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12/18
Chroniques CD du mois Interview: LITTLE MOUSE & THE HUNGRY CATS Livres & Publications
Portrait: CHARLES BROWN   Dossier: SPECIALTY RECORDS
 


Interview
BONEY FIELDS


KING KONG BLUES
king kong blues
king kong blues
BLUES LITTLE VICTOR
BLUES BONEY FIELDS




Il incarne bien la devise américaine ‘That’s Entertainment’ et si avec son nouvel album son style a un peu changé, il est toujours aussi dynamique.   

Blues Again : Que deviens-tu Boney ? Qu’as-tu fais ces derniers mois ?
Boney Fields : Oh, je me suis pas mal baladé ces derniers mois. Cet été, j’ai fait des concerts en Pologne, Italie, Lituanie, Lettonie…blues boney fields J’étais à Chicago une bonne partie du mois d’août aussi, pour quelques dates et rendre visite à ma famille. J’ai également pris un peu de vacances dans le sud de la France et maintenant je suis fin prêt pour la sortie de mon nouvel album.

Peux-tu nous présenter ton nouvel album ?
Pour commencer, l’album s’appelle Bump City. Ça reste dans la lignée funk blues, mais c’est un album plus rock que les précédents. Il rassemble différentes formes en blues en fait. Bump City vient du nom du 1er titre de l’album. Il y a aussi 2 ou 3 titres, ‘Sadie’ et ‘You Burn Me Up’ par exemple, écrits par un vieil ami à moi de Chicago. C’était des trucs qu’on jouait à l’époque où je faisais partie du groupe Burning Chicago. ‘Ying Yang’ est une chanson de James Cotton. J’ai voulu ressortir ce titre, en raison de sa récente disparition qui m’a beaucoup affectée. C’est un morceau génial, probablement celui que j’ai préféré enregistré avec lui, et que j’adorais jouer live avec le James Cotton Band. ‘Bow Legs’ est un blues assez traditionnel, un shuffle classique etc. Il y a pas mal de choses dans cet album. Mais en même temps, je pense qu’on garde une certaine unité.
Les musiciens maintenant… J’ai fait quelques changements dans le groupe. Pas parce qu’il y avait des problèmes particuliers, mais pour ce type de groove, j’avais besoin d’entendre un son différent, pour me régénérer, pour avoir des idées nouvelles. Et aussi certains des musiciens, comme Jerry Léonide, Hervé Samb, sont surtout concentrés sur leurs projets personnels, donc moins disponibles.

Cet album à une sonorité différente des précédents. S’il y a toujours la même énergie et le même feeling c’est moins funky et plutôt rock ou rhythm’n’blues, pourquoi cette nouvelle orientation ?
Comme je disais, j’ai eu envie de changer un peu. Il m’a parfois été reproché de faire des albums trop funk, pas assez blues… Du coup, avec celui-ci, il va falloir trouver autre chose à critiquer (rires).

Deux invités spéciaux, chacun sur un titre, Charles Pasi (harmo) et Loic Gayot (saxo), pourquoi eux et pourquoi sur ces titres ?
Pour ‘Ying Yang’, comme c’est un morceau de James Cotton, il était évident qu’il fallait un harmoniciste. Sur un des albums précédents (We Play The Blues) j’avais invité JJ Milteau et je voulais changer. Sur Changing For The Future, je voulais déjà faire appel à Charles Pasi ; j’adore sa façon de jouer et c’est un ami de longue date.  Malheureusement il n’avait pas pu se libérer ; donc je suis super content qu’on ait pu faire cette session avec lui ce coup-ci. Il déchire !
Quant à Loïc, il était en studio avec nous, pour filmer ; c’est lui qui a fait toutes les vidéos de promo de l’album, je ne sais pas si vous les avez vues sur YouTube. C’est un super vidéaste. Mais c’est aussi un excellent saxophoniste. Du coup, on lui a proposé de faire le solo de sax sur ‘You Burn Me Up’. Et le résultat est exactement ce que je voulais, complètement dans le style.

Combien de temps as-tu mis pour venir à bout de cet album ?
(Rires) Trop longtemps. J’ai l’impression que ça prend toujours un temps fou ! Normal, quand tu as un nouvel album, tu es impatient de le voir dans les bacs, que les gens puissent l’écouter, donc c’est toujours trop long dans mon esprit. En fait, l’enregistrement lui-même n’a pas pris pas beaucoup de temps. La rythmique, les cuivres, les voix... Tout cela se fait en quelques jours, en août et septembre l’an dernier. Mais c’est la post production qui souvent prend du temps : le mixage, le mastering… Et puis ensuite tout ce qui est négociation avec les labels, les distributeurs... ça c’est vraiment une phase qui s’étale sur plusieurs mois.

