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été 17
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Interview



blues deraime
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On essaye de rendre le blues plus actuel

Le trio genevois ne laisse personne indifférent avec ses sonorités urbaines, ses dérapages et ses dissonances. C’est gonflé, audacieux, on est emporté par une joviale frénésie et une agitation musicale enfiévrée. Ces trois musiciens se permettent tout et nous entraînent dans une dimension parallèle. De joyeuses pépites surgissent de ce foutoir jubilatoire. Rencontre avec Bernard Monney, Cédric Taillefert et Christophe Ryser.

Blues Again : Rappel des faits, d’où venez-vous ?
Zone de Texte:Bernard : Je viens du punk, du blues et du heavy metal. Un gros bouillon assez insipide, heureusement que j’en suis sorti. Je chante et je joue de la guitare. On a fondé le groupe avec Cédric en 2000.
Cédric : J’ai joué dans différentes formations rock, jazz, blues. Maintenant, je joue des percuteries, une batterie bricolée maison composée d’un washboard, d’une pelle, d’un tambour de machine à laver, d’une poubelle,… que des trucs rapportés.
Christophe : Dernier arrivé dans le groupe. Dans mon adolescence j’étais bassiste de groupes punk, et puis un jour j’ai rencontré une contrebasse et il a fallu que j’apprenne à en jouer. Après j’ai fait un peu de jazz et de musique expérimentale.

Vous dites vouloir éviter le blues à paillettes…
On essaie d’éviter le côté démonstratif qui colle au blues depuis ces 30 dernières années. On considère que le blues ce n’est pas une musique de démonstration, ça a besoin d’être direct. Il ne s’agit pas que quelqu’un tire la couverture à lui. Même si ça peut fonctionner, ce n’est pas notre tasse de thé. On préfère faire quelque chose de plus compact, de moins travaillé, moins léché. Les premiers bluesmen étaient les punks de leur époque, ils étaient marginaux, c’étaient des vagabonds. Musicalement on n’arrivait pas à comprendre le côté primal de la musique qu’ils composaient, c’était une musique qui avait pour but d’être efficace.


Zone de Texte:Déjà quelques CD parus…
Nous en  sommes à quatre CD avec Dress To Dig. Il y a eu une première démo faite avec un walkman trouvé dans une poubelle sur laquelle nous ne faisions que des reprises. Après avec le véritable premier disque on a commencé à faire des compositions. Paradoxalement le premier album The Big Meal qui n’a pas été distribué, a été enrerigstré dans un studio avec des moyens techniques et des contraintes financières et on a mis plusieurs semaines à le faire, mais dès le deuxième, on a commencé de bricoler nous-même on s’est acheté un ordinateur, on a jouer dans notre cuisine à taper sur ce qu’on trouvait, avec deux micros au maximum et au fil du temps on utilise de moins en moins de matériel et ça nous coûte de moins en moins cher.

Comment composez-vous ?
Il nous arrive de partir d’un rythme percussif trouvé avec un verre, un sachet de pâtes alimentaires qu’on malaxe, le bruit que fait une ventilation sur laquelle on tape avec un bout de bois, un grattoir sur une poêle. Il y a aussi les chansons que j’apporte du fait que je chante et que je joue de la guitare, j’ai donc quelques idées de compositions très mauvaises que Christophe rend atroces et que Cédric finit de pourrir. On aime ce côté rigolo de faire de la musique avec des ustensiles qui à la base ne sont pas fait pour ça. C’est le côté industriel de ma musique. On essaye de « contemporaniser » le blues, de le rendre plus actuel et peut-être de le faire évoluer. Il serait dommage de considérer que cette musique n’est plus vivante. Bien souvent on part sur quelques accords de guitare, parfois un seul, là-dessus Cédric ou Christophe mettent leur grain de sel avec leur instrument, ou sur d’autres comme le banjo ou le triangle, et ça peut dériver dans un univers foutraque, une exaltation qui peut donner une cuisine digeste et parfois pas.

La rencontre avec le label Dixiefrog…
Au début on a été surpris car le label correspond à un blues très cadré, ce qui n’est pas à priori notre public. Mais on s’est vite rendu compte de l’extrême professionnalisme, des relations très correctes et de l’intérêt très prononcé pour la musique, on est donc ravi de bosser avec Dixiefrog.

