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04/17
Chroniques CD du mois Interview: BERNARD SELLAM Livres & Publications
Dossier: BLUES & FLAMENCO (suite) Portrait: CHUCK BERRY Interview: DARIOS MARS & THE GUILLOTINES
 


Interview
Bernard SELLAM


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Avant de fêter à Paris la sortie du dernier album, 'Long Distance', Bernard Sellam, guitariste chanteur du groupe Awek nous a parlé de sa vie et de ce CD.

Blues Again : Awek ce sont dix albums, plus une cassette et un livre DVD fait pour vos vingt ans (c'était il y a deux ans)  et, chose exceptionnelle, toujours avec les mêmes membres.
Bernard Sellam : Et oui, c'est un peu comme le corps humain, si tu mets une main en plastique, c'est bien mais ce n’est pas pareil. On n’a pas encore embauché de robot et je ne pense pas qu'on va le faire.

Petit retour dans le temps pour découvrir la genèse du groupe. Quand le petit Bernard a-t-il commencé la guitare ?
Oh, il y a longtemps. J'ai commencé quand je devais avoir quatorze ans, je crois. Il y a très longtemps, j'ai presque l'âge d'être grand père, imagine, et en fait, je n'ai jamais arrêté.

Maintenant, tu joues dans un style bien particulier, mais tu as débuté avec le rock, le hard rock ?
Ben non, parce que à l'époque où j'ai démarré la musique à la mode, au tout début des années soixante-dix, c'était le blues quand même. J'écoutais Canned Heat, Hendrix, tous ces gens-là, Led Zeppelin qui étaient un peu plus rock mais avec les autres on n’était pas loin du blues. Et j'écoutais aussi Sonny Terry et Brownie McGee, Ray Charles, Otis Redding.

bernard sallemEs-tu issu d'une famille de musiciens ?
Mon grand-père, papa de ma mère, était trompettiste, mais je ne l'ai jamais connu et ma mère n'est pas musicienne du tout. C'est pas qu'elle n'aime pas trop la musique mais elle n'aime pas la musique que je joue. Mais elle est très contente que je sois musicien, pas de problème.

Entre le moment où tu as découvert la guitare et où tu es devenu professionnel que s’est-il passé ? Tu as fait des petits groupes dans la région toulousaine ?
Non, j'étais dans la région Parisienne, excusez-moi, on n’est pas toujours bien vu par là. En fait j'ai commencé à jouer dans des groupes très, très tôt. Dès mes seize ans environ, j'avais un petit groupe, on faisait du folk-blues et même après j'ai fait du folk/folk et tous les week ends, on allait jouer dans les MJC. Pendant que nos copains faisaient des boums et dansaient sur Claude François, nous on gagnait de l'argent déjà et je rentrais le lundi, j'étais le cador au lycée parce que j'avais cent francs dans la poche.

Donc, tu fais de la musique pour l'argent… 
En fait, ça a toujours été le cas, mais après, j'ai arrêté car je ne pensais jamais devenir un professionnel de la musique et c'est venu un peu par hasard.

Tu es venu dans la région toulousaine tu étais déjà professionnel ?
Je suis venu dans la région pour la musique. Dans la région Parisienne, j'étais un illustre inconnu. Il n'y avait pas énormément de travail et d'ouvertures. Je suis venu au milieu des années quatre-vingt du côté de Perpignan où j'avais fait une saison d'été avec un groupe. Batteur Belge, deux Parisiens, je suis resté quelque temps là-bas et puis je suis revenu, je ne connaissais pas la vie en province et ça m'a beaucoup plu. J'ai trouvé que la mentalité dans le Sud-Ouest était largement meilleure qu'à Paris. J'ai monté un groupe de soul, là-bas, qui s'appelait 'Formidable' et qui a assez bien marché. On a fait le printemps de Bourges, on a même été jouer au Japon en 93. Et puis, comme à Perpignan il n'y avait pas tous les musiciens que je voulais, parce que c'était une grosse formation avec beaucoup de cuivres,  je me suis mis à jouer avec des gens de Toulouse à Toulouse.

