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été 17
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Interview
BJORN BERGE
De la plateforme à la douze cordes.


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Il est rarement accompagné de musiciens mais sa musique est aussi captivante que si elle était jouée par un band endiablé. Virtuose de la guitare à 12 cordes il enflamme son auditoire à chaque prestation. Rencontre avec ce bluesman venu du froid !

Blues Again : Ton histoire : tes débuts en musique même si beaucoup d’amateurs la connaissent ?
Bjorn Berg : J’ai commencé à jouer quelques horreurs musicales avec une pedal steel guitar. Même si ça avait l’air cool, c’était vraiment pas bon. Ensuite, vers 12 ou 13 ans j’ai joué dans mon propre groupe. J’ai laissé tomber la pedal steel guitar pour le banjo. C’était vraiment plaisant ! C’est à ce moment que j’ai commencé à jouer du bluegrass. Un de mes potes jouait de la mandoline. Ce qui est marrant c’est qu’à l’époque il n’aimait pas ça et qu’aujourd’hui il est un des plus grands spécialistes de cet instrument. Un second jouait de la guitare acoustique et le troisième grattait une basse électrique. On était donc quatre dans cet orchestre de bluegrass.

Quelles étaient vos références dans le genre ?
Notre référence c’était Bill Monroe mais aussi le groupe New Grass Revival qui réunissait en 1971 Sam Bush, Courtney Johnson, Ebo Walker, Curtis Burch au dobro, Butch Robins, Béla Fleck au banjo et Pat Flynn. Après quelques temps, il fallait tout de même qu’on gagne un peu plus d’argent. J’ai donc délaissé le banjo pour reprendre la guitare. Après avoir réussi mes études, j’ai trouvé un job dans l’industrie pétrolière et j’ai commencé à travailler sur une plateforme en Mer du Nord. Ce qui n’est pas très exceptionnel en Norvège.

Quel genre de vie menais-tu sur cette plateforme?
La vie se résumait à bosser et boire des bières. Bières blondes le plus souvent parce qu’on n’avait pas grand-chose d’autres en Norvège. Par moment, nous avions de la Guinness. C’était la fête ! On travaillait pas mal en somme, et pour m’amuser un peu, je jouais de la guitare ou du banjo.

Qu’as-tu fais ensuite ?
J’ai eu l’opportunité de jouer dans une école pour enseigner la guitare pendant trois semaines. Ma mission était de montrer aux enfants le lien qui existe entre le blues et la musique actuelle. Lorsque je leur disais que je jouais du blues, ils trouvaient ça cool parce que ce n’était pas commun en Norvège. La plupart des gens, et surtout les enfants, trouvaient ça ennuyeux. Je devais donc leur montrer que le blues était à l’origine du rock. C’est pour ça que je fais des rapprochements avec des groupes tels que Motörhead ou les Red Hot. En fait tout dépend comment tu leur présentes l’affaire. Je leur disais d’ailleurs souvent cette phrase de Muddy Waters : « Le blues a eu un enfant et il s’appelle rock’n’roll ». Avec cette approche, les enfants se rendaient compte que le blues avait le même rythme, le même esprit que le rock.

As-tu noté une différence après tes cours et tes premiers albums chez les amateurs de musique?
Oui, j’ai remarqué que certaines personnes parlaient davantage de blues. J’ai aussi noté que les étudiants venaient plus nombreux dans les clubs. Quand j’ai remporté deux Grammies en Norvège, les gens pensaient que j’étais le nouveau Prince du blues. [rires] (NDLR -Spellemannprisen : meilleur album blues en Norvège en 2002)

De qui t’inspirais-tu?
De tout le monde en fait. La seule chose à laquelle je pensais était de jouer des chansons qui se rapprochaient plus ou moins de moi. Je ne suis pas noir, je ne suis pas pauvre, je n’ai jamais été esclave, même si plus jeune je pensais que je l’étais lorsque mon père me forçait à ranger ma chambre [rires]. Je jouais donc de tout, de Muddy Waters, à Robert Johnson en passant par BB King.

Des références de bluesmen blancs…
Non, pas vraiment. En fait, je trouve que le blues électrique joué par certains musiciens blancs est ennuyeux. Je préfère quand la musique est jouée avec une certaine attitude à l’instar de Stevie Ray Vaughan, Johnnie Winter ou Popa Chubby qui est un gars costaud. Ces gars ont l’attitude que j’aime. Ils ont une véritable énergie. Ils vivent cette musique. J’adore ça.

