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09/17
Chroniques CD du mois Portrait: WILLIE MABON Livres & Publications
  Dossier: EXCELLO RECORDS  
 


Interview
Bone Tee and the slughunters


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La Maison De La Terre
, lieu associatif chaleureux à Poucharramet en Haute-Garonne, organise tous les ans en février un festival de blues, c’est là que Bone Tee & The Slughunters présentaient l’album Country Boy… fin novembre.

Blues Again : Bone Tee & The Slughunters, un nom à coucher dehors, pourquoi ?
Laurent : C'était une blague potagère…  les meilleures.
Guillaume : C'est une longue histoire. On passait beaucoup de temps dans le camion, lors des tournées estivales avec le groupe dans lequel on était avant, qui s'appelait Bad To The Bone,  axé très seventies. Et comme on vient tous d'un milieu rural, on avait tous des théories sur la meilleure façon de tuer les limaces et un jour, on s'est dit : «  C'est incroyable, dans ce camion, on ne parle que de potagers et comment tuer des limaces et beaucoup moins de musique » et du coup, Slughunters est venu, ça veut dire Tueurs de limaces.
Le band c’est : Bone Tee (Guillaume Zimmerlin-guitare/chant), Mad dog (Laurent Bellaz-basse), Seoune Slim (Daniel Conqueret-piano) et King Créole (Julien Bigey-batterie)

Mais Bone Tee, ça a à voir avec T-Bone ?
Guillaume : Bone Tee, ça vient d'un peu plus loin, il y a un peu plus de huit ans, j'ai acheté une National steel guitar de 1930, j'ai travaillé pas mal dessus et je me suis dit, il faut absolument faire quelque chose. Après avoir mis quelques morceaux au point, avec la complicité de notre bistroquet préféré, nous avons décidé que j'irai me produire chez lui mais il me fallait un nom et après avoir cherché vite fait, j'ai trouvé Bone Tee et j'ai fait anonymement ce concert. Les autres membres du groupe ne savaient même pas que j'étais Bone Tee.

Pourquoi le guitariste est-il mis en avant par rapport aux autres membres du groupe ?
Laurent : Parce que, Bone Tee est quand même l'origine du projet solo pour raviver un peu les morceaux des années 20/30 de blues trad. Et finalement, Daniel s'étant mis au piano, Guillaume nous a proposé de continuer le projet en tant que groupe. Il fallait quelques musiciens qui donnent un peu plus d'ampleur à cette musique-là.

Vous êtes intermittents ?
Guillaume : Oui, tous professionnels. C'est une chance incroyable. Incroyable, non, en fait, tout le monde devrait  pouvoir vivre de sa passion. Après, ce n'est pas qu'une chance, c'est beaucoup de travail. Laurent travaille énormément pour la pérennité du groupe, on travaille aussi énormément pour que ça fonctionne. Comme tous les métiers passionnants, on vit à travers et grâce à ça. Notre but, c'est de faire vivre cette musique qu'on écoute.

Doit-on comprendre que c'est toi Guillaume qui est en avant sur scène et toi Laurent, qui tire les ficelles, dans l'ombre ?
Laurent : Non, mais c'est vrai que je m'occupe de toute la partie booking, qui trouve les concerts.
Guillaume : D'ailleurs, si vous en connaissez un, on cherche un tourneur, quelqu'un qui soit capable de nous faire un peu tourner, Laurent a envie de se consacrer à la contrebasse, d’en faire son métier, mais est-ce un vrai métier ?
Laurent : Déjà, c'est pas un véritable instrument. C'est un genre de hobby.
Guillaume : Oui... ou un meuble, on peut se cacher dedans...

Tu as parlé de guitare de 1930, j'ai l'impression que ça colle bien avec la musique que vous jouez…
Guillaume : Nous faisions beaucoup de rock seventies avec Bad To The Bone, on a tourné la page, on avait besoin de faire autre chose. On avait déjà amorcé ce virage-là. En tout cas, j'ai toujours rêvé de faire du blues. C'est vraiment un truc que j'avais en moi depuis super longtemps. On jouait des morceaux qui ressemblaient à du Rory Gallagher, Jimi Hendrix, Led Zeppelin, des musiciens qui viennent de là. J’ai toujours joué du blues, je pense que j’ai commencé avec ça. On évolue, on change et après je me suis attaqué à jouer tout seul du Robert Johnson, des trucs que je joue encore avec Abdel Be bop.
Laurent : Ce qui est intéressant, c'est que Bad To The Bone c'était du rock seventies, puis il y a un retour aux sources avec Bone Tee projet solo sur les années 20/30 et  finalement avec les Slughunters, on refait le chemin en remontant vers les années  40/50.