Tu étais déjà au chant à l'époque ?
Au départ, non, j'étais guitariste et je faisais quelques chansons. Il y avait un excellent chanteur qui s'appelait Jean Marie Marier qui fait d'ailleurs une super carrière qui a joué avec plein de gens et qui est sur Paris. Quand il est parti, parce qu'il avait un plan de carrière plus Parisien, j'ai essayé deux ou trois chanteurs et au bout du compte je me suis dit : « Je vais m'y mettre » et ça a fonctionné et j'ai continué jusqu'au jour où les grandes formations (nous étions sept dans Formidable) ne marchaient plus trop, il n'y avait plus tellement de travail. A cette époque, on était plutôt dans l'électro ou de la musique où les gens faisaient les disques à la maison, tout seul, on balançait des samples et on va dire que les opportunités n'étaient plus bonnes pour moi ni pour les autres. J'ai donc décidé de revenir à une musique que je voulais faire depuis le départ, à savoir du blues pur et dur et on a monté Awek qui était un trio au départ.

Comment les as-tu connus, les deux énergumènes ?
En fait, Joël, je le connaissais un peu de réputation parce qu'il commençait à faire un peu parler de lui. Il avait deux cordes à son arc. D'un côté il jouait du jazz-rock, beurk ! (rires) J'aime bien chambrer. Il avait d'ailleurs un très bon groupe, Zee Bop et d'un autre côté il avait un groupe de blues, musique qu'il a toujours adorée, il jouait avec Mannish Boys qui existent toujours avec Mojo Bruno. On a réussi à le débaucher des Mannish et il a rejoint Awek.

Et Olivier ?
Olivier était le batteur de Formidable à la fin, pendant les deux trois dernières années. On se connaissait et c'est avec lui qu'on a eu l'idée de monter ce groupe-là, parce qu'il avait un gros potentiel musical, humain et en com aussi. La musique, ce n'est pas que de la musique, il faut arriver à travailler sur un concept, travailler une image et puis trouver du boulot.
bernard sellam
Le côté humain est important, vous passez pas mal de temps ensemble, concerts, etc …
Oui, il faut essayer de travailler avec des gens intelligents, tolérants. Il y a des limites à respecter, c'est une histoire de relations humaines, tout simplement. J'aurais pu jouer avec plein d'autres gens, mais il y en a qui sont un peu trop extrêmes. Voilà, on s'entend bien là-dessus parce qu'on se respecte.

Pour en revenir au début, es-tu autodidacte ou bien as-tu eu des professeurs ?
Je suis autodidacte au départ, mais après, j'ai pris quelques cours ponctuels avec quelques profs quand j'habitais Paris, j'ai appris à lire la musique tout seul, à l'écrire et puis après, c'est sur le terrain. C'est comme ça qu'on apprend son métier.

Pour en arriver à la composition... parce qu'il y a de la musique et des paroles…
L'écriture peut s'apprendre au conservatoire, mais en général, quand tu écris des chansons, disons dans un groupe de rock, c'est plus difficile. C'est très, très long en fait. Déjà il faut être un minimum inspiré et puis après, il faut savoir... C'est très difficile à expliquer, j'ai pas la capacité de pouvoir expliquer comment on devient un auteur compositeur.

Pourtant, c'est le cas.
C'est le cas, oui. Il y a dix disques, j'ai écrit dans d'autres groupes avant. J'ai bien dû écrire une centaine de chansons  dans ma vie. Elles ne sont pas toutes bonnes, ça c'est sûr, mais j'ai dû en écrire une centaine, oui.

