Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

04/17
Chroniques CD du mois Interview: BERNARD SELLAM Livres & Publications
Dossier: BLUES & FLAMENCO (suite) Portrait: CHUCK BERRY Interview: DARIOS MARS & THE GUILLOTINES
 


Interview
billy jones
Dans ce foutu Sud nous avons deux racines : le blues et la country


blues deraime








Ouvert à toutes les musiques, avec sa guitare et sa voix qui prend aux tripes, il entraîne instantanément l’auditeur dans un univers sonore très personnel. Pour donner au blues un impact universel, il en redessine les contours en y intégrant des beats funk, des tempos reggae et des phrasés hip-hop.

Qui es-tu Billy Jones ?
Je suis de North Little Rock, Arkansas. J'ai été élevé dans le café que ma famille possédait et, très tôt, j'ai été exposé à la musique et aux musiciens. La pièce dans laquelle nous vivions était juste derrière la salle de bal où se trouvait le juke-box. Mon lit était collé au mur, si bien que bébé j'ai été bercé par le son des disques d'Elmore James, Big Joe Turner, Jackie Wilson, BB King, Muddy Waters, Sam Cooke, tous ces géants du blues et de la soul que les clients du café sélectionnaient, dans la machine, pour danser toute la soirée. Mon lit vibrait avec les basses. Voilà mon premier contact avec la musique. Je l'ai absorbée, je l'entendais dans mon sommeil. Je me rappelle que je voulais être comme les gars du juke-box. Et j'idolâtrais les musiciens qui venaient jouer dans notre café. Ils avaient l'air si cool, si captivant…
On m'a raconté que quelques années avant que je vienne au monde, il y avait dans la famille un parent appelé ‘Billy Boy’, très bon guitariste et super performer. Mais, vue la situation politique et raciale de l'Amérique ségrégationniste, il n'a jamais pu exploiter ses dons d'artiste. Il a vécu une vie d'ouvrier agricole, ne jouant que pour ses collègues ou le chef d'équipe de la plantation sur laquelle il vivait. Je porte son nom, mais il est mort longtemps avant ma naissance. Je ne l'ai jamais connu. Certains dans ma famille disent, en plaisantant, que je suis sa réincarnation. Je crois savoir qu'il était très talentueux…et je ne suis probablement pas aussi bon.

A quel âge as-tu commencé de jouer de la guitare et joues-tu d'un autre instrument ?
J'ai toujours été fasciné par les guitares. Vers l'âge de 4 ans un de mes oncles m'a offert une
petite guitare en plastique, un jouet avec une poignée musicale qui jouait ‘Pop Goes The Weasel’ quand on la tournait. Je me tenais devant le juke-box avec cette guitare, m'imaginant être chacun des artistes que j'entendais. Je courrais partout avec et je me suis souvent endormi en la tenant dans mes bras.
Je pense que je me suis mis sérieusement à l'instrument vers mes onze ans. C'est l'époque à laquelle j'ai commencé à apprendre la structure des accords, la mélodie, l'accordage, etc. Je ne jouais pas trop avec les enfants du voisinage, je tournais plutôt autour des musiciens adultes et je passais le plus clair de mon temps à apprendre des chansons à partir des disques que j'écoutais. J’essayais d'avoir le même son que les gars que j'entendais. Parfois, je traînais avec les poivrots et je jouais pour eux. Dans la famille on me prenait pour un hurluberlu. Mais la musique était à la fois mon occupation et ma récréation.
Je passais la majeure partie de mon temps à jouer de la guitare, à étudier et à imiter les artistes dont j’étais fan. Je pense effectivement que mon attitude devait leur paraître vraiment bizarre. Quant à jouer d’autres instruments, j’ai eu une approche pratique de la batterie, de la basse et des claviers. Je n’en joue pas assez bien pour le faire en public, mais je peux écrire des thèmes avec, et expliquer aux vrais joueurs ce que j’attends d’eux. Je joue aussi ce que j’appelle du piano ‘gorille’, comme si un gorille frappait sur un piano. Il est donc préférable que je m’en tienne à la guitare sur scène.

Quand as-tu décidé de devenir professionnel ?
Je n’ai jamais vraiment pris la décision consciente d’être professionnel. Hosea Levy, le légendaire bluesman, l’a fait pour moi. J’avais 14 ans et, un jour que je séchais les cours en traînant mes guêtres au Williams Pool Hall, endroit très douteux où il arrivait que des gens se fassent tuer, certainement pas un endroit pour un gosse de mon âge, soudain ce mec a déboulé dans une Chevy Station Wagon de 1957. Elle était pleine d’amplis, de micros et d’éléments de batterie. Il a dit qu’il était dans un orchestre qu’il avait un contrat pour un concert à Lonoke, Arkansas, le soir même. Il avait entendu dire que je jouais de la guitare et que, justement, il cherchait un guitariste. Il m’a dit que son nom était Hosea Levy et que lui et son jeune frère Calvin me paieraient 6 dollars, ce soir-là, si je jouais avec eux, Willie Cobb, Little Johnny Taylor et Larry ‘Totsie’ Davis. Je ne lui ai pas dit que je n’avais jamais joué dans un band. Il ne savait pas que j’avais tout juste 14 ans, et je ne lui ai pas dit non plus. J’allais tailler la route ! J’ai fait mine d’être décontracté et je lui ai dit que c’était d’accord. C’était la toute première fois que je suis parti en tournée avec le Levy Brothers Band, et c’était le début du voyage de ma vie dans le blues. Le voyage ne s’est jamais arrêté depuis.