Trois albums à vôtre actif ?
Guillaume : Exact

Et là, on a tendance à aller vers le rockabilly, ou plutôt vers les prémices du rock’n' roll…
Guillaume : C'est ça. Rockabilly, on n’est pas du tout dans cet état d'esprit parce qu'on se réclame plus de la musique noire des années 40/50 qui est la base du truc. Louis Jordan, Big Joe Turner, Pee Wee Crayton, T-Bone Walker évidement, enfin tous ces mecs qui ont fait le jump, le shout, toute cette musique-là. On ne peut pas enlever le fait qu'on est blancs et Français et qu'on ne crache pas sur le rockabilly, mais ce n’est pas la musique qu'on joue.

Il n'y en a pas des masses comme vous en France ?
Guillaume : Il n'y en a pas des masses, mais ceux qu'il y a sont très bons.
Laurent : On peut citer Nicolas Duportal qui est la grosse référence dans ce domaine-là.
Guillaume : Il ne tourne pas à la Maison De La Terre, il ne tourne pas où on tourne nous, mais c'est une vraie source d'inspiration, en tout cas pour moi.
Laurent : Dans ce registre-là, il y a les Money Makers sur Albi, aussi.
Guillaume : Qui sont très bon et après, il y a les Etats-Unis, mais en France, on n’est pas très nombreux à faire ce swing, à essayer de se rapprocher des premières années de Muddy Waters, Chicago swing, quand il jouait avec de gros orchestres et plus le côté Louis Jordan et son  swing, jump ou des grosses formations, mais on joue à quatre...

Comment définiriez-vous votre musique ?
Laurent : Guillaume à un mot très juste : Wild Swing. C'est un swing qui est fait un peu plus à notre sauce, un peu plus sauvage.
Guillaume : Sans la rigueur du jazz. Quand on lâche un peu les chiens, on va faire un truc qui est bien plus rock’n' roll, un peu plus « carton » dans le son. On s'adapte à ce qui se passe. Je crois que c'est le but. C'est sans concession, parce que les morceaux sont les mêmes, faire plaisir aux gens sans les agresser non plus. C’est tout l'esprit de cette musique qui réclame beaucoup mais toujours un peu sweet, jamais dans l'agressivité. Louis Jordan et les autres étaient des mecs qui avaient des choses à raconter et qui les faisaient passer par une musique relativement douce et rythmée. On travaille beaucoup avec des gens qui dansent, c'est super car on revient à l'essence de cette musique : la danse. Se laisser aller pour oublier le moment et aujourd'hui on en a besoin. Les week ends sont durs en ce moment et on n’a pas l'impression que ça va se calmer, du coup, c'est un bon exutoire. Cette musique, comment la définir, c'est difficile parce qu'on est quatre musiciens qui viennent d'horizons pas trop différents, mais on se trouve sur des points de détails qui seraient difficiles à expliquer à un néophyte.

Et les compositions est-ce un travail en commun ?
Laurent : Quelqu'un amène une idée et c'est le plus souvent Guillaume avec une idée mélodique et un début de texte, et là on va tous construire l'ossature ensemble. Après, de manière épisodique, sur un morceau ou deux, ça va être un autre membre qui va arriver avec le morceau fini en disant : « voilà, j'ai cette optique... » Mais ça marche toujours en coopération. L'idée est apportée un peu brute puis elle est polie, travaillée ensemble pour que ça nous ressemble à tous les quatre.
Guillaume : C'est rigolo de voir que chaque influence s'exprime, ça a beau être Bone Tee & The Slughunters, je n'amène pas toutes les idées, j'ai toujours fonctionné en groupe. On le fait ensemble. C'est nous, ce n’est pas un jeu et j'ai jamais eu de problème à ce qu'on apporte des changements quand je propose une idée. Parce que si on bloque, on va se priver de ce que Daniel va amener au piano et l’idée qu’il a eue. Même si j'ai une idée assez précise de ce que je veux, je ne vais pas me priver d'une percussion de Juju. Julien joue aussi de la guitare, il est multi instrumentiste. C'est un mec qui connaît très bien la musique, il en possède tous les codes, le blues, le rock’n' roll, le swing, le jump. On a toujours des idées qui fusent, à droite à gauche, il faut que la musique soit partagée, à la fois quand on l'écrit, en studio pour que ce soit un vrai morceau et quand on va l’interpréter sur scène pour que chacun trouve le plaisir de jouer sa partie.  C'est une musique qui est relativement exigeante même si ça paraît assez simple, mais le swing, faut quand même que ça... (il se met à claquer frénétiquement des doigts)
Laurent : Il faut réussir à le faire groover. La musique ça ne se joue pas à contrecœur. Ce qu’il y a sur l’album, il faut que ça nous ressemble et que l'osmose du groupe soit communicative.