Cet album ne fait plus référence au Bone’s Project, cela est-il le signe de la fin d’une période artistique ?
Bone’s Project c’est une aventure qui a duré 20 ans. On a vécu des trucs incroyables ensemble, fait des dizaines deblues boney fields concerts… Bone’s Project, c’était le nom du groupe mais aussi un peu la famille. On était très proches, un peu comme des frères. On était là pour les mariages des uns et des autres, on a vu nos enfants respectifs naître, grandir… Pour certains, je connais leurs parents ou membres de leur famille… C’est une histoire très personnelle. Donc quand j’ai décidé de faire appel à d’autres musiciens, ça ne pouvait pas être un nouveau Bone’s Project. Bone’s Project était unique. Maintenant c’est le Boney Fields Band, the BFB. Une page se tourne quelque part. Mais la musique continue !

Quelles sont tes sources d’inspiration pour écrire et composer ?
J’ai besoin de beaucoup de calme, de silence total. Je descends dans mon studio à la maison, et il y a des mélodies qui me viennent, alors je prends ma trompette, je joue et je vois si ça peut donner quelque chose. Les chansons ne m’arrivent pas comme ça. La création ça prend du temps. Il faut l’inspiration. On peut toujours écrire des trucs bien sûr, mais pour écrire quelque chose de vraiment bien, qui ait de la gueule… C’est pas en claquant des doigts.
Avant, j’étais influencé ou du moins j’étais inspiré par certains artistes, mais avec l’expérience, même si je trouve toujours certains musiciens géniaux, je pense que je trouve mes idées au fond de moi, sans que ce soit nécessairement influencé par untel ou untel.
Mais je suis toujours très fan de Earth Wind & Fire, Cameo, Chicago… Ce sont des groupes qui m’ont touché en plein cœur. Quand j’étais plus jeune j’aurais adoré jouer dans ces formations, mais comme ça ne s’est pas fait, j’ai décidé de créer quelque chose de proche de ce qu’ils faisaient.
Et un artiste comme James Cotton, plutôt qu’un musicien dont je me serais inspiré, fût plutôt pour moi comme un mentor, quelqu’un qui m’a beaucoup appris, notamment le sens de l’entertainment. Ses performances live étaient super !

En dehors de tes engagements personnels travailles-tu sur d’autres projets en collaboration ?
Oui bien sûr. Il arrive fréquemment que je sois invité par des festivals ou d’autres groupes de blues, notamment à l’étranger. Je vais régulièrement en Lituanie, Biélorussie, Espagne, je suis allé à Madagascar au Brésil, au Canada … Mais la plupart du temps, je leur fais jouer mon répertoire (rires).
J’ai également une formation jazz swing avec le saxophoniste Sweet Screamin’ Jones. Ça s’appelle Jones & Bones. On a enregistré un album à Chicago il y a 2 ou 3 ans et on fait des concerts assez régulièrement. En mai dernier, avec ma section cuivres, on a enregistré 2 titres pour le prochain album de Lisa Simone, sous la direction artistique d’Hervé Samb un des membres du Bone’s Project… Vous voyez, on continue à travailler avec la famille.
Je suis toujours ouvert à d’autres collaborations. Je réalise aussi les albums d’autres artistes, plutôt des chanteuses récemment : Sylvia Howard, the Kat, Jean Carpenter...
Et puis bien sûr les sessions d’enregistrement. Comme l’an dernier, Nico Wayne Toussaint qui m’a invité sur son album hommage à James Cotton.

Comme on parle de Gibson ou Telecaster pour les guitares y a-t-il une marque spécifique de trompette dédiée à ton style ?
Will Spencer ! J’ai une toute nouvelle trompette, faite sur mesure par Will Spencer. Elle est couleur rouge cerise. Je l’adore ! Elle est magnifique et elle sonne vraiment super ! Sinon j’ai aussi une Selmer, une Yamaha et 2 ou 3 autres ; j’aime bien alterner ; mais en ce moment, c’est avec la Spencer que je joue tout le temps.

Combine de concerts fais-tu par an ?
L’an dernier, j’ai ralenti un peu le rythme car j’étais dans la préparation de cet album. J’ai décidé de ne pas faire trop de tournées, parce que j’avais besoin de temps pour écrire les chansons, monter ce nouveau groupe, aller en studio, faire le mix, répéter le nouveau show… Tout cela prend du temps et de l’énergie. Mais l’un dans l’autre j’ai quand même fait un peu plus de 100 concerts en 2017. D’habitude c’est plus autour de 150.

Tu joues en France et en Europe te produis-tu également aux USA ?
Je voyage beaucoup. Comme j’ai pas mal de travail en France, j’ai un lieu de résidence en région parisienne, qui est comme un pied-à-terre lorsque j’ai des concerts en Europe et au Maghreb. Mais j’ai aussi un logement à Chicago. Je suis un musicien américain. Donc j’y suis régulièrement bien sûr ; je viens de rentrer de Chicago fin août, en novembre j’étais à Key West en Floride pour une série de concerts dans des clubs de blues.

