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06/17
Chroniques CD du mois Interview: MAGIC BUCK Livres & Publications
  Portrait: ROBERT NIGHTHAWK Interview: PAUL MCMANNUS
 


Interview
andy "sugarcane" collins
Le blues des antipodes


 


Qld Australia

De l'autre côté du monde, sous le tropique du Capricorne, l'Australie expose sa côte nord-est à la mer de Corail. Dans cette contrée qui invite encore à l'aventure, la petite ville de Cairns a longtemps marqué la fin de la route pour les chemineaux de tous bords et les pubs de la ville étaient le refuge des marins, des motards, des hippies et des routiers arrivés au bout du voyage. Plus au nord, la péninsule du cap York marquait la dernière frontière. Des musiques venues de divers horizons ne pouvaient se croiser et cohabiter que dans une telle région. Les chants de marins se frottaient à la country music, le rock'n'roll insolent et juvénile défiait le jazz plus mûr et civilisé, et le blues des hoboes rêvait encore de routes poussiéreuses.

C'est dans ce coin de l'Australie qu'Andy Collins a décidé de poser ses bagages dans les années 70 et de jouer dans les bars à la tête du trio country blues The Lake St Sheiks, imposant son chant grave, soutenu par un jeu de guitare bien maîtrisé, à un public bruyant. Folk music, country blues, jazz, plus quelques pointes de rock pour relever le tout, sont les principales influences de cet auteur, compositeur, interprète. S'inspirant des petites choses de la vie, des tracas quotidiens, des problèmes de société, des personnages mythiques et hauts en couleur de ce pays du bout du monde, il nous conte, un peu à la manière d'un nouveau Banjo Paterson (1), l'histoire du Queensland sous forme de chronique musicale.

Avec un subtil mélange de divers styles qu'il retisse à sa façon, Andy Collins vous accroche tout de suite les tympans. Un pointe de boogie, un phrasé de jazz à l'ancienne, et le charme opère. Cependant, le blues est bien présent et sait se faire doux comme une ballade du Piedmont, ou agressif et hargneux comme un riff brûlant du West Side de Chicago, car les véritables références de cet Australien se nomment Blind Blake, Blind Willie McTell, Leadbelly, Charley Patton ou Robert Johnson, et les premiers morceaux qu'il a joué se faisaient sur trois accords et douze mesures.

Lake Street

Dans les années 80, Andy Collins fait partie du cowboy/jazzband The Barron River Drifters. L'orchestre est acclamé dans de nombreux festivals, ce qui lui permet de faire reconnaître ses qualités de musicien tout autant que ses prestations scéniques. La décennie suivante le voit en artiste solo, occupé à développer et présenter un travail et un investissement plus personnels. En 1991, il apparaît au Cairns Blues Festival et fait la première partie de Junior Wells quand la tournée de ce dernier passe dans sa région. En 1999, Andy Collins sort son premier album intitulé Barron Delta Blue. Le succès est au rendez-vous puisqu'il est couronné album de l'année 2000 par la Queensland Blues Excellence et par la Queensland Recording Association ; la presse australienne lui tresse des lauriers. En novembre de la même année, il accompagne John Hammond quand il vient jouer à Brisbane. Plus tard il partage encore la scène avec John Mayall, Alvin Youngblood Hart et quelques autres noms connus. Mai 2003 voit la sortie de son deuxième CD Lake St Serenade , dix titres signés Andy Collins, accompagnés d'un CD Rom, superbe vidéo-clip illustrant la chanson Pascoe River. Là encore les récompenses ne se font pas attendre : quelques mois après la sortie de cet album, Andy Collins se voit remettre trois récompenses lors de la 18 ème soirée des Sunnie Awards de la Queensland Recording Association (meilleur auteur de l'année, chanson de l'année pour Just Another Day , meilleure chanson folk/roots pour Blind Willie ). Son dernier CD Way Down The River paru fin 2006, a même étonné les américains. Non distribués en France, ces disques sont en vente sur le net www.sugarcanecollins.com

(1) Andrew Barton Banjo Paterson (1864-1941), chroniqueur, écrivain, poète, auteur de Waltzing Matilda , The Man From Snowy River ...

