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04/17
Chroniques CD du mois Interview: BERNARD SELLAM Livres & Publications
Dossier: BLUES & FLAMENCO (suite) Portrait: CHUCK BERRY Interview: DARIOS MARS & THE GUILLOTINES
 


Interview



blues deraime
blues deraime
BLUES DUKE ROBILLARD
blues duke robillard
blues shaggy dogs


BEAU GESTE

Greenbullet, chant, harmo, s'appelle aujourd'hui Red. Jaker a une guitare, Toma a une basse, Guillermo a posé son tabouret devant les gamelles. Brûleurs de planches depuis 1998, les Shaggy sortent leur quatrième pétarade sur First Offense Records, label domestique. Une pétarade stylée qui améliore l'élasticité des semelles et affole le balancier des hanches. Ils étrennent leur nouveau batteur dans une jubilation pub-rock bourrée de soul, l'humilité de l'un, la dignité de l'autre, et l'orgueil de casser la baraque pour sauver la beauté du geste. Le nom de cette merveilleuse pétarade est : Who Let The Shaggy Dogs Out?

Blues Again : D’où venez-vous ?
Red (ex-Greenbullet) : On est tous de la banlieue parisienne, 91, 94, 95...

Quel milieu social ? Age moyen ?
La France d’en bas…La quarantaine passée.

Vous manifestez une grande pudeur vis-à-vis de vos états civils respectifs…
Jaker : On a tous un taf à coté. Quand on a démarré, on était effectivement pudique pour éviter toute interférence avec nos boulots. Les boîtes font souvent des recherches sur Internet au sujet de leurs collaborateurs. En restant incognito, on pouvait mener notre double vie en toute sérénité. Aujourd’hui, on est plus décontracté là-dessus mais on continue avec les Zone de Texte:pseudos.………………………………………………

.Toma : La schizophrénie est plus facile à gérer quand les personnalités sont clairement séparées.
Guillermo : Nos histoires personnelles ne comptent pas. L’important c'est le rock’n’roll, ce qu'on partage musicalement, ce qu'on donne sur scène. Et puis, ce petit côté mystérieux attire les curieux !

Vous exercez donc tous une profession alimentaire…
Par choix. Rien de plus chiant qu’être tout le temps sur la route. On a tous une ou deux vies parallèles au groupe, c’est bien plus excitant, on fait ce qu’on veut, on joue où on veut, on décide de tout, et rien que nous.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Red : Début 98, je reçois un coup de fil de Jaker. Il cherche un batteur pour son band. Je n’en connais pas mais moi, je cherche un guitariste pour monter un groupe tribute à Dr Feelgood. Jaker aime bien Wilko, il splitte son band aussitôt. Ainsi naissent les Shaggy Dogs. Guillermo : Je suis passé par une audition en mars 2010. J’ai pu apprécier les qualités sociales et humaines de l'équipe! Et revenir à mes racines musicales. Le dernier album marque un peu cette nouvelle page, l’arrivée d’un nouveau batteur.
Red : Jaker et moi sommes là depuis le départ, nous sommes les membres fondateurs, comme on dit. Toma, quasi aussi. On a usé plein de batteurs. Guillermo a l’air de tenir le coup...

Zone de Texte:Allons-y pour les influences…
Jaker : Inmates, Dr Feelgood, les Pirates (avec et sans Johnny Kidd), les Fabulous T-Bird, Live Wire, les premiers albums de Joe Jackson, des Jam et, plus classiquement, Hendrix, Beck et Page. Entre mille autres…
Toma : Mes quatre premiers albums étaient Let There Be Rock, Led Zep 2, le premier Clash et le deuxième Blondie. Rock, donc. J’ai toujours aimé les disquaires. Lycéen, je fréquentais une boutique qui s’appelait L’Evasion. On pouvait acheter des albums à dix francs. 1,5 euro ! Plus tard j’ai traîné chez Domisoul, rue du Chemin Vert. C’était l’antre de la soul et du rhythm’n’blues. Je débarquais dans le magasin avec Lord Tracy (Jesus Volt), on apportait un pack de bières, on passait l’après-midi à écouter les Meters, Lee Dorsey, Betty Davis…
Red : En 75, mon grand frère rapporte un 45-tours de Led Zep à la maison. Grosse claque. Ensuite il vire Cat Stevens et Neil Young. J’ai toujours besoin de décibels et je découvre AC/DC pendant une colo, mon mono était fan. Depuis mi-70, je dévore tout ce qui passe, blues, soul, garage, rock’n’roll, punk, etc. Plus c’est obscur, débridé, roots, plus j’aime. La liste est longue…
Guillermo: … Vraiment longue… Albert King, Albert Colins, James Harman, Taj Mahal, Les Fabulous, Dr John, J. Geils Band, George Thorogood, The Meteors… Blues, groove’n’roll, quoi.