Quelle a été ta plus belle expérience sur scène ?
Je n’ai pas vraiment de concert qui me vient à l’esprit qui serait vraiment au-dessus des autres. Il y en a eu plein de très chouettes, mais pas un en particulier. Et chaque show est important pour moi.

En quoi la scène est-elle indispensable ?
La musique a toujours fait partie de ma vie, aussi loin que je puisse m’en souvenir. Si je n’ai pas ça, la vie n’a plus d’intérêt. Je ne peux pas vivre sans. Et pour ce qui est de la scène, j’adore divertir. Dans mon enfance, je regardais mon père, mes oncles, leur groupe de gospel, et je ne sais pas si ça a allumé cette étincelle dans mon esprit, cette idée que j’étais sur cette terre pour divertir, pour apporter du bonheur aux gens à travers la musique que je joue. C’est important pour moi de poursuivre ce but que je me suis fixé.
blues boney fields
Quels ont été les musiciens les plus remarquables pour toi ces dernières années ?
Dernièrement, je dirais Bruno Mars. Mais de tous les temps, pour moi ça restera Earth Wind & Fire. Leur musique va perdurer éternellement. Et aussi James Brown, Michael Jackson… Dans n’importe quel pays du monde on peut entendre une chanson d’un de ces 3-là. A part en Corée du Nord peut-être (rires)

Est-il plus facile d’être musicien en France qu’aux Etats-Unis ?
Je pense que c’est différent. En Europe, il faut vraiment avoir du talent, parce qu’il y a beaucoup de super musiciens, qui viennent de partout dans le monde, dans tous les styles. Aux Etats-Unis, c’est plus tes relations qui vont te permettre de développer ta carrière. Il faut connaître quelqu’un. D’un autre côté, en France, je trouve que ce qui est un peu difficile c’est qu’on veut absolument te coller une étiquette, et certaines personnes ont une idée très précise de ce qui est blues ou pas par exemple, alors qu’aux Etats-Unis, il y a moins de labellisation. Blues, funk, soul, rhythm and blues, soul, tout ça est considéré comme une seule famille, on fait moins de distingo. Les musiciens sont généralement mieux payés et considérés en Europe. A contrario, il y a plus de possibilités de jouer aux Etats-Unis ; à Chicago par exemple, il est possible d’avoir 25 gigs dans le mois. En Europe, beaucoup plus difficile.

Quelle vision as-tu des USA aujourd’hui ?
(Rires et grimaces) Heu... Comment dire... Ils ne sont pas en train de « make America great again » en tous cas, ça c’est sûr. Quand je vois ce qui se passe là-bas, je suis content de ne pas y résider en permanence. Trop de violence, de racisme... Depuis l’élection de Trump les Noirs ne se sentent plus en sécurité dans leur pays.

Quels genres de musique écoutes-tu quand tu es seul ?
Jazz. J’adore le jazz. Quand je m’entraine à la salle de sport, j’écoute du blues, du funk, mais tout seul chez moi je préfère le jazz.

En tant que musicien quel serait ton rêve le plus fou ?
Ce serait d’avoir un gros show retransmis sur une grosse chaine de télé comme ça toute ma famille pourrait le voir.

Quels ont été tes derniers coups de cœur musicaux ?blues boney fields
Comme je disais, ces derniers temps, Bruno Mars. J’ai été impressionné par ses spectacles, il a des super titres, à la fois vintage mais modernes, c’est un super danseur aussi…  Super artiste !

Pour parler d’autre chose, quel est ton endroit favori ?
Ça dépend pour quoi. Evidemment j’aime trainer dans les clubs de blues, mais pour ce qui est des endroits plus zen, j’aime bien la forêt, pour chercher des champignons. La piscine de mon beau-frère à Montpellier, c’est pas mal non plus (rires).

En dehors de la musique quels sont tes hobbies ?
Je vais ramasser des champignons, je fais du sport en salle, et je collectionne les briquets !

Qu’apprécies-tu en France ?
La gastronomie, la culture, la tranquillité. Pas comme à Chicago, pas d’armes, moins de criminalité.

Quels sont tes projets pour les mois à venir ?
Répéter pour peaufiner le nouveau répertoire, assurer la promo du nouvel album, j’ai pas mal d’interviews programmées, et organiser le concert de sortie de Bump City dans une salle parisienne, mais ça ne sera pas avant janvier.

Un dernier mot…
Je suis content que vous ne m’ayez pas demandé quel serait le CD que j’emporterais si je devais me retrouver seul sur une île déserte. Merci pour ça.

Gilles Blampain – septembre 2018

https://www.boneyfields.com/

blues boney fields