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04/17
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Inoxydable
SNOOKS EAGLIN
New Orleans Street Singer - Folkways 1959


 


Quand il grave New Orleans Street Singer, Snooks Eaglin a tout juste 22 ans, mais ce travail en studio n’est pas un coup d’essai, il a déjà participé aux enregistrements de James ‘Sugar’ Crawford en 1953.
Né en janvier 1936, Eaglin a perdu la vue alors qu’il avait tout juste un an. À cinq ans il a sa première guitare et s’initie à la musique grâce à la radio. Folk, blues, boogie, ballades, il écoute et réinterprète tout avec un égal bonheur. À onze ans, ses dons de guitaristes lui permettent de gagner un concours organisé par une station de radio locale en jouant ‘Twelfth Street Rag’. Trois ans plus tard, il décide de quitter l’institut pour aveugles où il étudie, pour devenir musicien professionnel. Après avoir croisé la route de Professor Longhair, en 1952 il se joint à un groupe local de sept musiciens, The Flamingoes, dirigé par le tout jeune Allen Toussaint. Trois ans plus tard le band se dissout.

Harry Oster, folkloriste à l’université de la Louisiane, découvre Snooks Eaglin aux coins des rues du Quartier Français, où il joue et chante pour gagner sa vie. Étonné par ce jeune garçon, il lui propose de graver un disque. Eaglin possède une remarquable technique et son répertoire semble sans limites. Il revisite les classiques avec une grande maîtrise à laquelle il joint une certaine fraîcheur. Fait de standards, New Orleans Street Singer,à sa sortie comme aujourd’hui encore,étonne autant les amateurs de folk que les fans de blues. Ce disque prouve la maturité et l’assurance du jeune artiste, et son talent pour assimiler et donner une autre dimension à ces morceaux.
Sur certains titres, ‘Careless Love’ ou ‘Trouble In Mind’,il fait dans la simplicité. Son jeu de guitare limpide est tendu et le chant est mis en avant. Sur d’autres, comme ‘Look Down That Lonesome Road’, le rythme s’accélère. Sur ‘Rock Island Line’,il semble carrément danser sur les basses en les martelant fortement. La maîtrise de l’instrument est remarquable, le style est assuré et dynamique, la voix est claire. Sa virtuosité apparaît nettement dans les instrumentaux, ‘Sophisticated Blues’ ou ‘High Society’, plages sur lesquelles il reproduit à lui seul tout l’entrain et le swing d’un jazz-band ! Les inflexions de sa voix se font âpres ou veloutées, et même les silences prennent une dimension sur des titres rarement entendus par un interprète seul à la guitare : ‘Every Day I Have The Blues’, ‘One Scotch, One Bourbon, One Beer’, ‘Let Me Go Home Whisky’. Il révèle alors tout son talent. L’émotion qu’il insuffle dans ‘St James Infirmary’ donne une vie nouvelle à cette scie maintes fois entendue. Toute la subtilité de ce disque réside en fait dans cette simplicité qui met en valeur la dextérité et le raffinement d’un artiste en solo.
A l’instar de nombreux musiciens de New Orleans, Snooks Eaglin a absorbé diverses influences et son jeu de guitare fait ressortir, ici et là, quelques touches hispanisantes, un trait de jazz ou une ligne de R&B. Surnommé ‘the jukebox man’ en raison de l’étendue de son répertoire, Eaglin ne s’est jamais vraiment affiché comme un bluesman mais plutôt comme un songster, se donnant toute latitude pour interpréter des titres de styles différents.

Gilles Blampain