Un événement susceptible d'avoir modifié le cours de votre vie ?
Jaker : La naissance des enfants. Moins de sorties, plus de temps à la maison, plus de temps à consacrer à la gratte, jusqu’à ce que des potes m’appellent pour être le guitariste du groupe.
Guillermo : Pareil, ma fille. Et le bel ange avec qui je partage ma vie. Et les Shaggy !
Toma : Le jour de l’enterrement de Pompidou ! J’ai dix ans. Ma grand-mère veut m’obliger à regarder la messe à la télé. Je me sauve en vélo, je prends une énorme gamelle et je me pète les dents de devant.
Red : La rencontre avec un ancien braqueur de banque, quatorze ans de placard. Il était devenu cuistot dans un club légendaire, Le Dobro. Un club aveyronnais en plein milieu rural, un corps de ferme entouré que de champs, blindé tous les soirs. Un endroit unique ! Ce gars, son parcours, son rapport à la vie ont complètement chamboulé la mienne, et ma façon de la construire. Félix, il s’appelait. Tatoué de la tête aux pieds.

Pourquoi Shaggy Dogs ?
Au départ on devait s’appeler Shaggy Dogs Story. C’est une expression anglaise qui signifie histoire farfelue. Plusieurs personnes trouvaient que ça faisait Little Bob Story. On a supprimé la Story, on est devenus les chiens poilus, ou hirsutes. Au vu de nos torses, on est en phase !
Sur Wikipédia, on apprend que 'Who Let The Dogs Out?' était l'hymne du carnaval de Trinidad & Tobago, en 1998.
Jaker : A priori, le compositeur est Anslem Douglas.
Red : Les Baha Men en ont fait une super cover en 2000.

Le nom du groupe a donc un rapport avec ce fait ? D'autant que les Shaggy Dogs sont nés en 1998…
Le nom du groupe, non, mais le titre de cet album, forcément. Ma femme adore la version des Baha Men. Ce titre coïncidait avec les nouvelles directions de la galette.

Vous figurez sur les deux albums à la mémoire de Lee Brilleaux. Qui vous a contactés ?
Red : C’est une excellente idée de Thierry Catier, le patron d’Outside Records. Il avait déjà travaillé avec Little Bob, lui-même partant pour le projet. Chacun des groupes (les Dogs, Classic & Troubles, Jesus Volt…) lui ont adressé deux morceaux. L’accueil a été vraiment bon. Après, on a fait une grosse fête au Plan (Ris-Orangis).
Toma : Sur la première compile, en 99, c’est Stod Rickman qui tenait la basse. A cette époque, je jouais dans les Lee’s, autre tribute-band à Dr Feelgood. D’ailleurs, les Lee’s figurent également sur les deux volumes du Tribute To Lee Brilleaux. J’ai rejoint les Shaggy Dogs quand la première compile est sortie. Dans la foulée, Outside Records a produit le premier album des Shaggy. Cet enchaînement est plutôt bien tombé et nous a permis de tourner rapidement. Il y a vraiment de bonnes covers sur ces deux disques mais ce que je retiens, c’est principalement les rencontres avec les groupes participants. Onze ans après, on croise toujours les Classics & Trouble, Jesus Volt et Little Bob. Et c’est Stod Rickman qui a enregistré les trois premiers albums du groupe.

1998… N'était-ce pas un peu tard pour entamer une carrière dans le pub-rock ?
Jaker : On s’en cogne ! On n’est pas obligé de suivre les tendances pour vivre. On joue pour le plaisir et celui des amateurs. Ce style a toujours existé, il est pratiqué par une tripotée de groupes en Europe et outre-Manche, mais il est peu médiatisé.
Guillermo : On joue la musique qu'on aime, et on touche toutes les tranches d'âge. Généralement, l’énergie qu'on transmet sur scène scotche les gens. Trop tard ? Peu importe !

