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12/19
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Interview
BATON BLEU


KING KONG BLUES
king kong blues
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blues baton bleu
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Le duo fait entendre une musique dans laquelle se mêlent des sonorités venues d’horizons différents. Maria Laurent et Gautier Degandt nous en disent plus…
   

Blues Again : Qui êtes-vous ?
Gautier : Je suis né et j'ai grandi à Nantes, puis j'ai fait mes études à Rennes en Bretagne, où je vis encore. La musiqueblues baton bleu est ma religion ! Les choses que j'aime ? Me baigner dans la mer Egée, rêver en Grèce, prendre mon temps dans une taverne. Danser sans m'arrêter sur de l'Afro- Beat. Mais comme je n'ai plus de vie en ce moment je dirais juste boire une bière et dormir.
Maria : Moi je suis du fin fond du bocage normand, j'ai grandi dans un hameau dans la Manche, pas très loin de la mer. Je suis venue à Rennes pour étudier aussi. C'est là qu'on vit maintenant. Ce que j'aime ? Une longue balade dans la campagne à l'automne, me baigner dans la mer bretonne, bien manger avec des amis.

Comment votre duo est-il né ?
Gautier : Maria et moi venons de deux milieux musicaux très différents : moi le post punk et Maria les musiques du monde. Le blues a fait le lien. Un soir, à la fin d'une soirée très arrosée, alors que tout le monde dormait par terre ou sur des canapés, j'ai entendu Maria, que je commençais tout juste à connaître, chanter très sobrement un blues, assise par terre dans le noir. Je ne savais pas qu'elle pouvait chanter ça. C'était très beau, et ça m'a bien surpris. Plus tard nous avons décidé d'improviser une composition et de foncer. Et ça a matché !
Maria : Le groupe existe depuis 2013. Nous sommes à 50/50 dans l'orientation musicale, chacun donne une couleur particulière, très différente l'une de l'autre.

Pourquoi Bâton Bleu ?
Gautier : Bâton Bleu c'est bien sûr une référence à la ville de Bâton Rouge, capitale de la Louisiane. Ce nom français et totémique, véhicule la part de mystère, d'échange et d'imaginaire migratoire et primitif qui colle à notre musique. Nous nous le sommes approprié et l'avons transformé en Bâton Bleu, pour évoquer nos deux énergies opposées : le Bâton pour la Terre et le Bleu pour le Céleste. Maria a une voix qui s'envole, réconfortante et qui vous emmène loin. La mienne est granuleuse, lourde, chargée de terre. Dans nos caractères, c'est l'inverse, Maria est bien ancrée et moi je suis rêveur. Mais Bâton Bleu c'est surtout une association de mots qui peut susciter l'interrogation, la créativité de chacun. Il n'y a pas de bonne réponse, juste ce que la rencontre de ces deux mots peut évoquer, créer en chacun. Pour certain ça évoque de la violence, la matraque de police... Seth Augustus, un ami et bluesman nous a parlé aussi d'un bâton relai que l'on se passerait entre bluesmen.

Comment s’est fait la rencontre entre vous ?
Gautier : il y a bien longtemps maintenant je jouais à un festival que l'on avait organisé avec des copains. Je devais jouer dans 2 ou 3 groupes dont un masqué ! Manque de bol, c'était le soir d'un match de foot où la France jouait contre le Brésil en coupe du monde... donc il n'y avait quasiment personne à notre soirée... sauf un pote qui s'est ramené avec deux copines, qui se sont assises sur l'herbe à l'entrée pour lire des partitions. C'est à ce moment que j'ai rencontré Maria, toujours avec la musique et dans deux univers bien différents.