Comment ça te tombe dessus ? Crayon, stylo, clavier, dictaphone ?
C'est toujours au mauvais moment que tu as une idée. T'es dans la voiture, t'es dans le train, t'es au supermarché et là, tu as un truc qui te tombe dans la tête, tu ne sais pas d'où ça vient et puis tu te dis, il faut absolument que je m'en souvienne. Quand tu écris un peu la musique, tu peux prendre des notes. Aujourd'hui c'est plus facile, on a tous des téléphones qui font plein de choses, donc tu t'enregistres, tu balances un p'tit bout de mélodie. Avant quand il y avait des répondeurs, je m'appelais chez moi sur le répondeur et je me réécoutais comme ça. Il y a plein de combines. Avec cette idée-là, tu la travailles, tu mets un peu plus en place les choses. Il manque toujours un début, une fin, un milieu, tu laisses venir, tu travailles dessus, tu y reviens. Il est sûr qu'avec l'informatique, aujourd'hui, c'est plus simple d'écrire une chanson. Enfin, une bonne chanson, c'est une chanson qui fonctionne bien avec une voix, une guitare ou une voix et un piano. Je ne suis pas mystique, je ne suis même pas croyant, mais, une chanson, ça tombe un peu du ciel quand même.

J'y repense, dix disques dont certains enregistrés aux Etats-Unis, c'est une œuvre conséquente, ce n’est pas donné à tout le monde.
Non, mais... Bon, voilà, c'est mon histoire, il y a d'autres gens qui font des choses intéressantes, voire, mieux. J'ai mon histoire, je n'ai pas fait que de la musique, je tiens à le dire. Il y a des gens qui sont sur leur nuage, qui ont fait de la musique depuis très, très jeune, qui n'ont jamais travaillé Moi j'ai eu des boulots un petit peu avant. Pas beaucoup, mais j'ai quand même touché du doigt la vraie vie. J'ai bossé dans le tourisme, j'ai pas mal voyagé, j'ai eu de la chance. J'ai bossé dans l'enseignement, un peu.

Dans l'enseignement ?
Ouais, je suis vite parti, je n’étais pas fait pour ça... (rires)

Professeur de musique ? bernard sellam
Oui, professeur de musique, un peu, mais j'étais instit, en fait. Pas longtemps, mais instit. J'aime bien les enfants. Ce matin, j'étais avec des enfants, justement. En ce moment, je rends visite à une école primaire quatre fois dans l'année scolaire et idem pour un collège à Toulouse et on fait des rencontres autour du blues et c'est assez intéressant. Je trouve qu'il faut arriver à transmettre quelque chose. Il ne faut pas que faire des disques et des tournées.

Et tu sens qu'il y a de l'accroche, en face ?
Oui, oui, complètement et puis je me donne beaucoup pour que ça accroche.

Et tu n'as pas eu l'idée de faire un disque spécialement en direction des enfants ?
Ben c'est une bonne idée, je n'y avais pas pensé, par contre j'ai commencé un conte musical autour du blues que j'ai commencé à jouer un peu, à droite, à gauche. Après, je ne le vends pas particulièrement, c'est surtout parce que j'ai eu des demandes par rapport à ça et j'ai déjà fait pas mal de master classes. Souvent on nous demande d'intervenir pour le jeune public et c'est quelque chose qui m'intéresse. Comme je te l'ai dit, au départ je voulais faire instit, j'ai lâché parce que je ne voulais pas être dans une école entre quatre murs mais par contre, les enfants, l'éducation, je trouve ça intéressant, c'est même passionnant.

Pour en revenir aux dix albums, certains ont été enregistrés aux Etats-Unis.
Oui, il y en a trois. Le premier s'appelait Burning Wire On South Lamar enregistré à Austin au Texas en 2007. Après, on est retourné au Texas parce que on s'était vraiment régalé et qu'on avait envie de retourner dans le même studio, un studio superbe et on a enregistré It's Rollin' en 2009 et par contre, après, on a changé d'état, on est allé plus à l'Ouest, on est allé en Californie à San José, c'est autour du lac de San Francisco, et là on est allé chez Kid Andersen qui est un guitariste fabuleux qui vient d'ailleurs d'avoir un Award, qui a son studio d'enregistrement chez lui et qui enregistre plein de gens. Toute sa maison, ce ne sont que des instruments ! C'est à peine si tu vois le canapé.

On va enregistrer dans les toilettes, dans la cuisine ?
Ben en plus, c'est vrai. Dans la cuisine, il y avait des amplis, avec la gamelle du chat il y avait une cabine Leslie. C'est un vrai fou furieux. C'est un gars qui est d'origine norvégienne, qui vit aux Etats-Unis depuis longtemps et qui a joué avec tout le monde, il fait plein de choses. On s'est marré. Je chantais où il y avait sa machine à laver.