 

Interview :

Blues Again : D'où viens-tu, Andy Collins ?

Andy Collins : J'ai grandi dans l'État de Victoria, dans une région qui s'appelle Gippsland, la partie la plus au sud sur la côte est de l'Australie. C'est un environnement campagnard. Enfant, je vivais dans une ferme et c'était la belle vie : je trayais les vaches, engraissais les cochons, cultivais les pommes de terre, piégeais les lapins et attrapais les poissons dans la rivière. Un vrai paradis pour un jeune garçon. Sauf que la ferme a été vendue vers ma 16 ème année et nous avons déménagé à Melbourne, deuxième plus grande ville d'Australie. La vie citadine, ce n'était pas vraiment pour moi. Aussi, dès que j'ai eu l'âge et l'opportunité pour le faire, je suis parti pour le Queensland, tout au nord de L'Australie. Je me suis établi à Cairns, à 4 000 kilomètres de Melbourne. Je suis tombé amoureux du style de vie tropical. Je fais pousser des noix de coco, des papayes, des mangues, des avocats et des ananas dans mon jardin. Je ne redescendrai dans le sud pour rien au monde.

As-tu grandi dans une famille de musiciens. De quels instruments joues-tu ?

Mon père avait une belle voix, il aimait chanter dans les réunions entre amis et les fêtes de famille. Ma mère jouait du piano. En fait, je suis la première personne de ma famille à être devenu musicien professionnel. J'ai commencé par jouer de la basse quand j'avais environ vingt ans, à Melbourne. C'est quand je suis arrivé à Cairns à la fin des années 70, et que je partageais une maison avec un des meilleurs chanteurs guitaristes du coin, que j'ai vraiment abordé la six-cordes acoustique. Ce guitariste m'a prodigué pas mal d'encouragements. Quand je me suis senti prêt à voler de mes propres ailes, il m'a encore appris quelques trucs pour devenir musicien professionnel, comme se brancher sur un pré-ampli et obtenir du son, comment utiliser un micro, comment se servir d'une console et tout un tas de trucs du même genre. J'ai eu la chance d'être entouré par beaucoup de merveilleux musicos qui ont été mes mentors. Dans les premiers temps, avec les Lake Street Sheiks , on faisait dans le style jug-band. En plus de la guitare je jouais de la mandoline et du kazoo. Aujourd'hui je me contente de la guitare.

Quel musicien t'a le plus impressionné ?

Sans conteste Ry Cooder. J'aime la façon dont il a approché le blues roots et la musique traditionnelle. Ses arrangements et ses interprétations sont toujours intéressants et relèvent du défi. C'est un immense guitariste.

Et si tu devais citer trois ou quatre musiciens de référence...

Ma première grande influence a été Leadbelly. En 1978, je me suis procuré ses fantastiques enregistrements live, Leadbelly's Last Sessions , une série de quatre disques enregistrés dans son appartement new-yorkais, sortis sur Folkways Records. L'étendue de son répertoire, la puissance de sa voix et son jeu à la 12-cordes m'ont accroché dès la première note. Je reprenais beaucoup de morceaux de Leadbelly à mes débuts comme John Henry, John Hardy, Irene, Rock Island Line, My Girl, The Titanic, Silver City Bound, Relax Your Mind, Bottle Up And Go, etc. Ma deuxième influence importante a été Blind Blake. La joie pure et non contenue de son jeu lui donne vraiment l'impression de rayonner. Son jeu brillant de finger-picking n'a jamais été égalé ou amélioré, et tout ce j'ai fait dans le style ragtime a toujours été une humble tentative de sonner un peu comme Blind Blake. Je pense que, comme tout bluesman lui ayant succédé, je suis redevable à Robert Johnson. J'ai aussi pas mal écouté Charley Patton, Son House, Lightnin' Hopkins, Tampa Red, Blind Lemmon Jefferson, Blind Boy Fuller...