Comment était la scène de l’époque ?
Toma : On était plus jeunes, donc plus impressionnables. A 14 ans j’ai vu Bon Scott avec AC/DC, ça marque. Pour vingt balles, tu allais au Théâtre de l’Empire et tu pouvais assister aux enregistrements de Chorus, l’émission d’Antoine de Caunes. A seize ans j’ai fait mon premier concert au Gibus, au sein d’un groupe de rock sudiste avec un chanteur noir. Après, il y a eu la période Fahrenheit à Issy-les-Moulineaux, il y a eu l’âge d’or du rock alternatif avec la Mano Negra, Les Garçons Bouchers, ça pogotait dans tous les coins, les labels poussaient comme des champignons. Plus tard, dans les années 90, j’ai passé pas mal de temps à Pigalle. Il y’avait beaucoup de bars-rock et de concerts. On avait notre rond de serviette au New Moon, un super club. J’avais monté un groupe avec la barmaid, et ma voisine tenait la caisse. Il y avait des concerts jusqu’à quatre heures du matin, même en semaine. Tu pouvais te mettre une grosse mine avec Calvin Russel ou Rodolphe Burger, le matin tu jurais que c’était la dernière, et le soir tu remettais ça !

Le pub-rock en France est comme une petite famille, non ?
Toma : J’aimais beaucoup les Shitbones, un power-trio qui jouait super-speed et super-fort. Motörhead, en plus violent ! Il y avait aussi les Mamalians, très pop, très bonnes mélodies. Le dimanche après-midi, je filais un coup de main au Blues du Nord, un club du côté de Stalingrad. Je faisais le vestiaire, la caisse, la sono, le bar, le ménage… Du coup, le programmateur, Mani, est devenu le manager du groupe Pilous Dexter, dans lequel je jouais alors. Puis, notre chanteur, aujourd’hui dans Jesus Volt, est parti rejoindre les Shitbones. Mon frère a mixé sa section de cuivres avec celle des Mamalians. Plus tard, j’ai monté les Goatsuckers (punk-rock et orgue Hammond) avec le batteur et le guitariste des Shitbones, et Red est devenu le manager des Jesus Volt, etc., etc. Ça pourrait durer des heures ! Bref ça fait vingt ans que tout ce petit monde se côtoie, monte des projets, fait des disques, des concerts et du rock.

Vous étiez très pub-rock à vos débuts. Plus que maintenant…
Toma : Dans le premier album, on alignait des covers de pub-rock. C’était une influence majeure, elle est désormais mixée avec d’autres styles. On n’a pas envie de refaire la même chose à chaque fois. On est passé d’un groupe qui reproduit et copie à un groupe qui crée et prend des risques.
Guillermo : Perso, si je n'avais pas retrouvé une couleur musicale un peu bluesy, l'aventure aurait été plus difficile pour moi. Chez les Shaggy, je renoue avec l'énergie et la fougue de ma jeunesse, et je poursuis en même temps dans cette vibration blues qui me porte depuis une vingtaine d'années. J'aime bien cet esprit où l’important n’est pas la technicité, la virtuosité, mais une grosse énergie de groupe. C’est une énorme prise de plaisir à partager : pas de leader, juste une bande de potes qui s'éclatent. Cet esprit est plutôt rare aujourd'hui.

Quelle place occupez-vous sur le marché ?
Toma : On a un mode de fonctionnement artisanal. On produit nos disques et certaines tournées. On est épaulé pour la distribution ou la communication mais, globalement, on fait plutôt dans l’autogestion. C’est une part de notre héritage punk. Du coup, le marché, ça nous passe au-dessus de la tête. On n’a rien à voir avec l’industrie du disque. On est content de faire des albums et des tournées, on a le plus profond respect pour les organisateurs, programmateurs, journalistes, techniciens et bénévoles qui s’investissent dans tous ces projets avec leurs tripes. Il y des crétins qui veulent faire de la musique avec des tableurs (et, tant qu’a faire, gérer les gens avec ce genre d’outils). Aujourd’hui, on les entend pleurer que leur marché se casse la gueule. C’est pathétique !

As-tu une définition du pub-rock ?
Red : C’est un mélange de blues, de rock’n’roll, de rhythm’n’blues et de garage 60’s, une énergie très électrique, sans solos à rallonge. Une musique basée sur le partage, pour faire la fête avec, toujours, ce sentiment d’urgence.