Parlez-nous de votre éveil à la musique…
Maria : Mes parents écoutaient beaucoup de musique à la maison, et particulièrement mon père. Il écoutait pas mal de blues, des vieux bluesmen. Pour moi le blues c'est la BO de mon enfance. Il jouait de la guitare aussi, et ma mère chantait dans une chorale. Quand j'étais petite j'ai appris la flûte traversière à l'école de musique, avec une prof incroyable. Puis j'ai continué un peu au conservatoire de Rennes sans y trouver mon compte. J'ai un master en musicologie, ce qui m'a donné un solide bagage en théorie musicale. A l'époque, j'avais rédigé un mémoire sur Duke Ellington, ce qui m'avait donné l'occasion de me plonger dans les racines du jazz : le blues. C'est là que j'ai redécouvert cette musique, et que je me suis mise à en écouter plein. Je suis très inspirée aussi par la voix sous toutes ses formes, et dans toutes les cultures. Le fado m'a pas mal marquée dans mes débuts à la voix. Sinon, j'ai commencé à chanter dans un trio vocal féminin à cappella, dans lequel on arrangeait des chants du monde à notre sauce, ça a duré dix ans. Je chante aussi dans un groupe de musique du monde qui s'appelle Meïkhâneh, avec un percussionniste iranien (Milad Pasta) et un guitariste spécialiste des chants diphoniques mongols (Johanni Curtet). Les instruments à cordes, (guitare, tovshuur et banjo) c'est venu plus tard, pour m'accompagner au chant.
Gautier : Mes premiers souvenirs musicaux c'est dans la voiture avec mes parents et ma sœur. Mes parents mettaient la K7 de Claude Nougaro, et ça me rendait dingue lorsqu'il chantait « j'arrache ma chemise » (dans Mai Paris je crois), je me levais sur la banquette arrière et je tirais de toutes mes forces sur mes vêtements. Parfois j'arrachais vraiment ma chemise, mais sans casser les boutons « hein, c'est pas toi qui va recoudre après ! ». Après les grands chocs, ça a été le groove de James Brown et un son incroyable que ma grande sœur me fait écouter alors que vient de sortir leur premier album : Rage Against The Machine. J'étais scié par autant de puissance. A la fac, peut-être le plus gros choc : une amie me fait découvrir l'intégralité de la discographie de Nick Cave, dans l'ordre. Au départ je trouve ça étrange, perturbant, mais une écoute plus tard je tombe fou amoureux de son chant habité et de sa musique qui va à l'essentiel. C'est lui qui me donnera envie de revenir vers le blues que je pensais être une musique ringarde pour les parents. Dans ses tous premiers albums, Nick Cave a mythifié cette musique, se l'est appropriée sans tenter de lui ressembler mais juste avec l'amour que cette musique créait en lui. Et c'est cette démarche qui m'a parlé pour la suite.
blues baton bleu
Quelles ont été vos principales influences ?
Gautier : Pour Bâton Bleu : Nick Cave et the Birthday Party (son premier groupe) donc... Puis Tom Waits, Leadbelly, Charley Patton, Blind Willie Johnson, Howlin' Wolf, Captain Beefheart mon ami Seth Augustus, et pleins d'enregistrements folk et blues de l'Anthology of American Folk Music, des gens qui chantaient pour la vie de tous les jours et d'une manière très singulière. Voilà pour la partie visible de l'iceberg ! Mais je pourrais aussi te parler de Konono n°1, Toumani Diabaté, Bassekou Kouyaté et Alemu Aga. Et bien d'autres...
Maria : Sister Rosetta Tharpe, Karen Dalton, Ali Farka Touré, les chants longs de Mongolie, et, comme Gautier, l'Anthology of American Folk Music par la Smithonian, et les collectages des Lomax qui sont des mines d'inspiration, notamment pour la voix. Et l'énergie du punk aussi.

Quels musiciens entrent dans votre panthéon personnel ?
Gautier: Nick Cave, Tom Waits, Leadbelly, James Brown, Fela et Seun Kuti. Iggy Pop, Miles Davies, Black Sabbath, Leonard Cohen, David Bowie…
Maria: Karen Dalton, Ella Fitzgerald, Bob Dylan, Bach, Duke Ellington, Titi Robin…

Vous utilisez des instruments peu communs ou rarement mis en avant, le luth mongol à deux cordes (tovshuur), la vielle mongole (morin khuur), le glockenspiel, la kalimba ou l’aulos. Qu’est-ce qui détermine tel ou tel choix pour une chanson ?blues baton bleu
Maria : C'est plutôt dans l'autre sens que ça se passe, c'est l'instrument qui choisit la chanson ! Ce que je veux dire c'est que dans notre manière de faire, une chanson naît le plus souvent d'un riff composé sur l'un ou l'autre de nos instruments, tovshuur ou banjo la plupart du temps. Le texte se cale sur ce riff et c'est parti. Gautier : C'est la vie et les rencontres qui nous ont amenés à utiliser ces instruments. Après, il n'y a pas de hasard, nous utilisons presque uniquement des instruments rudimentaires, dans le sens où ce ne sont pas des instruments qui appellent à la virtuosité. En tout cas pas avec nous. Ce qui nous intéresse c'est de pouvoir jouer quelques notes, bien ancrées, et c'est ce que nous allons faire de ces notes, l'endroit où nous allons les amener avec nos histoires et notre énergie qui va créer la chanson. Partout dans le monde se trouve ce type d'instruments, c'est ça qui les relient et nous relie à eux.