Ça laisse des souvenirs indélébiles ?
Bon c'est sûr que ça changeait des studios d'Austin, même des gros studios français.

Vous vous attendiez à tomber dans un endroit comme celui-ci ?
Non, pas comme ça. On s'était tapé je ne sais combien d'heures d'avion, parce que c'est loin. Toulouse-San Francisco. On a dormi à l'hôtel et le lendemain on est arrivé au studio et on a fait tant de bornes pour ça ? Et puis après, on a compris que l'endroit était quand même magique et que surtout, il y a tous ses copains qui passaient. On a pu jouer avec des gens formidables. Donc, c'est une maison de rencontres avec tout ce qu'il faut pour enregistrer et avec un bon son en plus. Le disque s'appelle Rich And Famous.

Dans le dernier CD, il y a aussi un titre qui parle du Texas.
'We Met In Texas'

C'est du vécu?
C'est du vécu ! En fait, j'ai rencontré mon épouse au Texas, à Austin, pendant l'enregistrement de It's Rollin', on a été jouer à Antone's, un super club de blues mondialement connu, je vous le dis si vous ne le savez pas (rires), où plein de gens sont passés, BB King, Otis Rush... et c'est là que j'ai rencontré mon épouse et j'ai fait une chanson là-dessus.

Une chanson joyeuse !
Absolument, mais il y a plein de chansons joyeuses et mon épouse, je tiens à le dire, m'aide beaucoup à faire mes textes parce que je ne suis pas Anglais ou Américain elle m'a aidé à écrire mes textes. Pour la musique, je garde le monopole.

You are the boss.
Pour la musique.

Dans le dernier album, il y a une photo du studio, c'est chicos…
C'est à Toulouse, un très beau studio. On a eu une bonne opportunité d'aller au studio Elixir et on a enregistré très vite car on enregistre tous ensemble et en plus, que des morceaux qu'on a joués sur scène, donc on était prêts.
bernard sellam
Et il y a plusieurs prises, quand même ?
Oui, mais il y a des chansons, c'est la première prise, mais en général, on fait deux, trois prises maximum parce qu'après, de toutes façons, on a plus rien à dire, il n'y a plus d'émotion.

Et des fois, vous laissez passer des pains ?
Bien sûr, il y en a dans le disque mais je ne vous dirais pas les quels, à vous de les trouver. (rires) Mais oui, bien sûr, ce n'est pas une musique perfectionniste. De toute façon, même dans des grands disques il y a des pains. C'est pas très grave, on est humain, quoi.

On en revient au début de la rencontre, il n'y a pas de robot.
C'est pour ça qu'il n'y a pas de robot, pas de machine dans la musique d'Awek.

Qu'est ce qui est le plus important dans la musique que vous jouez ?
Justement, c'est ce que je disais tout à l'heure, l'émotion. Dans le blues, c'est l'émotion. Parce que dans le blues, il n'y a pas beaucoup de notes souvent. Enfin, ce n’est pas une musique de démonstration, avec un guitariste qui joue comme Satriani ou John McLaughlin ou comme n'importe quel grand guitariste très virtuose. Ce n’est pas très intéressant dans le blues. J'ai fait  des jams avec des gens connus qui jouaient super bien mais qui ne connaissaient pas le blues mais qui pensaient en faire et ce qu’ils faisaient n'était pas intéressant. Par contre dans leur domaine ils étaient excellents. Il y a quand même un style à respecter.

C'est difficile pour toi de jouer seul sans tes collègues ?
Peut-être à part deux ou trois morceaux que je serais capable de faire mais je n’ai pas l'habitude de jouer tout seul. Il y a des gens qui font ça super bien, par exemple Philippe Ménard qui est un ami dont j'aime beaucoup son dernier disque Walking On The Front Line. Alors là, lui, il sait faire le boulot super bien

Quand on va aux concerts d'Awek et que l'on regarde les visages des gens ils ont la banane.
Ben oui, je pense que c'est pour ça qu'on dure depuis 23 ans. On fait plaisir aux gens, on essaye d'avoir un show, un vrai show, un vrai spectacle. Que ce ne soit pas trop monotone, que ce ne soit pas des chansons qui se ressemblent trop, on fait attention, on ne fait pas la musique pour nous, on fait la musique pour les autres. Nous sommes aussi très contents et que ça se voit aussi sur nos visages.

bernard sellamIl y a un style Awek ?
Alors ça, c'est difficile à définir quand on est dedans.