Zone de Texte:  Pourquoi sortez-vous des albums ? Pour occuper le terrain ?
Toma : C’est un secret de Polichinelle : si tu n’as pas d’actu, genre sortie d’album, tu n’es pas programmé, notamment dans les festivals. Et puis, c’est toujours excitant de sortir un disque. De toute façon, quand les morceaux sont écrits, autant les enregistrer. Le travail en studio permet de pousser les idées un peu plus loin, d’être plus exigeant, d’expérimenter des trucs… Pour Who Let The Shaggy Dogs Out, on avait la matière. Même s’ils étaient encore bruts de décoffrage, on sentait que les nouveaux morceaux donneraient bien sur CD, on les avait beaucoup joués en concert. Ensuite, ça faisait presque un an que Guillermo nous avait rejoints, on avait envie d’immortaliser notre collaboration. Enfin, quand on a envoyé l’enregistrement des répètes à Al Scott, il était OK, ce qui a achevé de nous convaincre.

Bon, c’est qui, Al Scott ?
Red : Il a commencé ingé-son des Jam en 77. Puis il a travaillé avec la terre entière, The Levellers, Asian Dub Foundation, Electric Soft Parade, Depth Charge, Joe Strummer, Johnny Thunders, Mike Monroe, Stiv Bators, Little Stephen, Van Dyke Parks, The Wildhearts, Dogs d’Amour, Betty Boo, Tom Robinson, The Stupids, Les Thugs, Mike Monroe, etc. Il a participé aux BBC Sessions de John Peel et a même collaboré avec les Monthy Python. Plein de disques d’or pour une carrière très éclectique. C’est un multi-instrumentiste très doué, et un bassiste de souche ayant joué, notamment, avec Chicken Shack. C’est pour ça qu’on l’a choisi. On ne voulait pas d’un type qui serait resté cloisonné dans un style.

Comment êtes-vous entrés en contact avec lui ?
Red : Par Internet, tout bêtement. J’ai envoyé des démos, il a accepté. On a parlé monnaie et tout s’est fait simplement. Deux mois avant d’entrer en studio, on lui envoyait donc régulièrement les enregistrements des chansons qu’on répétait, il nous retournait des consignes de travail. Autant lui que nous savions exactement où nous allions.
Al Scott nous a apporté un son, un savoir-faire, des idées d’arrangement... Il a dirigé l’ingé-son pour les prises, il est resté concentré sur notre production sans se soucier des machines. L’ingé-son de Musicopré était là pour ça.

… Musicopré ?
Red : Un super studio en Normandie, dans un corps de ferme avec quatre pièces de prises modulables, séparées mais communiquant visuellement entre elles. Un studio retiré du monde. Le meilleur endroit pour enregistrer, rapport qualité-prix, et je pèse mes mots !
Al, disais-je, nous a débusqués dans nos retranchements. On en a chié ! Mais c’est un grand pro, il a toujours eu le mot, le regard qu’il fallait pour nous rebooster, restaurer la confiance. Il a su tirer le meilleur de nous-mêmes et c’est grâce à lui que ce disque sonne aussi bien. Ensuite, il est rentré en Angleterre avec les prises et les a mixées dans son studio. On lui a tout délégué. Vraiment, une confiance aveugle. On avait passé une semaine en studio avec lui, on a vécu avec lui dans le gîte, on a bouffé ensemble, descendu des apéros avec lui. On savait déjà qu’il avait tout compris sur qui on était, et sur le genre de disque qu’on attendait. Voilà, on était parti pour enregistrer treize titres en live et, à l’arrivée, on a treize titres en live. Magique, non ? Un jour d’installation, trois jours de prises, un jour pour les guests. Mais on avait beaucoup travaillé en amont, au moment des répètes, et notre réalisateur savait exactement ce qu’il voulait tirer de chacun de nous et de chacun des morceaux. Question budget on a arrêté les comptes, ça devenait indécent !

Bala Pradal vous accompagne. C'est le gars de chez Big Dez, non ?
… Et le meilleur pianiste rock’n’roll-blues de Paname. C’est un ami de Guillermo, ils jouaient ensemble dans les Bloosers.

Qui est Wenta ?
Une chanteuse franco-polonaise qui fait de la chanson blues avec une voix à la Janis. Quand on a créé ‘I’m Just A Man’, j’entendais un solo voix chevaucher le solo de Jacker, comme sur un titre de Dark Side Of The Moon. Quand j’ai entendu l’album de Wenta, je lui ai téléphoné et elle a immédiatement accepté de nous prêter sa voix.

… Et les cuivres ?
Des potes avec qui nous jouons sur des dates uniques, de temps en temps. Ils viennent du Hot Club PomPom Gali, un brass-band complètement fou ! On les a enregistrés après nous, le cinquième jour.