Sur quel genre de guitare joues-tu et as-tu une marque favorite ?
Mon instrument favori est l’Alesis X-Guitar. J’ai eu pas mal de modèles différents. J’ai longtemps joué sur une Fender Stratocaster 1983 mais, le jour où j’ai posé mes mains sur la X-Guitar, j’ai balancé toutes mes autres et maintenant je ne joue plus que sur une Alesis. Je l’adore. J’en ai acheté trois. Je suis surpris qu’Alesis ait décidé d’en arrêter la fabrication car c’est le meilleur instrument que je n’ai jamais possédé.

Un musicien, un chanteur, un band qui t’aurait spécialement impressionné…
Pour commencer, il y a eu BB King, Lightnin’ Hopkins, John Lee Hooker, Jimmy Reed, Big Joe Turner et Jackie Wilson. Wow ! Jackie Wilson, il était comme un super-héros musical ! La voix, la gestuelle, les fringues, la coiffure, la magie de sa présence. Tout était fantastique chez lui. Il était tout ce que je voulais être. C’était le meilleur entertainer du métier avant Michael Jackson. Même Elvis voulait être Jackie Wilson !
Plus tard il y a eu Funkadelic, Hendrix, Santana, Cameo, Prince, The Bar-Kays. La liste serait trop longue, mais j’aime les entertainers bigger than life.

Si tu devais citer trois ou quatre musiciens de références…
Albert King, Glen Goins, James Brown, Son House, Rick James, Elmore James, The Isley Brothers.

Quels genres de musique écoutais-tu quand tu étais ado ? 
Tout de Motown aux Last Poets. Je suis un music-geek ! On en apprend dans tous les domaines musicaux. J’essaye d’absorber la moindre information qui passe sur telle ou telle musique. Le blues est mon premier amour, mais ma maîtresse c’est la country-music à l’ancienne. Funk, rock, hip-hop, reggae et jazz sont des ‘flashy girlfriends’ que je garde en réserve. Mais quand j’écris des chansons, j’écoute un maximum de country-music.
Peu importe le style de ce que j’écris, quand j’écoute Hank Williams Jr., George Jones, Willie Nelson, Johnny Cash, Merle Haggard, et mon favori depuis toujours John Conlee, ils m’ouvrent la porte de la créativité comme personne d’autre ne peut le faire. Ils me racontent une histoire qui m’entraîne au plus profond de moi-même, au cœur de ma musique. La vraie racine musicale. La vérité est que, dans ce foutu Sud d’où je suis, nous avons deux racines : le blues et la country. Ces deux musiques ont toujours existé côte à côte dans notre culture. Et à la télé, regarder l’émission Soul Train ou The Grand Ol’ Opry était tout aussi important. J’inclus toujours une paire de titres country dans chacun de mes spectacles.

Et te souviens-tu du premier blues que tu aies entendu ?
Pas vraiment... mais je serais tenté de dire ‘Driftin Blues’ par Charles Brown. Ou ‘Black Nights’.

Tu es enraciné dans la tradition, mais tu rajeunis de belle manière le blues avec un trait de hip-hop. Crois-tu que le blues doive revêtir une nouvelle apparence pour entrer dans le XXIe siècle ?
Absolument. Spécialement si l’industrie du blues veut drainer une audience plus jeune et plus importante. Mais, pour être honnête, j’ai toujours eu, semble-t-il, des problèmes avec les gros bonnets de l’industrie. La plupart de ces gars sont des opportunistes. Ils ont l’air de penser qu’ils ont mieux à faire qu’à m’entendre bousiller leurs certitudes. Pourtant, je leur dis la vérité. J’adore Muddy Waters et Howlin’ Wolf, mais la vérité c’est que la majorité des labels de blues tentent encore de vendre des disques aux grands-parents de ce public qui, aujourd’hui, n’achète plus de disques. Et si l’industrie ne s’adapte pas, si elle ne s’affranchit pas du passé, elle finira par mourir et ce sera entièrement de sa faute. Quand je tenais ce discours dans le temps, les associations comme les Blues Societies m’ont exclu de leurs programmations, spectacles, festivals… Et je ne voudrais pas me tirer encore une balle dans le pied ! Alors je vais rester coi sur le sujet. Qu’ils creusent leur propre tombe.

