blues again en-tete
04/21
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Interview
BENOIT BLUE BOY


KING KONG BLUES
king kong blues
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BLUES benoit blue boy





Presque six décennies sur scène et il garde toujours le même enthousiasme avec un nouvel album qui vient compléter une discographie déjà bien fournie.    

Blues Again : En octobre est sorti le CD Résolument Bleu. Comment est-il né ?
Benoît Blue Boy : J’avabenoit blue boyis envie d’enregistrer un album axé sur l’idée de jouer avec deux guitaristes. Ça m’a pris quelques mois pour créer la musique et les textes. Ecrire des titres en français n’est pas chose facile même si en réalité je ne les écris pas je les mémorise. En anglais cela m’aurait pris moins de temps. Résolument Bleu comprend 12 titres dont une reprise ‘Ma Petite Amie Est Vache’. C’est le premier titre enregistré en mai 1961 à Paris par les Chats Sauvages tout juste arrivés de Nice.  J’ai voulu reprendre ce morceau au moment où je l’ai entendu, à cette époque à la radio. J’ai mis tout ce temps pour trouver un moyen de le refaire à ma manière. Il y a aussi deux titres concoctés avec Steve Verbeke et un de mon ami Baco Michaelian. Tous les deux sont de supers harmonicistes ! L’album a été enregistré en huit jours en janvier 2020, puis deux fois quatre jours pour finir d’enregistrer et mixer après le premier confinement.  On a enregistré chez Albert Milauchian au studio Bonison, pas très loin de Nantes.

Un mot sur les musiciens qui ont participé à la création…
Comme d’habitude, le fidèle Stan Noubard Pacha à la guitare avec lequel je joue sur scène et en studio depuis 1993. Nico Duportal, à la guitare aussi et auquel j’ai confié la réalisation de cet album. C’est une grande chance pour moi de jouer avec deux guitaristes qui s’entendent vraiment bien et qui se complètent parfaitement. Stan et Nico ont découvert les nouveaux titres un après-midi chez moi et ensuite direction le studio ! C’est Pascal Mucci qui est à la batterie. Il joue dans l’orchestre de Nico depuis de nombreuses années ainsi qu’Alexis Bertein, le saxophoniste. À cause des problèmes de déplacements dus au confinement, Alexis a aussi enregistré les parties d’orgues et la section de cuivres. Il est aussi devenu bassiste depuis que je lui ai demandé de tenir la basse pour une tournée…Tous ont participé à l’album précédent A Boire & A Manger A St. Germain des Prés un hommage aux musiciens de jazz français qui jouaient et enregistraient du rock’n’roll en français à la fin des années 50. Album qui est également chez les disquaires en ce moment, il n’était paru qu’en digital jusque-là.

Et sur les invités de marque…
Elmor & Jimmy Jazz des Honeymen et Matt Bo Weavil sont venus nous rendre visite au studio d’enregistrement. Du coup on les a gardés quelques jours et on n’en a bien profité ! J’ai toujours une passion pour les frères Jazz qui viennent de sortir un nouvel album avec leur groupe Doo the Doo et Matt pour lequel j’ai un énorme respect. Il me paraissait logique qu’ils participent à ce nouvel album.

Dans ce dernier enregistrement ta voix est plus en avant que sur les autres disques. Pourquoi ce changement ?
C’est une idée de Nico Duportal, qui, à ma demande a réalisé l’album. Je l’ai laissé libre de prendre la direction musicale. Il a trouvé que c’était important de mettre la voix en avant et j’étais d’accord.

Tu livres toujours tes albums comme un produit fini à un distributeur, est-ce une prise de risque financière importante ?
Il faudrait demander à Denis Leblond.                    

Depuis longtemps il y a ce lien fidèle à Tempo et Denis Leblond. Ça remonte à combien de temps entre vous et comment cela a-t-il commencé ?
J’ai rencontré Denis en 1989 quand j’ai enregistré deux albums pour le label La Lichère. Il avait en charge les tournées des artistes du label. En 1994 Denis a monté sa propre agence « Tempo ». Depuis nous travaillons toujours ensemble et avons une confiance totale l’un dans l’autre. Ça nous permet d’éviter tout conflit qu’engendre en général ce genre de relation au bout de quelque temps.

