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09/17
Chroniques CD du mois Portrait: WILLIE MABON Livres & Publications
  Dossier: EXCELLO RECORDS  
 


Interview
Yann Lem
Je pense que je suis saltimbanque dans l’âme

blues deraime
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Entouré d’une belle brochette de zicos, il mène la danse avec une voix claire et puissante, soutenu par des riffs de guitares énergiques, des envolées d’orgue ou de brillants traits d’harmo, quand ce n’est pas par un biniou ou une bombarde,
Bretagne oblige.

Blues Again : Yann, peut-on te définir simplement en disant : Bretagne et musique ?
Yann Lem : La Bretagne c’est surtout mon pays. Je suis basé en plein centre de la Bretagne Zone de Texte:dans un charmant petit village du nom de Rostrenen dans les Côtes d’Armor, non loin de Carhaix connu pour le festival des Vieilles Charrues. Je suis musicien depuis toujours. J’ai fait ma première scène quand j’avais 16 ans, ça fait donc plus de 30 ans maintenant.

Pourquoi le blues, tu aurais pu jouer de la musique celtique ?
Il y a des gens qui le font très bien. Mon nom de naissance est Le Magorec que j’ai tronqué en Lem, mais lorsque j’ai débuté, ma formation s’appelait tout simplement Le Magorec. Je faisais des bals en reprenant la musique des autres, ce qui est en soi une bonne école. Quand je démarchais pour trouver des concerts on me disait : « Ah bon, Le Magorec, vous faites de la musique bretonne… c’est ringard ». Il y avait le côté Bécassines du coin qui faisaient de la musique et puis il y a eu Stivell qui a fait beaucoup pour la world music et la connaissance de la musique celte, après il y a eu Dan Ar Braz, Tri Yann et d’un seul coup, les mêmes qui nous reprochaient ça, nous on dit : « pourquoi tu ne fais pas de la musique bretonne ? ». A part ça, j’aime cette musique et j’en écoute, et parfois même je soule mon environnement à écouter cette musique.  

Des bals, donc beaucoup de scène dans les premières années…
Quand tu fais des bals ça permet de travailler l’endurance, surtout pour moi qui suis chanteur. Quand tu brailles pendant cinq heures dans le micro et que tu portes la guitare autant de temps, après, un concert d’une heure et demie c’est de la rigolade

Mais alors quel a été le déclencheur pour le blues ?
En fait au départ je ne faisais pas de blues mais du pop-rock variété française, une espèce de grand amalgame où on croisait Renaud, Goldman, Cabrel et La Souris Déglinguée. J’ai eu des hauts et des bas et à un moment donné, vers 2007 j’ai eu un ras le bol de Yann Lem et j’ai monté un spectacle Tribute to Bill Deraime parce que j’avais envie de rendre un hommage à Bill qui est quelqu’un qui a marqué ma jeunesse. Et en montant ce spectacle qui a plu, je me suis aperçu que je me sentais bien là dedans. Peut-être aussi qu’en vieillissant comme avec le blues on joue les mêmes accords que le rock mais moins vite, c’est plus facile. Comme le show marchait bien et que j’avais des titres qui sonnaient bien rock blues, j’ai voulu me faire plaisir et j’ai fais mon album dans cette veine blues. J’ai fait le choix de chanter en français car il y plein de choses à dire et pour moi c’est beaucoup plus agréable d’écouter un artiste chanter dans cette langue. Même si j’ai une culture Beatles et Clapton, je ne maîtrise pas du tout la langue de Shakespeare, alors plutôt que de chanter en yaourt, autant chanter dans un idiome que je connais bien. J’ai testé quelques unes des mes chansons dans les bals et je me suis aperçu que les gens continuaient de danser, ce qui voulait dire que ça ne choquait pas, et puis rapidement j’ai eu envie de monter un vrai spectacle avec ces titres.

Comment est né ton hommage à Bill Deraime?
Bill est un artiste que j’ai entendu quand j’étais gamin. Je l’ai découvert quand un pote m’a apporté le disque sur lequel il y avait ‘Plus La Peine De Frimer’, on a écouté ça en boucle pendant des semaines. Je peux dire que c’était une révélation, Bill fait partie de ces gens qui m’ont donné envie d’écrire et de faire ce métier. Lui avoir rendu hommage en 2007 m’a fait plaisir, en plus je suis entré en contact avec lui et sa femme. Donc après ce spectacle quand est venu le moment de faire mon CD Entre Blues Et Granit, je me suis dit qu’il serait bien de lui faire un petit clin d’œil et de mettre un de ses titres dessus, j’ai donc repris ‘Baba Boogie’.

 

Zone de Texte:Ton CD Entre Blues Et Granit a reçu un très bel accueil du public et de la critique.
Quand le disque est sorti il y a environ un an, on a attaqué la promo dans le milieu du blues et j’ai été très surpris d’avoir des retombées aussi intéressantes, aussi favorables et des articles si élogieux. Depuis le CD suit son petit bonhomme de chemin. Jusque là, il se vendait comme ça un peu sous le manteau, maintenant il va être en distribution officielle sur le label Bluesiac chez Socadisc à partir de mars 2011.

