrement les Beatles. Son goût pour l'écriture fait de lui le parolier du groupe.
David: batterie. Mais il a été claviers dans un groupe pop, clarinette dans des fanfares, gratouilleur etc... Il aime la musique, point ! Musicien sensible, il vit aussi la musique comme une histoire d'amitiés, de potes... donc il aime aussi la bière !
Laurent: harmo. Il est le seul du groupe à avoir une fiche de paie et des cotisations de retraite pour avoir fait « pouêt-pouêt » avec son harmo dans un album des Frères Guissé... Doté d'un vrai sens musical et du spectacle ! Ne lui dites surtout pas qu'il est sublime: il le sait !
Olivier: bassiste élastique. Très éclectique dans ses goûts musicaux... il adore les impros groovy jusqu'au bout de la nuit dans les ambiances enfumées.

Quelles ont été vos influences ?
Le répertoire s'est construit sur la base du Chicago blues (Muddy Waters, Junior Wells et Buddy Guy, Magic Sam, Otis Rush, Luther « Guitar Jr » Johnson, John Primer, Magic Slim...). Mais lorsqu'on « compose » avec ce que ça nécessite d'arrangement musical, les influences de chacun interviennent forcément.

Où et quand avez-vous fait votre premier concert?
Compte tenu des différentes phases du groupe, il y a eu pas mal de « premiers concerts »... Toutefois, le premier véritable concert avec Broken Back Daddy à l'affiche a eu lieu le 15 mars 2003 à l'Irish Bar, du côté de Lille... C'était encore en trio avec Fred à la batterie... On a joué en échange d'un dîner de croque-monsieur et de bière à volonté... L'Irish Bar était un lieu très accueillant pour tous les musicos du coin... il y avait des jams interminables où 10 guitaristes jouaient en même temps, mais où manquaient toujours chanteurs, bassistes et batteurs...Un bar à pochtrons, bien crade, où les flics débarquaient systématiquement parce que les voisins se plaignaient ! Jacky, le patron aux vagues origines irlandaises, avait un vieux chien qui parfois venait déposer son étron devant les musiciens... Un endroit mythique !

Maintenant combien de concerts par an ?
On a un objectif raisonnable de un -voire deux- concerts par mois... Ça permet de jouer régulièrement tout en assurant nos diverses obligations par ailleurs. Après tout, on n'est qu'un groupe amateur avec des vies de bons pères de famille pour la plupart d'entre nous.

Quelle a été votre plus belle expérience sur scène ?
De façon assez unanime, c'est le concert de Dakar... Se retrouver sur scène à Dakar devant 2500 Sénégalais qui n'écoutent pas du blues tous les jours... Quand on a demandé de braquer les projecteurs sur eux, un frisson nous a envahi de voir cette foule rassemblée devant la scène... Sur le coup, on n'en menait pas large mais les gens ont aimé ! Alors, ce n'était certainement pas notre meilleure prestation mais en termes d'expérience elle reste unique, chargée de symbole et d'émotion !

D'autres bons souvenirs de scène ?
Une jam avec les Frères Guissé, sur la scène du Just 4 You, un club de Dakar... La vidéo est d'ailleurs sur notre site internet, et sur YouTube... Mais dans les bars ici et là, on vit parfois des moments marrants aussi : il y avait ce vieux fan roubaisien s’écroulant ivre mort dans les micros, ou cette longue file de verres de bière offerts par un public belge conquis, et notre angoisse à l'idée qu’il faudrait tout boire pour ne froisser personne...
La proximité, le sourire des gens, les gens qui dansent…ou encore la simple convivialité des endroits où les gens viennent écouter de la musique en buvant un verre...
Mais surtout quand il se passe quelque chose d'inattendu sur le plan musical, un de ces moments uniques qui se produisent on ne sait pas pourquoi ni comment : un soir, par exemple, David et Olivier ont improvisé un duo basse-batterie sur le final de ‘Good Morning Little School Girl’... Ou encore des échanges guitares/harmos sur un boogie qui roule bien... On en vibre encore longtemps après...