Beaucoup de re-re au final ?
Aucun ! Tout en one-shot. Tu remarqueras qu’il n’y a qu’une guitare du début à la fin. J’ai refait deux titres en partie et un ou deux harmos. C’était une grande première, pour moi, de ne pas avoir fait de voix témoin. J’ai pu être toujours à 100 % et transmettre l’énergie au groupe. On a privilégié les premières prises pour le naturel et la spontanéité. Notre musique, on la veut live, sale et rugueuse. Une bonne claque dans la tronche !

Le résultat global correspond-il à ce que vous attendiez ?
C’est même mieux !

Si vous deviez changer quelque chose ?
Toma : Ta question !

Jaker fait penser à Wilko, bien sûr, mais plus encore à Peter Gunn. Le son compact, le débit heurté des solos...
Jaker : Entièrement d’accord. Bien vu pour Peter Gunn. Effectivement, je n’habite pas loin du Plan et je ne loupais aucun concert des Inmates. Et ils y passaient souvent. Ces concerts étaient à la fois des révélations et des master-class pour moi. J’étais scotché durant tout le show sur la guitare de Peter Staines (aka Peter Gunn, NdR).

Il y a ce petit sucre caribéen dans vos chansons, et sur certaines rythmiques, qui a un peu le goût du ska parfois. Suis-je en train de fantasmer ou validez-vous cette impression ?
Toma : Oui, ça fait partie de la direction qu’on voulait prendre. Sans vouloir faire un concept-album, c’était important de varier les tempos et les ambiances.

Bon, le rapprochement avec Feelgood et Inmates n’est pas un scoop, mais valides-tu, Red, un rapprochement avec B52's et Screamin' Jay Hawkins, pour le chant ?
Red : Oui, mais j’en arrive là de façon inconsciente. J’écoute et j’aime tellement de trucs…

Et si j'ajoute Kevin Rowland (Dexys Midnight Runners) ?
Red : Tu es le premier à me le dire, mais c’est OK.
Zone de Texte:
La pochette de l'album…
On voulait un illustrateur ce coup-ci, nous avons changé de graphiste. Encore un coup de cœur, cet Oncle Red. C’est son nom, je n’invente rien !

Pourquoi un encrier avec une étoile rouge, genre Mano Negra ?
Ce n’est pas un encrier mais une gamelle de bouffe ! Une attaque de gamelles remplies d’une bouffe visqueuse. L’esprit comics US. L’étoile rouge fait partie du code visuel des Shaggy depuis le départ. Le rouge et le noir tapent bien. On reste dans la continuité avec cette pochette.

Pourquoi une chanson sur Andre Williams ?
C’est le bluesman noir le plus outrancier. Tu peux t’en rendre compte sur youtube. La classe incarnée ! Il ne parle que de cul. Cab Calloway, version hardcore. Il y a encore dix ans, il était en perdition dans un mouroir pour vieux aux Etats-Unis. Un producteur est venu le relancer, et c’est tant mieux.

Où tournez-vous ?
Partout en France, régulièrement en Belgique et aux Pays-Bas. Nous sommes retournés en Suisse il y a quelques semaines .On a tourné en Grande-Bretagne et au Japon. En 2012, on jouera au Bénin. Une quarantaine de dates par an, à peu près.

Dirais-tu que vous appartenez plus à la scène blues ou à la scène rock ?
A la scène blues’n’roll fiesta. On fait partie de la scène blues sans en vraiment faire de blues. Ça emmerde plus d’un groupe. On est un peu la caution rock’n’roll des festivals de blues. On remue les gardiens du temple, de gré ou de force.

Y a-t-il même une distinction à faire ?
C’est bien un problème français, cette histoire de chapelles. En Belgique ou aux Pays-Bas par exemple, ils n’en ont rien à carrer… On est proches de tous les groupes qui mouillent la chemise et qui ont une vraie identité, qui ne se la pètent pas à outrance, qui sont prêt à partager leur pied de micro ou leur backline sur un plateau commun. Lesquels ? Allez, on va en citer deux parmi tant d’autres. Jesus Volt et Alexx and the Mooonshiners. On n’oubliera pas nos cousins suisses, les Hell’s Kitchen.

Quel public ?
Pareil. Ceux qui aiment faire la fête et font le choix de sortir pour entendre du live, plutôt que de rester devant la télé ou devant facebook. Et pareil pour les festivals, quand on nous programme. On préfère les festivals qui ont encore un visage humain, où le lien relationnel reste fort, avec des bénévoles passionnés au fin fond des campagnes. Le Buis Blues Festival, Lax’n’Blues, Bain de Bretagne….

