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06/17
Chroniques CD du mois Interview: MAGIC BUCK Livres & Publications
  Portrait: ROBERT NIGHTHAWK Interview: PAUL MCMANNUS
 


Interview
BOBBY DIRNINGER
Le blues, c'est quelque chose d'autre qu’un show bien huilé et répété à l'envi


blues deraime
blues deraime
blues pierre lacocque
blues pierre lacocque





C’est un enregistrement 100% made in France qui s’est placé aux sommets des classements US en un rien de temps. Même si le label est de Chicago et que la chanteuse est native du Mississippi, tout a été fait entre Alsace et Limousin avec des musiciens français qui  ont séduit le public américain.

Les liens qui existent au niveau artistique entre Bobby Dirninger et Zora Young ne datent pas d’hier puisque leur rencontre remonte à une vingtaine d’années. La chanteuse américaine conquise par le musicien français n’a pas hésité à en faire son chef d’orchestre et il est à ses côtés, au piano ou à la guitare, sur scène comme en studio. Leur dernière collaboration a enthousiasmé le milieu du blues US et s’est trouver être le disque le plus diffusé par 150 radios blues américaines, australiennes et britanniques en décembre 2009 et janvier 2010. Bobby Dirninger, qui poursuit en parallèle sa carrière solo, revient sur cette success story

Blues Again : The French Connection : Comment et où s’est fait l’enregistrement de ce disque
Bobby Dirninger : L'enregistrement s'est fait à Limoges et en Alsace, au Caf’conc’  d'Ensisheim. Une partie live, une partie en studio. Cela a pris une quinzaine de mois. A chaque venue en France de Zora,  on en profitait pour enregistrer un peu.

Qui s’est chargé de la production ?
C'est le journaliste du quotidien régional Le Populaire du Centre, Chris Dussuchaud, qui a lancé l'idée et financé le projet. Je me suis chargé de la production artistique.

Comment est né ce disque ? Le choix des titres (de Dylan à Elvis, Howlin’ Wolf, Hank Snow), les répétitions?
In the Ghetto’ était une exigence de Dussuchaud. Zora m'avait entendu jouer le ‘Tonight, I'll Be Staying Here With You’ de Dylan, et m'avait dit beaucoup aimer ce morceau. ‘Moving On’ et ‘Wang Dang Doodle’, des choix de Zora. Il n'y a pas eu de répétitions (pas le temps). La plupart des sessions sont des bœufs à l'exception de 3 titres que j'avais préalablement arrangés et enregistrés en studio. Nous avions convenu au préalable des tonalités de ces morceaux au téléphone

Trois groupes différents pour un seul disque : un pour les sessions live, un acoustique et un électrique pour les sessions studio. Pourquoi ce choix, pourquoi ne pas garder les mêmes musiciens pour tout ?
La session acoustique était un vœu de Dussuchaud. Le groupe "live" (Natural Blues) pour un son Chicago Blues une exigence de Zora (en vue de la sortie sur le label Delmark). Les 3 morceaux studio, sortant un peu de la veine classic Blues, un souhait personnel. 3 sons pour 3 
vœux différents. Un compromis en quelque sorte, qui satisferait tout le monde. A l'arrivée, un disque éclectique qui aborde le blues, la country, le gospel etc. Cela est fidèle aussi aux goûts très éclectiques de Zora et son aptitude à savoir chanter magistralement dans tous les styles.

Combien de musiciens en tout ont donc participé à ces enregistrements ?
Une quinzaine de musiciens en tout. Des gens venant du Conservatoire (!), d'autres du rock, d'autres du jazz, d'autres du blues. Une moyenne d'âge ne dépassant pas les 35 ans. Natural Blues s'est imposé immédiatement pour la partie Chicago Blues, après l'écoute de dizaines d'autres groupes français du même style. J'ai tout de suite aimé leur son à la Albert King. Je ne voulais pas de "Powerblues"!


Pourquoi inclure des live dans le CD ? Où ont-ils été captés ?
Il y a 5 live en tout. Captés à Ensisheim (au Caf’conc’'), un des haut lieux du Blues en France (plusieurs concerts par semaine). Un lieu qui a été crée par mon frère Yves en 1988 et qui continue contre vents et marées à proposer des supers concerts, souvent de blues. Champion Jack Dupree, Luther Allison, Louisiana Red et tant d'autres sont déjà passés dans ce lieu à cheval sur les 3 frontières (Suisse, Allemagne et France). 2 autres live à Limoges. 1 dans un bar. L'autre dans un Centre Culturel.

Le CD est paru en octobre 2009. La revue US Living Blues le classe 4° en décembre, 1° en janvier 2010. Même si on espère toujours un bon accueil de son travail artistique, espériez-vous un tel enthousiasme et aussi rapide ?
J'espérais plus d'enthousiasme coté français! Le disque, sorti chez Delmark, entièrement réalisé par des "Frenchies", c'était déjà une première! Finalement, c'est aux Etats-Unis qu'il marche  le mieux et est devenu le disque préféré des radios américaines ces derniers mois 
(déjà 4 mois au Top 25 Radio charts de Living Blues et ce n'est pas fini d'après ce qu'on me dit!). Il y restera comme un des 10 disques majeurs de Blues pour l'année. C'était déjà l'avis de nombreux chroniqueurs là-bas, dès sa sortie. Le monde du Blues en France n'a pas les mêmes goûts que les Américains, c'est tout. Oui, je m'attendais à être plus soutenu ici! Mais finalement, le fait que la reconnaissance vienne de là-bas n'en a que plus de valeur