Où et quand avez-vous fait votre premier concert ? A Rennes, dans notre appartement !

Maintenant, combien de concerts par an ?
Gautier : Une trentaine par an. Pour cette année 2018/2019, c'est différent : nous avons produit et mixé nous-même l'album ce qui a pris beaucoup de temps, et nous en avons manqué pour prévoir nos dates... et surtout nous sommes devenus des parents ! La petite part avec nous en tournée. Je pense que l'on ne fera qu'une vingtaine de dates cette année. Nous allons jouer au Festival Blues Atour du Zinc, dans des Théâtres en Italie, puis en Angleterre.

En quoi la scène est-elle indispensable ?
Gautier : Elle donne l'énergie, forge le son et surtout amène à une rencontre. C'est le moment où les morceaux vivent et se muent suivant l'énergie du public, notre capacité à la ressentir et à l'exprimer, leur capacité à la recevoir. C'est un aller-retour sans fin. Un battement à deux cœurs ! Sans la scène, je pense qu'il manque une notion de réalité à la musique, le partage et aussi la sueur.
Maria : Dans une chanson, il y a des détails qui n'émergent que pendant le live : un timbre vocal plutôt qu'un autre, un silence... C'est la patine de la chanson qui se fait.

Vous avez sillonné l’Europe, envisagez-vous l’Amérique, l’Afrique, l’Asie ?
Gautier : Nous commençons une approche avec les USA... ce serait important pour nous de tourner là-bas. On est tout juste en train de mettre en place des choses. Nous verrons. L'Afrique ce serait un rêve ! Mais on a aucune piste pour jouer là-bas pour l'instant. L'Asie, ça arrivera sans doute avec le réseau mongol de l'autre groupe de Maria : elle joue également dans Meïkhâneh (musique du monde) avec un spécialiste du chant diphonique mongol, Johanni Curtet. Donc il m'arrive d'imaginer que peut-être nous aurons un jour la chance de partager quelques dates là-bas… un jour ! Personnellement, j'ai pour objectif (à long terme) de nous faire jouer en Grèce et... au Japon !

Les tournées c’est l’occasion de belles rencontres…
Maria : Nous avons fait des rencontres magnifiques parmi les gens qui nous ont accueilli en tournée, nous ont fait jouer, nous ont logés, nourris, qui ont été aux petits soins pour nous, nous ont fait visiter leur ville, rencontrer leur famille...

Un bon souvenir de scène… et peut-être un mauvais...
Maria : Un bon souvenir de scène : en Italie, à Paestum, on joue le soir dans un tout petit restaurant, collé au temple de Poseidonia, la Casa Rubini. Le public est très proche de nous, assis à table, déguste du vin, très à l'écoute. Et il se passe quelque chose entre eux et nous, une dame pleure après une chanson, un pêcheur offre des coquillages à Gautier après le concert...
Gautier : Encore en Italie, au Marla, un club à Perugia, à la fin du show, au dernier accord, un italien ouvre grand les bras vers le ciel et hurle « VIVA EL ARTE ! ». Ou en Suisse dans un squat (le Off de Bâle) où le public est composé d'étudiants, de punks, d'un compositeur de musique classique, d'une réfugiée africaine...On vit un moment de communion incroyable ! Un (très) mauvais : une fête de la musique en Bretagne, on est très mal sonorisé, il y a des larsens incessants, on ne s'entend plus, des gamins crient « Remboursez ! » Quoi qu'il arrive il faut tout donner, mais quand ce n'est pas possible, c'est le cauchemar ! Heureusement, c'est très rare.

