blues again en-tete
09/21
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Interview
AMAURY FAIVRE


KING KONG BLUES
king kong blues
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Musicien globetrotteur il navigue entre country-blues et folk sans oublier une part de jazz au fil de rythmes joyeux ou d’ambiances teintées de mélancolie.    

Blues Again: Faisons les présentations… 
Amaury Faivre : Originaire de Besançon et habitant près de Genève, je promène mon blues acoustique sur les routes de France et de Suisse, et un peu plus loin dès que la bonne occasion se présente… J’aime la liberté, l’improvisation, et c’est sur scène que je peux les exprimer le plus facilement.

Parle-nous de ton éveil à la musique…
J’ai reçu un harmonica vers mes huit ans et en quelques jours j’étais accroché. Très vite j’ai commencé à enchaîner les heures et très vite j’ai su que j’en ferais mon métier.

Quelles ont été tes principales influences ?
Comme tout harmoniciste qui se respecte, une bonne part de blues. J’ai énormément écouté les pionniers, Sonny Terry, les deux Sonny Boy, Little Walter pour l’harmonica, John Lee Hooker ou Lightnin’ Hopkins pour la guitare et pour ne citer qu’eux.
Il y a aussi dans mon cœur une bonne part de folk, bluegrass, le pendant « blanc » du blues. Et dans mon esprit pas mal de jazz aussi, une musique que j’ai apprise, et dont j’ai mis autant de temps à me libérer qu’il m’en avait fallu pour l’apprendre !

De combien d’instruments joues-tu ?
La réponse est variable suivant ce qu’on entend par jouer d’un instrument, il y a une grande différence entre faire sonner correctement un instrument sur un ou deux morceau et le maîtriser suffisamment pour s’exprimer émotionnellement avec.
Au niveau harmonica je joue le chromatique et le diatonique, qui sont presque assez différents pour être considérés comme des instruments distincts. Le chant bien sûr. Et les guitares, acoustiques de préférence, avec quelques notes de banjo ou de mandoline. Je me débrouille aussi avec une basse/contrebasse ou un piano, bien que je ne les joue pas sur scène.

Où et quand as-tu fait ton premier concert ? 
Un premier concert qui m’a mis le pied dans la profession, j’avais peut-être 12 ans, un bar à Besançon, j’étais introduit à une jam par mon professeur d’harmo. Je joue mon morceau bien répété pour l’occasion, puis je me retourne vers les musiciens qui m’accompagnaient pour leur dire que le morceau est fini, et ils me font signe qu’il n’est pas du tout terminé et que je dois maintenant sortir quelque chose qui n’était pas sur le papier. Ça m’a donné un vertige et une émotion intense que je ne retrouve que sur scène en fait.

Maintenant, combien de concerts par an ? 
Environ une quarantaine (sans vilain jeu de mot).

En quoi la scène est-elle indispensable ? 
La musique est avant tout un art vivant, un art de la scène. La musique enregistrée a sa raison d’être et ses qualités propres, mais aussi bien en tant qu’auditeur qu’en tant que musicien je trouve que la scène touche plus profondément l’humain au fond de nous, qu’il y a quelque chose de magique dans la relation de communion qui se créé entre les gens présents.
Et j’ai d’ailleurs beaucoup de mal avec les concerts en streaming, je n’y trouve pas mon compte car il manque la réponse du publique pour que l’énergie soit réelle. Même à qualité audio/vidéo égale -et c’est rarement le cas-, je préfère nettement regarder des vidéos de concerts car les musiciens sont vraiment plus inspirés par le retour du public.

Tu as joué un peu partout en Europe, aux USA notamment en 2018 pour l’IBC, mais comment en 2011 t’es-tu retrouvé au Brésil ?
En effet c’est assez surprenant ! En fait, un ami musicien est allé passer six mois sur place pour apprendre les percussions brésiliennes. Une fois sur place il a rencontré des musiciens locaux et a réussi à me faire venir pour deux concerts à Salvador de Bahia. Superbe expérience musicale et humaine puisque cette région a une culture musicale très forte issue de l’immigration noire, et donc un esprit pas si éloigné de ce qu’on peut retrouver en Louisiane.