Quelles sortes de musiques écoutes-tu quand tu es seul ?
C’est un peu gênant à dire mais, dernièrement, j’ai essentiellement écouté ma propre musique ! Il faut dire que je travaillais sur ma dernière production, ‘The Billy Jones Story…The Times And Travels Of An American Bluesman’. En tant qu’auteur je m’applique à soigner les textes. C’est un grand projet et j’ai déjà de bons échos là-dessus. Ce CD est une compilation de 15 chansons choisies. Il y a à la fois des enregistrements live et studio. Les histoires racontées sont vraies, et j’aime penser à ce projet comme un reportage vivant et actuel de la zone urbaine. Le sujet va de la complexité romantique à l’addiction aux drogues. J’espère dire quelque chose de pertinent à un public urbain d’aujourd’hui, faire connaître aux jeunes auditeurs notre héritage musical dans un format qu’ils peuvent apprécier. C’est l’histoire de ma vie. C’est ma vision du blues pour le XXIe siècle. J’espère que vous apprécierez, j’y ai mis tout mon cœur.

Y a-t-il un but que tu aimerais atteindre avec ta musique ? 
Oui. J’aimerais que beaucoup de jeunes captent ma musique. Avoir un impact universel, pas simplement le noyau dur des fans de blues, bien que je les apprécie beaucoup Mais bon, j’aimerais écrire des histoires dans lesquelles tout le monde se reconnaîtrait.

Combien de concerts par an ?
Aucune idée. C’est variable. Certainement pas assez. J’ai envie de jouer partout, tout le temps. Je parcours pas mal les Etats-Unis mais je n’ai jamais joué au Canada. J’aimerais bien tourner là-bas. Aucun promoteur ne m’a encore fait de proposition.

Tu dois avoir un stock d’histoires depuis que tu tournes…
Sans aucun doute. Mon plus beau souvenir, c’est lorsque Nöelle Valluet, cette jolie jeune femme de ‘Blue Up ! Productions’ m’a engagé pour passer au Blues Passion de Cognac. Elle a apprécié le potentiel que recélait ma musique, elle a cru suffisamment en moi pour me mettre sur la scène principale à une heure de grande fréquentation. Ça a changé le cours de ma carrière. Il y avait 15 000 personnes, le show était super, on était submergé par ce que nous renvoyaient les spectateurs. La foi que cette femme a placée en moi a littéralement changé ma vie. Je lui en serai éternellement reconnaissant. Oui, ce fut le plus beau moment de ma vie. Cependant, je ne lui ai jamais beaucoup parlé. Je ressentais une très forte attirance pour elle. Elle restait très professionnelle, je ne n’ai pas voulu tout foutre en l’air en lui faisant savoir combien elle me plaisait. Elle a probablement pensé que j’étais un idiot, mais j’ai un profond respect pour elle. Ma plus grande expérience musicale a eu lieu ce jour-là en France.
Ma pire épreuve par contre, c’est la fois où, rentré en Arkansas après une tournée en Europe, je cherchais à décrocher un contrat dans un club du coin. La personne en charge du recrutement m’a dit : « Je me moque du nombre de disques que tu as fait ou dans combien d’émissions de télé tu t’es produit. Aussi longtemps que tu seras basané, tu ne joueras pas dans ce club. » J’étais choqué ! Une gifle glaciale en pleine figure. Et ça se passait en 2007 !

Quels sont tes projets pour 2010 ?
En janvier sortira le projet sur lequel je travaille actuellement : The Billy Jones Story…

Quels sont tes passe-temps en dehors de la musique? 
Jouer avec les enfants en famille. J’aime traîner avec eux, aller au cinéma, au bowling, ce genre de choses. Il y en a deux qui ont un gros potentiel, spécialement Atyia Nicole Jones. Elle a seulement cinq ans et c’est déjà une excellente chanteuse, danseuse, pianiste et guitariste ! Je suis persuadé qu’on en entendra beaucoup parler dans quelques années. Souvenez-vous de ce nom : Atyia Nicole Jones. On l’appelle Ty Ty. Je suis sûr que je serai quelque part en arrière-plan à jouer le rôle de Joe Jackson pour elle. (NDLR- Joe Jackson : manager des Jackson Five.)

Y a-t-il quelque chose que tu apprécies particulièrement en Europe et en France ?
Bien sûr. J’aime vraiment la France, et l’Europe en général. Le climat social y est nettement meilleur que celui du pays d’où je viens. J’arrive habituellement en Europe par l’aéroport d’Amsterdam. J’en suis arrivé à aimer l’odeur des bouses de vache… J’ai l’impression d’être chez moi !

Gilles Blampain - novembre 2009
  
http://myspace.com/billyjonesbluez
http://www.livebluesworld.com/billyjonesbluez

Discographie
Tha’ bluez - 2005 - Black & Tan 
My Hometown - 2007 - Black & Tan

blues billy jones