La collaboration avec Rodolphe Burger…
On a rencontré Rodolphe à Genève où il donnait un concert il y a une bonne année déjà. On a discuté ensemble. Il nous connaissait et appréciait ce qu’on faisait, nous bien sûr on aimait sa musique, Christophe en particulier qui était un très grand fan de Kat Onoma. C’était le moment où on commençait d’enregistrer des nouvelles compos pour un album et on cherchait quelqu’un qui aurait une oreille neuve par rapport à notre musique, quelqu’un qui puisse apporter de la fraîcheur, une patte, qui puisse gérer des coupes dans les morceaux, qui apporte de nouvelles idées, bref avoir du recul sur ce que nous faisions, alors on l’a recontacté. On a fini notre enregistrement, il est venu au mixage, il est resté à peu près une dizaine de jours, et comme il y avait des morceaux qui étaient encore en chantier, il a suggéré des percus, des guitares, il a chanté également. C’était super.

Quelle est la source d’inspiration pour les textes ?
Bernard : Je pense que tous les textes font appel à des expériences personnelles, bonnes ou mauvaises, des souvenirs d’enfance. Je ne me dis pas : « tiens, je vais écrire sur un thème en particulier ». En général ce sont des bouts de phrases qui viennent et puis je m’aperçois que ça colle à la musique, après il faut bricoler un texte autour de ça.

Dans ce CD on a droit à une première, une chanson interprétée en français…
Bernard : Ça m’a toujours ennuyé d’avoir l’obligation de chanter en anglais, ce n’est pas ma langue maternelle et je ne la maîtrise pas parfaitement, mais pour cette musique je n’arrivais pas à imaginer d’autres textes qu’en anglais. D’un autre côté, j’avais confusément envie de faire quelque chose en français et, venant de Fribourg un canton où il y a un patois particulier, j’avais aussi pensé faire un truc en patois. Mais c’était très compliqué. J’ai donc fait cette chanson ‘Vilain Docteur’ en imaginant un langage campagnard comme il y a un siècle en arrière. Du côté de ma mère, vu que mon grand-père est mort assez jeune, la famille avait embauché un ouvrier agricole qui est resté près de ma grand-mère jusqu’à la fin de sa vie. Ce gars était un petit bonhomme assez incroyable qui parlait moitié patois moitié français, on ne comprenait rien à ce qu’il racontait, il chiquait, il crachait parterre, il dormait à l’étable avec les vaches, il buvait comme un trou. J’étais tout petit et je me rappelle de ce gars en haillons qui s’occupait du bétail, c’est en pensant à lui que j’ai écrit l’histoire d’un gars de la campagne qui descend à la ville et qui se fait avoir. Et voilà ‘Vilain Docteur’.

Comme il faut bien souvent mettre une étiquette sur tout ce qui bouge, par rapport aux organisateurs de festivals, comment  vous vendez-vous ?
Blues urbain, trash blues, blues industriel. On joue dans des festivals très blues aussi bien que dans des rassemblements beaucoup plus rock ou carrément world. Nous sommes à la marge de beaucoup de genres musicaux.

      

           

Vous tournez pas mal en Europe, France, Grande-Bretagne, Portugal, Italie, Russie… Comment êtes-vous perçus dans les différents pays que vous visitez ?
Ce qui change c’est la réaction des gens. Plus ou moins fous ou plus ou moins sages. En Angleterre c’est difficile pour un groupe qui n’a pas pignon sur rue, mais le public est très réceptif et adorable. En Russie c’est plutôt la fête, soit on boit… soit on boit beaucoup. En même temps, on a joué dans des clubs où les gens étaient très attentifs. On s’est produit dans une salle à Saint Petersbourg fréquentée par beaucoup de mafieux, il y avait un portique détecteur d’armes à l’entrée, c’était assez impressionnant, les mecs restaient cinq minutes et repartaient. Le lendemain, toujours à Saint Petersbourg, on a joué dans un gros festival, dans une salle de cinéma gigantesque, nous étions à l’affiche avec Heavy Trash le groupe de Jon Spencer. On ouvre avec un premier morceau, la salle était vide, on n’a pas compris tout de suite…les organisateurs avaient tout bêtement oublié d’ouvrir les portes. Durant le titre suivant c’était la ruée. 

Et vous avez eu des propositions de l’autre côté de l’Atlantique…
Effectivement, nous avons eu des propositions pour participer au Deep Blues Festival, qui est le festival qui nous correspond vraiment car il accueille une brochette de musiciens qui jouent un blues un peu différent. Ça ne s’est pas fait la première année pour des raisons financières, c’était trop compliqué pour nous, malheureusement l’année suivante quand ça devait se faire, le festival a été annulé, mais ce n’est que partie remise.

Gilles Blampain

www.myspace.com/hellskitchenblues

 

 

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