Comment voyez-vous l'avenir du blues ou du rock, après les moulinettes du clip, de MTV, de la programmation et du téléchargement ?
Je ne le vois que dans des prestations live, sans tricherie. Tout le reste n’est que poudre aux yeux pour la mousse et le rêve. L’essentiel n’est pas là, on le sait bien, tous ! La surdose de MP3 en download, on en est tous revenu. On veut de l’humain, de l’artisan ! Le vinyle redémarre à fond, c’est une bonne nouvelle.

Défendez-vous une certaine éthique du rock’n’roll ?
Oui, on défend une intégrité et une sincérité à toute épreuve. Le côté militant, c’est le lien social qu’on crée avec tous les gens qu’on croise. On fait de la musique pour ça d’abord. Discuter, échanger, boire, rigoler, refaire le monde. Notre éthique, elle est là. Maintenant, on ne véhicule pas un message politique engagé, si c’est ce que tu sous-entendais. Pourtant, il est fréquent qu’avec nos étoiles on nous prenne pour un groupe communiste révolutionnaire ! Bah, Robert Hue faisait bien du rock’n’roll !

Avez-vous vu à ce que devient Dr Feelgood sans Lee Brilleaux ?
Jaker : C’est plus blues qu’avant, c’était déjà la direction que Lee Brilleaux commençait à donner lorsqu’il a disparu. Ils ont fait un formidable album, très roots : The Chess Masters. Que des reprises du catalogue Chess en pub-rock. Il y a aussi quelques titres fantastiques avec Dave Bronze dans l’album précédent, On The Road Again.
Red : À part ça, Dr Feelgood ne présente plus beaucoup d’intérêt aujourd'hui, c’est un groupe qui ne crée plus depuis longtemps.

Quelle carrière, quelle œuvre vous font particulièrement envie ?
Red : Tiens, cette semaine c’est Jimmy Barnes, le chanteur des Cold Chisel. Je change d’avis tous les deux ou trois jours ! Bon, on n’a plus vingt ans non plus et notre psy trouve qu’on va bien en ce moment.

Zone de Texte:  Votre meilleure scène, votre meilleur club ?
Jaker : Le Plan. Un son d’enfer, une scène mythique.
Red : Tokyo. Le Club Doctor. Un endroit improbable où nous avons joué lors d’une soirée pub-rock, avec quatre autres groupes nippons, plus classieux les uns que les autres. On avait l’impression d’être en 78 avec Eddie and the Hot Rods, les Inmates, Feelgood, Count Bishops et nous. Objectif : sauver le monde de toutes les merdes à claviers et boîtes à rythmes qu’on allait devoir se cogner durant les 80’s ! Là, il y avait de l’urgence et de l’énergie à revendre, je peux te le dire.

Votre pire souvenir de scène ?
Jaker : En support de Wilko Johnson. Je me suis cassé la gueule dans le public (plancher mal ajusté), j’ai tordu le manche de la Jaguar. Ensuite, sur la guitare de remplacement (sans vibrato), je me suis explosé le pouce en le frottant sur les cordes pour produire des effets spéciaux. Il y avait des projections de sang sur la caisse. Et j’ai dû me tirer avant la fin de la prestation de Wilko pour ne pas manquer mon train. La misère !
Red : Et ce soir là, Wilko, à qui j’offrais notre disque, a ouvert la galette et a pris un marqueur. J’ai réalisé qu’il me prenait pour le fan de base courant après un autographe. Je le préviens que, non, c’est notre disque ! Il lève les yeux, me regarde, et se met à rigoler comme un psychopathe. Un peu trop fait sur ce coup-là, le père Wilko…

Le meilleur concert que vous ayez eu l'occasion de voir ?
Jaker : Les Inmates au Plan, la période où Barrie Master remplaçait Bill Hurley.
Red : Willy DeVille, toujours au Plan, avec la grosse formation-tournée de ‘Hey Joe’, un dimanche après-midi sur un day-off.

Le meilleur album jamais entendu ? La plus belle chanson du monde ?
Jaker: Barry Takian And The Remains…‘Since I’ve Been Loving You’, sur Led Zep n°3.
Red: The Dark Side Of The Moon!

Quel air vous vient à l'esprit sans même que vous ne vous en rendiez compte ?

Jaker : « L’avion, l’avion, l’avion, ça vous fait lever les yeux... »
Red : Des airs de Gainsbourg, souvent.

Christian Casoni, mai 2011

www.myspace.com/shaggydogs

 

 

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