Quel genre de musique écoutais-tu quand tu étais jeune ?

Quand j'étais gamin, la radio était toujours allumée à la maison, je chantais tout ce qu'on entendait. Mon frère aîné achetait les disques des Beatles et des Stones, mon père chantonnait des chansons d'Al Johnson et de Frank Sinatra. Le premier blues que j'ai entendu, c'était à Melbourne vers 1974, j'étais au volant de ma voiture et je cherchais une fréquence radio quand, par hasard, je tombe sur Sonny Terry et Brownie McGhee, et ce son si agréable de country blues à l'harmonica et à la guitare. Je ne me rappelle pas quelle chanson était diffusée mais elle a changé ma vie !

Quand as-tu décidé de devenir professionnel ?

Ma venue à Cairns a été un évènement déterminant dans ma vie de jeune adulte, et il me semble qu'à partir de ce moment-là j'ai toujours été entouré par la musique. Cairns avait une super scène musicale à cette époque et j'ai réalisé très tôt que, si je voulais devenir musicien, j'avais intérêt à m'investir dans le circuit plutôt que de rester dans ma chambre. Quand j'ai disposé d'une trentaine de chansons, je me suis trouvé un endroit pour jouer et je me suis lancé. J'ai débuté dans le pub le plus difficile de la ville, l'Oceanic Hotel. C'était pour moi une somptueuse idée fixe, et pas une fois je ne l'ai regrettée.

Combien de concerts par an ?

Je compare souvent la vie de musicien à celle de fermier. Tu as de bonnes saisons et puis de mauvaises, et chaque année c'est différent. Il y a des années où j'ai donné environ 300 concerts, d'autres à peu près 50, pour le reste tu ajustes la variable entre ces deux chiffres. En ce moment j'essaye d'entrer dans le circuit des festivals et jouer devant de grandes assistances. Maintenant je fais un peu moins de gigs mais je suis mieux payé, et comme en plus je vends mes CD dans les concerts, les festivals, sur mon site Web, mes revenus sont plus confortables. Il faut garder présent à l'esprit que l'Australie ne compte que 20 millions d'habitants. Le blues et le jazz y sont des musiques vraiment minoritaires, avec très peu de fans. Ceci dit, il y a quand même pas mal de bons musiciens qui jouent le blues ou le jazz et qui en vivent.

Tes chansons parlent de la vie et racontent les histoires des gens du Queensland. Aimerais-tu être reconnu un peu comme un Banjo Paterson « musical » ?

Ce ne serait pas si mal. Sûrement une belle carte de visite. Peut-être que l'histoire fera qu'on se souviendra de mon travail dans ce coin du monde : à n'en pas douter, je suis le seul auteur compositeur dans cette partie de l'Australie à s'être penché sur le mode de vie, à avoir parlé des endroits et des gens qui façonnent ce grand nord du Queensland. Quelques unes de mes chansons ont été enregistrées par d'autres musiciens et commencent à être connues. En tant qu'artiste il m'est impossible de ne pas être influencé par mon entourage, mais je n'écris pas uniquement sur ce qui se passe dans le Queensland. Mon CD Way Down The River est bien ancré dans le Mississippi. Beaucoup de guitare et d'harmonica, quelques touches d'orgue, du washboard et des percussions.

Tes albums ne sont pas distribués en Europe, on peut les commander sur ton site Web...

Ce n'est pas facile de trouver une distribution ou des accords d'enregistrement dans le business de la musique, surtout au stade où j'en suis. Je suis très heureux d'être un artiste indépendant. Si mon prochain album rencontre un grand succès, je trouverai peut-être un contrat de distribution sur l'Europe. Ceci dit, Internet est un marché important, je vends beaucoup d'albums sur mon site.

Que souhaiterais-tu ajouter pour le public français ?

J'ai bénéficié d'un support extraordinaire : les radios blues. Elles ont diffusé mon CD en France et j'espère avoir la possibilité, bientôt, de venir tourner chez vous et vous faire entendre ma version australienne du old time blues.

Gilles Blampain