Tu joues en solo, en duo, en formation plus nombreuse. Où va ta préférence ?
Chaque formule est très différente, j’y exprime différentes choses, musicalement aussi bien qu’humainement. Plus le nombre de musiciens se réduit, plus je rentre dans l’intime, dans une émotion fragile et sincère, alors qu’en groupe c’est le côté énergique et « festif » qui l’emporte bien souvent. J’ai actuellement un petit faible pour le solo, à la fois pour le rapport très direct et facile avec le public et pour le challenge évidemment !

Il y a quelques mois est paru l’album 2020. Peux-tu nous en parler ?
J’ai enregistré cette album pendant presque toute l’année pratiquement sans concert, dans mon studio. 12 titres de blues primitif, dans lesquels je revisite la musique du Delta blues, avec ses accents de folk et de ragtime mélangés au blues originel.

Quelles sont tes sources d’inspiration pour écrire et composer ?
Je pars toujours d’une émotion réelle vécue. A partir de cette émotion je construis une histoire, qui peut être influencée par des situations et des personnes qui m’entourent. Mais je pars toujours d’une improvisation musicale autour de l’émotion première. Et quand j’ai une mélodie et un rythme qui me portent suffisamment, là je peux commencer à écrire quelques mots. La structure du morceau se dessine au fur et à mesure que l’histoire se construit.

Quels sont tes projets pour les mois à venir ?
Je suis en train de terminer la promotion de l'album, la prochaine étape c’est pas mal de pratique. Je dois retravailler mon set en solo en y incluant les titres de « 2020 ». Et je veux continuer le travail de fond sur le chant que j’ai commencé il y a quelques temps. Et enfin l’idée d’écrire en français me taraude de plus en plus, ça donnera peut-être quelque chose…

Pour parler d’autre chose, quels sont tes hobbies en dehors de la musique ?
Pas vraiment de hobbies à proprement parler, mais j’adore bricoler, en particulier travailler le bois. Ayant construit mon studio parallèlement à la rénovation d’une maison, j’ai touché à pas mal de choses, et c’est toujours un vrai plaisir d’apprendre à utiliser un nouvel outil.

Quel est ton lieu de prédilection ?
L’instant présent doit être un moment de prédilection. Donc il est selon moi assez dépendant du lieu dans lequel on se trouve. On a tous constaté en retournant sur un lieu de vacances qu’il est très différent la deuxième fois. Donc j’essaye de mettre toute mon attention sur l’instant, la présence, plutôt que d’attendre du lieu qu’il me sorte des soucis quotidiens. Mais bon, certains lieux aident plus que d’autres… un moment que j’apprécie particulièrement, c’est quand le moteur s’arrête après quelques heures de route, et entendre en ouvrant la portière que le soundcheck d’un groupe est en cours, et résonne dans toute la plaine encore vide de public d’un grand festival.
Quels ont été tes derniers coups de cœur musicaux ?
Je suis depuis quelques temps en recherches de voix qui me touchent par leur émotion sans artifice. Je retrouve souvent ça chez des artistes de folk actuel, je viens par exemple de découvrir le groupe Mandolin Orange qui me séduit énormément. Et en parallèle j’écoute beaucoup en ce moment Alicia Keys et Nina Simone. Donc pas trop de frontières stylistiques ou historiques !

Quel serait ton rêve le plus fou ?
Musicalement, de tourner avec James Taylor ou Keb’ Mo’. Ou les deux en même temps, allez ! En tant qu’être humain, vivre dans un monde où notre existence n’est pas une menace pour le reste des vivants. Mais c’est beaucoup plus fou que James et Keb réunis…

Gilles Blampain – février 2021

www.amauryfaivre.com

amaury faive