Quatre décennies se sont écoulées depuis tes débuts, y a-t-il eu des regrets au cours de toutes ces années ?
Aucun regret ! J’ai commencé à jouer professionnellement en 1964, à l’âge de 18 ans, ça fera bientôt 6o ans. J’ai habité les USA début 70, à Los Angeles et en Louisiane. J’ai enregistré de nombreuses séances d’harmonica avant de pouvoir enregistrer le premier album sous mon nom en 1978. C’est ce qui a été le plus long… Décider les maisons de disques françaises à me laisser enregistrer du blues en français. Avant je chantais en anglais. Elles n’ont accepté qu’après le succès de Téléphone. Depuis j’ai joué et enregistré avec tous les musiciens avec lesquels j’avais envie, français ou internationaux. J’ai enregistré 17 albums de blues en français dont un à Austin (TX) réalisé des albums pour Paul Personne, Patrick et Steve Verbeke, Lenny Lafargue, Stoke, Lazy Lester et j’ai rendu service à chaque fois que j’ai pensé que ça en valait la peine.

Combien de concerts fais-tu par an en moyenne (en dehors de cette période spéciale) ?BENOIT BLUE BOY
Si j’arrive à 40 maintenant c’est bien. Ça a beaucoup changé ces 20 dernières années, fin 70 début 80 on pouvait faire 200 à 300 gigs dans l’année. On jouait tout le temps dans les bars les restos… les clubs, parfois des mois entiers. Dans les années 90 il y avait encore des clubs ! Ce sont surtout les lieux qui ont disparu. L’interdiction de fumer a été une hécatombe et je n’ai jamais beaucoup aimé les salles avec le public assis dans des fauteuils. Cela a un côté spectacle, son et lumières.
J’ai 74 balais maintenant, j’en ai passé du temps sur la route et j’adore toujours ça.

En quoi la scène est-elle indispensable ?
C’est le moment de vérité. Le moment le plus créatif, même si mes albums sont enregistrés pratiquement live en studio, sur scène j’aime bien jouer AVEC mes morceaux et pas juste répéter ce qu’on a enregistré.

Le plus beau souvenir ou le plus cocasse (ou les deux) au fil de toutes ces années ?
Avoir jouer plusieurs fois pendant mes séjours en Inde avec l’orchestre national folklorique du Rajasthan à Jaipur et spécialement dans les mariages Indiens.

As-tu vu des changements majeurs dans le métier depuis tes débuts ?
Non. (Rires)

Quels ont été les musiciens les plus marquants pour toi au fil des ans ?
J’ai toujours choisi les musiciens avec lesquels j’ai joué et enregistré, parce qu’ils m’avaient marqué d’une manière ou d’une autre. Quelquefois juste pour leur manière d’être sur scène ou sur la route. Jouer du blues c’est avant tout utiliser au mieux le peu de connaissance musicale que l’on a pour créer une musique ou on improvise à longueur de temps sur seulement 3 accords… et toujours les mêmes. Et être capable avec ce peu de bagages d’arriver à s’exprimer et de montrer qui on est… et ce n’est pas un truc facile. Sinon ça devient vite de la musique ou on voit des musiciens se cacher en montant et descendant des gammes. Ça ne vaut pas le coup de monter sur scène pour faire ça.

Est-ce qu’il y a un but que tu n’as pas encore atteint en tant que musicien ?
C’est une question pour les jeunes ça… moi j’ai fait et continue à faire ce que je voulais.

En tant que musicien, quel serait ton rêve le plus fou ?
Pareil… Si tu n’as pas réalisé tes rêves à mon âge, c’est raté !

Quels sont tes projets pour les mois à venir compte-tenu de la situation actuelle ?
Me préparer à recommencer à jouer pour promouvoir ce nouvel album avec les Tortilleurs et chercher de nouvelles chansons pour le prochain album.

Pour parler d’autre chose, quel est ton lieu de prédilection dans ta région ou dans le vaste monde ?
Jaipur, Inde !
Quand tu poses ton harmo quels sont tes hobbies ?
La guitare et ses différents accordages et collectionner les 33t et 45t des musiques que j’aime.

Justement, en dehors du blues quels genres de musiques apprécies-tu ?
Toutes les musiques folkloriques particulièrement d’Amérique du sud et aussi la musique classique indienne jouée avec une guitare slide.

Quel a été ton dernier coup de cœur musical ?
Nico Duportal !

Et ton dernier coup de gueule d’un point de vue plus général ?
J’ai toujours évité de gueuler ça te revient toujours dans la gueule… Et puis c’est trop facile.

La question que je n’ai pas posée… BENOIT BLUE BOY
Ma couleur préférée : le Bleu ! Résolument Bleu !

Pour terminer, un petit quiz. En quelques mots, un commentaire sur 10 harmonicistes que tu apprécies :
Vincent Bucher: Hors Concours
Junior Parker: Minimal      
George Smith: Chromatique
Lazy Lester: Stylé
Slim Harpo: Swamp
Sam Meyer: Soufflé
James Cotton: Puissance 
Jr. Wells : Roi du Ré
Rice Miller : Le plus malin
Little Walter : Sans fin

Gilles Blampain – décembre 2020

https://benoitblueboy.com/

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