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Et les mauvais trips ?
Un petit festival en Belgique : pas grand monde dans la salle, mauvaise sono et ça ne prenait pas... Le temps semble interminable dans ces moments !
Ou encore un concert dans un bar tellement étroit qu'on a joué en file indienne dans l’axe de la porte des toilettes...Très… underground !
Et d'une manière générale, les concerts où on a joué devant... à peu près personne... et il y en a eu un certain nombre !

En quoi la scène est-elle indispensable ?
La musique reste un moyen d'expression : avoir un public c'est donc avoir quelqu'un à qui s'adresser... Il faut admettre aussi qu'il y a toujours quelque chose d'un peu narcissique, mais c'est à double tranchant : parfois ça nous encourage, parfois on n'est pas très fiers !
Alors la scène c'est toujours une certaine prise de risque et donc une poussée d'adrénaline...

Broken Back Daddy, plaisir et partage de la musique ou entreprise professionnelle ?
C'est clairement la première option : c’est une aventure humaine, amicale, basée sur la musique... à moins que ça ne soit une aventure musicale basée sur l'amitié ?
Toutefois, à partir du moment où on se produit, cela oblige d'une certaine façon à adopter des modes de fonctionnement professionnels: dans le respect des engagements, du public, de la réglementation etc... Ça consiste également à prospecter, négocier, tenir un agenda... On perçoit des petits cachets, on a donc une comptabilité, un numéro Insee... Il a fallu faire différentes démarches et monter un petit budget pour réaliser notre album... Aujourd'hui il faut en assurer la promotion... Ça ressemble beaucoup à l'activité d'une entreprise, une nano-entreprise en quelque sorte. Mais nous sommes des amateurs, ce qui veut dire aussi qu'on ne vit pas de notre musique, et que pour jouer on est souvent contraints d'accepter des conditions peu gratifiantes. Il est arrivé aussi qu'après un cachet de misère on soit encore obligés de payer nos bières ou nos sandwichs au patron du bar ! That's what they call the blues, man!

Répétez-vous beaucoup?
On répète 3 heures chaque semaine, de façon assidue, et ça dure depuis que le groupe est né...
Comme dit Laurent : L’osmose c’est un truc de journaliste pour faire rêver le lecteur. Le groove est le résultat d’un travail long et besogneux ! Ce qui revient à admettre qu'on a encore du pain sur planche !

3 ou 4 musiciens ou chanteurs de référence qui font l’unanimité dans le groupe…
Difficile à nous 6 de dégager un avis unanime...Toutefois, on peut citer Muddy Waters, bien sûr, mais aussi Junior Wells, Buddy Guy, Luther Gr Jr Johnson, Magic Sam, Howlin' Wolf, BB. King... et Les Frères Guissé : pas du blues à priori, mais ils sont super-bons !

Comment définiriez-vous le style du groupe ?
On se présente comme un groupe de Chicago blues. Bien sûr nous avons construit notre identité musicale sur cette base mais aujourd'hui on recherche plus une cohérence « blues » que de coller à un style. Alors disons : un blues de la middle-class XXIe siècle, mâtiné de l'humeur des corons... d'ailleurs nous sommes membres de la Ch’ti Blues Society (authentique : ça ne s'invente pas).