Quelles sont les retombées aux USA : magazines, radios, télés, contrats?
Les retombées là-bas sont, que du coup, mon propre disque In The End semble maintenant les intéresser. Dès cette petite tournée française passée, je vais m'en occuper de plus près! J'y ai eu quelques interviews également notamment dans un mag musique de Chicago (Chicago 
Music Guide
).Je pense que Delmark, vu le succès du disque serait ouvert à un nouveau projet commun. En France, il se peut qu'il se passe également quelque chose ces prochains temps (Claire Chazal a beaucoup aimé le disque ainsi que l'aventure américaine façon success story de petits musiciens inconnus, limougeauds, qui se hissent à la première place du Top Blues aux Etats-Unis.).Donc peut-être une couverture médiatique de première importance nous attend en France. Croisons les doigts! Il est encore trop tôt pour tirer des plans sur la comète. Nous verrons cela dans 1 ou 2 mois, à l'heure du bilan. Pour Zora, ce n'est pas la première fois qu'elle se hisse ainsi à la première place, et qu'elle y est nominée. Peut être pas si longtemps et si rapidement, cependant.

Quels sont les échos chez Delmark, label qui diffuse le CD ?
Delmark est forcément très heureux! C'est un label historique très soucieux d'authenticité. Le fait qu'ils épaulent notre projet (merci Zora!) démontre qu'ils n'ont pas d'œillères! C'est un label que j'aime énormément (Junior Wells, Little Walter, Muddy y a enregistré, Big Joe Williams, Otis Spann...). Bob Koester est un sacré type que je connais depuis 20 ans maintenant. Il m'avait déjà bien aidé lorsque je vivais et que j'essayais de me faire une petite place à Chicago

Avez-vous donné des concerts aux USA ?
Oui. La plupart en solo. Dans une vingtaine de boites. Quelques fois avec Zora et son groupe.
Il n'y a pas vraiment de problèmes pour y jouer. Les cachets sont équivalents aux notres. Le public plus bruyant en même temps que plus réceptif et connaisseur.



Malgré le titre, les Américains savent-ils que  le band derrière Zora Young est entièrement français et que le CD est made in France ?
Naturellement. Les chroniques y sont merveilleuses pour nous tous. The crème de la crème des blues men français disent-ils. C'est bien là, la reconnaissance d'une certaine scène du blues français (qui n'est d'ailleurs pas la plus représentée dans les festivals hexagonaux, ???). Quant au titre, il est assez clair, je trouve (choisi par Zora) : French Connection.

Zora Young est sur scène depuis 30 ans mais elle a une plus grande et  plus belle reconnaissance médiatique aux USA suite à ce succès. Quel est son sentiment ? La reconnaissance des blues(wo)men passe-t-elle par la France ?
Zora m'aide à tenir le coup depuis 20 ans. Cela fait longtemps qu'elle veut montrer au monde du blues américain qu'il y a des "Frenchies" qui valent le coup. Pari réussi. Quant à la reconnaissance, beaucoup de connaisseurs du blues savent, aux Etats-Unis comme en France Gérard Herzhaft par exemple), que c'est certainement la meilleure chanteuse de blues encore en activité. Le problème est que Zora aime improviser sur scène! Elle n'aime pas (et se sent incapable) de donner tous les soirs la même chose au public. L'expérience de la scène, avec elle, c'est extra. Différente à chaque fois. Ah non, ce n'est pas lisse! Pas linéaire. Il peut y avoir des accrocs. Cela déstabilise certains auditeurs. Mais ceux ci, qui attendraient de sa part, quelque chose de plus formaté, connaissent-ils vraiment le blues? Le blues, ce n'est pas une machinerie à la Johnny Hallyday! Cela me fait toujours rire d'entendre le mot professionnalisme quand il est conjugué à un spectacle blues. Le blues, c'est quelque chose d'autre qu'un show bien huilé et répété à l'envi chaque soir. C'est bien cela le charme de cette musique! L'impro, l'interactivité avec le public non pas la recherche de la perfection! Du moins, c'est notre avis, à elle comme à moi.

Pour Zora et toi, quels sont les projets immédiats ?
Trop tôt pour en parler. Il va sans dire que nous aimerions tous deux poursuivre notre collaboration. Aller encore plus loin, peut-être? Nous devons déjà attendre et voir jusqu'où va monter French Connection, attendre la cérémonie de Memphis le 5 mai prochain (suite au disque elle y est nominée pour les Blues Awards catégorie meilleure artiste féminine de Blues). Tout dépend maintenant de la couverture médiatique de l'événement. En ce qui me concerne, je m'apprête à jouer, comme chaque année, sur les terrasses de la côte atlantique cet été...Les programmateurs de festivals ne nous jugeant (les musiciens de French Connection) certainement pas assez bons pour figurer sur leur programmation, c'est là notre destin. Zora, elle, continue ses tournées à travers le monde. Elle m'engage chaque fois que c'est possible. Cette connection là n'est pas prête de s'arrêter!

Gilles Blampain

Photos de Christelle Rama
www.bobby-dirninger.com/ 
www.myspace.com/zorayoung 
http://www.natural-blues.com/

Discographie Bobbby Dirninger
Bringin’ It All Back – Chez Laurent - 1999
Bobby Dirninger Meets Pat Giraud: Bluesy - 2002
In The End - 2005