On entend un titre, on sait que c'est Awek.
Oui, c'est ce que tout le monde me dit, mais je ne peux pas vous l'expliquer. Je pense que c'est le son, il y a un son Awek.

Tu as une guitare et un ampli vintage...
Oui, je joue avec une Gibson de 67, une autre Gibson de 1957, une ES 330 exactement. Je sais qu'il y a des gens qui aiment bien les vieilles guitares alors je précise.

Et quand on te voit sur scène tu n'appuies sur aucune pédale ?
Ben, je joue sans pédale. Parce que le blues, ça se joue sans pédale, quoi. Les vieux bluesmen n'avaient pas de pédales, déjà, ça n'existait pas dans les années 40/50 et je ne vois pas pourquoi on aurait un meilleur son. Pour moi, les gens qui jouent avec pédales n'ont pas un joli son. Attention, pour jouer du blues, hein. J'ai déjà joué avec des pédales mais j'ai décidé de les enlever. Je trouvais que ça enlevait de la qualité. C'est bien que la guitare soit directement dans l'ampli.

Mais le son que tu obtiens est dû à quoi ?
Aux doigts, pour beaucoup. Si toi ou quelqu'un d'autre prend ma guitare, même un bon guitariste, il aura une sonorité différente. C'est une façon d'attaquer les cordes, les notes,  et puis aussi la combinaison des notes entre elles. Quand tu joues trois notes à la suite, c'est que tu as choisi ces trois notes là, ça crée quelque chose dans l'oreille, ça crée une émotion et puis il y a les silences entre les notes aussi, on ne pense jamais à ça mais les silences ça permet de reprendre la respiration pour le chant comme pour la guitare et pour les oreilles de l'auditeur. S'il n'y a pas de silences, c'est moche. C'est Mozart qui disait ça, j'ai rien inventé.

Quand on prend ce dernier album Long Distance en main, il y a quelque chose qui change, c'est le visuel, j'ai l'impression de voir un disque non pas d'Awek, mais de Kraftwerk. C'est réussi, mais c'est froid par rapport à la musique que vous faîtes.
Oui, c'est vrai, on a toujours eu des pochettes qui n'étaient pas très blues. Souvent dans le blues il y a des clichés qu'on essaye d'éviter parce qu’on est un vrai groupe. Ce ne sont pas des musiciens qui se rencontrent pour une session de studio ou un chanteur qui se fait entourer de gens différents selon les soirs. Nous, on a vraiment une identité donc on va au-delà du cliché « Nous on fait du Blues » On n’a pas besoin de le dire donc on va mettre un vieux dobro sur un rockin' chair avec un paysage de la Louisiane derrière. On n’a pas envie de tomber dans les clichés, c'est pour ça qu'on a fait ce visuel. C'est un long couloir, d'un aéroport. De l'aéroport de Frankfort, exactement.

Oh là là, le pire, le plus grand d'Europe…
n fait, quand on est rentrés des Etats-Unis en 2009, on arrivait d'Austin, on avait traversé tous les Etats-Unis, tout l'Atlantiqbernard sellamue, on est arrivés en Europe à 5h00 du matin à Frankfort et tout d'un coup on s'est retrouvés dans ce couloir un peu particulier qui était tout vide, il n'y avait que nous, on était dans la troisième dimension et on a fait une photo. On a retrouvé cette photo là et on s'est dit que si on faisait un disque avec, ce serait rigolo. On a un peu aménagé la photo, mais en gros, c'est la photo originale prise à 5h00 du mat. Si un jour vous allez à Frankfort et que vous vous trouvez dans un long couloir comme ça, vous penserez à nous.