Revenons aux années trente. Les instruments sont vintage ? Vous avez un son qui rappelle cette époque…
Laurent : Guillaume a pas mal d'instruments vintage, au niveau des guitares et de l'ampli et Juju est très accro aussi. Il joue sur une batterie Suisse Imperial des années quarante. Il y a aussi ça, le fait que le son là est propre à cet instrument-là à cette période-là.
Guillaume : Le plaisir de s'approcher de ce son-là lié au plaisir d'utiliser des instruments de cette époque-là. L'instrument, c'est un médium pour atteindre ce qu'on veut. Après, c'est pas la quête absolue, si on ne tournait qu'avec des trucs vintages, d'abord on aurait trop d'argent dans notre camion et après, on serait en panne régulièrement.

Et le camion, il en fait beaucoup de kilomètres ? Beaucoup de concerts ?
Guillaume : Il y en a pas mal à venir, il y en a eu pas mal.
Laurent : Soixante concerts par an, à peu près. Des fois on tourne autour de la maison, mais aussi, Suisse, Pays-Bas... En Europe, quoi.

Vous participez à des tremplins ? J'ai entendu dire que récemment...
Laurent : Oui, on l'a fait une fois. Blues sur Seine, il y a un an.
Guillaume : Très bonne expérience. C'était chouette, on a rencontré des gens avec qui on est encore en contact actuellement. Le bon côté de ce truc-là c'est de rencontrer des musiciens.  C'est difficile de s'exprimer en vingt minutes de passage avec cinq minutes de balance mais c'est la règle pour tout le monde, il n'y a aucun problème là-dessus. Bonne expérience.
Laurent : Surtout humainement. On a vraiment gagné le week end avec des gens agréables qui aiment vraiment cette musique-là, qui partagent la même passion. Après, le concept  même du tremplin, la question est toujours intéressante de savoir qui va juger ta musique ou la musique de quelqu'un d'autre, en fonction de quoi ça pourrait attribuer une certaine place... C'est une vaste question... intéressante.
Guillaume : C'est assez inhérent au blues le tremplin, les blues societies... mais c'est assez étrange, on ne peut pas juger de ce qui est le meilleur ou de ce qui est le pire, enfin,  moi, je serais juré, ça me serait extrêmement difficile. A partir du moment où on participe, on adhère au truc, il n'y a pas de soucis, c'était un bon week end et c'est assez formateur de le faire. Est-ce que ça sert à quelque chose, je n'en ai aucune idée.

Trois albums à votre actif et qui me semblent marcher correctement ?
Guillaume : Le dernier est tout récent, la sortie officielle était le premier octobre. On commence à avoir une discographie qui n'est pas si ridicule que ça. On va attaquer la sixième année de tournée. Un album tous les deux ans, c'est un bon rythme de croisière. Un premier album de reprises pour montrer ce qu'on était capable de faire. On était des minots là-dedans, Laurent ne jouait pas de contrebasse, Daniel n'avait que deux ans de piano, à peine. Julien, à la batterie, ce n’est pas pareil, il joue depuis qu'il a deux ans, peut-être même avant. Mais ça évolue et on travaille pour produire la meilleure musique qui soit sur scène parce que le plaisir est sur scène et c’est là que ça se bonifie d'ailleurs.
Laurent : Il y a une corrélation entre ce qu'on peut demander sur scène et la manière dont les gens reçoivent le CD. Dans notre cas, les gens qui achètent l’album sont des gens qui nous ont vus sur scène et on voit qu’ils apprécient et passent un bon moment, ils s'amusent et l'album est bien reçu. Il y a de bons retours.


Les albums sont distribués ?
Guillaume : Non, absolument pas.
Laurent : Que sur les concerts.
Guillaume : Par correspondance sur le site http://www.boneteetheslughunters.com/ ou sur Facebook. Il ne faut pas hésiter à s'abonner, mettre j'aime sur notre page c'est juste pour être au courant de ce qui se passe. On ne poste pas énormément de conneries, nous ne sommes pas des posteurs fous. On met juste la musique ou ce que les gens ont filmé la veille pour avoir une idée, et les dates de concert. Bien sûr il y a moyen de nous contacter pour nous commander un disque.

Et votre avenir, vous le voyez comment ?
Laurent : On arrête ce soir après le concert.