Sur scène comme sur le CD, tu es entouré par une belle brochette de musiciens…
Tout d’abord à la guitare il y a Patrick Balbin, mon complice depuis toujours puisque ça fait 20 ans qu’on bosse ensemble. C’est lui qui habille tous mes morceaux. Moi je fais les bébés et lui il les habille. La rythmique est assurée par Cyrille Catois à la basse et également Nicolas Pfliger qui a fait quelques titres à la contrebasse. Eric Capitaine est à la batterie. Aux claviers il y quelqu’un de mon pays, donc encore un breton, Yann Le Corronc. A l’harmonica, Michel Herblin que j’apprécie en tant que musicien et en tant qu’ami, c’est un mec formidable. Et puis j’ai eu l’audace de vouloir intégrer des instruments spécifiquement bretons, le biniou koz à ne pas confondre avec la cornemuse car il n’a qu’un seul bourdon, et la bombarde et c’est mon ami Moc’h Gwez qui en joue.

Ecris-tu facilement ?
Non pas vraiment. J’ai toujours peur de travailler un sujet que j’ai déjà traité ou bien de me répéter. Donc je suis assez exigeant avec moi-même, ce qui est un peu idiot car j’hésite toujours en me disant que ça a déjà été fait par d’autres, alors qu’il n’y a pas de raison.

D’où vient ton inspiration ?
De différentes sources, mais quand je me pose dans un café où à une terrasse, j’observe et je vois plein de gens atypiques, ce qui donne des scènes de la vie qui sont assez marrantes et qui m’inspirent. Il y a plein d’anecdotes à utiliser.    

Le disque a bénéficié d’une bonne production. Où a-t-il été fait ?
Le disque a été enregistré à Laval dans le studio de mon label qui s’appelle ABS Bellissima. Certes, la production est bonne, mais c’est l’avantage de l’expérience, ça fait quand même 30 ans que je fais ce métier, on a l’habitude de maquetter et de tout ce qui a trait à un enregistrement.

 

Avant avec les bals c’était un groupe, disons ‘passe-partout’, qu’il fallait vendre, maintenant si tu te plantes tu es seul, ce n’est pas trop dur d’aller à la pêche aux contrats ?
C’est comme tout, mais je pense que je suis saltimbanque dans l’âme. À une période j’ai eu un métier respectable, je travaillais en usine, mais j’en ai eu marre au bout d’un moment, mon truc c’est la scène, le spectacle en général. Alors aujourd’hui quand je suis un peu en carafe de contrat pour tenir mon statut d’intermittent du spectacle, je préfère aller monter des scènes ou faire de la régie lumière ou son sur des plateaux, comme ça je reste dans le milieu. Je pense que tous les musiciens devraient à un moment donné faire un petit peu de technique, parce que quand tu es technicien, tu as le respect des autres. En tant que technicien, j’ai vu des zicos qui se pointaient en disant à peine bonjour et qui pourrissaient le truc, alors que s’ils connaissaient ce métier, ils auraient un côté un peu plus humble et plus respectueux pour les gens de la technique.

Tu tournes beaucoup ?
Je chante partout. Quand on est intermittent du spectacle il y a une règle qui est de ne pas rester coincé dans son village, sinon on n’avance pas. Mais le problème est que Yann Lem c’est six musiciens sur scène, c’est donc quand même un gros budget pour les promoteurs de spectacles.

        

Sur quelles guitares joues-tu ?
J’ai une Nighthawk Epiphone. J’ai choisi cette série là car c’est la série custom de chez Epiphone et c’est une guitare qui me va bien. Avant, j’avais une vielle Gibson Marauder que j’avais fait refaire. Je ne suis pas très Fender dans l’esprit, mais ce qui me gêne dans la Les Paul c’est justement qu’il y a un son Les Paul, alors que l’avantage avec la Nighthawk est que tu peux aborder des son stratoïdaux tout en ayant le gros son Gibson.

Quel a été ton dernier coup de cœur musical ?
Un ami qui s’appelle Titom. Un artiste qui fait de la musique bretonne moderne Ce qui est bien dans la musique bretonne actuelle c’est que c’est toujours en pleine évolution, on ne travaille pas uniquement sur le répertoire ancestral même si on utilise les instruments traditionnels. Cette jeune génération de musiciens introduit une rythmique basse, batterie assez musclée.

Et ton dernier coup de gueule ?
Il y en a tellement… Il y en a que je mets en chanson comme ‘Totale Pollution’ inspirée par le naufrage de l’Erika en 1999. Ce qui m’a gêné c’était de revoir les mêmes images que j’avais vues 20 ans plus tôt avec l’Amoco Cadiz. Ce qui voulait dire qu’en 20 ans il ne c’était rien passé et que les responsables politiques s’en foutaient royalement. Mes armes à disposition sont ma guitare, ma plume et mon papier. Malheureusement ce n’est pas fini, nous sommes encore confrontés à ce genre de catastrophes qui n’ont rien de naturelles, quand on voit ce qui s’est passé sur la côte vendéenne l’hiver dernier, il faut que les promoteurs et les responsables politiques arrêtent de vendre des terrains à construire un peu n’importe où. Dès qu’il y a du fric en jeu, on fait du grand n’importe quoi.

Un prochain album en préparation ?
Il y a déjà une maquette d’élaborée. J’ai six ou sept titres qui sont prêts, encore cinq ou six à enregistrer et je pourrai sortir un CD en 2012.

Gilles Blampain

www.yannlem.book.fr/


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