Au début, vous aviez un graphiste attitré et vous en avez changé ?
On a changé avec l'album précédent, le 9 et puis là on a travaillé avec mon fils. C'est un crac de Photoshop  et il est illustrateur, il s'appelle César aussi. Donc, c'est mon fils qui a fait la pochette mais on lui a donné quelques directives et bien sûr, il a eu une certaine liberté, il a eu sa part de créativité mais pas trop quand même, hein.

A l'intérieur, combien de chansons, 12, 16, 25 ?
Quatorze avec la moitié de reprises.

Tu es à sec d'idées ?
Non, mais pour un dixième disque, il faut changer. Sur scène, on joue beaucoup de compositions mais on a bien entre 20 à 25% de chansons qui ne sont pas de nous pour montrer qu'on est quand même dans le monde du blues et qu'une chanson de Muddy Waters après une chanson d'Awek ça passe très bien, et le contraire, surtout. On avait aussi envie de faire plaisir aux gens qui nous écoutent sur scène et qu'ils retrouvent des chansons qu’on n’a jamais enregistrées.

Une particularité de l'album précédent, c'est qu'on y a trouvé une chanson en français…
Oui, qui s'appelle 'Ma Chérie, Ma Chérie'.

Pourquoi n'avoir pas renouvelé le truc ?
Ben, je ne me force pas à écrire des chansons. Il faut que la chanson vienne à moi. C'est peut-être un peu bizarre pour qui n’est pas dans cette création là, mais je chante ce que j'entends dans ma tête. C'est à dire, une idée, après, j'essaye de la travailler mais cette chanson est venue en Français.

Avec un p'tit côté Cajun.
C’est sûr, j'écoute beaucoup de musique américaine, j'écoute pas mal de musique de la Louisiane aussi, mes inspirations viennent de là. En fait, ce qui se passe dans ma tête, c'est plusieurs chansons qui se mélangent et c'est ce qui donne une chanson nouvelle.
               
Et tu as des « maîtres » à jouer, à penser ?
Oui, mais ils sont tellement nombreux que je ne vais pas commencer à les citer. Ça dépend des styles, ça dépend des instruments, ça dépend des époques. Chez les vieux, j'aime bien Muddy Waters, forcément, j'ai écouté Robert Johnson, c'est obligatoire, j'ai tellement de noms que ça se bouscule.

En gros, c'est un album tous les deux ans ?
Celui-là, on a mis même pas un an à le sortir parce qu'il nous restait des morceaux de l'album précédent qu’on n’avait pas retenus. Au départ, c'était ça l'idée. On avait tellement fait de morceaux pour l'album 9 qu'il nous restait des chansons. On s'est dit : « Qu'est-ce qu'on en fait ? Et si on sortait un album genre, pour Noël ou pour faire plaisir, se faire plaisir, faire plaisir aux gens ». Au final on s'est dit qu'on avait qu'à mettre des reprises qu'on joue depuis longtemps, et on a un peu changé les titres qu'on avait mis de côté (de l'album précédent) On les avait joué sur scène, ils avaient évolué donc on les a réenregistré et la grosse surprise, c'est qu'il y a à peine deux ans, on a reçu le disque dur du studio d'Austin et dedans, chose qu'on avait complètement oubliée, on avait fait des jam sessions, des bœufs, avec des musiciens américains. On s'est dit que c'était super, il y a deux morceaux qui nous plaisaient beaucoup, pourquoi ne pas les intégrer dans le nouveau disque. Maintenant, vous connaissez tous les ingrédients qui ont donné le disque Long Distance.

Il y a un pianiste qui revient souvent, c'est Julien Bruneteau...
Super pianiste français qui tourne beaucoup à l'étranger, pas mal aux Etats-Unis d'ailleurs. Il y a surtout un autre super pianiste qui s'appelle Fred Caplan de Los Angeles qui a joué avecbernard sellam tous mes guitaristes préférés, ceux qui sont de ma génération, et qui joue dans les deux jams à la fin de l'album. C'est lui qui a dirigé le jam ; c'est lui qui a balancé l'idée. Il a fait trois, quatre accords, il a dit ça va faire un peu comme ça et comme ça et puis on l'a suivi. Et le fameux morceau 'Hound Dog' rendu célèbre par Elvis Presley, au départ, c'était un bœuf. Et il est sur l'album.