Vous avez peut-être envie de franchir l'Atlantique ?
Laurent : L'envie commune, je crois, c'est d'avoir quelques concerts en Big Band. Ça nous ferait très plaisir.

Déjà, sur le dernier album il y a des cuivres, de la clarinette…
Laurent : Clarinette, trompette, saxo, trombone.
Guillaume : Trouver peut-être, au départ, juste un sax ténor ; on en parle, ça manque sur scène pour étoffer la formation. Deux sax ce serait parfait, ou sax/trompette pour pouvoir reproduire un peu ce qu'on a fait sur disque. Ils sont plus nombreux sur le disque, mais ça serait pas mal. Je pense qu'on gagnerait en puissance sur scène. C'est toujours important de changer les choses sur scène. En fait, quand le disque sort, les morceaux tournent déjà quasiment depuis un petit moment. Pour la plupart, il y a des surprises. On ne savait pas, dix jours avant de rentrer en studio qu'on allait les jouer. On ne programme pas tout, en tout cas je ne réfléchis pas à ce qui va se passer  dans trois mois, dans six mois. J'aime que ce soit un truc qui se ressente.

Vous êtes des baladins !
Guillaume : Oui, des intermittents  ou des  troubadours peut-être, des joy d'amour comme on dit dans le sud  avec les Cathares. Nous sommes les dignes héritiers des fins Cathares, des justes et avec des idées de raconter des choses. Il faut écouter les textes, il y a des beaux textes.

Qu'est-ce qui vous titille la tête pour les textes ?
Guillaume : Une tradition de ce qui se raconte dans le blues depuis que ça existe. Ça raconte des histoires d'amour, évidement parce que c'est un peu obligatoire, mais après, ça raconte ce qui nous choque, ce qui nous fait rire, ce qui nous fait pleurer.
Laurent : Ce qui nous amuse.
Guillaume : Beaucoup de choses nous amusent. Aussi beaucoup de choses caricaturales de cette musique, comme « Baby Doll » qui parle de poupée vaudou, qui prend les codes de la musique noire américaine de la Nouvelle Orleans et retransposées ici. Il y a un morceau qui s'appelle ‘My French Car’ qui parle de ma première voiture et qui est un espace de liberté. Une première voiture c'est un moment où on se sent libre. Mais qui du coup rejoignent ce que les Américains peuvent écrire comme musique parce que je pense que quand on est jeune dans une société on a à peu près tous les mêmes envies. C'est difficile de les mettre dans une case et de faire une chanson avec, mais le but c'est de s'amuser autour de ça. Après, il y a des chansons d'amour. En vieillissant, parce que j'ai presque trente-neuf ans maintenant.
Laurent : Dans un an. Paf !
Guillaume : Mais les années quarante, c'est bon, ça ! Il y a un vrai truc à faire. On ne fera que des morceaux des années quarante. On tient l'truc.
Laurent : Là, on a le futur, il est en tête.
Guillaume : Ça y est, on l'a trouvé, merci.

Votre réputation commence à grandir…
Guillaume : Oui, je crois. Venez nous voir en concert. Je suis toujours très flatté, très heureux, très fier que les gens se déplacent pour venir nous voir, certains de loin pour danser. Ça c'est génial. Franchement, c'est la plus belle chose qui puisse nous arriver.
On espère que les gens aiment ça. On est un groupe relativement détendu. On aime bien parler aux gens, on aime bien danser, on aime que ce soit le plus fun possible. On est surpris par les gens qui aiment cette musique-là. Il y a plein de gamins de dix-huit ans qui nous demandent quelle musique on joue, c'est super.

Ne serait-ce pas parce que c'est une musique vraie…
Guillaume : Oui, je pense que c'est ça aussi.
Laurent : Tout le monde y trouve son compte. En tout cas, les gens viennent nous voir en live et il se passe quelque chose. Il y a une interaction, ils voient qu'on s'amuse sur scène. C'est une musique qui est vivante parce qu'il y a des musiciens qui sont là pour la faire vivre.

Le partage, c'est important ?
Guillaume : C'est un peu plus que ça, sinon on pourrait faire n'importe quelle autre musique. Je pourrais aimer n'importe quelle autre musique et du coup pouvoir la faire. Mais je ne parle pas de toutes les musiques...

Un dernier mot…
Guillaume : Salamandre ! A part ça, les lecteurs de Blues Again ! on aurait plaisir à les croiser sur les concerts et ils peuvent vraiment venir nous voir, nous rencontrer à la fin des concerts.
Laurent : Salamandre ?
Guillaume : Ça l'a séché !
Laurent : Là, je ne peux que m'incliner.

César - novembre 2016
http://www.boneteetheslughunters.com/

bone tee