Parlez-nous du CD ‘Weird And Wonderful Tales’…
Gautier : 11 blues baton bleumorceaux, enregistrés en home studio dans notre appartement, des centaines d'heures de mix, une distribution sur le label Dixiefrog Records qui est la crème du blues en France et au-delà. Grâce à eux nous sommes distribués dans toute l'Europe. C'est super de bosser avec Philippe Langlois, c'est un boss, à l'ancienne ! On se sent bien avec lui. L'album est le fruit de nos 4 ans de tournées et de nos rencontres. Nous avons repris les morceaux que nous jouions en live mais en étirant l'univers sonore, en développant l'atmosphère, en travaillant les tempos, les ruptures et les arrangements. Nous avons voulu créer des surprises, une sorte de montagne russe sonore qui emmène l'auditeur dans notre univers.
Maria : C'est un album plein d'histoires et d'images (un livret 24 pages...), que l'on a arrangé très librement, sans se limiter et en faisant quelque chose de différent du live. On a redécouvert les morceaux que l'on jouait depuis un moment en faisant cet enregistrement.

Quelles sont vos sources d’inspiration pour écrire et composer ?
Gautier : Je ne sais pas. C'est comme l'air que tu respires, il vient dans ton corps, il ressort, tout est là tout le temps et circule. L'inspiration c'est un moment où tu captures une respiration constituée d'un air qui a circulé partout.
Maria : Par exemple, le souvenir diffus d'une chanson entendue il y a longtemps et qui m'a marquée, une ambiance forte ressentie dans un livre, une rencontre. Parfois le son de l'instrument lui-même est une source d'inspiration, on fait courir ses doigts sur l'instrument et quelque chose émerge qui va devenir un morceau.

 Comment définiriez-vous votre style ?
Gautier : Bâton Bleu ! Avant on disait neo blues/hard folk, maintenant on dit nu folk... On sera content de se débarrasser de toutes ces étiquettes quand le simple nom Bâton Bleu suffira à comprendre de quoi on parle.

Quels sont tes projets pour les mois à venir ?
Gautier :
Continuer à accompagner le parcours de l'album, booker des dates, trouver un tourneur, jouer ! Et de nouveaux projets musicaux sont aussi en cours.
Maria : Nous trouver des nouveaux habits pour la scène ! Composer de nouveaux morceaux pour Bâton Bleu, retourner jouer en Italie et en Angleterre.

Quels sont vos hobbies en dehors de la musique ?
Gautier :
Lire, se balader, voir des amis... Prendre des photos. Voyager. Mais il faut avouer que notre enfant et la musique prennent presque toute la place en ce moment. Et c'est très bien !
Maria : Dessiner, marcher, faire des gâteaux.

Un lieu qui vous plaît…
Gautier :
La Grèce, ses îles, c'est mon temple ! Un bar à Rennes : la Ruche, c'est notre ancienne roadie Aurélie qui le tient, c'est un peu notre deuxième salon. Un musée... Le musée des Beaux-Arts, le muséum d'histoire naturelle et le Jardin des Plantes de Nantes sont des endroits où je me sens bien.
Maria : Les chemins de randonnée dans la Hague, la maison en bois de mes parents.

Vos derniers coups de cœur musicaux ?
Maria :
Le dernier album de Leyla McCalla, Capitalist Blues, et Melissa Laveaux et son Radio Siwel.
Gautier : Cedric Burnside avec son album Benton County Relic, Yeruselem avec son album The Sublime, c'est un groupe d'indus atmosphérique, et cet été Melissa Laveaux avec son dernier album... Enfin le dernier Leyla McCalla a l'air très beau.

Quel serait votre rêve le plus fou ?
Gautier :
Mon rêve le plus fou le voici : je vis dans une petite maison simple à deux étages dans une île grecque, avec ma fille et mon amoureuse. Il y a une terrasse et la maison est sur une colline noyée dans la végétation. Des amis viennent régulièrement nous voir. Nous avons un petit studio d'enregistrement et mon bureau sur une autre colline un peu plus loin, 15mn à vélo. J'ai plein d'agents qui organisent tout à ma place pour les concerts. Pendant la journée je suis toujours habillé avec mon peignoir/kimono et j'observe la mer depuis la fenêtre du salon. Il y a un petit bureau, et à travers les lunettes de soleil ridicule que je porte en permanence, j'imagine alors mon rêve le plus fou.
Maria : Vivre dans la nature sauvage !

Gilles Blampain – janvier 2019

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