Que préfères-tu jouer avec ta guitare à douze cordes ?
Et bien j’ai commencé à jouer de la guitare à douze cordes parce que personne n’en jouait. Je me suis inspiré d’un mec, Leo Kottke, un des premiers à gratter sur une douze cordes. Il a maintenant 66 ans et il est toujours aussi affûté. Il est impressionnant. Si tu vas sur Youtube, tu verras qu’il est toujours jeune quand il joue. C’est fou ! Il y a aussi Andy McKee qui utilise le tapping et le picking pour jouer. Ces gars-là m’impressionnent. Ce sont mes héros ! Je puise mon inspiration chez des gens comme ça et d’autres que je trouve sur Youtube ou Dailymotion. Ces sites sont de sacrés outils pour travailler ou améliorer son style.

Fais-tu des clins d’œil à ces gars-là en concert ?
Oui, je leur fais des clins d’œil en jouant certaines de leurs chansons. Vous devez rendre hommage à vos héros. Par exemple, Ry Cooder, je lui rends souvent hommage quand je joue avec une slide guitar, parce que je trouve qu’il a la tonalité la plus parfaite que tu puisses donner à une guitare sur un rythme lent. Ecoute simplement le thème du film Paris Texas. C’est juste envoûtant ! En fait, avec le recul, je m’aperçois que j’apprends toujours. Je me dis que j’ai toujours quelque chose à perfectionner, à peaufiner.

T’inspires-tu d’autres styles de musique ?
Non, même si j’ai un pied dans le blues et l’autre dans d’autres genres de musique. Je me dis que certaines personnes héritent de dons musicaux, d’autres doivent les travailler.

Quand tu es sur scène, que préfères-tu ?
Déjà, je préfère être sur scène qu’en studio parce que je peux ressentir le public. Si celui-ci est un peu froid, je deviens plus agressif. Il ne faut pas me titiller sur scène ! [rires] Je reconnais tout de même que le public est souvent très sympa, très enthousiaste. Par moment cela dit, ça dépend du temps. Par exemple, je me souviens d’un concert au festival de Cognac en 2005. Le public était grandiose mais il s’est mis à pleuvoir. J’ai dû arrêter le concert. C’était très frustrant.

Sur ton dernier album, Fretwork, tu joues avec des violons. Est-ce une nouvelle expérience pour toi ou un essai pour tes prochains albums?
Les deux. C’était un test mais aussi une nouvelle expérience pour moi. Le fait d’avoir des violons apporte une touche particulière sur l’album. J’aime marier les deux sonorités même si en Norvège les gens pensent que mon son devient de plus en plus irlandais. En fait, je trouve le violon très mélodique et que ça s’accorde bien avec la guitare à douze cordes. J’ai d’ailleurs joué un peu de violon mais je me suis rapidement aperçu que ce qui en sortait était horrible ! J’ai toujours un violon chez moi, mais il est sur un mur. Je le regarde et je me dis « un jour je viendrai te chercher et je jouerai bien avec toi » ! [rires]

Es-tu tenté par d’autres instruments?
Je ne peux pas répondre maintenant mais j’avoue que jouer avec une cornemuse m’attire pas mal. Je n’ai jamais essayé mais ça me plairait bien.

As-tu d’autres hobbies ?
Pas vraiment. Mon seul hobby est de jouer de la guitare ou d’essayer d’autres instruments. Mes passe-temps pourraient être de m’occuper de mes enfants. J’ai un fils qui a 18 ans et qui fait de la musique, de la batterie plus exactement. J’essaie de jouer avec lui de temps en temps ainsi qu’avec ma fille et ma femme que je ne vois pas beaucoup quand je suis en tournée. Je faisais de la moto avant. C’était une Yamaha XT350. J’ai arrêté parce que c’est trop dangereux pour moi. Elle allait trop vite.

T’occupes-tu de jeunes musiciens ?
Et bien de mon fils et de mon neveu qui ont un groupe qui s’appelle New Zeppelin. Tu peux d’ailleurs les voir et les écouter sur Youtube. J’aime bien échanger et être avec eux.

François Lavessière et Tristan Sicard – décembre 2009

www.bjorn-berge.com