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été 17
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Inoxydable
SLEEPY JOHN ESTES'
Brownsville Blues - Delmark 1962


 


En avril 52 Sleepy John Estes (1899 ou 1904-1977) réalise une session dans les studios Sun puis disparaît complètement de la scène après avoir gravé des standards ravageurs comme ‘Someday Baby Blues’, ‘Milk Cow Blues’, ‘Diving Duck Blues’ …
L’artiste tombe proprement dans l’oubli après avoir passé plus de 3 décennies à bourlinguer du côté du Mississippi du Kentucky ou de Chicago. On le croit même mort et enterré.

Pourtant 10 ans plus tard Big Joe Williams annonce à Bob Koester qu’il a retrouvé les traces du poète du Tennessee. Le patron de chez Delmark paraît bien sceptique et émet quelques doutes. A Brownsville bourgade de 5000 âmes située à 60 miles de Memphis le cinéaste David Blumenthal en tournant un documentaire sur l’immigration noire vers le nord tombe sur un vieil homme aveugle qu’on croyait disparu, vivant dans un dénuement complet.
C’est comme une résurrection, une redécouverte d’un symbole du blues rural qu’on pensait à jamais perdu, une icône incontestée du country blues.
Une nouvelle carrière s’ouvre à Sleepy John Estes. Bob Koester le prend sous son aile bienveillante et l’entraîne à Chicago. Les Stones ou les Who en sont à leurs premiers balbutiements, le british blues s’encanaille et Kennedy imagine son pays autrement.
A plus d’un titre l’homme et sa musique sont incontournables et son retour en 1962 avec l’album Brownsville Blues semble être un repère pour les générations futures. Il incarne le blues rural dans sa nudité la plus fruste mais aussi la dualité (très novatrice dans les années 20) entre la guitare et l’harmonica qui scellent depuis si longtemps sa collaboration avec Hammie Nixon et Yank Rachell (guitare, mandoline). Brownsville Blues est comme un pont du passé vers l’avenir, où la culture noire et la moiteur des paysages, la poussière des chemins colle inexorablement aux textes du poète. Si Big Bill Broonzy, Big Joe Williams, Sonny Boy Williamson et bien d’autres encore l’encensent et l’adulent c’est que l’homme par le passé a posé les amorces du blues de Chicago sans jamais rompre avec son histoire. 18 plages seront gravées dont certaines jamais enregistrées avec des interventions de l’incontournable Hammie Nixon, Ed Wilkenson ou Ransom Knowiling (basse), et l’incomparable Yank Rachell. Sa voix pleure, semble brisée par de longs trémolos tout en évoquant le quotidien en tranches autobiographiques et sa guitare geint en accords sobres et mesurés portée par un harmonica minimaliste. C’est brut mais unique !

La renommée entre temps du vieux sage va crescendo auprès des jeunes blancs en mal de sincérité et de revival. De festivals comme Newport (64 et 74), Memphis (69 et 71) ou dans les universités, les concerts et tournées (AFBF en 64 et 66), les nombreux enregistrements chez Delmark, Vanguard, Folkways ou Storyville, Sleepy John Estes va encore étendre son indiscutable aura et sa pathétique lucidité. Il aura bénéficié d’une carrière double, dont Brownsville Blues est comme un rebond musical, une revanche sur la misère et l’oubli.

Alain Hermanstadt