Vous en êtes où avec Awek, avec qui travaillez-vous, y a-t-il un label ?
Il y a un distributeur, c'est Absilone qui travaille avec Socadisc donc c'est trouvable, normalement, dans un magasin de disques s'il y en a encore. Après, on peut le télécharger sur des plateformes. Je ne ferai pas de pub pour les plateformes qui nous diffusent parce que c'est un peu lamentable. Je suis assez contre Spotify et Deezer si on y est. On peut commander le disque sur notre site internet, www.awekblues.com et vous pouvez nous écrire sur info@awekblues.com

On rappelle ce que veut dire Awek ?
Ça veut dire à donf, à fond. C'est de l'Occitan… Pour info, tous les ans, est organisé un concert auquel je participe avec un autre membre d'Awek, à Aucamville en région toulousaine. C'est un concert un peu spécial, il est caritatif et s'appelle Blues En Cœur. Il a lieu depuis trois, quatre ans et c'est plein de musiciens toulousains qui viennent jouer gratuitement et je m'y produis avec des enfants en début de soirée. On fait deux blues avec eux, ils chantent, c'est disons une chorale blues. Je vais jouer avec plein d'autres musiciens comme Pascal Delmas, batteur de French Blues Explosion. Très belle fête, ça coûte cinq Euros qui vont pour des enfants malades.

La boucle est bouclée, instituteur et les enfants et maintenant la chorale et les enfants…
J'ai une autre information. On sera au New Morning à Paris pour la sortie nationale ou parisienne en tous cas du disque Long Distance. C'est le jeudi le 6 avril.

Que voudrais-tu ajouter avant qu’on se quitte ?
J'ai hâte que le printemps arrive parce que c'est bon de sortir de l'hiver, il y a plein de gens qui ne supportent pas l'hiver, plein de malades, plein de grippes, tout ça... Je suis content que le soleil soit de retour, les gens vont sortir, ils vont aller écouter de la musique, ils vont aller au théâtre, voir des spectacles de danse. J'ai envie que les gens sortent de chez eux parce que ce qui ne me plaît pas, c'est l'isolement. L’isolement dans la tête, l'isolement politique, créer des frontières, construire des murs, faire des clans entre les gens et pour moi, le soleil, c'est le symbole du contraire. Donc quand je vois le soleil, je me dis, les gens ça va, j'espère, les ouvrir et avoir des idées claires pour aller voter (rires) et je n'irai pas plus loin.

Tu as parlé d'enfermement, vous avez déjà joué dans des prisons…
Oui, j'ai déjà joué plusieurs fois dans une prison, pas avec Awek, mais avec mon groupe Formidable. J'ai joué à la prison de Perpignan deux fois et ce qui est marrant, je me retrouve dans la prison pour jouer et, les prisonniers avant d'aller voir le spectacle, ne connaissaient pas spécialement mon groupe et tout d'un coup, au premier rang, je vois un gars qui m'avait embauché et qui ne m'avait pas payé.  Je te promets. C'était avec un autre groupe que j'avais. Il ne pensait pas me revoir là et il était au premier rang ! Ceci dit, tant mieux pour lui, il n'a pas payé deux fois. Ni sa place d'entrée, ni mon cachet quelques mois auparavant.  Donc, j'ai joué en prison, j'y suis resté deux, trois heures.
Ça doit faire bizarre, non ?
C'est plus que bizarre. C'est une vraie expérience. Ce n’est pas simple. J'étais à Poitiers dans une prison de femmes. Là, c'était particulier aussi. Je pense que ce sont des gens qui ont droit à la musique aussi. Il y a aussi des initiatives dans des hôpitaux pour des malades, surtout pour des enfants, mais pour des prisonniers, des gens qui sont en train de se reconstruire, j'espère, pour la plupart d'entre eux, la musique peut aider.
César – mars 2017

www.awekblues.com/

bernard sellam