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03/17
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Inoxydable
R. L. BURNSIDE
Acoustic stories - MC Records 1988


 


A la fin des années 70, la reconnaissance arrive peu à peu et quelques dollars avec, mais ce n’est toujours pas l’opulence. RL Burnside joue fréquemment à Memphis, il a même traversé l’Atlantique pour venir jouer en Europe, mais la musique n’est pas un vrai gagne-pain et au début des années 80, il est encore métayer pour assurer ses charges familiales. En février 1988, il monte à New York pour donner deux concerts en compagnie de l’harmoniciste John Neremberg. Ces soirées se passent si bien que les deux musiciens en profitent pour graver onze titres aux Microsound Studios.

Burnside avait déjà enregistré quelques titres en acoustique, parus notamment sur Mississippi Delta Blues Vol.2, sorti en 1968 chez Arhoolie, mais sa production discographique expose essentiellement des enregistrements électrifiés avec un son saturé. Ce disque est donc à part et le jeu subtil de Burnside est réellement mis en valeur par le dépouillement de l’expression acoustique. L'esprit du Delta semble dûment capturé, le tempo est lent et posé avec basses frappées et glissandos. Avec son style personnel, Burnside semble revenir aux sources et marcher dans les pas de Big Joe Williams, Son House et Robert Johnson.

Son jeu comme son chant, clair et légèrement voilé, sont envoûtants, lancinants, hypnotiques, soulignés ici et là par quelques délicates interventions d’harmonica. Il a choisi des reprises de John Lee Hooker ‘When My First Wife Left Me’, ‘Hobo Blues’, ‘Meet Me In The Bottom’, et des titres chantés en son temps par Robert Johnson, ‘Walking Blues’ et ‘Kindhearted Woman Blues’. Ses propres compositions, ‘Skinny Woman’, ‘Long Haired Doney’, s’inscrivent parfaitement dans la continuité de ses prédécesseurs. Comme beaucoup de musiciens de country-blues, Burnside ne suit pas toujours le schéma des 12 ou 16 mesures, et ajoute des séquences supplémentaires suivant l'inspiration. Parfois même, il accompagne ses strophes sans souci des mesures, en véritable griot. Seule compte l'histoire qu'il a à raconter et l'émotion qui va avec. Burnside nous gratifie d’ailleurs d’une étrange parenthèse parlée, sans guitare, avec ‘Monkey In The Pool Room’, narrant les péripéties d’un singe et d’un babouin qui jouent au billard. Tout le reste souligne la force de cette musique.

Ce disque sans fioritures, révèle la finesse d’exécution d’un guitariste au meilleur de sa forme et d’un interprète plus subtil qu’il n’y paraît sur d’autres enregistrements. Malheureusement, à sa sortie, les ventes du disque n’atteignent pas des sommets. Dix ans plus tard, en octobre 1998, MC Records ressort Acoustic Stories sous forme de CD. La production se retrouve en lice dans la catégorie « meilleur album réédité » des WC Handy Awards. Le temps qui passe semble révéler toute la beauté de cet enregistrement.

Gilles Blampain