Comment est né le CD ‘Scruffy Cat Blues’ ?
On avait enregistré une démo 5 titres en 2008 pour prospecter les bars de la région, mais elle commençait à dater sérieusement...blues broken back daddy On avait besoin de quelque chose de nouveau, qui soit une bonne représentation de ce qu'on fait aujourd'hui... un produit consistant qui nous permette d'élargir un peu notre horizon... D'autre part nous voulions que nos compositions en constituent l'essentiel, à la fois pour nous démarquer et pour avoir une « expression » personnelle. Nos chansons naissent parfois facilement, parfois plus laborieusement... Nous les mettons en place et nous les fignolons au fur et à mesure des répétitions et des concerts. La musique et les arrangements sont un travail collectif : on démarre le plus souvent sur un riff de Stéphane, puis chacun a apporté sa contribution petit à petit... Côté textes, Stéphane a écrit ‘Frozen Shoes’, Jean-Philippe a écrit les autres... On y raconte des histoires parfois personnelles, en essayant d'y mettre de l'humour, de l'ironie, de l'autodérision.
Avec les chansons retenues pour le CD, l'objectif était d'avoir un éventail assez large de rythmiques et de tempos, et que chacun des solistes puisse s'exprimer. Au final, nous avons placé 6 compos, auxquelles nous avons ajouté 4 reprises qui montrent notre attachement au Chicago blues. Tout a été enregistré en une journée, en janvier 2015, chez un ami, Arnaud Dervaux, dont le studio était aménagé dans la cave de ses parents (chez nous, tout commence dans une cave !...)
Arnaud est un excellent ingé-son, très professionnel et très ouvert à ce que nous voulions obtenir... Nous avons fait 4 prises en moyenne par titre, en direct, pour garder une certaine spontanéité, ça a été une très grosse journée de travail... Puis il y a eu 3 mixages successifs au cours des semaines suivantes... Enfin, la jaquette a été réalisée par Jean-Philippe et Olivier, avec à l'esprit l'idée d'un graphisme « rough », quelque chose de fait « à l'arrache », qui corresponde à la spontanéité du contenu... Quand le disque est sorti de fabrication, on ne savait pas trop s'il fallait appeler ça un album ou une démo : ça ne nous paraissait pas assez « travaillé » pour être un album, trop consistant pour une simple démo... Mais il a été accueilli comme un album et plus chaleureusement qu'on ne s'y attendait...donc voilà, c'est devenu notre « album ». Nous le vendons lors des concerts, on peut aussi le commander sur notre site Internet... Il sera bientôt disponible en téléchargement sur iTunes, Deezer, Spotify, etc...

Quelles ont été vos plus belles rencontres depuis que le groupe se produit sur scène ?
La rencontre avec les Frères Guissé et le séjour à Dakar ont été des évènements assez forts... En dehors de ça, on n'a fait que croiser très brièvement des gens qu'on admire...Toutefois, nous avons rencontré Victor Brox lors d'une masterclass : c'est un personnage très intéressant, très cultivé... Depuis quelques années Stéphane a occasionnellement des échanges par mail avec Brian Bisesi... C'est très sympa également d'avoir pu faire la connaissance de gens de notre région, où il y a d'excellents musiciens : Little Devils, King Pepper, Blues Eaters, Blue Time Shakers, ou nos amis de Old Rogers...

Quels sont les projets du groupe pour les mois à venir ?
Une certaine continuité : trouver des bons plans de concerts en fonction de nos disponibilités, faire évoluer le répertoire avec de nouvelles compos et reprises, etc... Un second album peut-être... À suivre...

Quels sont vos hobbies en dehors de la musique ?
Olivier aime tout ce qui tourne autour de l'univers geek. Hugues photographie ses voyages. Jean-Philippe photographie des ombres. Laurent fait du VTT. David et Stéphane sont férus de psychanalyse.

Derniers coups de cœur musicaux ?
David : Alabama Shakes.
Stéphane : Ryan Adams (pas grand-chose à voir avec le blues mais...). 
Laurent : Mountain Men.
Olivier : dort avec son exemplaire de Junior Wells : Hoodoo Man Blues trouvé neuf sous
cellophane dans une brocante. 
Jean-Philippe : Walking The Blues d'Otis Spann (c'est pas récent mais ça montre qu'il y a toujours à découvrir...). 
Hugues : Nappy Brown.

Pour le groupe, quel serait le rêve le plus fou ?
Un concert à Chicago devant un public conquis... on a bien dit « le rêve le plus fou »...

Un dernier mot…
Par pitié, achetez cet album, car on l'a financé en empruntant auprès de la mafia russe.
Gilles Blampain – janvier 2016
http://bb-daddy.wix.com/indie-band  

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